Bon, soyons clair. Je goûte assez peu la SF et je n'aime pas particulièrement les Space Opera.Je prends cependant le temps de vous parler de cette saga qui m'a agréablement surprise et qui mérite le détour pour les incultes du genre...
La capitaine Geary est un vrai personnage comme je les aime. À la fois bourru et intelligent mais loin du héros inaccessible et limite parfait, divin.On découvre vite en début de premier tome que Geary a été élevé au rang de héros légendaire après son sacrifice lors de sa dernière bataille un siècle plus tôt. Aussi son retour est interprété comme un signe de la victoire prochaine de l'Alliance "Black Jack Geary est là pour nous sauver". Nouvelle que notre personnage va avoir bien du mal à intégrer.Surtout quand on considère que le courage qui lui a valu le statut de légende a servi à embrigader les jeunes recrues et à les pousser à des sacrifices souvent stupides et bien inutiles.
Cette génération qui ne connait que la guerre et ses rancoeurs a perdu toutes les valeurs stratégiques mais aussi morales que pouvait avoir ce conflit à ses débuts.Le décalage avec Geary n'en est que plus flagrant, et c'est pourtant ce "dinosaure" qui va devoir sauver la flotte et tenter de mettre fin à cette guerre qui n'a que trop duré...
Une bonne recette où l'on a tout : un personnage atypique mais à portée face à une mission difficile, des quiproquos grâce à son décalage avec le monde d'aujourd'hui, une lourde réflexion sur la guerre et les conflits qui s'enlisent, des combats mais que l'on peut suivre sans être diplômé en aéronautique option quantique et relativité, des traitres, des complots et des manœuvres politiques, un ennemi surprise et bien entendu la jolie femme... Ajoutez un fond qui donne à réfléchir sur les conflits armés, l'embrigadement, les escalades de violence, la moralité dans la guerre, la course à l'armement, etc. (Pour ceux qui considère que la SF et la fantaisie ne sont que des lectures "récréatives" et sans matière, je ne vous le conseille que plus vivement).
Bref, si vous hésitiez à vous lancer dans le genre, La flotte perdue peut être un bon début. Pour les fans et habitués, je ne me prononce pas, n'en étant pas une mois même.Chaque volume se lit très vite (de plus en plus en avançant dans les tomes même dans mon cas) et l'on suit Geary et le devenir de cette flotte égarée qui tente de rentrer chez elle de plus en plus facilement même si l'on est assez vite familiarisé avec la vie dans l'espace et son vocabulaire .
Le tout est assez réaliste, et j'aurai tendance à dire sans grande originalité non plus en ce qui concerne le contexte et le monde décrit, mais il y a assez de suspens et de scénario pour tenir le lecteur en haleine.
Un Space Opera bien mené et à portée de tous !
Jack Campbell achève ici son long Space Opera paramilitaire à visée humaniste, puisqu'à travers la rédemption d'un seul homme c'est bien celle de toute l'humanité dont il est question. [...]
Jack Campbell fait une fois de plus montre d'un véritable sens tactique dans les scènes de bataille, poussant si loin le réalisme des forces en contact que le lecteur quitte sans s'en rendre compte son quotidien pour se glisser avec délice dans les parures rigoureuses de ces marins du futurs et stratèges de toujours. Une très grande réussite que cette saga riche et généreuse, profondément humaine et sincère. Seul un militaire ayant connu cette sentimentalité du combattant pour des grandes causes perdues d'avance pouvait penser et générer un tel romanesque. Et seul un grand amoureux qui sait ce que c'est que de perdre et de gagner en amour pouvait écrire une histoire d'amour aussi juste et pure. Un très grand volet de l'histoire de la Science-Fiction qui se referme sur un brin de nostalgie, sans triomphalisme ou fausse prétention, juste un homme, rien qu'un homme ayant remporté des épreuves, et non pas une guerre. C'est là une différence fondamentale sur laquelle la prose de l'écrivain met l'accent. C'est là que se différencie un écrivaillon à rallonge d'un grand conteur.