[...] Alexandre le Grand et les aigles de Rome se présente donc comme une uchronie que Javier Negrete élabore avec brio, nous livrant un roman passionnant de bout en bout. S'appuyant sur des connaissances historiques et culturelles précises et variées, l'auteur parvient à provoquer une immersion totale du lecteur, d'abord parce qu'il joue autant avec la grande histoire qu'avec la petite, et parvient à donner une crédibilité indéniable à son récit. Qu'il s'agisse de nous décrire une phalange à la manœuvre ou les considérations médicales de Nestor, la vie quotidienne des soldats ou les subtilités de la politique sénatoriale, Javier Negrete se montre toujours à son aise et nous maintient dans l'instant et dans ses tensions dramatiques. Et l'écriture, déliée et précise, ne se refuse jamais quelques élégances. [...]
Le roman s'achève pourtant en laissant quelques questions en suspens. Le mystère de la comète n'est pas levé, pas plus que celui de l'origine de Nestor, l'amnésique dont le rôle semble être d'observer l'Histoire en marche. Et que dire de l'étrange Myrmidon, guerrier implacable dont on ne sait presque rien. On reste donc dans une expectative entretenue sans nul doute par l'auteur, pour mieux préparer, qui sait, le terrain à un futur deuxième opus. Quoi qu'il en soit, cette incursion épique et bouillante dans l'Histoire Antique revisitée nous offre de beaux moments de littérature et laisse le lecteur haletant lorsque survient le point final. On en redemande. Et vite. [l'article]
Sébastien Juillard Zone Imaginaire Fluctuante
Le 13 juin 323 avant Jésus-Christ, Alexandre le Grand s'éteint à Babylone à l'âge de 33 ans, maître d'un Empire qui s'étend de Grèce jusqu'aux frontières de l'Inde. Celui qui rêvait d'une union des mondes occidentaux et orientaux est fauché en plein vol par la mort, victime de ses excès hédonistes et de ses rêves écrasants, peut-être, aussi, de la jalousie de ses généraux.
L'Histoire s'arrête donc là pour le plus grand conquérant de l'Antiquité et la question nous brûle, pour peu qu'on se laisse happer par la comète alexandrine, de savoir ce qu'il en aurait été du monde antique si le fils autoproclamé de Zeus avait échappé à l'Hadès et poursuivi son œuvre de conquête insensée.
C'est à partir de ce postulat que l'écrivain espagnol Javier Negrete a choisi de narrer un épisode inédit de l'aventure épique du tyran macédonien. Victime d'un complot, empoisonné sur ordre de Roxane, son épouse malfaisante, Alexandre échappe au trépas grâce à l'intervention d'un médecin venu de Delphes, personnage pour le moins étrange qui prétend répondre à l'ordre du fameux Oracle de la cité grec. Six ans plus tard, remis sur pieds et libéré de son penchant destructeur pour le vin, Alexandre régénéré tourne son regard vers l'Occident afin d'épancher sa soif de triomphes.
Décidé à se mesurer à la force grandissante de la jeune république romaine et de ses légions déjà redoutées, Alexandre s'embarque pour une expédition militaire de grande ampleur vers l'Italie, tandis que dans le ciel une comète mystérieuse provoque l'effroi et suscite des prédictions apocalyptiques. Nestor, le médecin providentiel devenu ami, l'accompagne bien sûr, et se fait le spectateur de cette nouvelle épopée.
Alexandre le Grand et les aigles de Rome se présente donc comme une uchronie que Javier Negrete élabore avec brio, nous livrant un roman passionnant de bout en bout. S'appuyant sur des connaissances historiques et culturelles précises et variées, l'auteur parvient à provoquer une immersion totale du lecteur, d'abord parce qu'il joue autant avec la grande histoire qu'avec la petite, et parvient à donner une crédibilité indéniable à son récit. Qu'il s'agisse de nous décrire une phalange à la manœuvre ou les considérations médicales de Nestor, la vie quotidienne des soldats ou les subtilités de la politique sénatoriale, Javier Negrete se montre toujours à son aise et nous maintient dans l'instant et dans ses tensions dramatiques. Et l'écriture, déliée et précise, ne se refuse jamais quelques élégances.
De cette volonté de capter l'air d'un temps naît un sentiment de proximité avec les personnages, quelle que soit leur importance dans le drame. Tous s'avèrent d'ailleurs d'une belle épaisseur psychologique, presque tous sont écartelés entre leur fascination pour Alexandre, sorte de demi-dieu inquiétant et charismatique, et leurs propres ambitions. Chacune des visions personnelles contribue à dresser un portrait très nuancé du roi de Macédoine. Entre Perdiccas, amant de Roxane, en lutte constante entre sa vieille fidélité et sa jalousie à l'égard d'Alexandre, Nestor, toujours lucide vis-à-vis de son roi, Roxane, véritable concentré de haine pure, ou l'immense Cratère, compagnon de la première heure, les perceptions divergent. Loin de l'hagiographie et du mythe, Alexandre nous apparaît alors terriblement humain, faillible, violent, paranoïaque, inquiet, mais toujours attachant, même dans sa monstruosité.
Le roman s'achève pourtant en laissant quelques questions en suspens. Le mystère de la comète n'est pas levé, pas plus que celui de l'origine de Nestor, l'amnésique dont le rôle semble être d'observer l'Histoire en marche. Et que dire de l'étrange Myrmidon, guerrier implacable dont on ne sait presque rien. On reste donc dans une expectative entretenue sans nul doute par l'auteur, pour mieux préparer, qui sait, le terrain à un futur deuxième opus. Quoi qu'il en soit, cette incursion épique et bouillante dans l'Histoire Antique revisitée nous offre de beaux moments de littérature et laisse le lecteur haletant lorsque survient le point final. On en redemande. Et vite.
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