Gess, Lehman, Colin, Bessonneau - La Brigade Chimérique - Claro
Posté le 23 septembre 2009
Le
duo Colin-Lehman, c'est Docteur Nitro et Mister Glycérine. Du coup,
l'imaginaire se prend des baffes orchestrées par l'Histoire, et les
rêves de puissance sont forcément plongés dans l'acide du doute. Ici,
il est question de super-héros, d'obédience européenne, mais qui ne
sont ni spider- ni super- ni bat-, non des héros ancrés dans
l'imagnaire français, allemand, italien, etc. Car une question brûle
les lèvres des rêveurs de monde: que foutaient nos french heroes à
l'heure où la peste brune étendait son rêche velours sur les
populations européennes? D'où l'idée de les faire intervenir, eux qui
n'ont guère eu de successeurs dans la littérature fantastique
d'après-guerre.
On trouvera donc le Docteur Mabuse, le richissime
Gog (merci Papini), Léo Saint-Clair dit le Nyctalope (emprunté pour
l'occasion à l'oublié Jean de La Hire), Andrew Gibberne (décalqué des
délires wellsien cum
Accélérateur), mais aussi le cafardeux Grégoire Samsa, le glaiseux
Golem et quelques autres (Cagliostro, qui meurt et ressucite sans
complexe). On voit passer également quelques figures du surréalisme,
Breton, des exclus, Nous Autres (des toubibs graves: l'insulaire
Moreau, Lerne – ah, enfin quelqu'un pour se rappeler l'existence du pas
facile Docteur Lerne, ça fait plaisir! – et le boulgakovien Persikov),
et pour le même tarif, allez, on ajoute La Phalange, un officier
espagnol boosté au gaz militaire qui n'a pas beaucoup d'estime pour le
Partisan, héros sans pouvoirs, ça arrive.
La reconstitution du Paris de l'époque n'a rien à envie aux fresques
d'un Tardi, loin de là; l'esthétique, marvelesque à souhait, le
découpage (staccato) et le cadrage (toujours inventif, souvent décalé),
les couleurs (un code rigoureux alterne camouflage, carmin noirci,
ocre, noir abyme…), le texte (irrévérencieux) servent
une intrigue
volontairement méandreuse, pénombreuse, menaçante. Il est aussi pas mal
question de radium dans cette rocambolie, par l'entremise de Marie
Curie
herself et de sa fille, d'où la lugubre luminescence qui nappe les planches.
towardgrace.blogspot.com, Claro, le 17 septembre 2009