Javier Negrete écrit rarement court, mais c’eût été difficile pour un tel sujet. Alexandre, pas moins. L’archétype du héros disparaissant au faîte de sa gloire après avoir étendu son empire jusqu’aux confins (ou presque) de la terre et jeté un pont dont les vestiges demeurent entre l’Europe et l’Asie. Voilà, entre tous, un personnage historique des plus dignes d’entrer dans la légende. Et il y est entré, ouvrant grand les portes de l’Orient.
Et si… et s’il n’était pas mort si jeune, se serait-il contenté d’aller vers le soleil levant ? Sûrement non ! N’eût-il pas souhaité étendre les bras jusqu’à tout l’horizon ? Et ces Romains si conquérants dont on nous rebat les oreilles, eussent-ils tenu devant lui ? On pourrait se poser la question… L’auteur se l’est posée.
Non, Alexandre, n’est pas mort ce soir-là après avoir bu le poison préparé par Roxane, son épouse vindicative autant que délaissée. Parce qu’un médecin inconnu se disant l’envoyé de Delphes est arrivé à temps. Et parce qu’il a pris assez d’ascendant sur Alexandre pour lui éviter de devenir ce sybarite et cet ivrogne emporté dont l’histoire, celle que nous connaissions, s’est faite l’écho.
Et, fatalement, il ne pouvait plus que tourner ses regards vers Rome. Une conquête qui ne commence pas si bien que ça. L’immense navire à double coque transportant une partie de l’armée, prise dans une tempête, va sombrer et ceux de ses passagers déposés à terre, dont Cléa, sa jeune et nouvelle épouse et Nestor, son médecin, seront faits prisonniers d’un Romain. Nul autre que Caius Julius César. Et c’est ce tribun bien modeste qui va tenir leur destin, et peut-être celui de Rome, entre ses mains.
Roman foisonnant mais érudit que celui-ci. On suit donc, d’un côté, le
chemin de Nestor, cet étrange médecin qui a tout oublié de son passé
et, de l’autre, celui du conquérant, troublé par la maladie et, aussi,
par les présages que semble annoncer Icare, une extraordinaire comète
rougeoyante qui pourrait bien amener la fin de ce monde, sinon du monde.
Au final, on pourrait réduire le propos à la préparation de la guerre,
dans les deux camps, qui culminera dans une rencontre sanglante au pied
du Vésuve. Ce serait faire bon marché des extraordinaires rencontres
qui nous attendent au coin des pages. L’on y croise aussi bien le Roi
du Bois qu’Aristote et, chez les Macédoniens comme chez les Romains,
tant de personnages fidèles ou traîtres, complexes et tellement
humains, tant de premier plan que secondaires, que l’on ne peut éviter
de s’attacher à eux.
Si Negrete nous laisse quelque peu dans l’imprécision sur le cas «
Nestor », il n’en fait pas moins partie des auteurs « marquants » qui
mêlent avec talent le sens historique, l’uchronie et la fantasy. Pas
toujours de façon égale d’ailleurs, mais j’aurais tendance à classer ce
livre-ci parmi ses meilleurs. Quant à l’issue de cette confrontation et
à ce que contenaient les Livres Sibyllins, je vous laisse le plaisir de
le découvrir.
Hélène, Les Chroniqueurs vagabonds, juin 2009
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Deux sites consacrés à l'univers des Magiciens de Lev Grossman, sorti le 19 août.