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Sawyer - Rédemption - Aldoblog
Posté le 04 décembre 2017

Cette novella tombe à point nommé : elle fait le lien entre la fin des événements de Légion, le tome 2 et la future suite à Lazare en guerre. Dans ce texte, Conrad Harris et sa troupe de simulants sont absents mais leur ombre plane sur la station spatiale Cap Liberté.

Ce court roman de 128 pages est le fix-up idéal pour patienter en attendant le dénouement final.

Effectivement, le préalable à la lecture de Rédemption exige d’être à jour dans leurs aventures et d’aimer la baston sur fond de station en perdition. De là à considérer que cet opus est largement binaire (tout comme le reste de la série), il n’y a qu’un pas. Je vous déconseille toutefois de le franchir, car même s’il s’agit de space opera militaire, cette novella ne se résume pas à des poings dans la gueule, des fusillades à qui mieux mieux, des eclats de tripes ou autres entrailles bien sanglantes. Certes, ce cocktail carné est bien présent (le bourre-pif inclus), mais Rédemption parvient à enrichir l‘univers construit par Jamie Sawyer.

En effet, jusqu’à présent nous étions cantonnés à la seule connaissance de l’aspect militaire et para-militaire de ce monde en conflit avec les Krells (les informations les concernant sont disponibles dans les critiques des tomes précédents), et accessoirement le Directoire. Ce texte évoque la vie des petits équipages commerciaux comprenant une poignée de membres. Leur fonctionnement n’est pas sans rappeler L’opéra de l’espace de Cherryh ou plus récemment celui minimaliste du Rocinante de The expanse de Correy.

Taniya est mécanicienne à bord de l’Edison, un cargo sur le point d’accoster la station Cap Liberté. Elle vient d’un coin obscur : l’Arcologie de Zêta du Réticule, démocratie jusque là indépendante, qui n’a guère eu le choix d’adhérer à l’Alliance. Cette origine permet d’élargir l’horizon du mastodonte politique, de brosser des particularités aux planètes et autres cailloux associés à la fédération, ainsi que de mettre en lumière leurs méthodes éthiquement suspectes. Ainsi, se retrouve-t-on non pas avec une valeureuse Alliance seule contre l’invasion Krell et le Directoire cheenois (orthographié de la sorte), mais avec une entité politico-militaire bien plus ambivalente. Déjà, les tomes précédents semaient quelques éléments sur l’absence de virginité morale de celle-ci, la preuve est désormais faite. J’aime quand le récit prend une tournure absolument non-dichotomique!

Sur ce terrain galactique, Rédemption entrouvre plus largement la porte à des connivences des hautes instances que nous ne pouvions que suspecter à la fin du tome précédent.

Revenons à Taniya.

Dès l’approche de l’Edison, quelques perturbations dans les communications laissent planer le doute quand à la l’issue de ce séjour.  Les incidents se multiplient une fois sur place, jusqu’au black out total et angoissant. Que se passe-t-il ?…  Oh! Surprise! La station est attaquée!Débute alors une lutte pour la survie, dans la lignée d’un Alien.

Le récit est écrit à la première personne; le lecteur découvre avec Taniya les petites pannes, se sent pris au piège en même temps qu’elle au milieu du chaos, affronte le danger de face, cherche les coins et les recoins pour se mettre à l’abri, aide tour à tour un compagnon ou l’autre, assiste impuissant à l’envolée de cervelle, se bat pour trouver une sortie ou pour convaincre un officier entêté. L’oppression corse l’ambiance, tout le jeu comme d’ombres et de lumières qui tap sur les nerfs.

En parallèle, nous découvrons la psychologie de la jeune femme, marquée par un événement tragique et blessée par l’abandon d’une mère qui ne lui parle plus. Ce personnage est moins abîmé que Conrad Harris, le héros de l’Alliance. Notre jeune femme est bien moins névrosée et plus équilibrée que lui, oscillant entre une peur qui lui glace les entrailles et l’espoir fou de s’en sortir, rêvant surtout de pardon. Elle s’avère un personnage intéressant, plus lumineux que ceux animant les autres tomes.

Lors de son voyage depuis Zêta, elle a fait la connaissance de chacun des membres de l’Edison, du désagréable et obsédé Sheldon au charismatique Nath, en passant par Daryl, le capitaine ouvert, et sa femme, la désagréable Lucinda.  Les protagonistes secondaires sont brossés, à peine esquissés mais à la décharge de l’auteur, l’histoire ne dure que quelques heures. Le roman est court et galope à l’essentiel. Prendre le temps de leur donner davantage de corps serait… une perte de temps, et couperait bien trop le rythme. Seule la mère de Taniya sort du lot (volontairement) et me rappelle fort l’héroïne de la saga Alien.

Rédemption est un récit de space opera explosif qui parvient à approfondir l’univers de Lazare en guerre, tout en nous offrant un morceau de bravoure. L’ambiance est proche de celle d’un Alien, avec une course effrénée contre la montre, la mort sur les talons et une oppression de tous les instants. Un excellent fix-up entre deux tomes.

- Lutin82, le 04/12/17 



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