Agrimbau, Pietro - Fergus - Phénix web
Posté le 26 juin 2009
Quelle étrange cité que Promonthia. En plus des panneaux publicitaires à chaque coin de rue, d’immenses dirigeables obscurcissent le ciel et vous inondent de slogans. Les immeubles de certains quartiers pauvres ont pris la forme du nom de l’entreprise qui les ont fabriqués. Quant aux rats qui trainent, ils naissent avec un tatouage greffé au corps rappelant l’incroyable efficacité de la toute dernière « mort aux rats ». Pire encore, les hommes logos. Vous n’avez pas de thunes ou bien vous en voulez plus ? Alors acceptez qu’une entreprise vous offre plusieurs millions, en échange de quoi elle modifie votre ADN et vous donne l’apparence de sa mascotte. Vous savez, un peu comme le gentil bonhomme vert d’une certaine société de crédit. Sauf que là, c’est vous, en chair et en os. Et pas de retour en arrière possible.
Dans cette cité folle de la pub, il existe un détective appelé Fergus.
Un brin défaitiste, 100 % cynique, il accepte sa ville telle qu’elle
est. Le monde file ainsi, alors pourquoi résister ? se dit-il.
Seulement, le jour – ou plutôt la nuit – où des spams publicitaires
envahissent ses rêves, Fergus se rebelle. Imaginez l’horreur de la
situation. Votre rêve vous mène vers une délicieuse créature pleine de
promesses érotiques. Soudain, des bulles géantes de lessive déboulent
de toute part et la belle brune se transforme en femme logo. Comble du
comble, elle vous vante les vertus bienfaitrices de la lessive « Spark
».
Le lendemain, Fergus fait un tour au supermarket. Il croise une femme
et lui plaque brusquement son colt sur la tempe. Soit elle achète «
Spark, la seule lessive aux enzymes blanchissants », soit elle prend du
plomb dans la tête. Dingue, non ?
Il faut voir cette bd comme une vaste parodie de notre société. Ici, le
concept du consommer à tout prix est poussé à l’extrême. La fin vous
laissera sur le Q, d’ailleurs. Pardonnez-moi l’expression, mais il n’y
a pas meilleure définition. Quant au personnage de Fergus, c’est un
latin pur sang. Un mec quoi ! Avec ce qu’il faut de machisme et de
cynisme. Il a pour alliés son ex-femme militante anti-pub et Marcel,
son pote homme logo connu pour sa poisse. De quoi s’offrir un max de
situations plus rocambolesques les unes que les autres.
A noter que les auteurs sont Argentins. On sent la vivacité du propos,
le sang chaud des Hispaniques et leur goût prononcé pour les belles
demoiselles aux formes pulpeuses et au caractère affirmé.
Niveau punchy, ça rue dans les brancards. Action et rebondissements se
succèdent. Limite, je me croyais dans du Tarantino à la sauce
sud-américaine.
Avec tout ça, si vous ne dévorez pas « Fergus, la bd spam la plus déjanté du moment » !
Gérard Wissang, Phénix web, 5 juin 2009