Pratchett - Nouvelles du Disque-monde - L'Écran fantastique
Posté le 01 février 2012
Des fables légères que rien ne raiera jamais
Pratchett écrit si peu de nouvelles que le recueil mérite d'être signalé. Celles sur le Disque-monde sont au nombre de six, dont une qui dépasse en longueur les cinq autres, pochades ou récits à chute qui auraient pu être intégrés dans les romans, comme "Le Rejet par l'Université de procédés diaboliques", en fait une exigence de contrôle et d'enseignement par ceux qui financent. "La Mort et tout ce qui s'ensuit" présente les ratiocinations d'un philosophe pour retarder l'échéance, une gourmandise réjouissante à souhait. "Minutes de la réunion en vue de concrétiser le projet de fédération de scouts d'Ankh-Morpork" est un compte-rendu municipal typique du regard porté sur la jeunesse. Le gros morceau, "La Mer et les petits poissons," met en scène une Mémé Ciredutemps encore plus dérangeante parce qu'elle aurait décidé d'être gentille et serviable : agréable récit sur le regard porté sur autrui et les délires d'interprétation, sur la morale des épreuves sportives, avec de beaux aphorismes comme : « Elle a perdu d'un cheveu » est un bien meilleur compliment que « Elle a gagné d'un cheveu ». "Le Théâtre de la cruauté", réflexion sur les formes artistiques qui n'ont pas la faveur des autorités, semble revisiter Agatha Christie. "Drame de troll," enfin, histoire douce amère empreinte de sagesse : travailler à changer le monde revient immanquablement à s'en exclure, de sorte que c'est moins le temps qui passe que les actes qu'on pose qui poussent à la nostalgie. Un recueil frivole en apparence, qui distille ses propos avec la légèreté qui manque aux moralistes à gros sabots.
Claude Ecken