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Discussion: L'Iran, un monde de paradoxes

  1. #1
    Administrateur Avatar de L'Atalante
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    September 2007
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    Par défaut L'Iran, un monde de paradoxes

    Vous avez forcément entendu parler des élections présidentielles en Iran ! Si le sujet vous intéresse, nous vous rapelons notre dernière publication de la collection Comme un accordéon : l'Iran, un monde paradoxes de Marie Ladier-Fouladi.


    Vous pouvez également consulter son interview par Public sénat ici

  2. #2
    Mot Avatar de Gaëtan
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    Par défaut

    Un essai très intéressant. L'auteur est claire dans ses propos, documenté et elle avance ses idées de façon efficaces et ordonnées. C'est le premier livre de cette collection que je lis et je suis satisfait du résultat. Il faudra que je jette un œil sur le reste.
    Voila le copier-coller de mon article sur mon blog :


    Vous souvenez-vous qu’il y a six mois l’Iran était au bord de la révolution ? Non ?! C’est normal, le sujet est trop vieux. Il n’est plus intéressant pour tous nos producteurs de pensée : médias, hommes politiques, intellectuels. Et pourtant… et pourtant, si ça n’a pas fonctionné cette fois-ci, cela marchera sûrement la prochaine fois.

    C’est en substance ce que l’on peut déduire de la lecture du livre de Marie Ladier-Fouladi : Iran, un monde de paradoxe. Ce livre, écrit et publié avant la crise qu’a traversé ce pays, explique en quoi la société civile iranienne ne semble plus en accord avec le régime politique ni avec la vision de la peuple que les dirigeants veulent avoir.

    Pour expliquer ce point de vue, le livre est divisé en deux parties, tout d’abord une analyse des nouvelles tendances de la société puis une étude sur le régime politique iranien.

    Dans un premier temps, M. Ladier-Fouladi se concentre sur deux « catégories sociales » : les femmes et les jeunes. Elle démontre ainsi que les premières par l’amélioration de leur éducation modifient les rapports familiaux, et augmentent leur possibilité de choix. D’une société patriarcale, les familles iraniennes semblent devenir des structures favorisant le dialogue et le partage des décisions. Les jeunes quant à eux sont plus politisés et plus attentifs au devenir de leur pays depuis 1979. En effet, la révolution « islamique » a été portée par la jeunesse, celle-ci a dès lors compris son pouvoir et a continué à être intéressé par les questions politiques. Comme les femmes, l’augmentation de leur niveau d’étude a aussi permis de modifier les rapports familiaux, notamment entre pères et enfants. L’augmentation de l’éducation de ces derniers leur permet d’avoir une plus grande part de liberté d’action et de pensée.

    Dans la seconde partie, Marie Ladier-Fouladi porte son regard sur le régime islamique en lui-même. Ainsi, elle décrit les différentes instances décisionnelles du pays, qu’elles soient électives ou non, et leurs rapports entres elles. Son analyse permet de voir que l’ayatollah Khomeiny a réussi à diriger la révolution vers le gouvernement de son choix, et dès lors essayé de restreindre la liberté du peuple pour maintenir son pouvoir. La recherche historico-politique met en parallèle les compétences des institutions du pays avec les espérances des citoyens (parallèle avec la première partie de l’ouvrage). L’auteur tente de décortiquer les relations pour arriver à comprendre la rigidité du système. On peut ainsi mieux appréhender le fonctionnement du régime et ses bases théoriques. En effet, celles-ci ressemblent fortement à une tendance historique européenne du Moyen-âge : l’augustinisme politique. Cette philosophie veut que puisque tous les pouvoirs proviennent de Dieu, son représentant, le pape, puisse combiner pouvoir temporel et pouvoir spirituel. En d’autres termes, cela veut dire que le chef de l’Eglise peut avoir une véritable armée pour maintenir l’ordre mais aussi soumettre le cas échéant les rois ou les empereurs à son autorité. On peut dès lors aisément faire un parallèle avec l’Iran d’aujourd’hui. Le Guide suprême devant être un clerc qui est garant de la république. Il y a donc ici aussi domination de la religion sur le politique.

    Cette analyse est, pour les deux parties, bien expliquée, bien argumentée, et basée sur de nombreux documents. Bref un essai très clair, compréhensible facilement à toutes personnes s’intéressant à ce pays.

    Les évolutions démographiques ne sont pas forcément ce qui me captive le plus, mais la présentation et les conclusions demeurent assez accessibles pour ne pas être ennuyeux. Marie Ladier-Fouladi essaye de prouver que la tendance traditionaliste puis extrémiste du régime ne correspond pas aux attentes ni aux visions de la société. Celle-ci évoluerait au contraire vers une modernité plus libérale.

    C’est cependant ici que je ne suis pas en accord avec l’auteur : son utilisation de la notion de modernité. En effet, elle définit la modernité comme la réduction du nombre d’enfants par femme, de l’augmentation de leur niveau d’étude, de la baisse de la polygamie et enfin de la transformation du système familiale, favorisant le père de famille, à une structure privilégiant la négociation et le partage des décisions entre le père et la mère. Si cette vision de la famille, et donc de la société, nous semble aller de soi et être justement un point positif, généraliser ce mode de vie semble une erreur. Cette modernité apparait comme une évolution de la société à l’occidental. Donc, avancer ce terme comme un élément positif, comme quelque chose d’inéducable et de juste aboutit purement et simplement à faire de l’ethnocentrisme. Oui, on peut penser que la vision d’une femme soumise et réduite simplement à une mère de famille reste injuste, voire rétrograde, mais considérer que la meilleure société possible passe par une modernité à l’occidentale consiste à prendre en exemple et en référence une civilisation parmi d’autres et renier la possibilité à d’autres de choisir un autre mode de vie.

    Sur ce point précis je ne suis donc pas en accord avec l’auteur, mais cela reste un point de détail dans l’utilisation d’un terme et dans la vision de l’auteur dans la définition de l’évolution de la société iranienne.

    Le reste m’a totalement convaincu dans le sens où Marie Ladier-Fouladi explique clairement que ce peuple aspire à des changements, à une plus grande liberté (occidentale ou non) alors que le régime lui ne peut accepter cela sans perdre du même coup son pouvoir. La révolution de 1979 a chassé un tyran pour qu’il soit remplacé par un autre… la crise de 2009 ne semble donc être qu’une conséquence logique de la mutation de la société et on peut espérer que la prochaine révolte permettra au peuple iranien de retrouver sa liberté et sa grandeur.
    Avatar: Soldats de pierre, Glen Cook; illustration de Didier Graffet
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  3. #3
    Administrateur Avatar de L'Atalante
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    Par défaut Prix Anteios 2010 - prix spécial du jury

    Le jury du prix Anteios du livre de géopolitique et de géoéconomie a décidé d'offrir un prix spécial à l'ouvrage
    de Marie Ladier-Fouladi : Iran : un monde de paradoxes

    Exceptionnellement, je jury a décidé d’offrir un prix spécial à l’ouvrage de Marie Ladier-Fouladi, Iran : un monde de paradoxe, L'Atalante 2009. Il ne s’agit pas en effet d’un ouvrage géopolitique au sens strict, mais d’une étude de la population, de la société et de la vie politique iraniennes. Il constitue cependant une remarquable clef pour comprendre la géopolitique de l’Iran. Le jury a apprécié la connaissance intime de la société iranienne que possède l’auteur, la vigueur de sa thèse et de sa démonstration sans oublier ses qualités littéraires : réussir à rendre la démographie aussi vivante et passionnante qu’un roman n’est pas chose aisée !
    Le prix Anteios s’intéresse aux ouvrages parus dans l’année qui précède sa remise. Il est décerné par un jury composé d’enseignants en géopolitique dans différentes filières : classes préparatoires, université, IEP, écoles… Il récompense des ouvrages qui offrent une vision large des problèmes géopolitiques et géoéconomiques en insistant sur les risques qu’ils présentent et les opportunités qu’ils offrent. Ces ouvrages peuvent viser des publics variés, sans négliger le monde étudiant pour lesquels ils doivent constituer des supports utiles en matière de connaissances et de réflexion. C’est dire que les qualités de clarté et de synthèse sont privilégiées par le jury.

  4. #4
    Mot Avatar de Gaëtan
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    Par défaut

    Je suis content pour elle!
    Et le jury a raison, le livre est très clair malgré un sujet et un traitement de donnée assez ardu (et peu intéressant pour le côté démographique...)
    Avatar: Soldats de pierre, Glen Cook; illustration de Didier Graffet
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