La famille de Louise Gaucher s’est construite sur plusieurs générations grâce aux femmes fortes qui ont su la mener vers la réussite qu’elle connaît aujourd’hui. Parmi les nombreux secrets bien enfouis de la famille se trouve un don que possède Louise : celui de voyager dans les rêves des autres. Alors que l’hiver s’installe, les événements mystérieux se multiplient autour du Chais, la propriété des Gaucher. Simon Larcher, flic de son état, a bien l’intention de résoudre cette affaire. Au risque de plonger dans un cauchemar.
Narcogenèse est un voyage étonnant aux racines plantées très profondément, qui emmène loin et emprisonne à la fois, le genre de roman à relire pour apprécier encore mieux les indices semés et la construction intelligente une fois la fin connue. Impossible de lâcher ce livre, vous êtes prévenus, vous voilà envoûté !
Un tableau étonnant aux multiples détails et héros
Difficile de présenter correctement Narcogenèse en
quelques mots. L’approche narrative choisie par Anne Fakhouri est des
plus intéressantes. En effet, l’auteure offre, bien plus qu’un thriller,
une saga familiale donnant voix à plusieurs générations et une fresque
humaine impressionnante sur laquelle se succèdent plusieurs individus,
appartenant à la famille ou non. Ainsi, la narration se focalise
alternativement sur l’un et sur l’autre, en fonction du besoin, faisant
en sorte qu’aucun héros ne domine particulièrement, bien que Louise en
ait l’étoffe. Et finalement, le personnage central n’est pas tant ces
petits hommes qui gravitent autour du mystère, que le mystère lui même,
cette menace qui elle n’a pas vraiment droit à la parole, contrairement à
ceux sur qui plane son ombre.
Un peu déroutant au départ, ces
“sauts” dans les points de vue s’avèrent originaux et bien maîtrisés,
jamais le lecteur ne se perd entre les protagonistes. Les approches sont
ainsi variées, entre adulte et enfant, famille ou hors famille, qui
chacun ont leur perception très personnelle du danger qui plane, qu’ils
soient sceptiques ou qu’il acceptent le surnaturel, qu’ils aient
l’innocence et les peurs liées à leur jeune âge ou refusent au contraire
de percevoir l’inconcevable. Chaque personnalité sonne juste et aucune
ne tombe dans un excès d’héroïsme ou de froideur ; les personnages sont
assez denses et marqués par leur histoire personnelle ; ils savent se
révéler aux moments importants sans trahir ce qu’ils sont. Des héros que
le lecteur prend plaisir à suivre au fil des pages, même si certains
caractères sont assez attendus, comme le policier au grand coeur.
Enchevêtrement habile du fantastique et du réel, mais parfois un flou non souhaité
Le
fantastique s’invite en plein hiver dans les rêves et dans la ville,
semblant ramener bien trop souvent les fils de la trame jusqu’au Chais.
La réalité se mêle au rêve, l’un pouvant influencer l’autre, les
frontières devenant de plus en plus floues. Cette capacité d’agir par le
rêve implique des affrontements et des visites au delà du réel, au cœur
des espoirs et des peurs, ce qui les rend d’autant plus vivants. Le jeu
est habilement orchestré par l’auteure.
Cependant, si le flou
fantastique est bien construit, un sentiment de confusion s’invite sur
quelques courts passages le long du récit. Celui ci touche plutôt les
scènes secondaires, mais lorsqu’il amène à relire la même phrase
plusieurs fois pour comprendre comment les mots (simples) s’agencent et
quel est le contexte exact, la concentration est perturbée et l’effet
très visuel du reste du livre se trouve momentanément interrompu. Ce
ressenti dépendra de chaque lecteur et de son implication dans la
lecture, mais ne perturbe pas vraiment l’intrigue globale, heureusement.
Une frayeur communicative devant l’étau infernal qui se resserre inexorablement
En impliquant de nombreux personnages et en laissant les limites du réel s’effacer, Anne Fakhouri construit un récit réellement angoissant ; oppressant même. Le lecteur est capturé, malgré lui et de sa propre volonté à la fois et ne peut qu’avaler les pages pour, une fois le point final passé, se libérer de la désagréable et permanente sensation de sentir le souffle de la menace sur sa propre nuque. L’environnement glacial d’un mois de janvier et ses courtes et brumeuses journées ajoutent une dimension hostile ; l’intrigue quant à elle donne le vertige et entraîne toujours plus profondément, pour ne dévoiler sa trame qu’en dernière partie où tout s’éclaire et prend son sens. L’auteure crée sans cesse la surprise, amenant de nouveaux personnages et de nouveaux rebondissements qui alimentent l’intrigue et la peur. Des indices sont lancés dans plusieurs direction et les filets ramenés doucement, mais surement, autour du lecteur et de ses protagonistes, pour révéler un cauchemar ancien et puissant. Le récit prend des allures de conte pour adulte, émerveillant mais n’épargnant rien ni personne à la fois, terriblement esthétique et si noir qu’il en devient étouffant.
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