Javier Negrete… Que ce nom chante à mes oreilles…Ceux qui suivent régulièrement le blog auront peut-être remarqué un léger penchant de ma part pour cet écrivain espagnol. Alors oui, quand on parle de Negrete je ne suis pas très objectif. Mais Les chroniques de Tramorée sont les premiers livres que j’ai lus de lui, donc je serais surement plus impartial. On verra bien.
Les Chroniques de Tramorée, c’est avant tout l’histoire de Derguin Gorion, jeune Ibtahan (apprenti guerrier n’ayant pas réussi l’épreuve pour devenir Tahédoran, maître de l’épée) partant à la conquête de Zémal, la légendaire épée de feu forgée par Tariman. Accompagné de son maître Kratos May, tahédoran aux neufs marques de maîtrise (plus un tahédoran possède de marque, plus il est puissant.), de son ami Mikhon Tiq et de Linar le Kalagorinor (mage extrêmement puissant), ils partent sur les routes, défiant Togul Barok, prince d’Aïnar, lui aussi parti à la poursuite de l’épée.
L’histoire, lorsqu’elle est racontée aussi simplement, parait extrêmement classique, voire simpliste. Et pourtant Javier Negrete possède cette étincelle de génie qui lui permet, par une écriture que je n’héisterais pas à qualifier de superbe, des personnages incroyablement cohérents, un univers riche, au carrefour entre diverses mythologies ( Tolkien en a fait autant dans les années 50, rappelez-vous…comment ça je suis pas objectif ? ), à nous aspirer dans son monde, à nous faire suivre cette quête comme si c’était la notre…
J’aimerais m’attarder sur une facette de l’univers de Tramorée : les accélérations, ou tahiteï. Lorsqu’une ibtahan ou un tahédoran récite la suite de chiffre qui correspond à une tahiteï, il entre en accélération. Un flux d’adrénaline traverse son corps, et fait doubler sa vitesse, voire plus, au prix d’une grande fatigue par la suite. Il existe différents niveaux de tahiteïs : protahitei, mirtahitei et urtahitei, dernière et secrète accélération. Alors évidemment, des guerriers accélérés, ça existe depuis belle lurette en SF, ou dans les mangas. Mais dans cet univers de fantasy, cela apporte un plus phénoménal, qui rend les combats tout simplement hallucinants.
La maîtrise de l’action est un grand fort de Negrete, et il ne se prive pas dans ce livre.Un livre fabuleux, une épopée de légende pour une épée de feu dans un univers riche et cohérent, un auteur génial. Voici Zémal. Negrete est un prince, longue vie au prince !
Etienne
Zémal, L’Epée de feu a rencontré en Espagne un vif succès grâce au bouche à oreille. Javier Negrete a écrit ici un roman qui pourrait être qualifié de fantasy classique. Il ne s’agit pas d’un jugement péjoratif. Bien au contraire, car l’auteur ne semble pas prétendre apporter un renouveau au genre. Il assume pleinement les conventions de la fantasy classique et les applique avec brio.
Javier Negrete emploie un style impeccable (on saluera les talents de traducteur de Christophe Josse). Il s’amuse avec quelques effets : il entraîne le lecteur dans des sauts vers le futur sans l’en informer, il joue aussi avec un combat vu en parallèle par deux protagonistes. Ainsi, l’auteur surprend son lecteur, et ajoute un touche particulière à son récit. Cela pourrait s’avérer être un fiasco, mais ici, c’est très habilement utilisé. Une vraie réussite qui apporte un petit plus indéniable au déroulement de l’intrigue.
Sur fond de quête et d’apprentissage, Javier Negrete développe une intrigue solide, autour de l’art des épées et de la sorcellerie. Le rythme est soutenu, le décor bien planté et les personnages bien campés. Il aborde des thèmes variés essentiellement tournés vers l’homme : la notion de liberté et de libre-arbitre, l’humanité, la tolérance, le respect... L’auteur semble avoir puisé son inspiration du combat chez les samouraïs, de la relation entre le maître et son disciple en Orient, des conflits des dieux dans les mythologies grecque et nordique, de la quête de l’épée dans les légendes celtiques (Excalibur)... Ce mélange fait de l’univers de ce roman, un monde riche et passionnant.
Zémal, L’Epéé de feu se lit indépendamment. Il a une fin bien définie et pourtant, il donne l’impression d’être le premier épisode d’une histoire plus vaste, voire de n’être qu’un prologue. Des bruits courent sur la parution en Espagne d’un autre roman se situant dans l’univers de la Tramorée. Alors, patience.
(...) On reconnaît chez Javier Negrete la patte des grands maîtres du genre : une culture immense qui lui permet de créer des personnages et des peuples à l'image de certaines civilisations antiques sans jamais éveiller notre ennui, une écriture fluide, précise et sans fioritures qui lui donne les outils pour mettre en scène un décor fantasy envoûtant, livré au lecteur sous forme de bribes géographiques et historiques jamais inutile qui l'emportent dans un imaginaire peuplé de dieux, de mages, de guerriers et d'animaux fabuleux, un travail fouillé sur l'intrigue qui place sans heurts une double trame de roman d'apprentissage avec deux personnages principaux jeunes et attachants, entourés de mentors charismatiques... Bref Negrete a signé avec Zémal, l'Epée de feu un premier tome trépidant qui présage, je l'espère, la suite de la saga que je me réjouis de lire.
Pantalaimon
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