Briggs - Les chaînes du dragon - Les Chroniques de l'imaginaire
Posté le 17 avril 2009
Alors qu’il est équipé et armé pour la chasse, Stolon d’Hurog surprend une conversation qui ne lui est en rien destinée et dont la teneur ne lui dit rien qui vaille. En effet, il vient d’entendre les propos échangés par ses cousins, Kromdick et Beckram, et il est persuadé qu’ils concernent sa jeune sœur muette Ciarra. Certes, Stolon est un benêt, mais un benêt doté d’un physique impressionnant, aussi, lorsqu’il se dresse face aux jumeaux pourtant plus âgés que lui, l’un des deux ne peut s’empêcher de trembler face à la menace qu’il représente. Il s’avère qu’après quelques taquineries de Beckram, Ciarra, effarouchée, a pris la fuite par les égouts. Stolon n’a alors d’autre choix que d’entrer dans ces souterrains malodorants pour aller la récupérer. C’est en se traînant dans ces conduits plutôt étroits et inconfortables creusés par les nains, qu’il va faire des découvertes insolites et tragiques.
Au premier abord, il paraît surprenant de trouver cet ouvrage aux
éditions de L’Atalante car cela semble un poil éloigné de leurs
publications habituelles. Le style n’a rien de particulièrement
transcendant et le roman ne bouleverse en aucune manière les règles
classiques du genre. On en arrive assez rapidement à la conclusion que
l’on se trouve face à de la bonne grosse fantasy dépourvue de nuances,
dont on ne retiendra pas l’originalité en dehors de l’emploi du
présent. Néanmoins, si l’on s’arrêtait ici, on se tromperait lourdement
sur l’analyse puisque, en définitive, ce roman ne manque ni de finesse
ni de subtilité. Personne ne peut affirmer de manière péremptoire que
Stolon est un personnage éculé. Cet adolescent qui n’a trouvé d’autre
recours pour échapper à la violence de son père que de se faire passer
pour un idiot congénital est plutôt attachant et bien plus malin qu’il
n’y paraît au premier abord. De plus, c’est un magicien, ce qui ne
s’était pas produit dans la famille Hurog depuis des lustres, doublé
d’un être doué pour la manipulation car à force d’avoir endossé le rôle
du gentil attardé il ne sait plus réellement qui il est.
Le récit en lui-même échappe à la qualification de commun grâce à la
personnalité du héros, l’ambivalence et la profondeur des personnages.
Ceci est visible au travers des membres de la famille de Stolon par
exemple, profondément traumatisés par l’attitude brutale et autoritaire
de leur père et mari. Pour eux, la seule solution était de trouver une
échappatoire, un moyen de fuir une réalité nauséabonde et
insupportable, ce qui les oblige à vivre renfermer sur eux-mêmes. Le
traitement que subit l’histoire n’est pas banal non plus. Cette
affirmation est notable dans le peu de dimension affective que présente
le roman. Il existe, bien sûr, un attachement fraternel entre les
jumeaux, entre Stolon et sa fratrie mais il demeure une impression de
perversion dans chaque relation décrite comme si l’amour n’existait
plus ou comme si l’emploi du cynisme servait de protection.
L’attachement paraît assimilé à une faiblesse. Il s’agit d’un livre où
dominent la souffrance, la violence et le non-dit, quasiment dénué de
tendresse parce que ce n’est pas ainsi que fonctionne le pouvoir en
général et le clan Hurog en particulier. Ainsi lorsque quelques moments
de bonheur font leur apparition ils semblent aussitôt illuminés
l’intégralité du récit.
En conclusion, on peut dire que ce roman est loin d’être dépourvu
d’intérêt même si ce n’est pas l’œuvre du siècle. Il suscite le plaisir
de manière progressive, avec un départ lent suivi d’une montée en
puissance à l’instar de Stolon lui-même. On attend la suite avec
impatience.
Sig, Les chroniques de l'imaginaire, le 17 Février 2009