Belmessous - Le Nouveau Bonheur français - Urbanisme
Posté le 09 juin 2009
L'auteur nous livre l'analyse d'un quartier modèle :Val d'Europe dans le secteur IV de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. Les champs de betteraves sont transformés enville des loisirs par un accord entre l'État et Walt Disney Company signé fin 1987 (plus de vingt ans après le lancement des villes nouvelles). Ceux qui y habitent sont aujourd'hui dans une ville tranquille-le rêve des classes moyennes-, dans une "cité idéale" isolée dans une France par ailleurs fracturée. Le modèle Disney est décomposéavec clarté dans cette enquête (réalisée en 2006 et 2007), qui présente de nombreux extraits d'entretiens (habitants, promoteurs, acteurs publics et privés de l'aménagement). Il apparaît avec brutalité que "la logique de l'entre soi domine" et que ses principes sont une vision néolibérale de l'espace, une affirmation de l'individualisme, une limitation des capacités d'autonomie des individus... Tout cela affiché, dit la multinationale Disney, dans "un lieu de complémentarité et d'énergie créatrice entre les loisirs, les activités économiques et la vie de tous les jours".Parmi les multiples questions qui interpellent le citoyen comme l'urbaniste, deux nous semblent dominantes et mériteraient de longs débats. Celles liées au rôle du privé : comment se présentent les rapports entre la compagnie Disney et l'État (sous sa forme d'établissement public), qui "feint d'être coproducteur des principes d'une société urbaine nouvelle dans un système d'acteurs et d'économie où l'on cherche en vain des traces d'autonomie communale ? Celles liées à la forme urbaine, la maison Disney étant imposée aux promoteurs sans qu'ils réagissent : petites maisons colorées avec un jardinet aux haies bien taillées, la rue est pour l'automobile et doit être inhospitalière pour le piéton... Une lecture facile et très agréable, mais dont l'objet fait peur tant la "vie heureuse" semble aller de soi dans ce quartier de ville. Là-bas, les hommes sont libérés du poids des autres... Là-bas, on peut être différent des autres (c'est-à-dire ni comme à Sarcelles ni comme à La Courneuve...).
"S'il y avait des Val d'Europe dans toute la France.la France irait mieux", conclut un enquêté ! Pour sa part, l'auteur s'inquiète de la mort du "vivre ensemble" comme véritéde cette nouvelle France urbaine. D'ailleurs, le Val d'Europe échappe à l'effort national de loger les plus pauvres.
Jean-Paul Biais, Urbanisme, mai-juin 2009