Le K
03/11/2009, 21h58
J'ai eu la chance de passer beaucoup de temps aux Utopiales avec Walter Jon Williams et ensuite de mettre à profit ces informations confidentielles pour cuisiner le dit Walter Jon Williams lors d'une interview réalisée en remplacement de celle de Robert Charles Wilson et animée par Gwen, libraire à L'Atalante et grand connaisseur du genre. L'entretien fut très riche et voici quelques uns des éléments qui me restent encore en mémoire ...
Revenons un peu en arrière. Walter est né écrivain et depuis il ne cesse d'écrire (40 ans de carrière tout de même !). Mais son premier contrat fut pour une série (cinq) de romans maritimes (que je n'ai pas lu) qui fut interrompue du fait de l'éditeur. Ensuite Walter se rendit compte que les bizarreries qui émaillaient ses manuscrits lui faisaient grand tort en Littérature Blanche, c'est ainsi qu'il devint Auteur de Science-Fiction. Détail amusant, ce genre fut le dernier qu'il attaqua, chronologiquement, étant donné le grand respect en lequel il tenait les auteurs de ce genre ... étonnant non ?
En tous cas, la reprise de la veine maritime ne sera d'ailleurs possible qu'à la condition que Walter en produise de nouveau (espérons que cela n'arrivera pas ...). La célébrité vint avec le fameux roman "Câblé" ... sur un malentendu. On le savait, Walter n'est pas Cyberpunk, il ne l'a même jamais été, mais lorsque "Câblé" est sorti, les thèmes utilisés étaient tellement proches du mouvement naissant que ce livre y a été inclus. Walter nous a indiqué les raisons de son écriture, il s'agissait dans son esprit, à l'époque, de dénoncer les conséquences à long terme du renouveau Conservateur incarné par Ronald Reagan, "Câblé" fut donc écrit comme une caricature de l'avenir ultra-libéral des États-Unis ... terrifiant, mais un livre fun et finalement positif dans sa conclusion en tous cas. Walter regretta devant nous l'exactitude d'un certain nombre de ses prévisions concernant cette désagrégation de la société, ce ne sera pas la seule fois qu'il regrettera ce caractère prophétique devant nous ! Car c'est également ce qu'il lui est arrivé lors de la rédaction de "Ceci n'est pas un jeu", son nouveau roman à paraître dans la collection de polar de L'Atalante, Walter imagine en effet l'effondrement du système financier de certains pays, de la science-fiction me direz-vous, certes mais uniquement lorsqu'il l'a écrit ! Du fait nous l'éditerons dans notre collection Insomniaques et Ferroviaires ! Quant au suivant, "Deep State", il eut cependant plus de chances, la révolution dans un pays du Moyen-Orient grâce aux outils de communication Internet&Mobile qu'il avait décrit est effectivement arrivé en Iran pendant sa propre rédaction : nous aurons donc droit à une version "améliorée" de ces évènements et peut-être plus joyeuse ... dans plus d'un an à L'Atalante.
Nous eûmes également la possibilité d'interroger Walter Jon Williams sur son processus de création, toutes questions auxquelles il se plia facilement et, nous sembla-t-il, sans auto-censure. Walter fait partie de ces écrivains qui considèrent qu'il faut vivre pour écrire sur la vie, il sort donc, il lit toujours beaucoup de SF/Fantasy, fait de la plongée, du Kenpo Karate (4ème dan) et également des jeux de rôle (sur une base GURPS) avec ses collègues écrivains (les histoires qu'il ne peut ou qu'il ne doit pas écrire, pour différentes raisons). Quant à l'origine de ses idées, peu d'explication, "elles sont simplement là", à part peut-être une origine onirique dans trois cas répertoriés (en particulier les trois premiers chapitres de "Avaleur de Mondes"). Par contre nous eûmes plus de détail sur son processus effectif d'écriture qu'il décrit comme étant très physique, danse, musique, mouvements qui lui permettent de rentrer dans son livre et ses personnages pour se précipiter ensuite sur le clavier et dépose son aumône quotienne aux Muses et à ses Lecteurs.
Carrière : Très connu et apprécié en France, WJW reste un auteur relativement secondaire aux États-Unis où il bénéficie d'un succès modeste bien que régulier. Faut-il y voir l'expression de sa liberté ? Reste que les impératifs (perçus ?) de la promotion de l'industrie du livre lui ont tout de même imposé la tenue d'un blog (attention jeunes auteurs français, les États-Unis sont souvent précurseurs ...) dans lequel ne s'exprime qu'un de ses nombreux avatars, comme sans doute celui qu'il a revêtu lors de cet entretien.
Quant à mes impressions très personnelles, elles furent d'avoir eu affaire à une personne très amicale et éminemment sympathique, ouverte et sans une once d'arrogance. J'ai également senti une grande pédagogie (il enseigne à un atelier d'écriture, Clarion je crois), on retrouvera d'ailleurs cette accessibilité dans toute son œuvre, au détriment peut-être du fameux "Émerveillement" ou "Sense of Wonder" qu'éveille l'inexplicable en tout bon lecteur de SF.
Ce fut une rencontre mémorable et peut-être le rencontrerez-vous un jour également dans l'un de ses livres, on y trouve tellement de la personne qui l'écrit ...
http://www.actusf.com/images/Utopiales2009/11/Williams1.JPG
Photo de l'entretien
Revenons un peu en arrière. Walter est né écrivain et depuis il ne cesse d'écrire (40 ans de carrière tout de même !). Mais son premier contrat fut pour une série (cinq) de romans maritimes (que je n'ai pas lu) qui fut interrompue du fait de l'éditeur. Ensuite Walter se rendit compte que les bizarreries qui émaillaient ses manuscrits lui faisaient grand tort en Littérature Blanche, c'est ainsi qu'il devint Auteur de Science-Fiction. Détail amusant, ce genre fut le dernier qu'il attaqua, chronologiquement, étant donné le grand respect en lequel il tenait les auteurs de ce genre ... étonnant non ?
En tous cas, la reprise de la veine maritime ne sera d'ailleurs possible qu'à la condition que Walter en produise de nouveau (espérons que cela n'arrivera pas ...). La célébrité vint avec le fameux roman "Câblé" ... sur un malentendu. On le savait, Walter n'est pas Cyberpunk, il ne l'a même jamais été, mais lorsque "Câblé" est sorti, les thèmes utilisés étaient tellement proches du mouvement naissant que ce livre y a été inclus. Walter nous a indiqué les raisons de son écriture, il s'agissait dans son esprit, à l'époque, de dénoncer les conséquences à long terme du renouveau Conservateur incarné par Ronald Reagan, "Câblé" fut donc écrit comme une caricature de l'avenir ultra-libéral des États-Unis ... terrifiant, mais un livre fun et finalement positif dans sa conclusion en tous cas. Walter regretta devant nous l'exactitude d'un certain nombre de ses prévisions concernant cette désagrégation de la société, ce ne sera pas la seule fois qu'il regrettera ce caractère prophétique devant nous ! Car c'est également ce qu'il lui est arrivé lors de la rédaction de "Ceci n'est pas un jeu", son nouveau roman à paraître dans la collection de polar de L'Atalante, Walter imagine en effet l'effondrement du système financier de certains pays, de la science-fiction me direz-vous, certes mais uniquement lorsqu'il l'a écrit ! Du fait nous l'éditerons dans notre collection Insomniaques et Ferroviaires ! Quant au suivant, "Deep State", il eut cependant plus de chances, la révolution dans un pays du Moyen-Orient grâce aux outils de communication Internet&Mobile qu'il avait décrit est effectivement arrivé en Iran pendant sa propre rédaction : nous aurons donc droit à une version "améliorée" de ces évènements et peut-être plus joyeuse ... dans plus d'un an à L'Atalante.
Nous eûmes également la possibilité d'interroger Walter Jon Williams sur son processus de création, toutes questions auxquelles il se plia facilement et, nous sembla-t-il, sans auto-censure. Walter fait partie de ces écrivains qui considèrent qu'il faut vivre pour écrire sur la vie, il sort donc, il lit toujours beaucoup de SF/Fantasy, fait de la plongée, du Kenpo Karate (4ème dan) et également des jeux de rôle (sur une base GURPS) avec ses collègues écrivains (les histoires qu'il ne peut ou qu'il ne doit pas écrire, pour différentes raisons). Quant à l'origine de ses idées, peu d'explication, "elles sont simplement là", à part peut-être une origine onirique dans trois cas répertoriés (en particulier les trois premiers chapitres de "Avaleur de Mondes"). Par contre nous eûmes plus de détail sur son processus effectif d'écriture qu'il décrit comme étant très physique, danse, musique, mouvements qui lui permettent de rentrer dans son livre et ses personnages pour se précipiter ensuite sur le clavier et dépose son aumône quotienne aux Muses et à ses Lecteurs.
Carrière : Très connu et apprécié en France, WJW reste un auteur relativement secondaire aux États-Unis où il bénéficie d'un succès modeste bien que régulier. Faut-il y voir l'expression de sa liberté ? Reste que les impératifs (perçus ?) de la promotion de l'industrie du livre lui ont tout de même imposé la tenue d'un blog (attention jeunes auteurs français, les États-Unis sont souvent précurseurs ...) dans lequel ne s'exprime qu'un de ses nombreux avatars, comme sans doute celui qu'il a revêtu lors de cet entretien.
Quant à mes impressions très personnelles, elles furent d'avoir eu affaire à une personne très amicale et éminemment sympathique, ouverte et sans une once d'arrogance. J'ai également senti une grande pédagogie (il enseigne à un atelier d'écriture, Clarion je crois), on retrouvera d'ailleurs cette accessibilité dans toute son œuvre, au détriment peut-être du fameux "Émerveillement" ou "Sense of Wonder" qu'éveille l'inexplicable en tout bon lecteur de SF.
Ce fut une rencontre mémorable et peut-être le rencontrerez-vous un jour également dans l'un de ses livres, on y trouve tellement de la personne qui l'écrit ...
http://www.actusf.com/images/Utopiales2009/11/Williams1.JPG
Photo de l'entretien