Couronné notamment par un Locus Award en 2009, ce nouveau roman signé d’un grand nom comme Le Guin était fatalement attendu.
Ici, elle donne vie et prête voix à un personnage oublié, Lavinia, à peine évoqué dans l’Enéide de Virgile. Et pourtant, celle simplement présentée dans la légende comme la femme destinée au héros, l’épouse destinée à jouer un modeste rôle strictement défini à l’aube de Rome, ne manque pas d’épaisseur…
Pas de réelle surprise en vue : Ursula K. Le Guin nous livre là un beau portrait de femme, feutré, subtil, complexe, prenant pour cadre une étonnante Antiquité, le tout par le biais d’une plume douce, amère, mais toujours poétique.[...]
Prolongeant la légende justement, Le Guin nous fait également pénétrer au passage tout un univers, presque enchanteur par instants, où la nature occupe toute sa place, loin du panthéon attendu de prime abord. Mais au-delà de cette réécriture, l’auteur se livre à une véritable réflexion sur le concept même de la légende et de sa narration, au-delà des thèmes attendus comme la place des femmes ou le poids du destin, et comment l’embrasser sans se renier.[...]
Nourri de toute une vie de passion et d’expérience, ce roman semblait dès le départ correspondre parfaitement à son auteur. Et, après lecture, c’est bel et bien le cas, sans aucune contestation possible. Évidemment, on est là plus près d’un récit de fantasy historique que d’une grande saga de fantasy épique tout en démesure. Tant mieux. Le Latium n’est pas Troie. Et, à l’image de ces premiers chapitres comme d’une conclusion poignante, le pari de l’auteur, ce portrait de femme, toujours vivant, jamais poussiéreux, au contraire, se révèle une très belle réussite. Ursula K. Le Guin elle-même est visiblement aussi dynamique et inspirée que jamais.
Gillossen - 15/03/2011 - Elbakin.net
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