Principale richesse de l’univers mis en place, les personnages
témoignent d’une grande créativité de la part de l’auteur. Il n’est pas
aisé, après un nombre incalculable de séries faisant appel à des
super-héros, de donner à ses protagonistes des pouvoirs qui
n’apparaissent pas comme éculés. Serge Lehman y parvient pourtant.
Hormis les héros officiels, ayant chacun un pays pour champ d’action,
et chargés plus ou moins officiellement de la sécurité de ce
territoire, ce sont les seconds rôles qui, peut-être, marquent le plus.
Même les personnages dépourvus de pouvoirs, à l’image de George Spad,
biographe officiel du Nyctalope, ou des époux Joliot-Curie,
scientifiques de renom mais sujets à l’opprobre pour certaines de leurs
relations, fascinent par leur caractère et leur histoire personnelle.
L’ancrage dans la réalité de cette série à la narration labyrinthique
est également irréprochable, et les références à des personnages ayant
réellement existé rendra la portée fantastique du scénario d’autant
plus acceptable. Cette crédibilité se retrouve dans le comportement de
personnages en phase avec leur époque et fouillés dans leur
personnalité. Pour l’amateur de bande dessinée franco-belge qui aurait
traditionnellement du mal à apprécier les histoires de super-héros, le
fait de situer l’action dans un cadre européen, avec ce que cela
implique de référents à notre culture et notre société, facilite
l’acceptation d’un monde à mi-chemin entre imaginaire et réalité. Par
sa façon de décrire la réalité, que ce soit les horreurs de la guerre
ou la psychologie humaine, Serge Lehman achève de convaincre, même si
la trame de l’histoire, complexe, requiert une attention constante.
Les influences très « comics » observées dans le scénario trouvent un
écho évident dans le dessin de Gess. Après avoir longtemps donné vie à Carmen McCallum,
celui-ci adopte un style qui n’est pas sans rappeler le travail de Mike
Mignola. Cette impression est en outre renforcée par la mise en
couleurs de Céline Bessonneau, principalement composée d’aplats.
Pourtant, jamais le sentiment de plagiat ne s’impose: l’appropriation
du genre est effectivement menée avec trop de brio pour laisser place
au doute. Dans le style des séries américaines, les auteurs ont poussé
le mimétisme jusqu’à présenter leurs albums sous la forme de recueils,
comme si les différents épisodes - deux par volume - avaient d’abord
été publiés en fascicules. Et le résultat est plus vrai que nature,
d’autant que chaque épisode bénéficie de sa propre couverture, réalisée
dans un style que n’aurait pas renié Dave McKean. La couverture
principale relève également d'une belle composition, même si celle de
ce troisième volume n'est pas aussi réussie que les précédentes.
Cette nouvelle série de Gess et Serge Lehman, qui devrait compter six
volumes au total, est riche de promesses. Soignant à la fois le fond et
la forme, les auteurs parviennent - véritable gageure - à produire un
récit hyper-référencé qui se ponctue par une impression de grande
originalité. Le résultat est un feuilleton passionnant qui tient la
dragée haute à ses illustres prédécesseurs.
Bd Gest, D. Wesel, le 20 novembre 2009
Espace Culture Leclerc
Saint-Brevin-les-Pins
Métro 2033, paru à L'Atalante fin mai, rencontre déjà un certain succès. Il faut dire que la trame, originale, à de quoi en intriguer plus d'un.
Denis E. Savine a traduit Métro 2033 pour L'Atalante. Il nous parle de sa relation avec le livre, de la conception qu'il a de l'histoire, et de la portée de cette dernière.
deux premiers chapitres à télécharger gratuitement!