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Eschbach - L'or du diable - Babelio
Posté le 19 février 2018
Diantre ! (équivalent de "diable !") :)
Un grand merci aux Editions l'Atalante de m'avoir fait découvrir Andreas Eschbach, auteur majeur de la science fiction allemande contemporaine, et je comprends pourquoi après lecture de cette petite pépite.
L'Or du Diable est un voyage alchimique mystérieux. Avec un nombre d'ingrédients impressionnant qui forment un tout cohérent dont je me suis proprement délecté.
Un plongeon dans des contes Moyenâgeux retraçant l'histoire de cet Or maudit, transmuté grâce une pierre mystérieuse, qui sème grandeur et décadence partout où elle est utilisée. 
Grâce à des intrigues et une trame narrative prenant place dans notre monde contemporain, rondement bien menées, vous ne vous ennuierez pas un seul instant .
Grâce aussi à des réflexions philosophiques brillantes et des connaissances ésotériques troublantes, qu'elles soient vraies ou non importe peu, tant j'ai été entraîné et propulsé dans cet univers mêlant contes historiques, buts véritables de l'alchimie, physique contemporaine, soif de pouvoir et d'immortalité. Tout cela avec une maîtrise et une intelligence d'écriture rarement lues. 
 
"La cellule n'a pas bougé de place et sans doute la clé se trouve-t-elle toujours dans la serrure. Si on ne la voit plus, c'est que Mendegger a réussi à la transférer sur un autre plan d'existence. A l'aide de la pierre bien entendu.[...] Nous n'avons généralement conscience que d'un seul plan d'existence, celui où nous séjournons nous-mêmes. le monde ordinaire pourrait-on dire. Mais il en existe un nombre infini au même endroit, dans le même temps, seulement séparés les uns des autres par leur niveau d'énergie".
 
Brillant.
Un Must-Read. Un Must-Have. Conviendra tout aussi bien aux lecteurs de Fantastique, qu'aux lecteurs de Thriller/Polar historique.
 


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Paquet - Faux-semblance - Chut... Maman lit !
Posté le 19 février 2018

L'année dernière, j'ai eu l'occasion de découvrir Olivier Paquet au travers de son dernier roman Jardin d'hiver (avec une superbe couv' d'Aurélien Police) et j'ai bien aimé son univers post-apocalypse entre terrorisme écologique et fanatisme technologique. Du coup, quand j'ai vu le recueil de nouvelles Faux-semblance chez mon libraire, je me suis laissée tenter.

Quatre zones de conflit. Entre humains et extraterrestres ; entre mémoire et oubli ; entre adultes et enfants ; entre nature déchaînée et ce qu’il reste de la civilisation. Sous les cieux étrangers de galaxies lointaines, sur des champs de bataille envahis de cadavres, ou bien face à la vague qui a tout balayé, il faut imaginer de nouvelles façons d’aller plus loin. Même s’il faut achever de détruire pour renaître. Les personnages d’Olivier Paquet ne renoncent jamais. Ce sont avant tout des survivants, des héros abîmés qui tentent de redonner du sens à leur vie. Grâce à la catastrophe qui les a laissés nus, ils redécouvrent ce qu’ils sont. Et ils trouvent la force de tendre la main vers l’autre, l’étranger, pour ouvrir ensemble des portes.

Je lis peu de recueils de nouvelles et pourtant c'est un style de prose que j'apprécie beaucoup. Je trouve que cela permet de découvrir un auteur d'une autre manière et c'est parfois agréable de découvrir un univers sur seulement quelques pages. Avec Faux-semblance, Olivier Paquet nous propose 4 nouvelles dans un style SF ou Fantastique et je dois dire que le rendu est plus que convainquant.

La première nouvelle : Synesthésie est la nouvelle la plus longue. Dans un univers SF, qui arrive à se révéler dense en peu de pages, on part sur une planète lointaine assiégée par des extraterrestres plus qu'hostiles dans une ambiance de guerre galactique. Sur cette planète où des humains vivent en harmonie avec les autochtones, les vaisseaux arkosiens menaçants demandent l'ouverture de "la porte" au gouverneur humain. Cette "porte" piloté par une IA peu commune et qui permet aux humains et à ceux qui les accompagnent de voyager de planète en planète, va faire l'objet de négociation entre le représentant des Arkosiens et le gouverneur de la colonie. Sachant que le voyage à travers la porte est lié au sentiments, aux émotions qui rattachent l'humain et l'individu qui l'accompagne. Cette nouvelle se révèle pleine d'interrogations sur l'avenir de l'humanité et son rapport aux espèces radicalement différentes d'elle, mais aussi extrêmement sensible dans la description de la recherche de la connaissance de l'autre.

Le deuxième nouvelle : Rudyard Kipling 2210, une nouvelle de SF qui fait écho à l'histoire du poète - écrivain Rudyard Kipling qui perdit son fils à la guerre à l'age de 18 ans et qui devint alors commissaire aux sépultures de guerre. A l'époque de la nouvelle, l'humanité est en guerre avec les Rôdeurs mais les batailles spatiales sont rares et la plupart des zones de conflits se situent au sol où les soldats sont des fantassins. Dans cette guerre, Rudyard Kipling est commissaire aux sépultures de guerre, charge à lui de fournir des sépultures à ceux tombés au front. Olivier Paquet nous parle ici de la perte d'êtres chers et de la difficultés d'aller de l'avant après ces tragédies. C'est peut être la nouvelle qui m'a le moins convaincue, le thème sonne juste mais les personnages un peu moins.

L’odeur du champ de bataille est toujours la même : écœurante et triste. Le parfum de la chair brûlée et la fragrance de la mort sont persistants : ils perdureront, même lorsque les stigmates des combats se seront effacés. Je devrais m’y habituer, mais jusqu'à ces dernières années, je n’avais jamais eu l’occasion de venir après la victoire. Désormais, c’est mon métier. 

La troisième nouvelle : Cauchemar d'enfants nous présente une société (futuriste ?) où les enfants ont littéralement pris le pouvoir. Dans cette société, les adultes ont pour obligation de pourvoir à tous les "besoins" de leurs enfants : nombre de jouets offerts par mois, temps passé devant la télé ou l'ordinateur, nourriture, vêtements tout doit être fait pour la satisfaction des enfants. Dans cette nouvelle, nous suivons un policier adulte et son supérieur un adolescent de 14 ans appartenant à la police parentale. Ils enquêtent sur les délits liés aux droits des enfants : revente de jouets au marché noir, détournement d'allocation donnée par le conseil des enfants... Certains adultes les pratiquent pour pouvoir se payer quelques distractions pour "vieux". J'ai trouvé cette nouvelle presque terrifiante par les décisions immatures prises par les enfants et le climat de peur et de résignation ressenti par les adultes. Un univers poussé à l'extrême qui se montre dérangeant surtout avec sa petite note de vérité sous-jacente.

La quatrième nouvelle : Une fille aux pieds nus nous parle avec beaucoup de sensibilité et de douceur d'une ville ravagée par un tsunami, de ce qui se passe une fois que la vague est repartie. Nous suivons une jeune fille qui après la dévastation, déambule dans les décombres. Elle croise d'autres rescapés à la recherche de proches pour finalement errer jusqu'au plus proche poste de secours. Un récit court et poignant sur ses familles que la catastrophe a séparé, sur cette injustice qui frappe sans prévenir. Un récit finalement très actuel et émouvant où Olivier Paquet sait donner un ton très juste à son récit.

La ville entière avait disparu dans un amas de débris, avalée par la mer, et digérée, recrachée au même endroit. Il n'avait fallu que vingt minutes pour raser les maisons, détruire les batiments centenaires, dans un fracas de briques et de bois. Vingt minutes de chaos au son des sirènes et des hauts-parleurs égrainant des conseils de sécurité. L'eau noire et dense, s'était infiltrées dans les rues, pourchassant les mini-vans qui tentaient de la fuir. [...] La cité s'était brisée dans un tonnerre de craquements, dépecée par une lame à l'acier sombre et aux reflets d'écume.

Au final, un très bon recueil. J'ai beaucoup apprécié de découvrir la plume d'Olivier Paquet dans le style de la nouvelle qui lui va très bien. Les quatre nouvelles de ce recueil sont chacune une interrogation sur l'humanité et ses capacités à s'adapter et à comprendre l'autre. Avec un ton souvent très juste, Olivier Paquet nous offre des récits SF / Fantastique d'une belle sensibilité que l'on a plaisir à lire. 

- Chut maman lit, le 19/01/18. 



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Pratchett - Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants - Noosfere
Posté le 28 janvier 2018
     Que se passe-t-il quand l'intelligence s'éveille, et que la complexité d'une pensée consciente vient remplacer la simplicité routinière de l'instinct ? Que l'on commence à se préoccuper des sentiments de ses proies et de ceux des partenaires sexuels potentiels, au lieu de suivre aveuglément la pulsion primitive qui pousse à se nourrir ou s'accoupler ? Quand on découvre que le Livre où l'on a cru pouvoir puiser la nouvelle Sagesse indispensable pour comprendre l'existence n'est qu'une histoire symbolique destinée aux enfants ? Sur quoi, si ni l'instinct ni le Livre ne le disent plus, fonder la connaissance du Bien et du Mal, surtout lorsque l'on se retrouve confronté à une situation paroxystique qui met en jeu (on pourrait presque dire en joue) le devenir de votre espèce ?

     Toute ressemblance de ce questionnement avec l'Histoire de l'Homme ne saurait bien entendu être fortuite. Dans ce roman initialement destiné à la jeunesse, où les personnages principaux sont un chat rusé et faussement cynique, des rats embarqués à leur corps plus ou moins défendant dans la grande aventure de l'Intelligence, et un gamin à l'air stupide, Pratchett use de la fantasy, selon son habitude, comme d'un moyen pour entrouvrir les portes d'un questionnement philosophique sur la réalité humaine. Procédé qui n'a rien d'inhabituel sous sa plume, mais qui prend ici un intérêt supplémentaire, en lui permettant d'aborder pour un public jeune des questions qui sont le plus souvent considérées comme trop complexes pour lui être accessibles.

     L'histoire ? Maurice, un vénérable greffier (il a, somme toute, déjà consommé quatre de ses neuf vies) devenu intelligent en croquant malencontreusement un rat contaminé par la Conscience, va profiter de l'aubaine pour s'en mettre plein les poches en exploitant habilement la crédulité des êtres humains. Une petite magouille pépère et sans danger, du moins le croit-il, sur les traces du joueur de fifre de Hamelin. Un gamin à l'air bête apte à jouer du pipeau, une bande de rats conscients et super entraînés, grands connaisseurs en poisons et pièges en tout genre, et le tour est joué. Il suffit de grignoter quelques denrées par-ci par-là, de danser sur les tables et de laisser le plus de traces odorantes possibles, et les hommes couvrent aussitôt d'or le premier gamin qui se prétend capable de bouter les rongeurs hors du village. Sauf que... sauf que l'intelligence se croit toujours plus forte qu'elle n'est et qu'elle n'a pas conscience de tout ce que peut cacher le Réel, un Réel informé par les peurs, les contes, autant que par les lois physiques qui régissent l'univers...

     Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants nous permet ainsi d'assister aux premiers émois de la conscience, à la découverte du symbolisme, des craintes irraisonnées et du Mal, aux balbutiements de la réflexion éthique, à la lutte entre la confort psychologique des réponses toutes faites et l'angoisse parfois insupportable de la pensée autonome. « Nous », car même si Pratchett fait tout pour rendre son livre accessible à un public jeune, notamment en limitant au maximum les allusions au Disque-Monde où l'intrigue est censée se situer, il montre qu'enfantin ne rime pas nécessairement avec infantile. Nous sommes loin ici d'un roman de fantasy traditionnelle à la Harry Potter. Le roman est souvent sombre, parfois tortueux, et l'on peut même penser qu'un grand nombre de ses interrogations (notamment sur le rôle du conte dans la réalité humaine) risque d'échapper totalement à la majorité des enfants de 10 à 12 ans, supposés constituer sa cible principale. Il est même finalement, parfois bien plus sérieux et bien moins « enfantin » que les tout premiers Disque-Monde. Mais, après tout, pourquoi les enfants seraient-ils cantonnés à des lectures légères ou édulcorées, alors même que leurs préoccupations, souvent, sont bien loin de l'être ?

     Qu'en conclure ? Le fabuleux Maurice est ses rongeurs savants me semble être un roman parfaitement symptomatique de la conception de la fantasy que Pratchett a toujours défendue. Littérature d'évasion et non de d'évitement du monde, moyen d'ouvrir les portes de la pensée et non pas de claquer la porte du Réel. A ce titre, il s'inscrit davantage dans la lignée des Petits dieux, par exemple, ou des romans du Guet, que dans celle des mésaventures de l'ami Rincevent. Plein d'humour, bien sûr, il présente toutefois un caractère sombre, parfois féroce, qui peut facilement , malgré la distance que permet la fantasy, troubler de jeunes enfants et qui rend difficile une lecture au premier degré. Pour toutes ces raisons, le choix de l'Atalante de présenter ce livre sans indication d'âge, contrairement aux publications anglo-saxonnes, apparaît judicieux. A chacun de déterminer, en fonction du caractère et des intérêts de l'enfant, s'il convient ou non de le lui faire lire. Personnellement, je conseillerais de réserver ce livre aux plus de douze ans, en ayant conscience que même à cet âge, et même pour un bon lecteur, tout ne sera pas transparent. Loin de là.
 


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Pratchett - Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants - ActuSF
Posté le 28 janvier 2018

Un excellent Pratchett

 

 

Né en 1948 en Angleterre, Terry Pratchett a essentiellement axé sa carrière littéraire sur la série des Annales du Disque Monde. Un cycle aux dizaines de volumes tous plus délirants les uns que les autres dans un univers de fantasy complètement déjanté. Car la marque de fabrique de Terry Pratchett c’est incontestablement l’humour loufoque, les personnages étonnants, la satire et les situations absurdes. Une patte que l’on retrouve dans ses autres ouvrages, du Peuple du Tapis en passant par De Bons présages ou bien encore Le Grand Livre des Gnomes

Un chat allié à des souris

En mangeant les déchets saturés de magie de l’université invisible, les rats du clan de Pur Porc se sont éveillés par un processus étrange à la conscience. Devenus intelligents et désormais doués de la parole, ils ont revu leur conception du monde. Avec le chat Maurice qui a connu le même sort qu’eux, ils passent de village en village pour faire croire à une invasion de rats puis laisser la place à un de leurs complices, le Joueur de flûte. Une petite arnaque sans conséquence qui leur permet de s’enrichir progressivement. Jusqu’au jour où la petite troupe arrive dans le bourg de Bad Igoince 

Un roman intelligent

Destiné apparemment aux enfants dans sa version originale, ce roman de Terry Pratchett est également un vrai régal pour les adultes. D’abord parce que ces rats qui accèdent à l’intelligence sont passionnants. Passionnants dans leur organisation, passionnants dans leurs questionnements sur la vie, sur la conscience ou bien encore sur l’existence des dieux. Passionnants enfin dans leurs inventions (celle de l’écriture est un vrai régal). Le chat est lui aussi haut en couleurs, se débattant entre ses instincts animaux et ses nouvelles pensées. Ensuite parce que ce livre pose de vraies questions et on peut douter qu’il soit bien compréhensible par les jeunes adolescents. Et au final, la véritable surprise de ce roman, c’est qu’il s’agit d’un des volumes les plus réussis des Annales du Disque Monde. Peut-être parce que Pratchett rompt avec ses personnages habituels. L’ambiance est différente avec ce livre. Les aficionados de la série apprécieront. On ne saurait que trop vous conseiller cet opus drôle et intelligent, et ce même si vous n’êtes pas un lecteur régulier de Pratchett.

 

Jérôme Vincent



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Pratchett - La Vérité - Noosfere
Posté le 28 janvier 2018
     L'un des plus grands bouleversements de l'humanité, dit-on, fut l'invention de l'imprimerie. Elle permit la démocratisation progressive de la culture, l'accélération de sa propagation et fit naître de nouveaux modes de transmission et de diffusion de l'information — une culture de masse, nourrie aux mêmes textes, susceptible donc d'être unifiée, éduquée, manipulée. Sans doute fut-elle pour beaucoup dans l'édification des Etats-nations et des systèmes de droit.

     Imaginons maintenant les révolutions qu'une telle invention pourrait générer sur le Disque-Monde, cet univers morcelé en états, en cités, presque en rues autonomes, chacune ayant sa culture propre et son micro-climat social, à une époque où les communications par sémaphores commencent à peine à se développer et où les diablotins des appareils photos et des montres manifestent encore un caractère bien trempé — et fort peu fiable. Nul doute que la Vérité, the Truth, la Pravda, se répandra comme une traînée de poudre et que le taux moyen d'érudition... hmmm... minute... on parle bien d'un livre de Pratchett, là ? Alors il n'y a sans doute guère qu'un jeune aristocrate idéaliste et utopiste comme Guillaume des Mots, le premier rédacteur-en-chef du tout premier journal, pour entretenir une vision aussi idyllique de l'impact culturel de la technologie sur les ankh-morporkiens...

     Comme à son habitude, l'humoriste le plus cynique de la fantasy anglo-saxonne moderne va se faire un plaisir de démonter un à un les mécanismes de l'idéologie du progrès, et de montrer tout ce qu'une nouvelle possibilité peut porter de foncièrement ambigu. Car si Guillaume des Mots, lui, sait ce qu'il veut (la Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité, pour le salut des masses et l'assainissement de la vie publique), sait-il vraiment ce que veulent les autres ? Un lecteur cherche-t-il à lire des nouvelles, donc à s'instruire, ou bien plutôt des anciennes, c'est-à-dire la confirmation de ce qu'il a toujours pensé ? Après tout, si nous étions à la poursuite d'une plus grande ouverture d'esprit, l'homme de gauche devrait lire un journal de droite, et vice-versa... Le peuple préfère-t-il la Vérité à la Rumeur, le Subtil au Sordide ? Si oui, les tabloïds devraient végéter et les journaux de fond prospérer...

     Et ce qui est vrai du public ne l'est pas moins de l'équipe de rédaction (on se souviendra avec délectation de la page de Gotlib sur la question). Quand on engage comme photographe un vampire repenti, faut-il s'étonner si son addiction suicidaire au flash l'emporte sur ses talents iconographiques ? Quand on se fie trop à son dictaphone pour soulager sa mémoire, faut-il être surpris que le démon du pouvoir s'empare du diablotin qui l'anime ? Quand on autorise les bons citoyens à proposer eux-mêmes des articles, n'est-il pas normal de les voir davantage animés par le désir de reconnaissance que par la volonté de connaissance ? Quand, enfin, à la recherche du scoop du siècle, pour lutter contre la presse poubelle qui s'empare des faits divers pour les tourner à son avantage, on s'efforce de démêler le vrai du faux dans une étrange affaire de tentative d'assassinat impliquant rien moins que le Patricien, peut-on éviter de déplaire à tout le monde et de devenir une cible parfaite pour les guildes, les syndicats, les assassins en tout genre ?

     Ce roman de Pratchett est, sans doute, l'un des meilleurs de ces derniers temps, car il nous offre un regard novateur sur le Disque, loin du cynisme désabusé de Vimaire, de la lucidité impitoyable de Mémé Ciredutemps ou de l'immoralité débonnaire de Nounou Ogg : celui d'un jeune homme bien pensant, plein d'idéaux humanistes, et qui refuse d'y renoncer sous prétexte que tout, dans la réalité, semble leur donner tort.
 


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