Fakhouri - La Brume des Jours - Librairie Libellune
Posté le 22 avril 2009
Le Clairvoyage et La Brume des Jours
Voici un roman que je ne suis pas prête d’oublier. « Le Clairvoyage » est l’histoire d’une petite fille qui découvre peu à peu un monde parallèle, complètement invisible aux « incroyants »(ceux qui ne croient pas aux fées). Dans cet univers, dont la fine frontière qu’il partage avec notre monde est poreuse, cohabitent fées, êtres fabuleux et légendaires. Tout ceci pourrait être parfumé à la rose et rester gentillet, mais détrompez-vous. Le texte d'Anne Fakhouri est un pur conte de fées, riche de symboles et références mythologiques. Au centre de son roman, cette fille, Clara, vient de vivre un grand malheur ; peu à peu face à sa douleur, elle découvrira qu’elle est « réceptive » à un autre monde, étrange et ambigu. Les fées n’y sont pas bienveillantes, l’auteure entretient un malaise permanent face aux êtres que le lecteur rencontre au fil des pages.
Lorsque j’ai fermé le premier volume de cette histoire, je me suis empressée d’ouvrir le deuxième, arrivé tout neuf, fin mars. Dans « La Brume des Jours », la suite, tout se complique. Après l’apprentissage du Clairvoyage, c’est le chemin, un chemin qu’on pourrait qualifier d’initiatique, que mène Clara aux côtés de ses amis. En acceptant une mission périlleuse, elle doit s’enfoncer dans le monde du Petit Peuple, prendre de graves décisions, faire des choix.
La grande force de ces livres réside sans doute dans l’esprit des
lieux que fait naître l’auteure. Sa facilité d’écriture nous permet d’y
croire. Chaque personnage est comme un prisme, dont chacune des
facettes nous est dévoilée au fil de la lecture. L’ambiance à la fois
ombrageuse, inquiétante, voire sinistre est sauvée parfois par une
pointe de lumière : la solidarité, le regain de vie, la victoire du
jour sur la nuit, l’espoir. Cette histoire est hantée par nos peurs
enfantines, nos cauchemars mais allégée aussi par nos doux rêves de
bonheur. Puis s’avancent au fil de la lecture la dualité des sentiments
qui habitent l’adolescente, la prise de conscience des conséquences de
ses actes, le courage et l’hypocrisie. Et surtout, nous croisons le
caractère irrémédiable des choses, l’acte de grandir, l’expérience, le
passé et les secrets que chacun garde en soi. Le temps, omniprésent
dans ce texte, est comme un seigneur qui contrôle nos vies.
J’aime enfin dans ce grand conte, l’absence de tout manichéisme. Anne
Fakhouri créée des femmes belles en surface et ténébreuses quand on
sonde leur intérieur, un corbeau, sujet de mauvais augure, bienveillant
à ses heures, sa jeune héroïne sous l’aura de l’innocence enfantine se
montre parfois bien méchante et égoïste. Clara me fait penser à Alice
mais la vaillante fera face à mille épreuves au péril de sa vie jusqu'à
faire clignoter l'existence de ceux qu’elle aime.
dimanche 5 avril 2009, Librairie Libellune