Hughes - Majestrum - Science Fiction Magazine
Posté le 09 juin 2009
S'il y a une particularité attachée à cet éditeur nantais c'est bien de diversifier ses publications entre des oeuvres fleuves et populaires (cook, Hohlbein, etc) et des auteurs plus intimistes, ou du moins des auteurs qu'il fait apprendre à lire afin de bien pénétrer sans douleur leurs univers si particuliers. Les livres de Matthew Hugues font partie de cette seconde catégorie de livres inclassables.
Vieille Terre, Notre Terre en un avenir très lointain, que l'éternel orangé d'un soleil alors dans son déclain éclaire encore dans la lente déclinaison. Henghis Haptorn est un discriminateur privé qui dans la floraison de microsociétés qui pullulent sur la planète veille sur le retour des anciens pouvoirs de la magie dans notre monde. Car Henghis n'est pas un homme comme les autres ; de sa rencontre malheureuse avec un redoutable Thaumaturge il a vu la partie intuitive de son esprit devenir indépendant pendant que son "intégrateur" (ordinateur) voyait ses facultés muter sous la forme d'un animal à fourrure. Autant dire que Henghis sera le seul habilité lorsque commencera à faire parler de lui le terrifiant.
" Majestrum" En effet ce tyran, qui fut jadis chassé de notre dimension - il y a très longtemps de cela- cherche de nouveau à pénétrer notre monde afin de prendre possession des dix mille planètes. Mais pour se faire, ce tyran se doit de s'incarner dans la chair à partir des corps des sept magiciens qui l'ont renvoyé dans sa dimension jadis Henghis se lancera alors dans une enquête difficile dont la trame s'étend sur plusieurs plages géologiques. Autant dire que pour ce fin limier dont la partie rationnelle est toujours en contradiction avec sa partie intuitive, la magie de "Majestrum" va en quelque sorte poser certains problèmes d'interférence.
Conté dans un style très léger façon 18è siècle, dénué de toute
violence l'auteur lui, préférant une inventivité langagière qui est à
elle toute seule une trouvaille. Le livre de Matthew Hugues fait figure
d'ovni littéraire. Là où l'univers présenté aurait pu donner lieu à de
réjouissantes joutes guerrières façon " Dark Sun" (les connaisseurs
reconnaîtront) il s'oblique en une enquêre qui, bien loin de vouloir
resoudre les tenants et aboutissants d'une histoire, s'intéresse avant
tout aux contenus de sens et de non sens que soulève le personnage
principal. Car, au travers de ces dix mille planètes, le voyage est
prétexte à des explorations plus poussées. La magie menaçant la science
est une façon pour l'auteur de nous monter qu'elles ne sont pas si
opposées que cela mais que ce n'est pas là le problème. Bref, pour qui
chercherait un sérieux prétendant à la succession de Jack Vance cet
auteur serait tout à fait envisageable, s'il n'y avait le contexte
schizophrène qui ne fait que renforcer la sympathie du personnage,
ainsi que cet humour en filigrane qui parsème les lignes de ce livre.
mais pas seulement. A l'ethnologie-fiction dont Vance se faisait le
grand inventeur, Hugues y substitue d'une part un contexte
archéologique et politique, n'hésitant pas à poser le problème de la
magie des anciens temps comme d'un problème politique, comme si tout
n'était question que de représentations du monde différentes, l'une
menaçant de prendre le pas sur l'autre dans un futur de l'univers
toujours incertain.
D'autre part, Hugues distille dans les réflexions de son héros une très
pertinente "psychologie des profondeurs" qui fait que son héros accepte
très vite les deux facultés qui se font violence dans son esprit,
mieux, il en fait une force. En outre, cette confrontation entre la
plus pure logique le magique subversif aura des effets non attendus que
les lecteurs seront bien dans l'embarras de décourvrir, mais que la fin
invite subtilement à veiller au prochian volume de cette enquête pas
comme les autres. Un livre hors des sentiers battus et un véritable
exercice de style.
Emmanuel Collot, Science Fiction Magazine, mai-juin 2009