La réalité est toujours beaucoup plus complexe que ce que nous en dit l’actualité. Et un livre ne suffirait pas pour appréhender tous les contrastes d’un pays comme l’Iran. Toutefois cet ouvrage de la démographe Marie Ladier-Fouladi, chargée de recherche au CNRS et chercheur associé à l’Institut national des études démographiques, donne à voir et à comprendre une société civile aux aspirations modernistes autonome face au pouvoir politique qui la gouverne.(...)
Fabien Franco, Kaële Magazine n° 59
Les premiers chapitres consacrés aux transformations de la famille iranienne, aux rôles tenus par les femmes et les jeunes dans la révolution, étayés par les résultats des études démographiques menées par la chercheuse, la première à avoir démontré la chute de la fécondité depuis 1986 sous la République islamique (article paru en 1996 intitulé « La transition de la fécondité en Iran », dans Population, n°6), dépeignent une société civile dynamique, en constante évolution. Ainsi, la famille iranienne a profondément muté depuis 1979. La fin du traditionnel ordre patriarcal, le partage des responsabilités parentales, la pratique contraceptive généralisée, le nombre d’enfants par foyer passant de 6,4 enfants par femme en 1986 à 1,9 enfant en 2007, remettent en cause la théorie de la prééminence du politique sur la société. À la jeunesse révolutionnaire des années 70 a succédé la jeunesse des années 90 et avec elle des revendications en voie de radicalisation, en partie favorisées par la violence et le clientélisme de la République islamique et l’absence d’un réel leader dans le camp des réformateurs. La deuxième partie du livre observe avec minutie le système islamiste, les élections municipales, législatives et présidentielles et de conclure sur la désillusion de nombreux Iraniens. À propos des élections présidentielles de 2005, M. Ladier-Fouladi analyse : « Au-delà de l’influence de ces réseaux, les électeurs qui se sont prononcés en faveur d’Ahmadinejad ont, avant tout, voulu exprimer leur rejet du sytème politique en place et de la corruption qui rongeait le pays. Le système qui limitait le choix des électeurs aux représentants des factions au pouvoir ne se souciait pas de la question de la représentativité des élus. Or c’est sur ce système que s’était appuyé Mahmoud Ahmadinejad pour concourir à ce scrutin Il ne pouvait dès lors pas représenter la population iranienne dans sa majorité. Dans ces conditions, ce serait une grave erreur d’analyse que de considérer le « vote Ahmadinejad » comme la négation de la modernité et de l’ouverture auxquelles aspirent une grande majorité des Iraniens depuis pratiquement deux décennies. » Clair, précis, fourni, informé et documenté.
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