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Honsinger - Coeurs d'acier - Le culte d'Apophis
Posté le 08 février 2017

H. Paul Honsinger est un écrivain américain natif de Louisiane et vivant désormais en Arizona. Cœurs d’acier est le premier roman d’une trilogie de SF militaire (De haut bord), présentée par L’Atalante comme étant dans la lignée des cycles d’Honor Harrington ou de la Flotte perdue. Une seconde trilogie est d’ores et déjà en chantier, et d’autres romans sont prévus dans un futur indéterminé.
Ce livre raconte l’histoire de Max Robichaux, un Cajun de 28 ans, qui se voit confier le commandement de l’USS Cumberland, un destroyer chargé d’aller jouer au corsaire dans une zone spatiale franche où s’approvisionnent les Krags (des extraterrestres dont le Dieu a décrété que la race humaine devait être détruite) et de perturber leur ravitaillement et leurs échanges commerciaux. Une tâche qui va s’avérer d’autant plus périlleuse que l’équipage de son nouveau bâtiment a une lourde réputation d’inefficacité, et que certains de ses officiers vont se mutiner contre sa reprise en main de la situation et une mission perçue comme quasi-suicidaire…
Vous remarquerez l’illustration de couverture de très grande qualité, signée Gene Mollica. Le personnage très réaliste, l’effet de perspective et le remarquable travail sur les couleurs sont admirables. La troisième de couverture nous montre les illustrations des tomes 2 et 3, qui sont… encore plus belles !

Univers, genre(s), inspirations, ressemblances (ou pas)
Il y a effectivement certaines ressemblances avec le cycle d’Honor Harrington (HH), mais avec un contexte politique beaucoup moins développé et de nombreuses races extraterrestres en plus. D’ailleurs, l’ennemi n’est pas une autre nation humaine (outre l’Union terrienne, il y a d’autres entités politiques constituées par des humains, mais elles sont neutres dans le conflit et ne représentent que 95 planètes sur les 611 colonisées), mais une espèce alien qui ressemble furieusement à des Skavens de l’espace, les Krags. Ils veulent exterminer les humains parce que telle est la volonté de leur Dieu. Au moment où le récit démarre, le conflit dure depuis 34 ans. Signalons que certaines des nations neutres sont assez folkloriques, comme les Romanoviens par exemple.

Il faut signaler qu’il existe de nombreuses autres races extraterrestres dans l’univers du roman (trois douzaines, pour être précis), dont deux sont entraperçues et une est un peu plus décrite à la fin du livre. Elles sont parfois nettement plus avancées que les humains ou les Krags. L’échelle spatiale est vaste, puisqu’on s’étripe sur des milliers d’années-lumière de distance (l’espace connu s’étend sur tout le bras Orion-Cygne, pour les connaisseurs). […] Ce qui est amusant, c’est que les réactions de ces races à l’émergence des humains en tant que puissance majeure sont remarquablement similaires à celles que l’on peut voir dans le cycle phare de David Brin : ils sont quasi-unanimement considérés comme des parvenus.

Par rapport à HH, sur un pur plan technologique, il y a des ressemblances, comme deux modes de Propulsion plus Rapide que la Lumière (PRL), dont un qui met en jeu des points de saut (et un autre qui sort tout droit de Star Trek), une prépondérance des missiles sur les armes à énergie, des armes individuelles quasi-identiques, des vaisseaux stratifiés par tonnage, avec des désignations identiques à celles utilisées lors de la Seconde Guerre Mondiale (croiseur de combat, cuirassé, porteur d’escorte, destroyer, etc), des compensateurs d’inertie, des générateurs à fusion, etc, bref de nombreux points communs. Il y a cependant des différences, et pas des moindres : une emphase sur les armes blanches qui rappelle plus Starship Troopers que HH, des vaisseaux qui, à désignation identique (croiseur, frégate, etc), ont un tonnage moyen divisé par… cent par rapport à HH (un cuirassé pèse ici 65 000 tonnes au maximum, pas dans les 7 millions comme un supercuirassé Manticorien), et des tubes lance-missiles qui rappellent plus ceux d’un sous-marin que ceux d’un quelconque vaisseau de combat de la FRM (en clair : il y en a beaucoup moins).

A la base, c’est de la SF militaire, même s’il y a une légère touche post-apocalyptique. En effet, l’auteur a voulu revenir aux sources même d’Honor Harrington, à savoir les sagas navales et napoléoniennes mettant en scène Horatio Hornblower, Jack Aubrey (la très grosse influence de l’auteur de ce dernier est très clairement reconnue dans les remerciements), etc. Ce qui signifie une absence de femmes à bord des vaisseaux de guerre et la présence d’enfants et d’adolescents en tant que cadets. Il lui a donc bien fallu trouver une explication logique au fait que dans ce futur, il n’y a pas une seule femme dans les équipages et que par contre, en plus des hommes adultes, il y a des garçons. Autant le dire tout de suite, son explication tient la route, et c’est donc habilement qu’il peut concilier modernité et structure des équipages calquée sur la fin du dix-huitième ou le début du dix-neuvième siècle ! […]

Au final, nous avons donc quelque chose qui, par certains côtés, est identique ou quasiment au cycle phare de David Weber, par d’autres est plus simple (moins d’emphase sur la politique, contexte brossé à bien plus grands traits), par d’autres, encore, est différent, et qui par d’autres côtés, enfin, va plus loin dans la ressemblance avec la littérature militaire navale qui a inspiré aussi bien le papa de Honor Harrington que H Paul Honsinger. J’avais beaucoup aimé le film sur Jack Aubrey (Master and Commander) avec Russell Crowe dans le rôle-titre, et j’y retrouve la même ambiance du commandant expérimenté qui prend sous son aile des cadets terrifiés mais résolus à accomplir dignement leur devoir. La seule vraie différence est dans l’absence du fameux « Monsieur » avec lequel les supérieurs désignent leurs subalternes, y compris les cadets de huit ans.

Une dernière grosse différence est à signaler avec Honor Harrington : la taille du roman, 440 pages, ce qui est beaucoup, mais alors beaucaoup plus court que le roman moyen de l’Honorverse (cycle principal ou les deux dérivés), qui se balade le plus souvent entre 800 et 1100 pages.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ce roman s’inspire autant de Tom Clancy que de David Weber, de Patrick O’Brian (Aubrey) ou de C.S. Forrester (Hornblower), avec quelques touches discrètes qui évoquent Scalzi ou Tanya Huff (au niveau des nombreuses races extraterrestres), et une ambiance globale qui navigue entre début du 19ème et guerre froide sous-marine. […]

En conclusion
Ce roman fait une habile fusion entre le style et les caractéristiques de la littérature militaire navale (Jack Aubrey, Horatio Hornblower) qui inspira David Weber et les livres consacrés à la guerre sous-marine de Tom Clancy. Il se sert d’une petite touche de post-apocalyptique pour justifier le fait que les femmes soient absentes des vaisseaux de guerre en cette année 2315 mais que, par contre, des garçons de huit ans (pour les plus jeunes) y servent en tant que cadets. […] Je lirai sans aucun doute les deux tomes suivants. De plus, c’est à signaler, je trouve que ce roman constitue une très bonne porte d’entrée pour quelqu’un qui voudrait se lancer en douceur dans la SF militaire (spatiale), puisque c’est plus digeste que les nombreux et très gros tomes d’Honor Harrington (à moins d’être complètement allergique aux omniprésents acronymes militaires).
 
Apophis - Le culte d'Apophis


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Scalzi - Les enfermés - De livres en livres
Posté le 01 février 2017
Un one-shot à l'univers recherché, un plaisir de lecture !

J'ai trouvé que ce livre est assez éloigné des autres romans de l'auteur que j'ai pu tester jusqu'ici, surtout parce qu'il ne possède pas l'humour qui était vraiment très présent dans les autres. Ce n'est pas un mauvais point je précise, parce que l'humour on peut totalement passer à coté (comme ça a été mon cas sur Redshirts par exemple).

Nous somme ici vraiment dans un livre d'enquête, le tout dans un univers de science fiction.
Les enfermés m'ont fait penser au premier tome du cycle de Takeshi Kovacs, ou le corps d'une personne peut être "habitée" par un autre ce qui pose toujours plein de complications dans les enquêtes policières.
Après c'est vraiment le principe qui se rapproche, en dehors de ça les deux livres n'ont pas vraiment de points communs.

L'univers est vraiment recherché, à tel point que certaines fois j'avoue que j'ai du relire certains passages parce que je n'avais pas vraiment compris les explications scientifiques, elles n'étaient pas claires dans mon esprit, ce qui m’empêchais de comprendre le moment en question de l'enquête. Mais heureusement quand je parle de "certaines fois" c'est maximum deux, le reste du temps l'intrigue est vraiment bien menée et simple à comprendre. En fait on est dans une enquête ou on avance de découverte technique en indice, le coté humain est très présent.

J'ai bien aimé les références geek, par exemple le fait qu'on appelle les "transports robots" des Cispés (en référence à star wars), il y a plein de clin d’œils tout du long qui sont vraiment très sympa !
J'ai aussi adoré le problème de fond du roman : la santé doit-t-elle être d'état ou privée.
C'est un thème qui est très d'actualité en se moment aux USA avec l'Obamacare, et donc il représente un bon sujet sur lequel se pencher, très sérieux. Faut-il laisser les enfermés qui n'ont pas moyen de se payer des transports (humains ou robot) sombrer dans une situation inhumaine en quelque sorte; ou mercantile ou leur esprit deviendrait un produit de consommation, ils seraient assommés de publicité pour se payer une vie .
Cette interrogation est vraiment au centre de l'intrigue ce qui fait de ce livre en plus d'un policier une bonne critique de la société que pourrait devenir notre monde.
 


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Bordage - Abzalon - Babelio
Posté le 01 février 2017
Pierre Bordage nous offre un roman SF dans la grande tradition des voyages sans retour. La planète Ester est condamnée à brève échéance ; ses gouvernants, qui organisent le pillage incontrôlé des ressources naturelles — croissance infinie dans un mode fini est le précepte là-bas aussi — ont tout de même conscience de cela. Ils montent donc le projet de migrer vers un monde lointain, mais avant le grand mouvement, il faut tenter l'expérience à une moindre échelle, si possible avec des populations sacrifiables. le vaisseau interstellaire Estérion va donc accueillir les survivants de l'ignoble pénitencier de Doeq d'un côté et la population de la culture kropte — qui m'a fait penser aux Amish dans lequel on aurait ajouté la notion de peuple élu des Juifs — de l'autre, pour un voyage de plus d'un siècle sans technologie d'hibernation. C'est l'histoire de ce voyage que l'auteur nous conte.

« Conte ». le mot est lâché. C'est l'atout principal de Bordage qui veut, avant tout, nous raconter une histoire, nous passionner avec elle. Il y intègre une masse d'éléments qui, s'ils étaient trop développés, nuirait à la fluidité du récit, nous sortirait de l'histoire. Mais Bordage maîtrise. La technologie est détaillée mais comme un fil d'or qui vient embellir une belle robe de soirée ; pas de Hard Science ici. L'auteur ne cesse de passer des messages, de nous faire part de sa mauvaise opinion sur notre société, à l'instar d'un Alain Damasio. Mais ces messages s'insèrent dans le conte, l'éclairent comme des tatouages sur une peau blafarde. Si on le désire, on peut les oublier et se contenter de se laisser bercer par le conte. Les personnages qu'il met en scène — Abzalon, Ellula, Loello, le Taiseur, Eshan, l'eulan Paxy — sont profondément touchants ou abominablement détestables.

Je suis bluffé par la complexité sociale que l'auteur parvient à construire l'espace d'un seul roman, même s'il s'agit d'un pavé. le nombre de groupes distincts et spécialisés qui se heurtent en cherchant à guider la destinée des peuples d'Ester m'a ramené à la bouche un arrière-goût de Dune de Franck Herbert. Et même si ce n'est pas le sujet principal, Bordage parvient à faire ressentir l'exotisme de la planète-mère non pas à force de description à la Jack Vance mais par à travers les réminiscences nostalgiques des passagers de l'Estérion.
Mais là où Bordage est le plus fort, c'est quand il nous décrit les enfers humains. le pénitencier de Doeq atteint des niveaux de violence parfois difficilement supportables qui ne sont pas sans rappeler les livres de Caryl Ferey, et l'enfer de la vie d'Ellula, des femmes en général, au sein de la société kropte est encore pire. C'est bien connu, les religions laissent la meilleure place aux femmes : celle dont on ne risque pas de tomber plus bas. Combien de fois ai-je eu envie d'attraper ces patriarches kroptes par la barbe et leur faire manger le trottoir ?

Bordage est un génocide à lui tout seul. Il tue des millions de gens d'un revers de plume, sans sourciller. Je me suis parfois retrouvé dans l'Ange de Abîme. Ce qui ressort de ces carnages, de ces infâmes comportements humains est une désillusion profonde, un abattement quant à la nature de l'homme. Pourtant, l'auteur admet qu'il est permis à un homme de changer, de s'adoucir, de s'intéresser à son prochain, pourvu que son environnement le lui autorise ; c'est flagrant dans le changement d'Abzalon et des deks dès lors qu'ils n'ont plus à lutter pour une bouchée de rat ou un bout de couchette. Cependant, remettez-les dans un environnement où la sélection naturelle joue à plein et la violence revient au galop.
Pour changer l'homme de manière définitive, Pierre Bordage n'a pas d'autre solution que de le transformer en quelque chose qui n'est plus humain. C'est le sens des prêches de Djema ou des préceptes des énigmatiques Qvals. L'homme doit abandonner le temps, se fondre dans le présent, renoncer au désir, à se projeter dans le futur, tout cela dans le but de le débarrasser de sa part de Mal. On n'est pas loin de l'éveil bouddhique ou de l'accès au Paradis. Je rejoins Ursula le Guin et sa vision taoïste ici : l'homme est qualifié par ses parts d'ombre et de lumière. Par conséquent supprimer une de ces parts, c'est transformer l'homme en quelque chose qui n'est plus l'homme.
 
Relax67 - Babelio


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Sawyer - L'artefact - Le culte d'Apophis
Posté le 31 janvier 2017
Quand Avatar et Aliens rencontrent Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, on obtient un excellent roman au carrefour de la SF de divertissement et de la SF « intelligente »

Jamie Sawyer est un écrivain britannique qui, dans la vie de tous les jours, est avocat. L’artefact est le premier tome d’une trilogie de SF militaire nommée Lazare en guerre, qui comprend également une novella (Redemption). Un nouveau livre (Pariah) se passant dans le même univers est annoncé (en VO) pour septembre, apparemment le premier d’un nouveau cycle appelé The Eternity war.

Nous suivons, dans le futur, une branche récente de l’armée qui fait « piloter » par téléprésence à ses soldats des corps artificiels, optimisés pour le combat. Oui, oui, un peu comme dans Avatar. Sauf que cette fois, il ne s’agit pas du tout d’une fable écologiste, que la plupart des protagonistes sont tout à fait heureux d’être dans l’armée (on peut même dire qu’ils y sont accros, comme à une drogue, ce qui est d’ailleurs une des thématiques du livre), et que le ton, très noir, n’est pas du tout le même. Ce n’est pas seulement, comme on aurait aussi pu le penser, une allégorie des pilotes de drones, et de la déshumanisation (si j’ose dire) de la guerre, vue, dès lors, comme un jeu vidéo, où les gens tués ne sont que des abstractions sous forme de pixels. Non, ce qui est vraiment au centre de ce roman, c’est la mort, la « résurrection », la chute depuis l’état de grâce (guerrière), et surtout la psychologie (très développée) des personnages. Et comme je le disais, c’est très noir. Il y a du Apocalypse Now / Au cœur des ténèbres, là-dedans. Et pas qu’un peu.


Univers
Nous sommes en 2279. L’humanité s’est propagée dans les étoiles, sous la bannière de deux blocs antagonistes : l’Alliance (pays du continent américain, Europe, monde occidental en général, Mondes arabes unis) et le Directoire (qui réunit des pays asiatiques : Chine, Corée unifiée, Confédération Thaïe, etc). Ce dernier a lancé une attaque nucléaire sur l’Amérique, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut jadis. Notre pauvre planète a aussi subi des désordres d’ordre climatique, puisque l’auteur nous parle d’une cité Antarctique, de l’opéra de Sydney a-demi submergé, et des canaux du centre de Londres.
[…]

Intrigue
Harris et son équipe sont cantonnés à Cap-Liberté, la plus grande station spatiale militaire en bordure de la zone de quarantaine. Après une scène d’ouverture choc (dans un esprit très Space Hulk), Harris est briefé par un aréopage de militaires et de cadres corporatifs (là encore, dans un esprit très Aliens) à propos de l’Opération clef-de-voûte. Elle consiste à se rendre, grâce au croiseur de combat VAU Oregon, sur Hélios III, une planète sur laquelle a été repéré (il y a cinq ans), grâce au signal qu’il émet, un artefact extraterrestre, une structure d’une taille colossale (un Big Dumb Object quoi !).

Le signal émis a une intéressante propriété : il attire irrésistiblement les Krells. Et ils sont tellement fascinés qu’on peut danser la Zumba autour d’eux sans se faire massacrer. Si, si. Bref, les possibilités de militarisation de cette émission sont grandes. C’est donc pourquoi on a expédié sur la planète, il y a plusieurs années, le professeur Kellerman, la superstar des services scientifiques de l’Alliance, assisté de 2000 personnes. Une grande base a été bâtie, pour étudier l’artefact tout en se cachant des Krells. Il y a 6 mois, elle a cessé d’envoyer des rapports.

La mission du capitaine Harris et de son équipe est d’aller sur place, en opérant leurs Simulants depuis le croiseur Oregon (ce monde est trop loin de leur base d’opération habituelle pour une transmission directe). Et c’est en fait là qu’est tout le problème : la localisation du système Hélios. Il se trouve dans le Maelström, un amas d’étoiles entouré d’un halo mortellement dangereux de planétoïdes, doté d’une densité très inhabituelle de trous noirs et de pulsars, parcouru de distorsions gravitationnelles, et quasi-complètement inexploré. Et pour cause : c’est la région de l’espace dont sont originaires les Krells ! Y aller, c’est donc prendre le risque de violer le traité et de relancer une guerre totale, d’extermination. 
[…]

Personnages, écriture, ambiance, inspirations
Conrad Harris est un personnage extrêmement solide : la narration à la première personne est très immersive, d’autant plus que l’auteur utilise assez régulièrement un système de flash-backs pour expliquer son comportement et ses motivations. La chronologie des révélations est d’ailleurs assez bien maîtrisée.

L’écriture est tout aussi solide, nettement plus que pour de la SF militaire moyenne et pour un nouvel auteur. L’ambiance est moins héroïque ou patriotique que désabusée, et surtout noire : ça rappelle presque le ton du narrateur dans un film sur la guerre du Vietnam, comme Platoon, par exemple. Harris, comme vous le découvrirez, en a bavé, et comme le diraient Perceval et Karadoc, « il en a gros ». Il y a quelque chose d’indéfinissable qui m’a rappelé l’atmosphère de certains récits d’Hypérion, même si c’est sans doute plus personnel qu’une évidence flagrante, universelle et incontestable. Enfin, un point est inspiré par Bruce Sterling ou Peter Hamilton, mais je vous laisse découvrir cela dans le roman.
[…]

Thématiques
Ce livre est en partie une allégorie de la guerre vue comme un jeu vidéo par des soldats qui, aux commandes de leurs drones, bien à l’abri aux USA, mènent en temps réel des missions de combat à l’autre bout du monde, tuant sans remord des choses qu’ils perçoivent comme des tas de pixels sur un écran, alors qu’il s’agit en fait d’êtres humains. C’est cette abstraction de la guerre, cette technologie qui offre enfin un espoir du fameux « zéro mort » si chères à nos sociétés occidentales et en totale contradiction avec l’histoire multi-millénaire de la guerre, qui est en partie dénoncée ici. Ce qui est intéressant, c’est de voir des soldats qui n’ont plus combattu dans leur propre corps depuis dix ans (Conrad Harris), voire même jamais (Blake), se retrouver obligés de le faire suite à des circonstances imprévues. A cet égard, la réflexion d’un des personnages est particulièrement éclairante : « Putain ! Putain ! C’est pour de vrai !« . Plus d’abstraction ici, la mort du Simulant n’est plus un simple « game over » (certes non dépourvu de risques pour le corps ou le cerveau réels, comme nous l’avons vu), et c’est la plus grande peur de tout opérateur des SimOps qui se concrétise : être forcé de combattre dans son corps naturel, humain, imparfait, fragile, limité (il est frappant de voir, par exemple, à quel point les armes standard des simulants sont difficiles à manier lorsqu’on ne dispose plus de leur force surhumaine). Car la chute depuis l’état de grâce, depuis ce statut de demi-dieu de la guerre, est aussi un aspect de ce roman.

L’autre grande thématique du roman (à part la folie, le mysticisme, et le fait d’être accro au combat, à la guerre) est la mort : celle qu’on donne, dans ces corps plus-que-parfaits, celle dont on fait l’expérience, encore et encore et encore au fil des missions, celles qu’on revit, en esprit, dans ses rêves. La mort… et la résurrection, quelque part : car se déconnecter d’un Simulant en train de mourir, c’est quelque part revenir d’entre les morts.
[…]


En conclusion
L’artefact est, bien au-delà de la SF militaire, un roman de science-fiction remarquable, qui se sert de l’ailleurs et de demain pour explorer des thématiques extrêmement profondes : abstraction et déshumanisation de la guerre via l’utilisation croissante de drones, mort, folie, mysticisme (l’auteur s’est puissamment inspiré de Conrad et de Coppola, Kellerman n’étant qu’un autre Kurtz), traumatismes psychologiques, etc. Mais même sur un pur plan baston, ce mélange d’Avatar, Alien / Aliens, Warhammer 40 000 et Apocalypse Now vaut le détour, grâce à son ambiance noire et désabusée, grâce à son rythme savamment étudié, à la psychologie très développée de son personnage principal et à son côté prenant, parfois coup-de-poing. Bref, un excellent livre, alliant SF populaire « de divertissement » et SF « intelligente ».

C’est avec une franche impatience que je vais maintenant attendre les suites de ce premier tome extrêmement solide.
 
 


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Carey - Celle qui a tous les dons - La bibliothèque du Dolmen
Posté le 31 janvier 2017
Voilà un roman dont on sait peu de choses quand on lit le résumé et la couverture ne nous guide pas plus. Mais j'en avais eu de bons échos (il était aussi sélectionné pour le prix CEZAM 2016) et j'ai donc foncé, surtout quand j'ai appris qu'une adaptation cinéma était en cours. Au départ, on ne sait pas trop où on est ni ce qui se passe. On découvre le monde à travers les yeux de Mélanie et cette gamine a un univers très limité : sa cellule, la salle de bains commune, la salle de classe. Ses seuls contacts se limitent aux autres enfants comme elle qu'elle ne voit pratiquement qu'en classe, aux moments des repas et aux douches, aux militaires qui l'escortent d'un endroit à un autre et les différents professeurs qui leur font cours. Cela donne une ambiance étouffante, pesante, inquiétante car on est comme Mélanie : on ne sait pas trop ce qui se passe. On apprend certaines choses au compte-goutte, ce que les professeurs veulent bien révéler aux enfants (on apprend ainsi qu'on est en Angleterre, qu'il y a eu une « Cassure », que le monde n'est plus le même, qu'il y a eu des morts). Bon, même si le lecteur reste dans le flou, il n'a pas l'âge de Mélanie et il est facile de se douter de beaucoup de choses … à part qu'on attend d'en avoir la confirmation.
Le roman bascule alors dans l'action (après la contemplation) mais il faut quand même attendre presque 150 pages pour voir cette seconde partie arriver. Et là, la base est attaquée et la fuite commence : un petit groupe de personnes, des militaires, une scientifique, une professeure et bien sûr Mélanie, vont se retrouver sur la route en proie à tous les dangers. Les personnages se révèlent attachants et on a l'occasion de tous les découvrir en détail, ce qui les rend plus humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. On va donc avoir des réponses à beaucoup de questions, des explications, de l'action, des moments d'émotion, de peur, de colère, de désespoir mais aussi de la détermination, de l'entraide, de l'amitié et de l'amour.
Si la seconde partie est plus classique et plus prévisible, elle reste intéressante car le roman, en optant pour un point de vue inhabituel sur les zombies, permet de renouveler partiellement le genre. Cette originalité permet aussi de se poser des questions sur la façon dont on perçoit le genre humain, la civilisation qu'on a bâtie, sur les réactions qu'on peut avoir vis à vis de ce qui est différent. La fin est à la hauteur de l'ensemble car elle est elle aussi étonnante même si elle m'a laissée un peu dubitative sur l'avenir qu'elle laisse entrevoir. J'ai donc trouvé que c'était une bonne lecture, différente des habituelles histoires de zombies et bien menée, avec ce qu'il faut pour dévorer rapidement ce livre.
 


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En mars 2017, tous les ebooks de Javier Negrete à 4,99e
Posté 14 mars 2017 -

En numérique, le mois de mars est dédié à un écrivain espagnol : Javier Negrete. Découvrez « Alexandre le grand et les aigles de Rome », « Le Myther d’Er ou le dernier voyage d’Alexandre le Grand » ainsi que la série Chronique de Tramorée à 4,99 € chez tous vos revendeurs numériques. Bonne lecture !

javiernegrete_site.png

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Les enfermés de John Scalzi, lauréat du prix Bob Morane 2017
Posté 09 mars 2017 -
Les lauréats du prix Bob Morane 2017 ont été annoncés.
Pour notre plus grand plaisir, le lauréat de la catégorie romans traduits est John Scalzi pour Les enfermés (traduit par Mikael Cabon).

lesenfermes2.jpg

 

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Une nouvelle sur le système Trappist-1 par Laurence Suhner
Posté 28 février 2017 -

Laurence Suhner est l'auteur d'une nouvelle en lien avec la découverte du système planétaire Trappist-1. La version anglaise de sa nouvelle, The terminator, écrite en collaboration avec les astrophysiciens de l’équipe de Michaël Gillon a été publiée dans la revue Nature de ce mois de février et relayée sur le site de la Nasa. Pour la lire en français, rendez-vous sur le site de l'auteur.

Version anglaise / Version française

theterminator3.jpg

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Manuscrits
Posté 27 janvier 2017 -
Nous avons pris la décision, à partir du 1er février, d’interrompre la réception de manuscrits pendant quelques mois et nous réfléchissons à une nouvelle méthode pour les traiter. Tous les manuscrits déjà reçus avant cette date seront lus. Cependant, n’hésitez pas à préparer vos textes, à les peaufiner, car nous vous signalerons comment les envoyer, et surtout quand. Alors suivez-nous sur les réseaux sociaux, des informations arriveront d’ici l’été.
Stay tuned !
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Posté 21 janvier 2013 -

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Les Croisades d'Unnord 22ème édition
Posté le 25 janvier 2017 par les croisades d'unnord
Bonjour à tous ! Je vous écris pour vous annoncer que la 22ème édition des Croisades d’Unnord est en marche avec, cette fois encore, un nouveau thème qui sera : Au-delà des apparences. Cette année [...]