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Chambers - L'Espace d'un an - herissonneb.com
Posté le 18 août 2017

L’Espace d’un An

 

L’Espace d’un An est peu commun. C’est un livre qui allie SF, pacifisme et humour. Un curieux mélange pour un « space-opéra ». Et surtout c’est une histoire finie. Adieu cycles interminables à la Dune ou à la Hain ! Ouste !

Nous suivons l’histoire d’une jeune humaine en fuite, Rosemary, engagée à bord du Voyageur, un vaisseau-tunnelier composé d’un équipage plutôt… hétéroclite.

Au fur et à mesure que les personnages se dévoilent et s’apprivoisent, une multitude de races, coutumes et langues s’offrent à nous sans jamais céder au chaos. La narration est claire et les explications scientifiques, historiques et culturelles cohérentes. Au final la trame principale passe au second plan et l’action n’est plus qu’un prétexte à la découverte et à la tolérance.

Que ça soit entre un technicien de l’équipage et l’intelligence artificielle du vaisseau, ou entre le capitaine et une race d’extraterrestre muette humanoïde, l’Amour ne souffre d’aucunes barrières, d’aucunes limites. Le slogan de ce livre pourrait être Interspecies : love & discover.

Ecrire une histoire se déroulant sur un vaisseau qui creuse des trous de vers dans l’Espace en ouvrant la voie aux autres est vraiment l’idée originale - et conductrice ! - de l’auteure ❤ Mais le discours critique des mœurs guerrières humaines, de la traite des animaux et de la pollution ponctue également le récit, on n’est pas non plus chez les bisounours (quoique les dialogues soient très drôles).

On peut conclure par : c’est un livre qui fait du bien.

Je n’en dis pas plus, et je termine par une petite citation qui, je l’espère, vous donnera envie de fourrer votre nez dans ce petit bijou.

 

- […] « Ça sert à exprimer des idées si simples qu’on ne veut pas gaspiller des mots, ou bien des sentiments trop personnels.
- Trop personnels ?
- Oui, essentiels ou difficiles à formuler. L’amour, la haine, la peur. Tu sais, quand tu as quelque chose d’important à dire à quelqu’un, tu bégaies comme une idiote ou tu te plantes devant ton miroir pour t’entraîner. Les Aandrisks n’ont pas ce problème. Ils laissent les gestes exprimer tout ce qui passe mal. A leurs yeux, les sentiments profonds sont universels au point de pouvoir être définis d’un revers de main, même si les causes de ces sentiments sont uniques. »

 

Manon Tdy

 

 
 


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Dunyach - L'enfer du troll - Appuyersurlatouchelecture.com
Posté le 18 août 2017

"La mission qu'il nous propose est totalement absurde, mais elle est dotée d'un budget. Il se passe quelque chose de vraiment inhabituel, tu ne trouves pas ?"

Il y a deux ans, paraissait "l'Instinct du Troll", un court roman plein d'humour où la vie de bureau devient un univers de fantasy. Un mélange détonant servi par l'humour déjanté et riche en calembours de Jean-Claude Dunyach. Une lecture qui se dévorait aussi vite qu'un troll n'avale une poignée de pierres précieuses et l'envie de retrouver le Troll, la Trollesse, Cédric, le stagiaire, Sheldon, l'écuyer geek, et sa chère et tendre Brisène était grande. Voici nos voeux exaucés, avec un deuxième volet aux aventures de ce troll pas comme les autres, bougon et soupe au lait, mais avec un coeur tendre, même s'il est de pierre, gros comme ça. L'Enfer du Troll, paru aux éditions de L'Atalante, est dans la même veine (sacré boulot, les nains !) que le premier volet, une espèce de super production plein de clins d'oeil, de jeux de mots terrifiants, de situations incongrues et de stress. Eh oui, ça reste quand même la vie de bureau, même s'il est particulier, et le burn-out n'est jamais très loin...

Incroyable, mais vrai : le Troll est en vacances ! Lui, l'infatigable et intransigeant contremaître, a pris un congé ! Oh, pas un congé payé, non, ces vacances impromptues sont la conséquence de sa démission, suite au fiasco relaté à la fin de L'Instinct du Troll. Le Troll a assumé pleinement la responsabilité de cet échec et en a tiré les conséquences en se retirant de la vie de l'entreprise...
Bon, forcément, les vacances, ce n'est pas trop son truc. Il a bien profité des premiers jours pour agrandir le salon de coiffure que dirige sa belle et douce amie, la Trollesse, mais il est arrivé au bout des possibilités et commence un peu à tourner en rond. L'ennui guette, l'oisiveté menace, il va vite falloir trouver une occupation... Ou se résigner à retourner au fond de la mine...
 
C'est alors que le couple de trolls, encore tout étourdi d'amour partagé, voit débarquer au salon l'ex-chef du Troll, l'oncle de son ancien stagiaire, Cédric. Il ne vient pas se faire pomponner, mais proposer un job au Troll. Pas celui qu'il occupait avant, mais une mission, assortie d'un budget, oui, un budget ! Dingue, non ?
Et en plus, il y a un beau voyage à la clé ! En effet, la mission consiste à accompagner le mââââgnifaïk couple que forment Sheldon et Brisène dans son voyage de noces. Croisière, paquebot de luxe, mer turquoise... Et, oh, juste une petite visite de mine, une mine creusée au coeur d'un volcan. Ce ne sera rien que l'affaire de quelques minutes, comme ça, juste pour voir, bien sûr...
Le Troll est dubitatif, mais la Trollesse, elle, se montre enthousiaste, au point que c'est à elle que le chef décide de confier la mission. Oh, ils ne sont pas dupes, nos gigantesques et rocailleux amis. Ils se doutent bien que le chef ne leur a pas tout dit. Qu'au mieux, il leur a caché des choses, qu'au pire, il leur a menti les yeux dans les yeux... C'est ainsi. Mais comment refuser ce voyage de rêve ?

Deuxième volet de cette série, et déjà des vacances, est-ce bien raisonnable ? Comment, dans ces conditions, développer la satire du monde de l'entreprise qui en est le principal argument ? En organisant des vacances qui n'en sont pas vraiment, vous l'aurez compris. De toute façon, le Troll est un hyperactif, les vacances, ce n'est pas pour lui, alors, le chômage !
Mais, ce n'est pas lui qui commande, dans cette histoire. C'est bien la Trollesse qui, avec son regard décalé, moins expérimenté, mais du coup moins blasé, tient les rênes de cette mission au combien importante, ont-ils cru comprendre, et qui débute le plus mal possible... Pourtant, croyez-moi, ils ne sont qu'au début d'un voyage fort mouvementé...

On retrouve donc la plupart des personnages présents dans L'Instinct du Troll, plus quelques nouveaux, qui, pour l'occasion, vont se retrouver dans des rôles à la Agatha Christie : ce sont tous des coupables potentiels de la disparition de Sheldon... J'ai évoqué Poirot et Race, mais peut-être faudrait-il parler de Prudence et Bélisaire Beresford, pour évoquer le duo trollesque, cela leur siérait mieux.
A croire que ce pauvre Troll attire les ennuis... Lui qui rumine encore son échec se retrouve dans une situation bien délicate. Un échec, c'est déjà dur à encaisser, mais un second dans la foulée, ce serait inacceptable. Et il se le reprocherait certainement encore plus que ses supérieurs. Il est comme ça, le Troll, un perfectionniste, un idéaliste, que la culpabilité ronge vite...

La suite, bien évidemment, je ne vais pas vous la raconter. On va encore changer de tonalité, avec un final digne de James Bond, des clins d'oeil très drôles à Star Wars et Harry Potter, entre autres, quelques calembours "Made in Dunyach", c'est vous dire si c'est du bon (ou du mauvais, si l'on considère, comme Boby Lapointe, que plus un calembour est mauvais, meilleur il est).
De l'aventure, des rebondissements, de l'action, du danger, un suspense insoutenable, ce billet ressemble de plus en plus à une bande-annonce de film des années 1950-60, avec une voix off qui surjoue à peine... Bref, si le livre ne fait que 200 pages, tout au plus, et dans un mi-format, il s'y passe plein de choses, suffisamment pour que le Troll ait effectivement l'impression d'être en enfer...
Souhaitons-lui qu'il ne perde pas son Eurydice en en remontant, car dans son état de nerf actuel et avec son caractère qui le pousse vite à broyer du noir (et pas seulement pour en tirer des diamants), ce serait la dépression assurée. Et un Troll qui déprime, c'est tout à fait incontrôlable, mieux vaudrait qu'il reprenne le travail !

Le duo Troll/Trollesse est un bonheur, tant ils sont différents l'un de l'autre. Deux opposés qui s'assemblent et se complètent parfaitement, que ce soit dans leur vie privée (dont tout les passagers du bateau vont profiter, vous le verrez, et pas seulement eux, d'ailleurs), mais aussi dans cette mission qui leur a été confiée.
Il est un indécrottable pessimiste, elle voit toujours le bon côté des choses, il se résigne sans cesse à ce que tout se passe mal, elle cherche à tirer le meilleur des situations qu'elle doit affronter... A se demander si elle ne serait pas la contremaîtresse idéale et si lui, ne devrait pas songer à une reconversion express dans un domaine qui serait moins néfaste pour son moral...

Et puis, il y a le jeu avec l'univers du travail, de l'entreprise, le jargon (qu'est-ce que ce sera dans le tome suivant, quand Jean-Claude Dunyach, je n'en doute pas, s'attaquera à l'esprit start-up cher à notre nouveau président !), les situations... Et franchement, je le dis avec sincérité et admiration, l'idée qui préside à la partie finale du livre est tout simplement géniale et hilarante.
La combinaison entre le roman d'action, ses schémas, ses archétypes, et les éléments issus de la politique managériale de l'entreprise et la touche de fantasy qui fait la spécificité de cette série est juste parfaite. C'est une émulsion qui monte, qui monte et qui nous mène à un enchaînement de situations plus délirantes les unes que les autres.

Vous cherchez une lecture idéale pour vos derniers jours de vacances ? Laissez-vous tenter, il y a certes quelques allusions qui pourraient vous rappeler ce boulot que vous allez retrouver bientôt avec joie (si, si, je n'ai aucun doute à ce sujet, vraiment...), mais pour mieux le tourner en dérision et exorciser ces démons qui vous attendent de pied ferme à la rentrée...
Entre les deux romans de la série, Jean-Claude Dunyach a su prolonger et renouveler son concept. Euh, rassurez-vous, je ne vais pas vous rédiger une conclusion à la façon des briefings et des mémos qu'on croise dans les deux romans. Non, je vais rester humain et clair jusqu'au bout, promis. Simplement pour vous le redire : si vous cherchez des bouquins pour rire, ne cherchez plus !

C'est le Troll qu'il vous faut !
 


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Dunyach - L'enfer du Troll - Laurynbooks
Posté le 18 juillet 2017
Après L'instinct du Troll, recueil de 4 nouvelles hilarantes, voici le retour du Troll de Jean-Claude Dunyach, cette fois-ci sous forme de novella. La Fantasy est certainement le genre de l'imaginaire qui souffre le plus de l'utilisation de poncifs éculés à l'extrême, au point que le lecteur a parfois l'impression de relire plusieurs versions d'une même histoire. Même les personnages n'échappent pas à ce phénomène : voleurs, guerriers, magiciens... d'un livre à l'autre, ils se ressemblent, et il n'y a bien que du côté du caractère que l'auteur peut agir, mais, même là, on assiste souvent à un phénomène d'uniformisation qui fait qu'un voleur se comporte de la même manière, possède les mêmes motivations... enfin bref, il n'est pas évident de trouver des ouvrages de Fantasy qui se démarquent réellement les uns des autres. Et puis, de temps à autre, on tombe sur un OVNI, un bouquin qui donne envie de mener une enquête sérieuse sur les habitudes culinaires de l'auteur, ou de vérifier quel type de flore pousse sous la fenêtre de sa chambre, histoire de comprendre comment il a pu écrire cette histoire.

De base, Jean-Claude Dunyach part avec un personnage que l'on a très rarement l'occasion de rencontrer en premier rôle en Fantasy : un troll. Le lourdaud de service qui sert habituellement de cinquième roue du carrosse, juste bon à distribuer quelques baffes ici et là, se retrouve ainsi au premier plan... accompagné de sa trollesse ! Donc, hop, fini le traitement habituel des personnages classiques, nous voici plongés avec délice dans la manière de voir les choses du Troll. Immortel, vieux comme le monde, en total décalage avec l'humanité, il a sa philosophie et sa façon d'appréhender la vie qu'un humain ne peut évidemment pas comprendre. Mais est-ce suffisant pour donner un ton vraiment original à l'ensemble ? Non, et c'est certainement pour cela que Jean-Claude a osé y mettre l'impensable : du management. Gestion de l'activité et du personnel, diagrammes, rentabilité, plan sur cinq ans, ressources humaines, stagiaires, budget... notre Troll évolue dans une caricature de notre monde moderne, bourré à l'excès de paperasse et de notions inutilisées en Fantasy. Cette manière d'aborder l'histoire lui permet ainsi d'utiliser un vieux classique – le mal qui risque de provoquer l'Apocalypse – tout en restant très éloigné de son traitement habituel, au point que l'on oublie cette idée de départ, noyés par des nécromants consultants au contrat de travail en béton armé ou par des chevaliers en quête du Graal grâce à une application interactive astucieuse, à condition de prendre la version payante. Au bout du compte, le lecteur rigole d'un bout à l'autre du bouquin, non sans relever des clins d'œil appuyés au Seigneur des Anneaux et même à Star Wars ! Les pages filent à une telle vitesse que le lecteur ne peut que regretter d'arriver au bout du livre si vite. Il en aurait fallu davantage !

Un récit divertissant, frais et très original qui me fait espérer que Jean-Claude se dépêche d'écrire la suite ! J'ai eu ce second tome aux Imaginales, où j'ai donc eu le plaisir de le faire dédicacer, et j'espère que ce sera aussi le cas du prochain.


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Kay - Les Chevaux célestes - Ombres Blanches
Posté le 18 juillet 2017

Au cœur de la Chine

Guy Gavriel Kay aime bien l'Histoire. Après s'être intéressé dans d'autres romans à l'Italie médiévale, à l'Espagne de la Reconquista ou au règne de Justinien, il s'est attaqué à la Chine à l'ère de la dynastie Tang et notamment à l'épisode de la révolte d'An Lushan. Cet évènement lui sert de canevas pour y broder une épopée riche et documentée, forte de nombreux personnages réussis et désireuse de retranscrire la poésie et les légendes de cet âge d'or de l'Empire du Milieu. En nous glissant dans la peau de Shen Tai, jeune chinois catapulté au sein des évènements politiques et militaires de l'époque, ce texte, étiqueté « Fantasy » mais qui tient au final plus du récit historique romancé, réussit son pari de nous tenir en haleine sur plus de 600 pages.

Yoan - Ombres Blanches



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Vial - Santé, le trésor menacé - Alternative Santé
Posté le 18 juillet 2017
Professionnel de la santé depuis quarante ans, sur le terrain des missions humanitaires, dans les couloirs de la Maison de la radio ou de la Haute autorité de la santé, Antoine Vial décortique dans son dernier ouvrage, les dysfonctionnements d’un système de santé à bout de souffle. Au-delà des constats, il nous éclaire sur les solutions.
 
Alternative Santé : À la fin de votre livre, vous laissez entendre que le ministère de la Santé ne remplit plus ses missions régaliennes…
Antoine Vial :  Déjà, il faut se mettre d’accord sur ce qu’impliquent les missions régaliennes. Et pour cela il suffit de lire la Constitution. Rappelons simplement ce que le général de Gaulle a souhaité pour la France au sortir de la guerre, à savoir un accès égalitaire à la santé et aux soins. Voici un exemple des missions régaliennes liées à la santé et à son ministère. Or, je constate depuis quarante ans l’influence de plus en plus grande du ministère des Finances sur les missions régaliennes du ministère de la Santé. Un exemple parlant en est la dernière hausse du prix du tabac, qui n’a touché que les paquets de tabac à rouler. Tous les experts s’accordent à affirmer que pour avoir un réel impact sur la consommation de tabac, il faut que cette hausse soit réellement significative. En Europe, on a fixé ce bond à 10 €. Ce tarif atteint, on sait que la consommation de tabac chutera. Or, on est resté au-dessous de cet objectif et on peut se demander pourquoi la hausse, minime, n’a touché que le tabac à rouler. On sait que c’est le ministère des Finances qui l’a voulu ainsi, craignant que l’impact sur le pouvoir d’achat des Français ne soit trop important. Et en général, c’est le ministère des Finances qui a le dernier mot dans les arbitrages.
A. S. Comment s’explique cet affaiblissement du ministère ?
A. V. Depuis de nombreuses décennies, je vois défiler les ministres et même ceux qui prennent en charge le portefeuille avec un réel projet et une réelle ambition se font laminer par le poids des affaires courantes. Moyennant quoi, on a vraiment l’impression que les ministres de la Santé se contentent de mettre des rustines en attendant de passer le témoin au successeur. Il est temps de revenir aux fondamentaux d’une Politique avec un p majuscule. Entre la mise en oeuvre de notre système en 1948 et maintenant, tout à changé, que ce soit le monde dans lequel nous vivons que les attentes, les besoins et le mode de vie des citoyens ou encore
les professionnels de santé et la médecine en elle-même, devenue plus coûteuse. Tous ces éléments doivent être pris en compte pour repenser notre système et dégager de nouveaux axes.
A. S. Vous dites que notre système de santé est gangréné. Par quoi ?
A. V. On a concentré tous les moyens sur l’hôpital. Je ne dis pas que c’est forcément une erreur. Mais aujourd’hui, compte tenu des attentes et des besoins de la population et des professionnels de santé, le système me semble à l’envers. C’est l’organisation qui est en cause. On est devant une population disparate, répartie par conditions de vie différentes soit dans des zones rurales désertifiées soit dans des zones urbaines à très forte
densité de population. Au milieu de tout cela émergent des zones périurbaines. On voit bien que les Pour une médecine participative où les malades sont acteurs urgences sont totalement engorgées dès la première grippe venue, signe qu’il manque un échelon de soin. En Allemagne, mais aussi dans bien d’autres pays européens, on ne peut pas se rendre aux services d’urgences sans une prescription médicale. Je ne parle pas des cas nécessitant justement des soins l’urgences. Et je trouve qu’il faut redonner au médecin généraliste une place de premier choix.
A. S. Vous écrivez que l’État laisse le champ libre aux industries pharmaceutiques pour faire la promotion de leurs médicaments. Pouvez-vous préciser ce point ?
A. V. Je constate aujourd’hui que nombre de médecins ont une « formation» professionnelle continue assurée par les groupes pharmaceutiques, tout simplement parce que depuis des décennies, l’État a été démissionnaire sur cette question. Et la nature ayant horreur du vide et l’industrie pharmaceutique n’étant pas sotte, elle a compris qu’elle avait là un moyen d’influencer le prescripteur. Heureusement, il reste un grand nombre de médecins qui veulent échapper à ce genre de formations et rester indépendants dans leurs prescriptions, mais cela demande beaucoup plus
d’efforts. Le comble, c’est que
l’État ne reconnaît pas et ne soutient
pas les médecins qui font l’effort
de suivre une formation indépendante
tandis que d’autres se
font payer des vacances dans des
palaces pour assister à des congrès
médicaux. En France, médecins et
pharmaciens prescrivent et
En savoir plus
Pour en savoir
plus, lisez Santé,
le trésor menacé,
éd. de l’Atalante
(lire notre critique
dans AS n° 44).
Sur la médecine
participative, vous
trouverez toutes les
informations sur
www.forumllsa.org
Alternative Santé • juillet-août 2017 • n° 48 17
Biographie
Né en 1953 plus
précisément,
Antoine Vial est
bien connu des
auditeurs de France
Culture puisqu’il y
a produit et animé
pendant plus de
vingt ans des émissions
dédiées à la
santé. Avant, ce
professionnel de
la santé publique
a mené de nombreuses
missions
pour Médecins sans
frontières dans les
années 1970 ou
pour la Haute autorité
de santé (HAS)
dans le département
Qualité et diffusion
de la santé
médicale. Cela fait
donc quarante ans
qu’il travaille dans
le domaine de la
santé publique.
Mais c’est après
l’accident et la mort
de son fils qu’Antoine
Vial a pris la
mesure concrète
des dysfonctionnements
de la santé
en France et qu’il a
co-fondé les living
labs santé autonomie,
pour promouvoir
la médecine
participative.
vendent des médicaments sous
leur dénomination commerciale.
On peut s’en étonner. Qu’est-ce qui
justifie que les étudiants en médecine
et pharmacie ne connaissent
les médicaments que sous leur
dénomination commerciale et non
leur molécule, si ce n’est pour permettre
de satisfaire aux intérêts de
la pharmacie ? N’est-ce pas la
preuve que, dès la formation initiale
des professionnels de santé,
l’industrie exerce une influence sur
la prescription ?
A. S. C’est une des raisons qui
vous poussent à parler de « mésusage
du médicament » ?
A. V. Là encore, la défaillance de
l’État s’illustre. Vous pensez vraiment
qu’un industriel va vous dire
que son produit est pas mal, mais
qu’il a tout de même tel ou tel
défaut ? C’est pour cela que nous
avons besoin d’une autorité de
régulation et de contrôle qui se
donne tous les moyens pour être
infaillible. Or, malheureusement,
nous en sommes très loin. Pire, à
chaque maillon de la chaîne du
soin et du médicament, on constate
une absence de contrôle de l’État ;
derrière les institutions de santé se
cachent soit un membre de l’industrie,
soit des affidés. C’est ainsi
qu’éclatent les scandales de la
Dépakine, du Mediator ou des
pilules de 3e et 4e générations. Et
j’ai bien peur qu’il y en ait encore
d’autres tant que le système restera
le même.
A. S. Que proposez-vous pour
remédier à ces problèmes ?
A. V. Je plaide pour une médecine
participative, où les malades sont
des acteurs. Certes, il existe déjà
une loi, la loi Leduc de 2002 sur le
partage de la décision médicale.
Mais tout le monde conviendra
que, dans les faits, c’est une parodie
de partage de décision. On vous
explique deux trois trucs, on vous
tend un stylo pour signer au bas de
la page, puis on prend la décision
de vous opérer de ceci ou cela. Il y
a des contre-exemples, notamment
avec des chirurgiens orthopédiques
qui ont véritablement tenté cette
aventure du partage de la décision.
L’information est patiemment et
précisément donnée et surtout, le
plus important, c’est que la décision
ne soit pas que médicale. La
dimension humaine et la qualité de
vie entrent en jeu.
A. S. Vous déplorez l’influence des
juristes sur la décision politique.
A. V. On parle souvent du poids
des lobbies, mais jamais de celui
des juristes. Or, aujourd’hui, on a
vraiment l’impression qu’en dernier
recours, les décisions d’un
ministre ne sont pas celles qu’il
avait prises initialement en fonction
de ses convictions, mais celles
qui lui sont conseillées par des
juristes pour se protéger à l’avenir.
Le scandale du sang contaminé est
passé par là, et la marge de
manoeuvre des ministres est très
étroite. Entre la voix des experts,
notamment sur un médicament et
son autorisation de mise sur le marché,
et celle des juristes, un ministre
aura tendance à privilégier celle
des juristes. Pourquoi ? Parce qu’un
jour, le cas échéant, il pourra lui
être reproché de ne pas avoir pris
la décision d’offrir aux citoyens l’accès
à des soins, avec un risque de
sanction pénale. C’est pourquoi je
plaide pour une médecine participative,
afin de soulager de ce poids
les décisionnaires en invitant à la
prise de décision, non seulement
les juristes, les élus, les institutions
sanitaires, mais aussi les citoyens.
A. S. Comment fonctionnerait ce
nouveau système ?
A. V. L’idée de la santé participative
est d’associer dès le début les
usagers à la conception des systèmes
de soin, pour les adapter
aux attentes. J’ai co-développé les
principes des living labs pour la
santé, précisément pour permettre
de réunir tous les acteurs : ingénieurs,
financeurs, experts, élus et
usagers. Cette approche ne s’applique
pas à toutes les problématiques,
mais à un certain nombre
dès lors qu’on y met de la méthode.
Il ne s’agit pas de réunir tout le
monde autour d’une table et de
dire « maintenant, on décide ». Il
faut suivre un procédé d’élaboration,
progressif, avec une animation
ad hoc. Par exemple, j’ai organisé
une réunion dans l’Aveyron
avec les professionnels de santé du
territoire sur le thème de la désertification
médicale qui commence
à nous toucher. La méthode
consiste déjà à se concerter avec
les personnes âgées, leurs aidants,
les médecins, les élus, les financeurs
pour identifier les moyens et
les solutions les plus adaptées – en
prenant en compte le facteur géographique.
C’est un long travail
qui demande beaucoup de
méthode, mais c’est à mon sens la
médecine de demain. l
Erwann Kersaintgilly


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En septembre 2017, tous les ebooks de Jean-Marc Ligny sont à 4,99e
Posté 05 septembre 2017 -

jeanmarcligny_site.jpg

Au mois de septembre, tous les romans de Jean-Marc Ligny sont à 4,99 € en numérique. Une bonne occasion pour découvrir Aqua TM, roman multi-primé : Prix Bob Morane 2007, Prix Rosny Aîné 2007, Prix Une autre Terre 2007 et Prix Julia Verlanger 2007.

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François Rouiller reçoit le prix Rosny Aîné
Posté 17 juillet 2017 -

metaquine12.png

François Rouiller est le lauréat du prix Rosny Aîné pour Métaquine dans la catégorie "roman". Bravo à l'auteur et merci aux participants à la 44e convention de SF.

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Notre collection poche débarque !
Posté 24 mai 2017 -

 grandangle-poches-general.jpg

Voilà bientôt 30 ans que notre collection s'étoffe, et nombre des livres que nous avons publiés ne sont disponibles qu'en grand format. Certains libraires s'étant montrés encourageants, voire insistants (merci!), L'Atalante Poche voit donc le jour et arrive dans les rayons le 25 mai prochain avec 6 premiers titres. Rendez-vous chez votre libraire !

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Manuscrits
Posté 27 janvier 2017 -
Nous avons, depuis le 1er février, interrompu la réception de manuscrits pendant quelques mois et nous réfléchissons à une nouvelle méthode pour les traiter. Tous les manuscrits déjà reçus avant cette date seront lus. Cependant, n’hésitez pas à préparer vos textes, à les peaufiner, car nous vous signalerons comment les envoyer, et surtout quand.
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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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Honor Harrington
Posté le 16 juin 2017 par Spyro1
Ben depuis ils sont passé a lune autre guerre, je pense que ce tome cloturerait celle là, ensuite après une 30 aine d'années de guerre ininterrompue, le sel de la série se perdrait un peu a mon sens [...]