En tant que voyageur des infinités de l'espace, Skinn MacDana ne pensait pas qu'il puisse exister pire qu'un naufrage de son cotre spatial ; et bien si ! A peine a-t-il mis les pieds sur Bré, une alanète isolée loin de l'Empire des Cent Planètes (d'où il vient mais qu'il fuit car trop corrompu et trop matérialiste pour son goût), qu'il tombe sur une des plus dangereuses et des plus féroces des créatures qui infestent le monde de Bré : un nerden. Singulières créatures que ces nerdud (eh oui, le pluriel de nerden est nerdud). Ceux-ci tuent les hommes de Bré en les faisant sombrer auparavant dans un monde de rêves fantasmagoriques qui les rend impuissants. Quand ils meurent, un insecte translucide s'échappe de leur carapace... L'aventure de Skin MacDana commence donc ainsi, dans la violence d'une chaude nuit d'été. Bienvenue sur Bré.
S'ensuivent alors des aventures fabuleuses, racontées à la manière courtoise des grandes légendes celtiques, au milieu de plusieurs sociétés et gouvernements ressemblant à ceux des anciens gaëls (comme les gens d'Askol, qui se teignent le corps en bleu depuis leur plus jeune âge). En témoignent l'organisation de la hiérarchie, l'ambiance très guerrière des cours des rois conseillés par des Drwids qui devinent l'avenir et le transmettent sous forme d'images symboliques, et aussi l'analogie directe dont est victime Skinn : dans sa patrie, Erth, son clan l'a surnommé le Nouada, le nom, dans nos légendes, du dieu celte de la guerre à la Main d'Argent.
Le tout est riche, fourni, haletant, émouvant (la romance entre Skinn et Lirn est très joliment et poétiquement contée), et des mots nouveaux, des changements aux consonnances incroyables sonnant parfaitement dans le corps du récit le parsè¬ ment en abondance. Ainsi, le mot arbre est féminin ; un conseil : ne soyez jamais le Ki d'une demoiselle que vous aimez, vous en pleureriez toutes les larmes de votre corps ; et aussi : ne tombez pas sous l'effet d'un Djir demandé par une reine ! Vous risqueriez de sentir votre courage fondre comme neige au Soleil. Autre particularité des Brési : ils s'orientent en prenant l'Est comme référence ; de quoi perdre le Nord, je vous l'assure.
L'histoire du premier récit d'Arcturus tourne autour de l'arrivée de Skinn, donc, de sa rencontre avec la belle Lirn, de son intégration complète à la société brési, de son étrange immunité aux fantasmagories des nerdud et de son projet de les chasser pour les exterminer ou les forcer à pourparler depuis leurs terres lointaines, de ses rivalités brutales et meurtrières avec les héros de certains royaumes, de ses amitiés avec des personnages hauts en couleurs, eux aussi dotés de pouvoirs qui font leur réputation (bien qu'on aurait aimé un plus grand développement de ce côté-là), le tout conté avec un sens du chant celtique viril et tragique dans lequel Skinn va se voir affublé de toutes sortes de noms après chacuns de ses exploits. Une fois la dernière ligne lue, les regards se tournent (si vous petes de ceux que la prose légendaire et archaïque ne rebute pas) immanquablement vers le deuxième récit.
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