La musique comme langage
Né en 1922, Hans Bemmann a étudié la médecine, la langue allemande, la littérature et la musicologie. Outre ses activités d'éditeur, il a également écrit de nombreux romans dont La Pierre et la Flûte, qui le fera connaître, mais également quelques autres qui n'ont jamais été traduits en français : Erwins Badezimmer, oder die Gefährlichkeit der Sprache (La Salle de bains d'Erwin, ou Les Dangers de langue) qui décrit une dystopie basée sur les manipulations de la langue et une trilogie de fantasy Die Verzauberte (Les Enchantés), entre autres. La trilogie de La Pierre et la Flûte, parue en Allemagne en 1983, déjà publiée par l'Atalante en 1997, nous revient en 2009 chez Le Maedre, collection jeunesse de l'éditeur nantais.
Il était une fois...
La Pierre et la flûte nous
conte les aventures de Tout-ouïe, jeune homme à la voix douce, au grand
désespoir de son père, surnommé le Grand Hurleur, juge du village de
Fraglund. Alors qu'il est à la recherche de son grand-père, le Doux
Flûtiste, pour éclaircir le mystère d'une pierre qui lui a été confiée,
Tout-ouïe fait la connaissance de la belle Gisa, qui règne en despote
sur le royaume de Barleboog, tombe amoureux d'elle et accepte de régner
à ses côtés. Effrayé par ses propres actions, il finit par fuir
Barleboog pour se remettre à la recherche du Doux Flûtiste. Commencent
alors trois années d'errance, pendant lesquelle Tout-Ouïe cherchera à
réparer les erreurs que sa naïveté et sa méconnaissance de la nature
humaine l'ont poussé à commettre. Trois années pendant lesquelles il
entendra de nombreuses histoires, et s'exercera peu à peu à l'art
subtil de l'écoute.
Et ainsi de suite
Ecrit tout du long à la manière d'un conte, La Pierre et la Flûte
réussit avec le brio le pari de raconter une longue histoire sur le
mode de la tradition orale : avec son humour sous-jacent, ses motifs
récurrents, ses ellipses et ses grossières simplifications. Pour tenir
la longueur, Bemmann parsème son roman d'autres récits, qu'il s'agisse
de légendes traditionnelles ou d'histoires personnelles, que recueille
le héros des personnages qu'il croise sur son chemin. Peu à peu, à
force de personnages récurrents et de rappels historiques, toutes ces
histoires apparemment sans rapport finissent par se rejoindre et par
tisser un univers bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.
La Pierre et la Flûte se
lit avec grand plaisir, se dévore même, au rythme des mini-récits qui
le parsèment. On pourrait presque parler de fix-up - tout comme l'Homme illustré
de Ray Bradbury - si l'histoire principale, celle de Tout-Ouïe, n'avait
pas autant, voire plus d'importance que la somme des récits intercalés,
qui ne sont là que pour enrichir l'univers et approfondir certains
personnages. A mesure que sont révélés certains mystères - le passé
d'Arni, qui a confié la mystérieuse pierre à Tout-Ouïe, et sa relation
avec son grand-père, le Doux Flûtiste - d'autres naissent pour
maintenir le suspens et titiller l'intérêt du lecteur, qui ne lâchera
pas le livre avant la dernière page.
A noter que ce Livre premier,
bien qu'il ne soit que la première partie du livre allemand découpée en
trois volumes pour l'édition française, dispose d'une histoire bien à
lui et peut tout à fait se lire indépendamment.
C'est donc une bonne idée, de la part de l'Atalante, d'avoir choisi de rééditer La Pierre et la Flûte
dans sa collection jeunesse, tant la trilogie se prête au genre. On
aimerait bien, à présent, découvrir les traductions des autres romans
de Hans Bemman, encore inédits en France.
Clément Bourgoin, ActuSF, 6 mars 2009
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