Le Vieil homme et la guerre est un roman moderne et percutant, comme le prouve sa première phrase, pleine de promesses : « J'ai fait deux choses le jour de mes soixante- quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme, puis je me suis engagé ». Dans cette phrase transparaissent les deux composantes principales de ce roman : un humanisme sensible et une inventivité rafraîchissante pour le space opéra. Humanisme qui s'exprime avant tout chez les personnages, celui du narrateur John Perry en tête. A travers lui, Scalzi évoque le vieillissement (« On peut vivre plus longtemps et on vit plus longtemps, mais on n'en vit pas moins ces années comme des vieillards ») et tout ce qui l'accompagne (perte d'êtres chers, sentiment d'abandon, etc.) ; l'amitié et nos rapports aux autres (« Nous donnions aux autres quelqu'un de qui prendre soin, ce dont nous avions besoin dans un univers qui ignorait notre existence ou s'en moquait ») ; la façon dont il faut appréhender la vie pour se la rendre plus supportable (« Finalement, j'avais réussi à faire sourire quelqu'un ce jour-là. La vie s'annonçait sous un jour meilleur »)... Le tout écrit avec un ton tantôt humoristique, léger, détendu, tantôt puissamment évocateur, comme lorsque Scalzi parvient à nous faire ressentir l'excitation du voyage teintée d'inquiétude face à l'inconnu chez les recrues. L'écriture même de Scalzi est humaniste, parvenant à déclencher en nous des sentiments, des impressions que l'on s'approprie en même temps que les personnages.
L'intrigue, quant à elle, n'est pas particulièrement originale : il y a peu d'enjeux dans ce roman, qui lorgne plutôt du côté du road movie initiatique et assume sans complexe ses emprunts aux grands classiques que sont, en particulier, Starship Troopers de Heinlein et La Guerre éternelle de Haldeman. Son traitement, en revanche, est plus intéressant. Le Vieil homme et la guerre évolue certes dans un environnement militaire, mais à l'heure où la guerre en Irak déclenche dans les médias (et chez beaucoup de monde) des réactions manichéennes, il ne faut pas forcément chercher chez Scalzi une quelconque prise de position. Ni militariste ni antimilitariste, l'auteur se concentre avant tout sur ses personnages et la façon dont ils vivent la guerre. Ils se posent peu de questions et réagissent à leur situation personnelle plutôt qu'au but supposé des combats. Lorsque Perry déclare : « Conquérir l'univers commençait à me mettre hors de moi », ce n'est pas tant une question de moralité qu'une réaction égoïste à une suite d'événements l'ayant affecté. Ce traitement proche des gens empêche volontairement le lecteur de se faire une idée macrocosmique de la guerre, Scalzi donnant très peu de clés pour juger du bien-fondé du conflit et du rôle de l'UC dans celui-ci.
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