Le pays des rêves se meurt. Les créatures que sécrètent les jeux vidéos mettent à mal celles que génèrent le pays des rêves. Sept enfants, sept âmes pures, ont été désignées par la reine Dodo XI afin d'entreprendre une quête unique, sauver le pays des rêves par la force même de leurs propres rêves. C'est là que l'un des enfants du nom de Miranda connaît un accident à vélo. Gravement touchée, elle sombre dans un coma sans nom. Martin, son jeune frère, se voit un jour interpellé par un pélican. Mais voyons, un pélican ça ne parle pas. Dans son immense chagrin, Martin finira par prendre ce prodige comme un signe, mieux, une mission. Il devra, auprès d'une véritable chasse sauvage, quêter le monde des rêves afin d'en ramener sa sœur. C'est que rien n'arrive au hasard. Miranda fait partie d'un vaste plan, car sur elle seule repose tout le monde des rêves et donc la capacité qu'à l'homme de rêver. Bien plus, Martin devra mettre à l'épreuve autre chose dans ce récit, des valeurs comme l'honnêteté, le courage et l'abnégation. Car au bout du compte, avancer sur le chemin c'est changer, c'est s'améliorer, toucher au but c'est une réalisation, une maturation. Le chemin est souvent comme le but dans les contes, tout comme le voyage dans le grand dehors peut être la meilleure manière d'apprendre a se connaître soi-même.
Dans des décors champêtres et pittoresques, au moyen d'un verbe minutieusement mesuré à l'aune d'une sensibilité et d'un humour très féminin mais à aucun moment naïf, (le verbe de Marianne Eschbach entraîne les protagonistes dans cet arrière monde qui n'a jamais vraiment déserté la mémoire de l'enfant que chaque lecteur a été un jour C'est à la magie du conte animalier que l'auteur nous initie, et notamment Kipling, son fondateur et grand fabuliste devant l'éternel. Abreuvé de siècles de contes et du Roman de renard, des savoureuses déambulations du « Vent dans les saules », la plume tranquille de Marianne nous donne là une belle leçon d'écriture, mieux, de conte partagé. Au gré des pages qui nous racontent les pérégrinations d'un enfant perdu pour les autres, sa famille même, l'auteur nous établit peu a peu un autre rapport, un lien qui unira l'impossible amitié d'un monde qu'on pensait a jamais séparé du nôtre, celui des animaux. L'exercice du conte animalier est l'un des plus difficiles de l'écriture, menacé qu'il est d'une part par un double écueil d'une part la tentation onirique (se perdre dans le tout féerique) et d'autre part la tentation de la leçon de chose, la didactique simpliste mais bien une propedeutique, a savoir « préparer à ». C'est cette fonction qui rejoint quelque peu cet art de la maieutique si typique de l'esprit Grec, à savoir accoucher quelqu'un de ses propres contradictions sur les ventes advenues ou évidentes sans pour autant apporter de solution ou de réponse. Si le philosophe se contente de la question et de cette curiosité qui pousse à poursuivre, le fabuliste cultive également l'art de l'énigme mais qui passe ici par le sentiment.
La fin de ce roman est en cela significative de cette opération symbolique. Annoncée comme une sorte de folle espérance, elle rassure plutôt qu'elle inquiète, peut-être parce que s'adressant à des adolescents. Enfin, indiquer un topos aussi évasif que « L'autre côté " révèle une originalité de plus dans ce très touchant récit. Miranda (allusion à la loi Miranda 7) serait un peu ce conatus secret qui permet à la fois à Martin de connaître l'esprit d'une communauté de sentiment et l'existence d'un ailleurs. Dès lors, ce pays enchanté, peut revêtir à la fois les oripeaux d'un simple mot, une malice bien humaine pour symboliser un simple souvenir ou bien mieux sceller ce lieu qui n'est pas un lieu réservé à l'élitisme mais à l'élitaire d'une communauté virtuelle faite d'individualités auxquelles il appartient le droit et la liberté de trouver le chemin, un chemin même, mais différent pour chacun. C'est là la plus grande leçon de ce roman écrit avec toute la délicatesse d'une féminité a fleur de peau. Si Andréas avait marqué les esprits lors de la publication de son excellent K-West, sa dame avec "Le rêve de Miranda" pose là une pierre sacrée sur le même foyer jadis célébré par Michael Ende et cette fable merveilleuse que fut et restera "L'histoire sans fin". Un petit joyaux à faire lire aux plus jeunes et aux plus grands qui n'ont pas oublié le vrai chemin de l'émerveillement.
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