Sous l'emprise d'un maléfice, le jeune Tout-Ouïe a commis un méfait qui le condamne à tois années d'errance au service de Barlo le flutiste muet qu'il aidera à reconquérir son royaume perdu. Grand conte fantastique, proche de la féerie, mais aussi roman d'initiation ce récit nous entraîne dans une quête fabuleuse enrichie de nombreuses histoires enchâssées en abîme et souvent inspirées de la mythologie nordique et germanique. Un premier tome prometteur qui prouve que l'Allemagne, outre l'Histoire Sans Fin de Michael Ende, peut se montrer un territoire de prédilection pour une fantasy qui tranche agréablement avec les poncifs anglo-saxons. Présenté sous une somptueuse couverture de Lidwine, ce roman empreint d'une douce magie, va conquérir plus d'un lecteur amoureux de ces terres où règne l'improbable, tout en véhiculant cette grande sagesse qui conseille aux va-t'en-guerre de bien écouter les gens avant d'obéir à leurs dommageables cous de têtes.
Les Chroniques d'Ailleurs, 1997
En dehors de L'Histoire sans Fin de Michael Ende pour la "fantasy" et des médiocres Perry Rhodan pour la S-F, on connaît mal en France la production allemande dans le domaine de l'imaginaire. Or elle est loin d'être négligeable quantitativement, mais aussi qualitativement. Aussi ne louera-t-on jamais assez les éditions l'Atalante, qui viennent, avec ce premier volume d'une trilogie de "fantasy", d'en faire l'éclatante démonstration. La Pierre et la Flûte est très proche du conte de fées aussi bien dans sa thématique - un jeune homme se met au service d'un flûtiste muet pour réparer une faute commise sous l'emprise d'un maléfice et l'aide à reconquérir son royaume perdu - que dans sa facture : une longue pérégrination prétexte à de nombreuses rencontres et à la narration de nombreux contes, enchâssés en abîme dans le conte. De surcroît, l'auteur à puisé son inspiration dans le vieux fonds des mythes germaniques et nordiques : son roman se distingue donc très nettement des "fantasy" anglo-saxonnes. Cela n'est pas le moindre de ses charmes. Et comme le conte est aussi bien pétri d'humour que de féerie, sa lecture est extrêmement savoureuse...
Jacques Baudou, Le Monde, 24 octobre 1997
La musique comme langage
Né en 1922, Hans Bemmann a étudié la médecine, la langue allemande, la littérature et la musicologie. Outre ses activités d'éditeur, il a également écrit de nombreux romans dont La Pierre et la Flûte, qui le fera connaître, mais également quelques autres qui n'ont jamais été traduits en français : Erwins Badezimmer, oder die Gefährlichkeit der Sprache (La Salle de bains d'Erwin, ou Les Dangers de langue) qui décrit une dystopie basée sur les manipulations de la langue et une trilogie de fantasy Die Verzauberte (Les Enchantés), entre autres. La trilogie de La Pierre et la Flûte, parue en Allemagne en 1983, déjà publiée par l'Atalante en 1997, nous revient en 2009 chez Le Maedre, collection jeunesse de l'éditeur nantais.
La nature - sa beauté, ses trésors, son rythme - est au cœur du premier livre, méditation sur le temps, les dangers de l’impulsivité et l’importance de la réflexion. Puis, l’auteur concentre l’attention du lecteur sur les talismans : pierre et collier, qui passent de main en main pour réaliser une analyse des dangers du pouvoir avec ses conséquences multiples.
Enfin, les personnages humains prennent le devant de la scène avec l’attirance charnelle de l’homme et de la femme, bien différenciée du mariage et de la vie de couple, et les pouvoirs multiples de la musique.
L’atmosphère générale est paisible et les évènements se déroulent sans heurts, au rythme des années.
La lecture reste fluide.
Ce roman présente de nombreux points de vue et personnages, ce qui a pour conséquence une variété ainsi qu'une diversité salutaires et bienvenues. (…)
Il y a également un basculement notable vers le monde animal car celui des hommes est désormais inaccessible au porteur de la pierre. Cet apport jette, de fait, un éclairage réellement original centralisé essentiellement sur la première partie de l'oeuvre.
Par ailleurs, l'aspect mythologique se trouve renforcé par les interventions de plusieurs créatures telles que les ondines pour ne citer qu'elles. (…) Cela met aussi en lumière le côté conte de fées métaphorique et vient étayer les aspects oniriques déjà représentatifs des épisodes précédents.
L'intérêt réside enfin dans le fait que l'auteur nous fait découvrir de nouveaux pans restés jusqu'alors dans le flou, en particulier des éléments relatifs au passé dont certains parlent directement de la pierre ainsi que de la personnalité d'Arni.
Un virage des plus appréciables.