Les échanges, dont la précision et la truculence donnent une impulsion
très dynamique au récit, sont un vrai plaisir tant les personnages
usent avec talent du sarcasme et de l’ironie et n’hésitent pas à se
lancer des piques réjouissantes (les conversations entre Perry et
Savitri, son effrontée d'assistante, sont un modèle du genre). Le
défaut de cet avantage est que ce trait de caractère se retrouve trop
systématiquement pour ne pas donner l'impression de personnalités un
peu uniformes. Tant que nous sommes au rayon points faibles, notons la
tendance de l’auteur au laconisme lorsqu'il s'agit de la description
des planètes et aliens mis en scène, additionné, pour ces derniers, à
un anthropomorphisme langagier qui achève de bannir pratiquement tout
exotisme de ce roman. D’ailleurs, pour se convaincre du relatif
désintérêt de l’auteur à dépeindre de nouvelles espèces, le passage de
la découverte d’une espèce intelligente sur Roanoke est on ne peut plus
parlant : l’intervention des autochtones se contente d’être
instrumentalisée au rang de péripétie coloniale pour être presque
aussitôt abandonnée en l'état. De quoi faire s’arracher les cheveux à
un fan de Jack Vance.
Cependant ces quelques accrocs deviennent vite anecdotiques une fois
assimilé que l’angle d’attaque privilégié est celui de l’exploitation
d’une SF dépouillée à la manière d'une allégorie revendiquée et une
fois que l’on s’est pris au jeu des multiples rebondissements et des
dialogues tactiques et très réussis.
Un livre fluide et très délassant, en somme, d’autant plus que l’auteur ne dissimule pas le plaisir qu’il a eu à l’écrire.
Michaël F., Les Chroniqueurs vagabonds, septembre 2008