Taho
16/12/2009, 22h36
Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski
http://www.bibliosurf.com/IMG/arton12497.jpg
Le prix des Imaginales aidant, et trainant dans les milieux rôlistes où l'auteur est assez connu, j'ai entendu vite parler de ce roman dont tout le monde faisait l'éloge. J'ai donc échauffé mes poignets pour me lancer dans la lecture de cet immense pavé (684 pages, 1kg de papier tout pile).
Dès les premières lignes, j'ai été bluffé. Ça a été la plus grande claque littéraire de l'année, voire de ces dix dernières années (ce qui fait dans les 300 bouquins et quelques...). Une narration racée et riche, un univers fouillé, complet, des dialogues dignes d'Audiard, des personnages charismatiques et d'une méchanceté toute humaine, quand on y pense : tout y est, tout. Pendant 500 pages, j'ai ri aux éclats aux grivoiseries de Don Benvenuto, j'ai eu mal au ventre avec lui sur la mer, j'ai eu envie de lui taper dessus tant il est mauvais jusqu'à l'os, mais j'ai tout de même tremblé pour lui dans les moments tendus.
Puis j'ai atteint la cinq-centième page... Et soudain, c'est le drame.
Don Benvenuto quitte la magnifique ville de Ciudalia, un personnage à part entière tant elle est importante, avec sa grandeur qui cache une gangrène urbaine d'un réalisme poignant, avec son gouvernement tentaculaire corrompu et vicié par les intérêts personnels, la langue de bois et les manigances. Le lecteur ne peut qu'aimer Ciudalia. Mais dès que Benvenuto la quitte, on dirait que c'est l'âme du récit qui se vide comme une baudruche. Commencent alors 100 pages d'une banalité affligeante, pourries des pires clichés que la fantasy ait produits ces 50 dernières années. Don Benvenuto tombe au trente-sixième sous sol, il perd sa gouaille et sa grandiloquence pour devenir un gros plein de vide qui laisse derrière lui un lecteur amer. On découvre qu'en dehors de Ciudalia, le Vieux Royaume n'est qu'une basse remâcherie des Terres du Milieu et de Donjons & Dragons : nains, elfes, barbares du nord... le tout figé dans une espèce de Moyen Âge convenu privé de toute cohérence, où des barbares maniant de grosses armes primitives côtoient les bretteurs de Ciudalia largement inspirés par les arts du combat de la fin du bas moyen âge et de la Renaissance, car c'est bien connu : les nordiques ont toujours combattu avec des grosses haches et les gens du sud avec des rapières...
Même l'intrigue se casse complètement la figure. On a l'impression d'être dans une mauvaise partie de Donjons & Dragons vs Rolemaster. Routes infestées de brigands, qui, évidemment vont chercher des puces aux héros, rencontres inopinées et pirouettes scénaristiques, on ne nous épargne rien.
Et soudain, passé la page 600, nous retrouvons Ciudalia, et avec elle, toute la verve de Don Benvenuto nous explose soudain au visage. Le cœur de l'intrigue refait automatiquement surface, tous les bons personnages refont leur apparition, et les 80 dernières pages nous offrent donc un magnifique bouquet final : on en prend plein les mirettes.
Pour conclure, Gagner la guerre est clairement un chef d'œuvre, un bouquin immanquable, une tuerie, une perle dans le paysage des littératures de l'imaginaire. Mais lorsque je le relirai, je remplacerai clairement les pages 500 à 600 par "pendant les mois qui suivirent, j'eus pas grand chose à me mettre sous la dent, à part ceci et cela", et ça m'économisera quelques heures de mon temps. Achetez le tout même, parce que les 584 pages qui restent demeurent ce que j'ai lu de mieux, toute littérature confondue, peut-être bien de toute ma vie...
http://www.bibliosurf.com/IMG/arton12497.jpg
Le prix des Imaginales aidant, et trainant dans les milieux rôlistes où l'auteur est assez connu, j'ai entendu vite parler de ce roman dont tout le monde faisait l'éloge. J'ai donc échauffé mes poignets pour me lancer dans la lecture de cet immense pavé (684 pages, 1kg de papier tout pile).
Dès les premières lignes, j'ai été bluffé. Ça a été la plus grande claque littéraire de l'année, voire de ces dix dernières années (ce qui fait dans les 300 bouquins et quelques...). Une narration racée et riche, un univers fouillé, complet, des dialogues dignes d'Audiard, des personnages charismatiques et d'une méchanceté toute humaine, quand on y pense : tout y est, tout. Pendant 500 pages, j'ai ri aux éclats aux grivoiseries de Don Benvenuto, j'ai eu mal au ventre avec lui sur la mer, j'ai eu envie de lui taper dessus tant il est mauvais jusqu'à l'os, mais j'ai tout de même tremblé pour lui dans les moments tendus.
Puis j'ai atteint la cinq-centième page... Et soudain, c'est le drame.
Don Benvenuto quitte la magnifique ville de Ciudalia, un personnage à part entière tant elle est importante, avec sa grandeur qui cache une gangrène urbaine d'un réalisme poignant, avec son gouvernement tentaculaire corrompu et vicié par les intérêts personnels, la langue de bois et les manigances. Le lecteur ne peut qu'aimer Ciudalia. Mais dès que Benvenuto la quitte, on dirait que c'est l'âme du récit qui se vide comme une baudruche. Commencent alors 100 pages d'une banalité affligeante, pourries des pires clichés que la fantasy ait produits ces 50 dernières années. Don Benvenuto tombe au trente-sixième sous sol, il perd sa gouaille et sa grandiloquence pour devenir un gros plein de vide qui laisse derrière lui un lecteur amer. On découvre qu'en dehors de Ciudalia, le Vieux Royaume n'est qu'une basse remâcherie des Terres du Milieu et de Donjons & Dragons : nains, elfes, barbares du nord... le tout figé dans une espèce de Moyen Âge convenu privé de toute cohérence, où des barbares maniant de grosses armes primitives côtoient les bretteurs de Ciudalia largement inspirés par les arts du combat de la fin du bas moyen âge et de la Renaissance, car c'est bien connu : les nordiques ont toujours combattu avec des grosses haches et les gens du sud avec des rapières...
Même l'intrigue se casse complètement la figure. On a l'impression d'être dans une mauvaise partie de Donjons & Dragons vs Rolemaster. Routes infestées de brigands, qui, évidemment vont chercher des puces aux héros, rencontres inopinées et pirouettes scénaristiques, on ne nous épargne rien.
Et soudain, passé la page 600, nous retrouvons Ciudalia, et avec elle, toute la verve de Don Benvenuto nous explose soudain au visage. Le cœur de l'intrigue refait automatiquement surface, tous les bons personnages refont leur apparition, et les 80 dernières pages nous offrent donc un magnifique bouquet final : on en prend plein les mirettes.
Pour conclure, Gagner la guerre est clairement un chef d'œuvre, un bouquin immanquable, une tuerie, une perle dans le paysage des littératures de l'imaginaire. Mais lorsque je le relirai, je remplacerai clairement les pages 500 à 600 par "pendant les mois qui suivirent, j'eus pas grand chose à me mettre sous la dent, à part ceci et cela", et ça m'économisera quelques heures de mon temps. Achetez le tout même, parce que les 584 pages qui restent demeurent ce que j'ai lu de mieux, toute littérature confondue, peut-être bien de toute ma vie...