Développant son univers de prédilection, la Bretagne bretonnante sublimée au travers d'une allégorie mêlant space opéra et fantasy, trempant sa plume das les sources où s'épanouissent les légendes celtes, ce deuxième récit est au moins aussi enthousiasmant que le précédent. Certaines données tout juste esquissées dans La Courtise de Lirn trouvent ici leur logique prolongement, et le vent des meilleurs récits de fantasy souffle toujours. « Djir ! » aurait pu s'intituler le premier tome, fait tout entier de superstitions. « Dour » pourrait être le titre du second, du nom breton de l'eau, du nom de l'héroïne qui apparaît à la fin, également. Le premier livre était rouge, écrit en lettres de feu, feu du combat, feu de la vengeance, feu qui dévore tout sur son passage pour préparer la terre à la future fertilisation, feu des passions qui consument les héros, sublimes archétypes bretons rendus humains en quelques 350 pages. Le deuxième tome est bleu, entre ses pages ruisselle l'eau, cette eau qui coule toujours vers la mer, et qui va emmener Myrdhinn, à la fois ami, frère et père de Skinn Mac Danna, en un long trajet pour retrouver Arcturus, orphelin déjà promis à un destin quasi-cosmique.
En choisissant de porter la saga de Gilles SERVAT à la connaissance de son lectorat habituel, Pierre MICHAUT, directeur des éditions L'Atalante ancre définitivement les racines celtiques de son entreprise. Servi par une magnifique couverture de Lidwine qui reprend la même composition picturale que pour le premier volume, La navigation de Myrdhinn est un bel objet, dans son essence comme dans sa présentation.
Le passage de la composition et de l'interprétation musicale à la rédaction d'une saga est souvent délicat. Avec ce passage à l'écriture, c'est un autre SERVAT que peuvent découvrir ses anciens fans, et c'est pourtant toujours le même homme, pétri d'idéalisme et la tête enflée de légendes. Si l'auteur est loin de faire preuve d'une originalité a tous crins en ce qu'il reprend a son compte nombre de légendes celtes (dont principalement quoiqu'on filigrane le cycle arthurien), son œuvre n'est pas celle d'un Jean MARKALE, lugubre, parfois un peu onti fiant, psychanalysant l'imaginaire dans des variations freudiennes au goût amer. Non, cette œuvre, c'est celle d'un homme qui vous sort les tripes, vous arrache de votre siège pour vous emmener dans des contrées baroques, un homme qui déclame, susurre et vous soulève l'âme. Pour qui ne connaît pas les mythes celtes (Goibnù, Lug, Cuchullain, les Foimorês, les Thuatha dé Danàan), c'est la découverte d'un univers d'une richesse et d'une originalité surprenante, d'un monde où les critères et les règles sociales ne sont certainement pas ceux auxquels nous conformons nos existences. Gilles SERVAT prouve qu'il sait à merveille écrire ; mais cela, ceux qui connaissaient de ses recueils de poèmes comme ceux qui ont encore à l'oreille les disques qu'il a enregistrés, le savaient déjà. Au final, ce qui aurait pu être un aride traité de folklore celte devient, par la magie de la transposition dans un cadre de fantasy, une somptueuse fresque où l'imaginaire, pour s'ôtre ancré dans les légendes nous ramenant au temps ayant précédé l'invasion romaine de la Gaule, en acquiert une dimension d'autant plus prenante qu'elle renie nos cadres habituels de référence sans pour autant totalement nous dépayser. L'identification aux héros, la reconnaissance des lieux, la compréhension des coutumes, tout cela en devient évident. L'exercice, quoi qu'on puisse en penser, n'est pas aisé. Il faut pour cela maîtriser deux univers et les faire s'interpénétrer sans qu'il n'y ait de conflit. Exercice réussi, sans l'ombre d'un doute, les Chroniques d'Arcturus s'annoncent d'ores et déjà comme une des étapes marquantes des parutions du domaine de l'imaginaire. Nous sommes ici à mille lieues de l'esprit tant que de la lettre des resucées habituelles de fantasy auxquelles les éditeurs français nous ont habitués. Entre le Coca-Cola, le vin de pays et le chouchenn, l'auteur a fait son choix, et l'on ne peut que l'approuver et l'encou- rager à persévérer. Le second volume vient de paraître et le troisième nous manque déjà.
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