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Laurence Suhner

Vestiges

QuanTika
Vestiges

Date de parution : avril 2012

Série : QuanTika
Livre : 1

Illustrateur : Manchu


ISBN13 : 9782841725892

Nombre de pages : 576
Prix : 23,00 €
État : disponible

Dans mes rêves, je les appelle les Bâtisseurs.
Les Bâtisseurs.
Une ancienne civilisation qui a visité Gemma – la plus lointaine colonie humaine – il y a douze mille ans, en y laissant des vestiges et un gigantesque artefact en orbite.
Qu’ont-ils bâti en vérité, si ce n’est une machine? Une machine qui détraque la réalité, altère les constantes fondamentales de l’Univers.
Qu’y puis-je? Pourquoi ai-je été choisie? Pourquoi suis-je la seule à entendre cette voix qui surgit des profondeurs? Cette voix qui me pousse à abandonner mon corps au rythme et à la danse.
La voix de Ioun-ké-da.
Celui que, dans leurs mythes, les Bâtisseurs nommen tle Dévoreur de réalité…
 
 
Un planet opera somptueux, une plongée archéologique envoûtante.
La trilogie «QuanTika» est le premier roman de Laurence Suhner. 
 
Prix Bob Morane 2013
  • Revue de presse
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Suhner - Vestiges - NooSFere
Posté le 04 mai 2012 -
En orbite autour de Gemma, un monde glacé colonisé depuis un siècle pour ses ressources minières, l’humanité a trouvé le premier artefact extraterrestre : un vaisseau spatial inerte et impénétrable. Sous couvert de forage, Ambre Pasquier dirige une mission sur la planète à la recherche de vestiges de l’ancienne civilisation, découverts par observation spatiale, mais dont l’emplacement a été révélé à Ambre lors d’un rêve. Le secret de cette exploration ne semble pas si bien gardé : Haziel Delaurier, membre d’un laboratoire indépendant de chercheurs, infiltre le groupe pour montrer à Ambre un phénomène physique d'écoulement du temps anormal et dangereux dont l’origine est localisée au sein des ruines, et surtout la milice planétaire, résidu de l’armée chargée de surveiller la nef extraterrestre, contrôle de près l’activité des scientifiques.
 
Première partie de la trilogie Quantika, Vestiges renoue avec les sujets situés au cœur de la science-fiction classique : premier contact, big dumb object, terraformation. Véritable Planet opera, mélange d’aventure scientifique et de conflit politique, nous sommes en terrain connu et l’ombre de la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson survole le roman. L’auteur prend visiblement plaisir à parler de sciences et n’a pas de problème à accrocher le lecteur grâce à un style extrêmement fluide et didactique jamais ennuyeux. Mais le récit ne s’arrête pas à une simple déclinaison de ces thèmes classiques : il mêle habilement les sujets et les points de vue, bâtissant l’intrigue autour de plusieurs personnages forts ( aux scientifiques de la mission d’exploration s’ajoutent d’autres caractères, notamment Kya, une jeune adulte membre d’un groupe écologiste et indépendantiste ne répugnant pas à l’action violente). Avec en plus une couche de mysticisme indien liée aux origines mystérieuses d’Ambre Pasquier, de multiples pistes sont esquissées dans cette intrigue riche et promettent beaucoup pour la suite de la trilogie.
 
Avec Vestiges, Laurence Suhner nous livre un premier tome palpitant qui, malgré sa longueur, se lit d’une traite ; l’auteur sait plonger rapidement le lecteur au cœur de l’action et éviter les temps morts. Accroché par le cliffhanger final, il ne nous reste plus qu’à prendre notre mal en patience et espérer une parution rapide du tome suivant de Quantika.
 
 
René-Marc DOLHEN
NooSFere
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Suhner - Vestiges - Psychovision
Posté le 14 mai 2012 -
Sur la planète Gemma, ou plutôt dans son orbite, vogue un gigantesque vaisseau spatial, sa particularité étant qu'il n'a rien d'humain. Ce vaisseau est donc là sans que personne n'en connaisse l'origine et l'histoire, bien qu'il intéresse beaucoup de monde. Sur la planète même, une équipe de scientifiques s'apprête à aller explorer une partie de la planète où se trouverait d'autres artefacts extraterrestres...
 
Et voici la nouvelle saga de SF Française publiée par L'Atalante, l'éditeur qui a publié Pierre Bordage, Roland C. Wagner, Olivier Paquet, Vincent Gessler, Anne Fakhouri ou encore Jeanne A-Debats. Entre les auteurs confirmés et les débutant prometteurs, cet éditeur s'est donc imposé comme une valeur sure de l'imaginaire francophone et une nouvelle saga débarquant chez eux est toujours une bonne surprise.
Quantika débute pourtant de manière assez traditionnelle avec une planète aux mains d'entrepreneur peu scrupuleux et un réseau de résistance qui veut éviter le triste destin de la Terre à leur nouvelle demeure. Au milieu de ça, une équipe de scientifique donne dans l'archéologie extraterrestre et essaye de trouver où ont bien pu passer les anciens locataires de Gemma, dont la principale trace est un gigantesque vaisseau abandonnée.
Cette équipe est d'ailleurs décidée à explorer la planète à la recherche d'autres vestiges, mais ce qu'ils ignorent, c'est que l'une d'entre eux sait très bien où ils vont et ce qu'ils vont y trouver, car les monuments enfouis à cet endroit, elle les a vus dans ses rêves. Plus, l'expédition s'approche et plus la jeune femme semble perdre pied et se livre à des transes étranges, parlant une langue qui n'est pas humaine.
Si le début peut faire penser à un classique roman de "Big Dumb Object" et de "Rencontre du troisième type", il part très vite sur autre chose, sur une histoire lorgnant plus sur le fantastique que la Hard-SF avec des rêves et des transes semblant trouver leurs origines dans une civilisation ancienne, mais également une menace sous-jacente qui ne semble qu'attendre son heure pour sortir de l'ombre.
On est donc dans du fantastique assez classique avec une héroïne ayant des rêves et des cauchemars qui semble mettre sa santé physique et mentale, où une créature étrange se balade dans les ravins de la planète. Tous ces personnages et événement font monter la tension tranquillement, devenant de plus en plus intrigant au fur et à mesure que l'on tourne les pages et que les mystères se dévoilent peu à peu.
Et c'est ce mélange qui fait de Vestige un roman passionnant et captivant, car Laurence Suhner nous propose un type de récit qui est finalement trop rare. Ceci-dit, le roman est aussi très bien écrit, très fluide et un véritable planet-opéra, Gemma étant en plus d'un décor un véritable personnage de l'histoire avec ses secrets et sa personnalité. Autant qu'une gigantesque étendue glacée et un environnement hostile, elle est un protagoniste à part entière.
Les autres personnages sont un peu les bémols de cette histoire, que ce soit l'adolescente rebelle, l'amoureux secret et éconduit, la scientifique hautaine, le père trop occupé, le rebelle obstiné et bien entendu les méchants mercenaires. Pourtant l'auteur arrive à tous leur donner vie et à les rendre attachants grâce à leurs qualités, leurs défauts et surtout à leurs peurs devant cette menace issu d'une technologie incompréhensible par l'Homme.
 
Mélangeant drames humains et dangers surnaturels dans un environnement cosmique, Vestiges est un roman enthousiasmant et le premier volume d'une trilogie qui devrait se révéler passionnante en jouant habilement avec les codes de la science-fiction et du fantastique. Pour son premier roman, Laurence Suhner frappe donc très fort et permet à L'Atalante de confirmer une nouvelle fois la qualité de son catalogue.
 
Note : 9 /10
 
Steggtegg
Psychovision
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Suhner - Vestiges - Librairie Omerveilles
Posté le 24 mai 2012 -
Dans la lignée des Kim Stanley Robinson ou Alastair Reynolds, Laurence Suhner signe un planète-opera d'une très grande qualité dont nous avons plus que hate de lire les deux autres tomes. Vestiges ouvre parfaitement la voie au renouveau de l'aventure spatiale hardscience francophone. Vastes implications politiques, distances galactiques, exotisme forcené dans le contact avec d'autres formes d'intelligences, monde quasi-inexploré, personnages complexes, tout est réuni pour faire de ces romans un tournant du genre. Assurément, ce livre sera sur toutes les listes de prix à partir de la rentrée et pas en guise de remplissage.
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Suhner - Vestiges - Babelio
Posté le 24 mai 2012 -
Epoque : 2310 Lieu : Gemma, une planète « boule de neige », dans le même bras galactique que le nôtre, à 6,5 années lumière. C’est la plus lointaine colonie humaine. Un aller simple de plus de dix-sept ans. Contexte : un gigantesque vaisseau en orbite de Gemma, Le Grand Arc, vaisseau fantôme qui n’a jamais donné signe de vie et est demeuré inaccessible, et sur la planète, des microorganismes extrémophiles ont été découverts par la première vague d’explorateurs, cent cinquante ans plus tôt, preuve que des formes de vie plus complexes ont dû y évoluer avant la période de glaciation. Un travail d’étude passionnant pour la jeune microbiologiste ambitieuse qu’est Ambre Pasquier. Peu après son installation, la jeune femme commence à être hantée par des rêves qui la mettent en contact avec les traces des premiers visiteurs de Gemma, les Bâtisseurs… Cela tourne à l’obsession et elle monte une expédition scientifique, la mission Archéa, dont le but officiel est de traquer les formes de vies primitives des couches glaciaires. En vérité, elle vise un autre objectif, maintenu secret. Il s’agit de creuser un passage dans la glace au moyen d’un tunnelier géant pour atteindre le substrat rocheux et les ruines qu’Ambre est certaine d’y découvrir. Une vingtaine de scientifiques sont recrutés : glaciologues, géophysiciens, exobiologistes, généticiens, climatologues, ingénieurs, médecins... L’un d’entre eux a infiltré l’équipe pour le compte d’un groupe de physiciens, qui étudient depuis une dizaine d’années les particularités d’une zone précise de la planète soumise à des fluctuations de la trame de l’espace-temps, un autre pour le compte des militaires qui ont récemment pris le contrôle de la colonie. L’expédition tourne au chaos. Un destin individuel et un destin « cosmique » vont se mélanger dans le personnage d’Ambre, trait d’union entre des forces fondamentales.
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Suhner - Vestiges - Lecteur
Posté le 25 mai 2012 -

L'histoire se passe sur un monde de type "boule de neige" nommé Gemma. C'est la première planète extra-solaire, convenant à la vie terrestre à être découverte et colonisée par l'espèce humaine (Située à 6.5 AL, le temps de trajet depuis la terre est de 17 ans). Singularité : Autour de cette planète, orbite un gigantesque artefact (62km de long) en forme d'arc, mystérieux, impénétrable et indestructible. L'action se déroule 170 ans après la colonisation, au début du XXIVième siècle. Ambre Pasquier, qui depuis son arrivée sur Gemma est omnubilée par des rêves, va diriger une équipe de scientifiques sur un site archélogique enfoui sous la glace, qui lui a été révélé par ses songes. Ce site va s'avérer être aussi un point où les lois de l'univers ne s'appliquent plus. Nous sommes en présence d'un planet opéra de très grande qualité. Partiellement hard-science, l'auteur utilise un jargon scientifique qui apporte une réelle crédibilité à l'histoire. Ici pas de vaisseaux hyperspatiaux - de super héros ou de technologie exotique (pour les humains tout du moins). Laurence Suhner s'intéresse aussi à la vie de ses personnages, leur donnant une belle consistance, le tout dans un style assez décontracté, non dénué d'humour. Une incursion progressive du "mystérieux" dans un monde rationnel et scientifique. Cette boule de glace (frileux s'abstenir) vous prend aux tripes et à la tête (dans le bon sens du terme) et ne vous lâche plus. Il s'agit du premier tome d'une trilogie. Mme Suhner peut déjà me compter au rang des lecteurs du second tome à paraître.

Fnitter 

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Suhner - Vestiges -Les lectures d'Efelle
Posté le 11 juin 2012 -
Bien que déstabilisée par des cauchemars depuis son arrivée dans le système, la brillante Ambre Pasquier a contribuée à la localisation de vestiges souterrains sous le glacier. Elle s'est vue confier la direction de l'équipe qui forera et explorera le site. Haziel Delaurier est un pilote à tout faire d'une équipe scientifique indépendante qui étudie un étrange phénomène physique sur le glacier, qui prendrait sa source en profondeur. Le chef de cette équipe, Stanilas, le charge d'infiltrer l'équipe de Pasquier et surtout de contacter cette dernière pour mettre en commun leur moyens. Kya une effroyable gamine, fille de Stanilas, qui oscille entre l'influence de Delaurier et de celle de Miguel, le chef des Enfants de Gemma, va faire ses propres découvertes dans une combe du glacier. Enfin un milliardaire vient de faire irruption dans le système, grâce à ses finances la milice se sent pousser des ailes et avances ses pions...
 
Laurence Suhner prend le temps pour poser son intrigue et les différents enjeux. Un démarrage lent pas inutile tant le niveau d'intrication de toutes ces intrigues et personnages va être élevé. Passé ce cap, avec la fin du forage, les évènements s'accélère et les ambiances changent au fil des pages qui se tournent rapidement : découverte scientifique d'un site extra-terrestre, coup d'état militaire, huit clos oppressant et final potentiellement apocalyptique. Premier tome de la trilogie Quantika, Vestiges s'avère un bon premier roman et moment, le seul point noir étant le fait que ce premier tome ne se suffit pas à lui même, arrivé à son terme on attend la suite ! Un auteur à suivre en espérant qu'elle transforme cet essai.
 
Les lectures d'Efelle
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Suhner - Vestiges - Babelio
Posté le 11 juin 2012 -
Un roman de qualité .
L'auteure est suisse et cette trilogie ( un premier roman ) est tout simplement somptueuse . Les personnages sont tout simplement réels et ce texte est excessivement bien écrit et bien pensé . Cette lecture fut pour moi une très agréable bouffée d'oxygène car c'est un peu un ovni dans le contexte actuel du planète opera francophone ! L'environnement de la planète Gemma est intensément ressenti par le lecteur , c'est un récit très rythmé avec un vocabulaire recherché , assez étendu et exempt du moindre caractère ampoulé. La narration est souvent à la troisième personne et le narrateur est occasionnellement un personnage qui conduit une sorte de dialogue intérieur sur le mode du "je" ou du "il" . Cette trame narrative soignée est agrémentée de dialogues précis et crédibles tout à fait exempt de galimatias , le tout assorti de de superbes descriptions et occasionnellement de récitations de mythes à l'inspiration solide qui concourent à faire émerger avec brio l'étrangeté . Je rajoute que l'humour et la psychologie ne sont pas absent ce roman. Effectivement le style n'est pas sans faire penser à celui de C. J. Cherryh mais la narration est moins intense que dans le splendide et trépident univers alliance et union et ce n'est pas un défaut . Sur le plan des thématiques , l'ambition est de rigueur : la colonisation d'une planète lointaine et hostile , des artefacts extraterrestres déserts qui distillent dans les consciences la certitude que des formes vies bien plus évoluées que l'humanité existent ou bien ont existée dans l'univers . Ces artefacts distillent également de la curiosité et de la passion chez les scientifiques mais ils diffusent également une forme d'inquiétude dans la population dont les raisons ne sont peut-être pas si fantasmatiques que cela , au contraire ces causes sont peut-être réelles et conjointes d'une forme d'activité de ces reliques pourtant millénaires . Et quand la physique quantique s'en mêle !! C'est un roman scientifique très digeste et très agréable qui mobilise de la hard-science comme des sciences humaines sur un mode sciences appliquées qui donne la parole à des personnages crédibles et compétents . Ce roman est long , le style est agréable et fonctionnel , c'est un plaisir .. Le sens of Wonder est totalement sous contrôle .. Une trilogie et sans aucun doute : une affaire à suivre.
 
Fynitisend
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Suhner - Vestiges - Psychovision
Posté le 24 mai 2012 -

Sur la planète Gemma, ou plutôt dans son orbite, vogue un gigantesque vaisseau spatial, sa particularité étant qu'il n'a rien d'humain. Ce vaisseau est donc là sans que personne n'en connaisse l'origine et l'histoire, bien qu'il intéresse beaucoup de monde. Sur la planète même, une équipe de scientifiques s'apprête à aller explorer une partie de la planète où se trouverait d'autres artefacts extraterrestres... Et voici la nouvelle saga de SF Française publiée par L'Atalante, l'éditeur qui a publié Pierre Bordage, Roland C. Wagner, Olivier Paquet, Vincent Gessler, Anne Fakhouri ou encore Jeanne A-Debats. Entre les auteurs confirmés et les débutant prometteurs, cet éditeur s'est donc imposé comme une valeur sure de l'imaginaire francophone et une nouvelle saga débarquant chez eux est toujours une bonne surprise.

Quantika débute pourtant de manière assez traditionnelle avec une planète aux mains d'entrepreneur peu scrupuleux et un réseau de résistance qui veut éviter le triste destin de la Terre à leur nouvelle demeure. Au milieu de ça, une équipe de scientifique donne dans l'archéologie extraterrestre et essaye de trouver où ont bien pu passer les anciens locataires de Gemma, dont la principale trace est un gigantesque vaisseau abandonnée. Cette équipe est d'ailleurs décidée à explorer la planète à la recherche d'autres vestiges, mais ce qu'ils ignorent, c'est que l'une d'entre eux sait très bien où ils vont et ce qu'ils vont y trouver, car les monuments enfouis à cet endroit, elle les a vus dans ses rêves. Plus, l'expédition s'approche et plus la jeune femme semble perdre pied et se livre à des transes étranges, parlant une langue qui n'est pas humaine. Si le début peut faire penser à un classique roman de "Big Dumb Object" et de "Rencontre du troisième type", il part très vite sur autre chose, sur une histoire lorgnant plus sur le fantastique que la Hard-SF avec des rêves et des transes semblant trouver leurs origines dans une civilisation ancienne, mais également une menace sous-jacente qui ne semble qu'attendre son heure pour sortir de l'ombre. On est donc dans du fantastique assez classique avec une héroïne ayant des rêves et des cauchemars qui semble mettre sa santé physique et mentale, où une créature étrange se balade dans les ravins de la planète. Tous ces personnages et événement font monter la tension tranquillement, devenant de plus en plus intrigant au fur et à mesure que l'on tourne les pages et que les mystères se dévoilent peu à peu. Et c'est ce mélange qui fait de Vestige un roman passionnant et captivant, car Laurence Suhner nous propose un type de récit qui est finalement trop rare. Ceci-dit, le roman est aussi très bien écrit, très fluide et un véritable planet-opéra, Gemma étant en plus d'un décor un véritable personnage de l'histoire avec ses secrets et sa personnalité. Autant qu'une gigantesque étendue glacée et un environnement hostile, elle est un protagoniste à part entière. Les autres personnages sont un peu les bémols de cette histoire, que ce soit l'adolescente rebelle, l'amoureux secret et éconduit, la scientifique hautaine, le père trop occupé, le rebelle obstiné et bien entendu les méchants mercenaires. Pourtant l'auteur arrive à tous leur donner vie et à les rendre attachants grâce à leurs qualités, leurs défauts et surtout à leurs peurs devant cette menace issu d'une technologie incompréhensible par l'Homme.

Mélangeant drames humains et dangers surnaturels dans un environnement cosmique, Vestiges est un roman enthousiasmant et le premier volume d'une trilogie qui devrait se révéler passionnante en jouant habilement avec les codes de la science-fiction et du fantastique. Pour son premier roman, Laurence Suhner frappe donc très fort et permet à L'Atalante de confirmer une nouvelle fois la qualité de son catalogue.

Stegg

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Suhner - Vestiges - Adunar
Posté le 06 juillet 2012 -

Un space-op' lu dans le cadre du SSWEVI... Il s'agit du premier tome d'une trilogie intitulée QuanTika.

Résumé : Gemma, c'est une planète pas tout à fait inhabitable, en orbite autour d'un système binaire à 6,5 années-lumière de la Terre. Avec une atmosphère proche de celle de la planète des origines, c'est aussi un espoir sérieux de colonisation pour une espèce humaine en train d'épuiser son environnement, bien que Gemma soit glaciale et recouverte d'un épais glacier : au cours de son orbite, elle s'aventure hors de la zone habitable de son système stellaire. Lorsqu'ils arrivent, les premiers colons font une découverte inquiétante : un énorme artefact, le Grand Arc, est en orbite rapprochée autour de Gemma. Il témoigne du passage, dans un passé reculé, d'une espèce intelligente n'ayant par ailleurs laissé aucune autre trace... Un siècle plus tard, il semble bien que la colonisation de Gemma soit sur le point d'échouer. Dans quelle mesure les étranges incidents qui frappent la colonie sont-ils liés à la présence pesante du Grand Arc ? A moins qu'il n'y ait quelque chose de dissimulé sous la glace, quelque chose à même d'altérer la nature même de l'espace-temps...

A prendre connaissance du pitch de ce livre, j'ai aussitôt pensé à la série ouverte par Les Machines de Dieu de Jack McDevitt. Le postulat selon lequel l'intelligence dans l'Univers ne serait pas une exception, mais qu'elle serait assez rare pour que deux civilisations n'apparaissent jamais au même moment m'apparaît quelque peu fascinant - et ouvre surtout une branche théorique de l'Histoire, à savoir, l'exo-archéologie. Dans ce livre, l'intrigue repose en effet sur une recherche en exo-archéologie : les Bâtisseurs ayant visité le système de Gemma dans le passé n'y ont pas laissé que le Grand Arc. L'enjeu pour la majeure partie des personnages devient alors de déterrer leurs vestiges enfouis sous la glace. Et surtout de comprendre comment une civilisation assez puissante pour concevoir le Grand Arc et les éponymes vestiges a pu disparaître.

Les personnages sont en effet taraudés par une impression de danger imminent. Le Grand Arc n'est pas sans évoquer une épée de Damoclès, avec son apparence maléfique, tout en piquants et en crocs : n'y a-t-il pas là de quoi éveiller des inquiétudes ataviques chez les colons de Gemma ? Le climat lui-même de la planète n'est-il pas des moins vivables ? Et les habitants ne sont-ils pas coincés sur ce monde sans espoir de retour ? Il s'agit là d'une dimension assez peu explorée, à ma connaissance, en space-op' : de la même façon que Christophe Colomb savait qu'il avait falsifié ses calculs pour obtenir le privilège royal de voguer vers l'Ouest, et qu'il partait donc vers l'inconnu, les premiers explorateurs de la banlieue stellaire du Soleil partiront sans doute aussi en toute connaissance de cause pour un voyage sans retour, à l'arrivée duquel se trouve l'inconnu - et peut-être même l'incompréhensible. Vestiges rend fort bien cette impression inquiétante. Au fur et à mesure que l'expédition scientifique à la recherche des Vestiges creuse la glace puis la roche, la pression monte parmi les chercheurs. Pression qui n'est en rien amoindrie par une situation politique des plus inquiétantes, elle aussi : entre un gouvernement scientifique dépassé par les événements, une milice déterminée à prendre le pouvoir par la force et des indépendantistes autoproclamés "enfants de Gemma", tout montre que rien ne tourne bien.

La découverte des Vestiges ne fait pourtant qu'élever le mystère au carré. A l'intrigue exo-archéologique s'associe une énigme physique : il semble qu'à l'intérieur de la "conque" souterraine découverte par l'équipe, se dissimule une entité capable d'altérer les lois de la physique, et qui serait à l'origine aussi bien des aberrations qui perturbent les colons que de la dégradation du comportement des chercheurs. On se demande, à la fin du livre, comment l'auteure va parvenir à relier ensemble l'intrigue "humaine" et les éléments d'origine extraterrestre, encore peu compréhensibles, apparaissant dans différents chapitres éparpillés au long de l'oeuvre.

Nul doute que pour le savoir, il faudra se plonger dans les deux prochains tomes : c'est prévu. Je sélectionne ce livre dans le cadre du Prix des Blogueurs 2012.

Adunar

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Suhner -Vestiges - Les pages blanches de Racine
Posté le 28 juin 2012 -
J'avais un peu peur du résultat en découvrant ce roman et finalement, j'ai beaucoup aimé ! L'intrigue principale est passionnante et les personnages sont très bien réussis ! Les descriptions sont bien faites et on rentre dans l'histoire entièrement, c'est donc un très bon roman de SF comme je les aime ! 
Je vous le conseille vivement et remercie son auteur, Laurence Suhner d'avoir inventé cet univers passionnant, j'attends, pour ma part, vivement la suite !
Au revoir, et à bientôt pour une nouvelle critique de science-fiction !
Alexy alias Alexskiwalker.
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Suhner - Vestiges - Edelweiss
Posté le 28 juin 2012 -

Petite, c'était uneaffabulatrice. Collégienne, elle aura un béguin pour la physique. Etudiante,elle devient archéologue, partagée entre l'Egypte et la préhistoire. Adulte,elle crée les clones de quelques célé-rités, avant de se faire remarquer commedessinatrice de BD. Aujourd'hui, elle est romancière de science-fiction. Onn'oublie rien? Ah oui, la musique classique indienne, dont elle joue en tantque percussionniste ... La Genevoise Laurence Suhner est un millefeuille commeGemma, la planète de Vestiges, premier tome, triomphalement mis sur orbite parl'éditeur français L'Atalante, d'une trilogie aux thèmes fascinants et auxramifications luxuriantes, Quantika. Gemma, donc: hauts plateaux glacés,sillonnés par des engins motorisés, cachant des ruines et des souvenirs dejungle dans le sous-sol. Autour de ce corps céleste colonisé par les Terriensorbite un artéfact géant en forme d'arc, laissé par une civilisation radicalementautre et terriblement élusive.

 

Valais, Algarve, Polynésie

On cueille Laurence alors qu'elle descend du froid: «J'aipassé les quatre derniers hivers en Valais, à 1800 mètres, avec les montagnestout près. Ça m'a aidée à décrire l'environnement de cette planète.» Vestiges abeau carburer aux technologies futuristes et voyager à 40% de la vitesse de lalumière, le meilleur endroit pour l'écrire reste un chalet. «J'adore la mer,j'y trouve des idées, mais je ne peux pas écrire lorsque j'y suis.»

Quantika doit pourtant son existence à la plage («J'étais enAlgarve, ça four-millait dans mon esprit») et comprend une dimension marine.Même si pour la voir se déployer, il faudra attendre le troisième tome, «qui sedéroule sur une planète océan évoquant la Polynésie». "Planète océan"

La petite fille aux têtes réduites

Revenons aux sources dela vocation.

Première étape: les bobards ... «Mon père voyageait beaucouppour son travail. Il revenait d'Amérique du Sud et me rappor-tait des caïmansempaillés ou des fausses têtes réduites. Moi, j'allais à l'école avec un sacplein de ces têtes et j'inventais le mythe. Ou alors, il me rapportait desparures amér-indiennes et je racontais que j'étais issue d'une tribu, que moncheval était là-bas qui m'attendait ... » Et puis? «Quand j'ai com-mencé àécrire et à dessiner, ça s'est arrêté. Je rêvais de m'installer en Amazonie,d'une vie totalement en dehors de l'ordinaire. C'est pour ça que j'ai choisi lascience-fic-tion. Là, je m'éclate, j'ai tous les droits ... » A 8 ans, Laurencecrée sa première BD. A 11, elle commence à écrire des nou-velles. «Ii y avaitdes ruines de civilisations éteintes, des châteaux, des adolescents face aumystère. Et souvent, ça se terminait avec des extraterrestres.» Avant d'enfaire son métier, elle bifurquera çà et là. Physique: «Je l'ai redécouverte aucollège, c'était une révélation quasi mystique.» Archéologie: «J'adoraistraduire une langue ancienne, la plus compliquée possible.» Design: «Me sentantobligée de faire quelque chose d'utile, j'ai étudié le design industriel aprèsl'uni. Mais ce n'était pas ma voie, ça manquait d'un côté narratif. Pour finir,j'ai travaillé comme designer dans le labo d'images de synthèse Miralab. Jecréais des clones de personnages existants, comme Martina Hingis ou PeteSampras, pour des réalités virtuelles. A côté, je dessinais ... » Le dessin:comment surgit-il dans cette vie déjà si remplie? «Ma mère était dessinatrice de mode, elle a toujours mis des crayons dans mes mains.» Peuencline à perdre du temps, Laurence publie à 16 ans son premier album de BD,mêlant (pourquoi pas?) reggae et science-fiction. D'autres suivront, avec deshistoires de réalités paral-lèles et magie noire, amulettes antiques etparadoxes temporels. Un éditeur parisien la propulse sur la scèneinternationale en 2002, lui confiant une nouvelle collection consacrée à AgathaChristie. Le destin frappe au bras droit Premier album de la série, Le secretde Chim-neys sera diffusé de l'Inde au Royaume-Uni. Il n'y aura pas de suite.«Les séquelles d'un vieil accident de voiture m'ont rattrapée, et mon brasdroit était hors service pour dessi-ner. J'ai fait des séances de dédicaces,mais j'avais de plus en plus de peine à signer.» QJ.l.e faire? «J'ai profité decette circonstance de la vie et je suis passée au roman.» Dans Vestiges, onretrouve tout ce que Laurence aime, de la musique indienne aux métissagesculturels O'héroïne, prénom-mée Ambre, est Indo-Franco-lranienne), en passantpar une mémoire à retrouver, de la mousse quantique («C'est le côté hardscience du truc»), ainsi que des cerveaux dont la biologie radicalementdifférente permet de bâtir une civilisation hyperavan-cée sur des bases nonrationnelles. Meil-leure que la nôtre? «Oh, non ... »

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Suhner – Vestiges – Presse Océan
Posté le 06 juillet 2012 -

575 pages, à vue d'oeil, ça fait peur. Et puis, on s'y plonge et la mécanique fluide de l'écriture permet d'avaler ces kilomètres de ligne. Dans ce 1er volet de la trilogie Quantika, Laurence Suhner s'impose avec brio dans ce planète-opéra, un mélange d'aventures dans l'espace autour de mondes inexplorés, à la recherche de vestiges de l'ancienne civilisation.

Presse Océan

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Suhner - Vestiges - Les Chroniques de l'Imaginaire
Posté le 10 juillet 2012 -

En l'An 2300, sur une planète se trouvant à des millions de kilomètres de la Terre, Gemma, des archéologues vont vivre une étrange aventure.

Gemma est recouverte d'une épaisse couche de glace. Pendant les très courts étés, la température atteint difficilement un vaillant -10°.C'est dans ce décor polaire que toute l'équipe d'archéologues aux ordres de la belle mais caractérielle Ambre Pasquier va devoir accomplir une mission bien particulière non officielle. En vérité, sur les indications d'Ambre, ils cherchent des vestiges des Bâtisseurs, les êtres doués d'intelligence qui ont laissé sur Gemma un mystérieux Grand Arc dont aucune machine terrestre ou gemmienne n'arrive à percer le secret. Dans une atmosphère glaciale, ils vont devoir affronter d'étranges événements.

Par des descriptions très techniques, très scientifiques (parfois même trop pour la néophyte que je suis), l'auteure sait rendre son histoire crédible et intéressante. La physique quantique, la géologie des planètes, et même les comportements humains, font l'objet de belles descriptions et réflexions. Les personnages, les décors somptueux, les différents mondes, sont parfaitement décrits.

J'ai personnellement eu du mal à me mettre dans l'histoire, et il m'a bien fallu 200 pages pour enfin capter le sens véritable de ce planet opera. Mais ensuite je me suis laissée prendre par les événements, les rebondissements, les drames, tout cela sur fond de glace et toujours avec la présence mystérieuse d'êtres extraterrestres dont on ne sait pas grand chose. Extrêmement bien écrit, ce roman est maitrisé de bout en bout. Le dosage entre la technique, la réalité, et l'étrange, l'ailleurs est savamment distillé. J'attends de lire les deux tomes suivants pour donner mon verdict final mais ce premier tome est de bon augure.

Marquise
Les Chroniques de l'Imaginaire

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Suhner - Vestiges - Le Temps
Posté le 13 juillet 2012 -

Gemma: une planète caparaçonnée de glaces, colonisée douze millénaires auparavant par une civilisation perdue. Les «Bâtisseurs» ont laissé un sanctuaire enfoui sous terre et, en orbite, un gigantesque vaisseau fantôme, le Grand Arc. Hantée par des rêves étranges, la microbiologiste Ambre Pasquier cherche à percer les secrets enfouis.

Alliant brillamment archéologie et physique quantique, Laurence Suhner signe un premier roman impressionnant. Elle met en scène une multitude de personnages, fait entrer en résonance les espaces intérieurs et extérieurs, multiplie les points de vue, entre même dans la peau d’un extraterrestre. Palpitant de bout en bout, Vestiges tient ses promesses et suscite une admiration sans réserve.

Nicolas Dufour
Le Temps

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Suhner - Vestiges - L'hebdo
Posté le 13 juillet 2012 -

L'archéologie du futur

A l’âge de 11 ans, elle a commencé à lire les aventures de Bob Morane et à écrire. Elle se voyait bien en Indiana Jones. D’ailleurs, elle a étudié l’égyptologie et l’archéologie préhistorique à l’Université de Genève. Avant de bifurquer vers le dessin et de travailler à la création d’images de synthèse pour le laboratoire Miralab (élaborant les avatars de Marilyn Monrœ et de Martina Hingis). Elle a dessiné des BD, notamment d’après Le secret de Chimneys d’Agatha Christie. En 2006, à la suite de problèmes de santé, elle doit arrêter de dessiner et décide de se consacrer à l’écriture, publiant des nouvelles de SF. Elle a fait paraître cette année Vertiges, un pavé de 567 pages, prélude à une suite de deux tomes tout aussi volumineux, qui formeront le cycle Quantika (le deuxième tome est prévu pour l’automne). «J’ai toujours aimé les univers tentaculaires! Mais en trois ans d’écriture, j’ai failli me décourager et arrêter des milliards de fois! L’auteur Kim Stanley Robinson m’a donné ce seul conseil: sois obstinée.»

Laurence Suhner a écrit le premier jet en montagne, dans un chalet à Verbier. Il est tentant de faire le rapprochement avec les paysages de glace de la planète Gemma, où elle fait évoluer son héroïne, l’archéologue Ambre Pasquier, à la recherche des vestiges d’une civilisation éteinte. Eteinte, vraiment? «Dans ce livre, je me suis demandé ce qui arriverait si nous étions confrontés à une autre espèce d’êtres vivants développés. Sans avoir de langage ni de logique en commun, mais en communiquant par l’inconscient.» Un lecteur lui a demandé si elle prévoyait des batailles de vaisseaux spatiaux dans le tome II. Mais l’action ne l’intéresse pas. Laurence est une des seules femmes auteures de «hard science», une SF qui spécule sur les sciences dures, dans laquelle elle essaie d’injecter une dimension plus psychologique. Le résultat est impressionnant et fascine par les thèmes explorés. Son roman aurait néanmoins gagné à être moins didactique, plus resserré, elliptique et nerveux. On attend la suite avec impatience.

Julien Burri
L'hebdo

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Gessler, Suhner - L'hebdo
Posté le 13 juillet 2012 -

La science-fiction romande explore le futur et lance sur orbite de nouveaux auteurs, courtisés par des éditeurs français. Attachez vos ceintures, décollage imminent.

Cela fait quarante ans que Jean-François Thomas lit de la science-fiction. Critique spécialisé pour la revue française Galaxies, il scrute la production romande au télescope et en est le cartographe le plus aguerri. Cette année, il a vu cette galaxie trop peu connue entrer en effervescence avec, coup sur coup, quatre publications. Le genre, déclaré moribond au niveau mondial (et phagocyté par la fantasy), paraît en plein essor dans nos contrées.

Certes, il a été abordé de manière ponctuelle par les auteurs romands. Marie-Claire Dewarrat, Bernard Comment ou Sylvie Neeman Romascano s’y sont frottés, comme l’a montré le même Jean-François Thomas dans l’anthologie Défricheurs d’imaginaire, publiée chez Bernard Campiche en 2009. Il y a eu aussi un petit âge d’or de l’anticipation romande dans les années 30, grâce à la Genevoise Noëlle Roger (1874-1953) qui a publié neuf titres, notamment chez Albin Michel et Calmann-Lévy, dont La vallée perdue (1939), dans lequel elle imaginait un monde préservé, caché dans les replis des montagnes suisses, où vivait une race archaïque… Et surtout grâce au Chaux-de-Fonnier Léon Bopp (1896-1977) et à ses Liaisons du monde (1938-1944) chez Gallimard. Un monument cosmique qui dressait le portrait de la France et du monde du futur. Depuis, il y a eu des voyages ponctuels et isolés dans les étoiles, parfois brillants et inspirés. Mais pas d’effet de groupe.

Un futur de plus en plus présent. La SF suisse s’est fait remarquer en 1995, lorsque les éditions nantaises L’Atalante, un des piliers du genre en France, ont publié Bzjeurd, premier roman époustouflant du Lausannois Olivier Sillig (ressorti depuis en poche dans la collection Folio SF). Puis de nouveau en 2005, lorsque le Fribourgeois Georges Panchard a sorti Forteresse chez Robert Laffont, dans la prestigieuse collection Ailleurs & Demain. «Cela a fait jaser, se souvient Jean-François Thomas. L’éditeur ne publiait plus d’auteurs francophones depuis des années, seulement des traductions. Et tout à coup, celui qui trouve grâce à ses yeux est un Suisse!» Sept ans plus tard, Georges Panchard récidive avec Heptagone. Quant à L’Atalante, elle collectionne les Romands: elle a publié Après-demains, recueil de dessins futuristes de François Rouiller (2002), et se réjouit de compter aujourd’hui Vincent Gessler et Laurence Suhner dans son catalogue. Du côté des éditeurs suisses, on n’est pas en reste. Les nouvelles éditions Hélice Hélas font paraître les nouvelles de Lucas Moreno, dont une bonne part se rattache à la SF.

«Nous sommes un groupe d’auteurs à l’image de notre monde: mondialisés! Il n’y a pas de régionalisme suisse dans notre littérature, estime Vincent Gessler, auteur généreux qui fait figure de meneur. Un groupe de passionnés existait déjà autour de la Maison d’Ailleurs à Yverdon, mais les gens publiaient moins. Aujourd’hui, on peut dire qu’on assiste à une explosion! Plusieurs auteurs travaillent en ce moment et il risque d’y avoir de belles surprises littéraires dans les années à venir.»

Déclencheurs de cet engouement nouveau, les Mercredis de la SF, concept importé de Paris qui permet aux lecteurs et curieux de se réunir chaque mois à Lausanne et à Genève. «Les gens se retrouvent pour manger dans un restaurant et parler science-fiction, se réjouit Jean-François Thomas. Ma génération a découvert cet imaginaire dans la solitude. Je suis heureux de voir que c’est devenu un mouvement collectif. L’union fait la force! Ce n’est pas une école, mais il y a émulation.»

Valaisan d’origine, Vincent Gessler, 36 ans, a publié avec Anthony Vallat Dimension suisse, anthologie de science-fiction et de fantastique romande aux Editions Rivière Blanche en 2010. La même année, il s’est fait connaître par un premier roman, Cygnis, à L’Atalante. Ce récit sombre, qui mettait en scène un monde postapocalyptique, lui a valu le prix Julia Verlanger. Il livre cette année une œuvre radicalement différente, Mimosa, pour prendre un nouvel envol et se défaire d’une certaine pesanteur. Un livre frénétique (l’écrivain se laissant guider par son seul «sentiment de jubilation»), qui finit, hélas, à force de cabotinage, par lasser le lecteur. Mais son analyse de la SF reste toujours aussi pertinente. «Il est curieux de constater que ce genre si populaire au cinéma soit si peu lu. Notre société est tellement technophile, on vit déjà en pleine science-fiction! Et pourtant le public reste méfiant et peu intéressé à la littérature qui la met en scène.»

A quand le Ramuz de la SF? Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon, préfère ne pas parler de SF suisse. «C’est avant tout une SF francophone qui s’approprie un genre aujourd’hui massivement anglo-saxon.» Pour qu’une «patte suisse» existe, «il faudrait que les auteurs travaillent davantage le style et trouvent leur originalité. Qu’ils adoptent une poétique cohérente, reconnue comme originale en Suisse et à l’étranger. Comme Ramuz l’a fait! Ce n’est pas encore le cas.»

Pour le directeur de musée, également maître d’enseignement à l’Université de Lausanne, la science-fiction n’est plus un genre cloisonné. Elle infiltre désormais la production romanesque en général. Il s’en est entretenu il y a peu avec Michel Houellebecq, dont plusieurs romans comportent une part d’anticipation. «Pour lui, le genre est mort, mais c’est une technique d’écriture qui continuera d’exister. Le fait d’introduire un élément conjectural dans une fiction, d’avoir un regard sur notre rapport à la technologie, sur le futur, va rester. Aujourd’hui, on ne peut plus penser la condition humaine sans penser notre rapport à la technologie et aux sciences!» Et Marc Atallah de rêver à la création d’une résidence d’écrivains à la Maison d’Ailleurs, lieu fertile pour l’imaginaire s’il en est. Ce sera pour après-demain.

Julien Burry
L'hebdo

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Suhner - Vestiges - LeTemps.ch
Posté le 26 juillet 2012 -

Les Terriens se sont établis il y a 170 ans sur Gemma, une planète recouverte d’une carapace de glace de 4 kilomètres et assortie d’un mystère impénétrable, Le Grand Arc, un vaisseau géant abandonné en orbite par les Bâtisseurs. Un rêve récurrent a attiré Ambre Pasquier, docteure en exobiologie, dans cet enfer glacé, soumis à d’inquiétantes distorsions des constantes fondamentales et déchiré par des luttes entre colons. La jeune femme dirige une expédition à travers la couche de glace, jusqu’au Temple noir où dorment des forces inouïes…

Premier volume d’une trilogie intitulée QuanTika, Vestiges fait plus de 500 pages et tient toutes ses promesses dans un crescendo parfaitement maîtrisé. On en redemande. La suite de ce «planet opera» inscrit à la tangente de la science et du mysticisme sera «exponentielle», promet l’auteure. On la croit.

Née à Genève au temps où l’homme mettait le pied sur la Lune, Laurence Suhner a grandi avec la science-fiction. Elle se passionne pour Yoko Tsuno, l’électronicienne dessinée par Roger Leloup, elle est amoureuse de Valérian, l’agent spatio-temporel imaginé par Christin et Mézières. Elle a 9 ans lorsqu’elle rédige son premier texte: la fin de Services Secrets Soucoupes, d’Henri Vernes, ne lui a pas plu. Elle aurait préféré que des extraterrestres pilotent les soucoupes plutôt que des voyageurs du futur. Alors elle réécrit les derniers chapitres de ce Bob Morane, et son père, économiste avec lequel elle imagine des scénarios d’aventures archéologiques, tape à la machine la conclusion révisée.

Quand elle a 11 ans, un ami de son père lui prête La Plaie, de Nathalie C. Henneberg. La lecture de ce space opera ténébreux la frappe d’une évidence: elle écrira de la science-fiction. Elle atteint ce but par des chemins détournés. Après des études de lettres et une licence en égyptologie, elle apprend le dessin en autodidacte, suit une école de design. Elle travaille dans un laboratoire d’infographies 3D, Miralab, pour lequel elle réalise des clones de personnalités. Elle fait des story-boards pour le cinéma et publie des bandes dessinées comme Le Secret de Chimneys, sur un scénario de François Rivière.

Au début du IIIe millénaire, la dessinatrice se met à penser à un vaisseau fantôme suspendu au-dessus d’une planète lointaine. A des colons qui rencontrent ceux qui les ont précédés, des milliers d’années plus tôt. Elle en tire un scénario de bande dessinée. Un accident lui bloque le bras droit. Momentanément empêchée de dessiner, elle franchit le pas tant ajourné. «J’ai tardé à me mettre à l’écriture. Je n’osais pas, cela me dépassait.» Elle s’en félicite, car sous forme dessinée Vestiges n’aurait pas pu exprimer tout son suc – la part dévolue à la physique quantique aurait été réduite.

La science-fiction est plutôt une affaire d’hommes. Laurence Suhner découvre les préjugés qui entourent le genre. A la Fnac, elle surprend un client qui a son livre en main. Elle l’encourage à la lire, il décline au prétexte que «ça doit être de la science-fiction pour filles»… Mais non, c’est de la hard science, s’indigne-t-elle.

Pour visualiser les personnages, les décors, les machines, pour affiner une mise en scène complexe, Laurence Suhner dessine. Ces croquis (visibles sur www.quantika-sf.com ) déterminent l’extrême précision des descriptions. Et les Bâtisseurs, ces extraterrestres dont la morphologie dépasse l’entendement du lecteur, les a-t-elle esquissés? «Oui, mais je ne les montrerai jamais», dit-elle sans ambages, privilégiant la puissance de l’imagination.

Vestiges évoque quelques œuvres fameuses. On pense aux neiges éternelles de La Main gauche de la nuit, d’Ursula Le Guin, au vaisseau géant de Rendez-vous à Rama, d’Arthur C. Clarke, aux ruines d’une civilisation perdue dans Montagnes hallucinées, de Lovecraft, que Laurence Suhner adore. Son «maître» est toutefois contemporain, il s’agit de Robert Charles Wilson, auteur entre autres chefs-d’œuvre du prodigieux Blind Lake qui, sur le thème de l’intelligence quantique, se rapproche de Vestiges.

Mêlant archéologie, glaciologie, exobiologie, physique quantique, ce roman foisonnant, didactique et palpitant fait surtout entendre une voix originale. Dans Vestiges, ce sont les «bols», les syllabes mnémotechniques de la rythmique indienne, qui permettent d’entrer en contact avec une civilisation extraterrestre dépourvue de langage mathématique.

Dessinatrice et romancière, Laurence Suhner joue des tablas, a étudié la danse et la musique indiennes. Elle a aussi fait deux ans de physique à l’Université comme auditrice libre… La découverte du boson de Higgs la transporte, elle parle d’intrication, de superfluidité, de viscosité quantiques. Elle adorerait être chercheuse au CERN. Elle soupire: «Il me faudrait quatre vies pour faire tout ce que j’ai envie de faire.» Pour l’instant, retirée dans un chalet valaisan, Laurence Suhner travaille sur le second volume de QuanTika, à paraître au début de l’année prochaine.

LeTemps.ch

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Suhner - Vestiges - LeTemps Culture
Posté le 30 juillet 2012 -
Dessinatrice et romancière, Laurence Suhner joue des tablas, a étudié la danse et la musique indiennes. Elle a aussi fait deux ans de physique à l’Université comme auditrice libre… La découverte du boson de Higgs la transporte, elle parle d’intrication, de superfluidité, de viscosité quantiques. Elle adorerait être chercheuse au CERN. Elle soupire: «Il me faudrait quatre vies pour faire tout ce que j’ai envie de faire.» Pour l’instant, retirée dans un chalet valaisan, Laurence Suhner travaille sur le second volume de QuanTika, à paraître au début de l’année prochaine.
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Suhner – Vestiges – L’Amour des Livres
Posté le 30 juillet 2012 -

Nous sommes en 2310 sur la planète Gemma, située dans le même bras galactique que la planète Terre. Ambre Pasquier, une jeune microbiologiste ambitieuse entend, dans ses rêves, les voix des premiers visiteurs de Gemma. Montant une expédition scientifique pour creuser un passage dans la glace et atteindre les ruines et traces de cette ancienne civilisation, elle enclenche un projet qui tourne vite au chaos. Un récit de science-fiction aventureux et philosophique.

L’Amour des Livres

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Gessler, Suhner - Le Temps
Posté le 31 juillet 2012 -

Trois écrivains publient ces temps-ci romans et nouvelles dans le domaine de l’imaginaire. Ils l’assurent : un milieu local est né

Deux romans publiés chez l’éditeur francophone majeur des littératures de l’imaginaire, L’Atalante, basé à Nantes, ainsi qu’un recueil de nouvelles remarqué : en quelques mois, trois jeunes auteurs ont donné un sérieux coup d’accélérateur à la science-fiction en Suisse romande. Ils ne sont pas seuls, ils assurent même qu’en rassemblant toutes les troupes de l’imaginaire local, on réunirait une vingtaine de têtes. Mais ces trois-là semblent incarner la soudaine vitalité d’un genre qui, jusqu’ici, ne paraissait pas avoir pris racine en terres romandes, sinon de manière sporadique. Déjà remarqué il y a deux ans avec son premier roman Cygnis, Vincent Gessler publie une fantasie futuriste, Mimosa. Aussi versée dans la bande dessinée, Laurence Suhner s’impose également chez L’Atalante avec Vestiges, premier volet d’une trilogie baptisée Quantika, exploration de planètes pas si lointaines, dans l’esprit au moins… Quant à Lucas Moreno, il propose Singulier Pluriel, un riche recueil de fictions aux univers multiples.

Réunis par Le Temps, les trois auteurs, de la mi-trentaine à la mi-quarantaine, sont intarissables dans la description de ce que Lucas Moreno qualifie de « conjonction historique » : « En Suisse romande, des auteurs arrivent sur la scène, en visant une certaine exigence ; ce n’est plus du compte d’auteur. » Vincent Gessler renchérit : « Ce n’est pas seulement un moment transitoire, ou un hasard ; regardez le nombre croissant de publications. »

Ce momentum marque la naissance d’un biotope. Notamment autour de la Maison d’Ailleurs, le musée yverdonnois aux multiples connexions. Naguère président du musée, François Rouiller, lui-même auteur et illustrateur lorsqu’il n’officie pas comme pharmacien, a chauffé l’éprouvette. Aussi auteur et anthologiste, Jean-François Thomas lui a donné une épaisseur historique et culturelle avec Défricheurs d’imaginaire, chez Campiche, balade dans l’histoire de l’imaginaire romand.

Les trois nouveaux venus se singularisent par leur choix d’investir l’écriture, quitte à réduire leur train de vie. Vincent Gessler travaille à 60% dans l’administration de l’Université de Genève. « Papa au foyer », Lucas Moreno compte se consacrer à ses histoires, hormis quelques traductions. Laurence Suhner donne dans la rédaction scientifique, mais la suite de sa trilogie, entre autres projets, va désormais l’occuper « à un rythme serré ».

Cet environnement de faiseurs de mondes s’est structuré il y a juste dix ans, lorsque Vincent Gessler s’inspirait de la pratique française pour instituer des rendez-vous de la science-fiction à Genève et Lausanne. Il raconte : « Auparavant, je pensais que les amateurs devaient être comme moi, cachés, à surveiller ce qui se passe via Internet… » « Jusque-là, j’étais dans mon coin », ajoute Laurence Suhner : « Puis j’ai constaté que des gens osaient ; alors, pourquoi pas moi ? » Lucas Moreno complète : « Cela a permis une émulation, plusieurs projets d’anthologies sont nés de cette discussion. Longtemps, notre vœux le plus fou était de finir une nouvelle, et qu’elle soit assez bonne… On n’osait pas franchir le pas du roman. » Il est en train de s’y lancer.

Pourquoi la SF ? Il y a comme une évidence. Laurence Suhner le dit : « La fiction m’intéresse en lien avec la science. Je suis née en voulant écrire et faire de la BD, et j’ai toujours voulu raconter de la science-fiction ainsi que du fantastique. » Possibilité d’explorer les défis du présent par le biais de l’avenir, façonnage d’univers au service d’un propos, exploration des potentiels technologiques ; les motifs foisonnent. Dans les trois trajectoires, on note en outre un goût pour l’histoire « et les langues bizarres », sourit Vincent Gessler : lui-même a fait histoire médiévale, Laurence Suhner a trempé dans l’égyptologie et l’archéologie préhistorique, et Lucas Moreno s’est frotté à l’histoire des religions ainsi qu’au sanscrit. Couches séculaires bien réelles, qui alimentent les trois imaginaires.

Le choix de la SF fait rencontrer des clichés, encore tenaces. À Laurence Suhner, qui s’esclaffe, on demande une fois si elle écrit « de la SF pour filles ». Lors d’une signature, à la question de savoir s’il aime la SF, Lucas Moreno entend dire d’un client : « Je suis plutôt littérature. » Ou, à Strasbourg, Vincent Gessler reçoit cette confidence : « J’ai aimé votre roman, car ce n’est pas de la SF »…

Dès lors qu’une notoriété s’installe, les projets se multiplient. La conversation des trois écrivains s’enflamme lorsqu’ils énumèrent les pistes en vue, ou peut-être faisables, ou avortées ; adaptations au cinéma, en bande dessinée ou série TV ; perspective de BD originale ; ou jeu vidéo… Paroles télescopées, puis appel à la discrétion du journaliste : tout se discute encore, rien n’est sûr… Découverte d’un milieu, de filières, d’un business : « La BD est un monde dans lequel il est beaucoup plus difficile d’entrer » lance Vincent Gessler. Lucas Moreno a tenté en vain ; à présent, il transforme son projet en SF pour la jeunesse… Laurence Suhner, elle, planche sur une version illustrée de Vestiges.

Et puis, à l’heure des réseaux multiples, il faut se faire connaître. Laurence Suhner a organisé une opération de hameçonnage par un riche site internet dédié à son univers, Quantika : « Quelqu’un l’a signalé sur Amazon, et cela a lancé les précommandes, les amateurs ajoutaient Vestiges à des listes similaires… » Vincent Gessler a émoustillé ses fidèles avec le site de Mimosa, jusqu’à les faire voter pour la couverture. Lucas Moreno veut « beaucoup tabler sur la présence en ligne, les blogs spécialisés. Je suis chez un petit éditeur, je dois penser à mon marketing. » Tout frais encore, le modeste milieu romand part à l’assaut des mondes.

 

Trois voix dessinent les voies de l’avenir : souvenirs incertains, étrangeté, « planet opera », des œuvres à découvrir.

Vincent Gessler, Mimosa

Tout part d’un souvenir comportant des mimosas, et une certaine violence. Agression initiale, ou réminiscence implantée ? Pour son enquête, Tessa, qui dirige une agence de renseignements, embarque quelques amis, dont Crocodile Bundee. Et ils croiseront un Luc Besson ou un Jésus. Car dans cette ville d’une Amérique du Sud du futur, chacun se donne une personnalité – sauf Tessa. Pis, elle perd la sienne : cette plongée autour d’une mystérieuse trace mentale amène un doute, Tessa aurait-elle été, d’une certaine manière, programmée, voire inventée ? L’investigation devient dangereuse pour elle et ses amis. La narration paraîtra parfois, peut-être, un brin touffue, comme trop immergée dans l’univers de l’auteur ; mais après l’élégant Cygnis et sa quête post-apocalyptique, Mimosa confirme les ressources de Vincent Guessler. Son roman démarre sur les chapeaux de roue, et le foisonnement de ce futurisme-là est communicatif. Le Genevois ne se refuse aucun extra, y compris des bonus inspirés de ceux des DVD, avec scène coupée, bêtisier et interview des personnages. Y compris un entretien avec Marguerite Yourcenar, que Vincent Gessler « admire », l’exubérance des fleurs.

Lucas Moreno, Singulier Pluriel

« Trouver les mots » est le titre d’une des nouvelles du recueil Singulier Pluriel. Un beau texte, sorte de chronique martienne pessimiste, dans laquelle le conteur d’une expédition partie explorer une nouvelle planète constate la déréliction ambiante. À une telle expédition, il faut un narrateur, le faiseur de mots et d’histoire – sauf que le mécanisme se grippe… Le titre même illustre la démarche de l’auteur, qui s’essaie à plusieurs registres sans y observer chaque tic, mais avec une approche déjà singulière. En discussion, il dit lui-même s’être cherché, et avoir opté pour une veine qu’il nomme – oui, trouver les mots… - « polar bizarroïde ». A l’image de Dellamorte Dellamore, autre grand texte du bouquet, mise en scène macabre et pourtant sentimentale du deuil d’un époux. Lucas Moreno cultive des images et des trames d’une étrangeté particulière, qui donnent à son premier ouvrage une teinte d’emblée personnelle.Il n’y a pas à chercher loin pour trouver le mot : un auteur à suivre.

Laurence Suhner, Vestiges

Gemma : une planète caparaçonnée de glaces, colonisée douze millénaires auparavant par une civilisation perdue. Les « Batisseurs » ont laissé un sanctuaire enfui sous la terre et, en orbite, un gigantesque vaisseau fantôme, le Grand Arc. Hantée par des rêves étranges, la microbiologiste Ambre Pasquier cherche à percer les secrets enfouis. Alliant brillamment archéologie et physique quantique, Laurence Suhner signe un premier roman impressionnant. Elle met en scène une multitude de personnages, fait entrer en résonance les espaces intérieurs et extérieurs, multiplie les points de vue, entre même dans la peau d’un extraterrestre. Palpitant de bout en bout, Vestiges tient ses promesses et suscite une admiration sans réserve.

Nicolas Dufour et Antoine Duplan
Le Temps

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Suhner - Vestiges - Blog-O-Livre
Posté le 21 août 2012 -

Ce livre a fini dans ma PAL un peu sur un coup de chance. J'avais loupé sa sortie et lors des dernières Imaginales je suis tombé sur ce livre un peu par hasard. Il faut bien avouer que je trouve la couverture, illustrée par Manchu, est vraiment magnifique et m'a tout de suite attirée. Je me suis donc lancé dans une discussion avec l'auteur pour mieux essayer de comprendre et cerner ce cycle, je dois bien avouer que j'ai été vite emballé et je suis donc reparti avec mon livre dédicacé.

Il faut bien l'admettre le roman prend vraiment son temps pour se mettre en place. Les 200 premières pages ne servent qu'à poser l'univers, les personnages, mais aussi les enjeux, mais surtout manque un peu d'originalité. Cette lenteur peut en rebuter certains mais j'avoue que moi, ça ne m'a jamais dérangé du moment que le lecteur arrive à se laisser emporter, et là ce fut le plus souvent cas, même si par moment quelques coupes auraient quand même pu être réalisées. Puis ce serait dommage de s'arrêter a à peine un tiers du livre qui, après, se révèle, en tout cas pour ma part, vraiment palpitant et prenant. L'intrigue autour de ses bâtisseurs, de leurs technologies et de leur histoire disparue est certes, un peu déjà vue en SF, mais se révèle vraiment bien mené et travaillé par l'auteur. La découverte des vestiges va vraiment plonger l'histoire se révèle vraiment captivante l'action se met doucement en place ce qui fait qu'on a du mal à lâcher le livre.

L'auteur cherche à placer son intrigue dans sur un base vraiment scientifique. On sent que d'ailleurs l'auteur se passionne pour la science. Mais attention, on est loin d'être dans la Hard Science, l'auteur ayant une approche, le plus souvent, très imagé, vulgarisé et compréhensible des aspects scientifiques qui plaira autant aux férus de sciences qu'aux novices, même si parfois l'auteur en fait parfois légèrement trop dans les explications. Cet aspect scientifique apporte un véritable plus à l'histoire, la rendant vraiment plausible et surtout assez proche de nous. Ce qui n'empêche pas aussi l'intrigue sur la découverte de cette nouvelle race extraterrestre de se révéler vive et captivante. L'auteur n'oublie pas non plus de nous offrir des trames personnelles efficaces et vraiment prenantes qui font qu'on se laisse facilement emporter par ce livre.

L'univers mis en place par l'auteur joue un rôle vraiment important. La planète de Gemma qui se révèle hostile, glaciale et austère joue un rôle vraiment important de cette histoire. Gemma et son histoire qui, finalement, va se révéler le point principal de l'intrigue, jouant avec les personnages à sa façon. Une planète ayant ses propres règles ou les hommes tente plus de survivre, de s'habituer à la vie sur Gemma. Un univers qui possède aussi ses propres luttes de pouvoir humaines entre scientifiques, militaires et miliciens, chaque camp possédant une vision différente du monde de Gemma. Mais finalement qu'est véritablement Gemma? Dans tous les cas un Univers, blanc, froid, mais qui, je trouve, vaut vraiment le coup d'être découvert, un monde dense, limite angoissant et pourtant vraiment soigné. De plus les rêves de nos protagonistes ajoutés à la culture indienne ajoute une certaine dose de mysticisme et de magie vraiment intéressante, ajouter à cela une race extra-terrestre qui ne manque pas de charme et donne envie d'en savoir plus.

Concernant les personnages je dois dire que c'est quand même l'une des faiblesses du roman j'ai trouvé. Entre Ambre la scientifique rigide et froide qui rejette tout le monde et Kya l'adolescente rebelle qui a du mal à se trouver, on a vraiment du mal à complètement s'attacher à eux et même si dans la dernière partie certaines révélations se dévoilent et certains changements apparaissent, je suis resté assez circonspect. Pas que ces personnages soient mauvais, loin de là, mais ils sont tellement dans leurs rôles de protagonistes frigide voir de peste, que des fois on a envie de les secouer; ils sont un peu "too much". Haziel quand à lui est vraiment sympathique à suivre même s'il se perd un peu trop dans son rôle d'amoureux transi. Les personnages secondaires sont intéressants à suivre, mais manquent encore un peu de consistance qu'ils devraient trouver par la suite dans les prochains tomes.

Le style de l'auteur se révèle vraiment efficace, assez simple et prenant, elle arrive de façon surprenante entre roman et explications scientifiques sans jamais perdre ou ennuyer complètement le lecteur, même si par moment elle pousse un peu trop ses descriptions. Puis arrive la conclusion surprenante, intense, mais surtout qui ressemble plutôt à un cliffangher et qui donne clairement envie de lire la suite. Je dis qui ressemble à un cliffangher car j'ai aussi eu un peu l'impression que l'histoire s'arrêtait comme si on avait décidé de la couper là, à ce moment-là, et non en lui offrant une conclusion complète. Je ne sais pas, une impression. Dans tous les cas, j'attends maintenant le second tome avec impatience.

En Résumé : Au final j'ai passé un vraiment bon moment avec ce livre qui nous offre un Planet-Opera de qualité malgré quelques défauts. L'histoire est lente à démarrer, mais une fois lancée elle se révèle vraiment soignée, prenante et palpitante mélangeant roman et aspect plus scientifique sans jamais perdre le lecteur. L'univers mis en place est vraiment réussi et se révèle être un personnage important de ce roman avec sa mythologie, son histoire et son mysticisme. Par contre, je suis plutôt mitigé par les personnages, surtout les personnages féminins, Ambre et Kya, qui sont par moment vraiment trop frigide ou parfois antipathiques, même si ça s'apaise lentement au fil des pages et des révélations. La plume de l'auteur se révèle vraiment prenante et simple et on tourne les pages avec plaisir pour atteindre cette conclusion intense, cliffangher qui donne envie de lire la suite rapidement.

Note : 8/10

BlackWolf
Blog-O-Livre

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Suhner - Vestiges - Fantastinet
Posté le 14 août 2012 -

Vestiges est une œuvre fondamentale, un chef d’œuvre. Par ce premier roman, Laurence Suhner signe son entrée dans la cour des grands. Avec une plume mystérieuse, poétique, ciselée, précise, envoûtante, elle nous dresse le portrait vivant d’une première rencontre entre l’humanité et une exo-planète puis d’une première rencontre avec une autre race consciente. Des personnages d’une profondeur déchirante, une atmosphère d’une densité poignante, une intrigue riche sur le plan scientifique, métaphysique, culturel qui ne laissera pas indifférent les amoureux de l’Inde et du Chamanisme. Si vous aimez les œuvres qui plongent au plus profond de l’âme et vous laissent une marque indélébile, bienvenu dans l’univers à la fois sacré et ténébreux de Vestiges. La finesse intellectuelle de l’auteur, sa culture scientifique, archéologique, le rythme lent et atmosphérique du roman, la plongée obsédante dans le mystère et l’altérité vous emportera aux confins de la logique et du rationnel dans une rencontre sublime et effrayante avec ce que peut être l’extra-humain et le divin. En trois mots : Envoûtant ! Pénétrant ! Parfait !

Epoque : 2310
Lieu : Gemma, une planète « boule de neige », dans le même bras galactique que le nôtre, à 6,5 années lumière. C’est la plus lointaine colonie humaine. Un aller simple de plus de dix-sept ans.
Contexte : un gigantesque vaisseau en orbite de Gemma, Le Grand Arc, vaisseau fantôme qui n’a jamais donné signe de vie et est demeuré inaccessible, et sur la planète, des microorganismes extrémophiles ont été découverts par la première vague d’explorateurs, cent cinquante ans plus tôt, preuve que des formes de vie plus complexes ont dû y évoluer avant la période de glaciation. Un travail d’étude passionnant pour la jeune microbiologiste ambitieuse qu’est Ambre Pasquier. Peu après son installation, la jeune femme commence à être hantée par des rêves qui la mettent en contact avec les traces des premiers visiteurs de Gemma, les Bâtisseurs… Cela tourne à l’obsession et elle monte une expédition scientifique, la mission Archéa, dont le but officiel est de traquer les formes de vies primitives des couches glaciaires. En vérité, elle vise un autre objectif, maintenu secret. Il s’agit de creuser un passage dans la glace au moyen d’un tunnelier géant pour atteindre le substrat rocheux et les ruines qu’Ambre est certaine d’y découvrir. Une vingtaine de scientifiques sont recrutés : glaciologues, géophysiciens, exobiologistes, généticiens, climatologues, ingénieurs, médecins… L’un d’entre eux a infiltré l’équipe pour le compte d’un groupe de physiciens, qui étudient depuis une dizaine d’années les particularités d’une zone précise de la planète soumise à des fluctuations de la trame de l’espace-temps, un autre pour le compte des militaires qui ont récemment pris le contrôle de la colonie. L’expédition tourne au chaos. Un destin individuel et un destin « cosmique » vont se mélanger dans le personnage d’Ambre, trait d’union entre des forces fondamentales.

Yoann
Fantastinet

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Suhner - Vestiges - Bifrost
Posté le 10 septembre 2012 -

Pour Mars, c'est raté! L'homme a échoué à terraformer cette banlieue de la Terre. Heureusement, une nouvelle planète a été découverte : Gemma. Pas aussi proche : 6,5 années-lumières, plus de dix-sept ans de voyage. On n'y part pas en week-end, mais pour un aller simple. D'ailleurs, les conditions climatiques en font tout sauf un lieu de villégiature. Les températures sont constamment négatives: le blast y veille, ce vent terrible et glacial. Mais Gemma représente une opportunité toute fraîche pour les exploitants de matières premières qui se sont rués sur l'occasion. Elle est une chance, aussi, pour les scientifiques de tous poils. Car si autour de cette planète de glace tournent deux soleils, Alta et Mira, une autre présence veille sur l'étendue gelée : le Grand Arc. Gigantesque artefact extraterrestre, tel un vaisseau fantôme, il plane, faisant peser sur les habitants une menace sourde. Qui sont les Bâtisseurs, capables de créer un tel vaisseau, impénétrable ? Que sont-ils devenus? Et quelle est cette force qui depuis peu détruit des convois, tue des hommes? Sont-ce vraiment les enfants de Gemma, un groupe armé d'indépendantistes ? Ou quelque chose de plus terrifiant? Enfin, quelles entités ont contacté à travers ses rêves la troublante Ambre Pasquier, docteur en exobiologie, lui indiquant où creuser la glace pour trouver les vestiges du Temple Noir?

À toutes ces questions, Laurence Suhner commence à répondre dans Vestiges, premier tome de la trilogie Quantika, dont on peut dire qu'elle sera passionnante si elle tient ses promesses. Cependant, il faudra un peu de courage à l'initiative de cette lecture, tant l'auteure suisse prend son temps pour poser les personnages et le cadre : la première moitié des presque 600 pages y est consacrée. Mais elle a raison, finalement, et le lecteur est récompensé de sa patience. Car l'univers créé est riche, dense. Certains passages, proches de la hard science, donnent un côté réaliste à l'ensemble (même si, n'en doutons pas, quelques détails heurteront sans doute les spécialistes). De leur côté, les personnages sont nombreux, pensés, et, malgré une poignée de clichés dans leurs rapports, crédibles. Ambre Pasquier, agaçante au début à cause de sa froideur excessive, devient plus proche quand on découvre la source de ses réticences. De plus, ses origines hindoues colorent le récit et lui apportent une touche musicale entêtante. Kya Stanford, aussi, marque le roman de sa présence. Fille d'un scientifique lunaire à la recherche du point de Collapsus, cause des bouleversements actuels, elle est une jeune fille engagée, vive, au caractère entier. Quant à la figure de l'extraterrestre, elle s'impose au cours des chapitres, un peu hermétiques au début, le temps de se familiariser avec cette civilisation.

Car, à la différence du cycle de Rama d'Arthur C. Clarke, on est rapidement en contact avec les extraterrestres. Le mystère qui règne autour de ces êtres n'est pas le principal moteur de l'action. D'ailleurs, le prologue plonge le lecteur directement dans leur univers. Même si on ne découvre que très progressivement leur société, leur fonctionnement et même leur apparence. Laurence Suhner semble avant tout intéressée par le lien qui peut unir les deux races. Ou provoquer leur anéantissement : en effet, quel est le véritable dessein de la créature qui habite le Temple Noir ?

Lent à démarrer, Vestiges ne déçoit pas. L'intrigue, quand elle est lancée, est tellement intense et riche qu'on ne songe plus, alors, à lâcher cet ouvrage. On est plongé dans les entrailles de Gemma, et il est difficile d'abandonner la lecture avant la fin. Et d'attendre avec impatience la parution du deuxième tome, heureusement prévue pour l'été 2012. En espérant que Laurence Suhner saura garder le souffle nécessaire pour tenir sa promesse : faire rêver, encore, longtemps. Aucun doute. Avec ce premier roman, un auteur est né.

Raphaël Gaudin
Bifrost

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Suhner - Vestiges - Carina 4629
Posté le 10 septembre 2012 -

Ah, enfin un bon bouquin de SF.
Laurence Suhner nous entraîne ici dans le premier tome (sur trois) d’un superbe planet opera.

Il y a tout ce qu’il faut pour que cette nouvelle saga nous fasse languir juqu’au bout:
Gemma, lointaine planète glacée; artefact xéno en orbite; temples mystérieux enchâssés sous quatre kilomètres de glace; Ioun-ké-da, la (maléfique?) divinité extraterrestre endormie, mais plus pour longtemps; communauté scientifique aux abois, malmenée par la bêtise crasse des militaires (il faut toujours des cancres pour exalter l’abnégation des héros); des personnages, humains ou pas, très élaborés et un déroulé de l’action parfaitement orchestré.

Je subodore que ce premier tome n’est qu’une mise en bouche “situationnelle” et que les prochains opus risquent de déstabiliser notre perception quantique de l’univers. Ouais, rien de moins, car la Laurence elle ose des choses, elle place résolument son récit sous la griffe de Erwin Schrödinger. Je te defie, farang ignare, de trouver une explication aussi compréhensible et lumineuse de l’expérience du chat dans la boîte éponyme que celle décrite dans ce bouquin. Le chat, à l’instant “I”, il est vivant [et/ou] il est mort, et si tu tiens à le savoir de façon certaine, ben t’en seras pour tes frais car c’est impossible sans “intervenir” dans l’expérience. L’observateur agit sur l’observation ! Il y peut rien, c’est sa nature. Bordel, elle est forte cette Suhner, sur le principe, sur le moteur “scientiste” du roman : on est presque dans du Baxter. Et l’Autre sait si on aime notre Baxter !

Bravo et merci Miss Shuner, vous êtes le phénix des hôtes de ce genre.
Je ne regrette pas mes vingts sacs...
Laurence Suhner est notre amie, proclamons-le.

Carina 4629

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Suhner - Vestiges - L'écran fantastique
Posté le 12 septembre 2012 -

Un space-opera digne des plus grands

Autour de Gemma, monde gelé qui abrite une petite colonie minière, orbite un gigantesque artefact, le Grand Arc, vaisseau spatial qu’en un siècle nul n’a pu pénétrer. Seule une garnison endormie accompagne les miniers et l’équipe scientifique, jusqu’à l’arrivée d’Ambre Pasquier, microbiologiste qui a repéré sous la glace des ruines susceptibles d’en apprendre plus sur les Bâtisseurs. Problème : la découverte est due à des rêves faits bien avant de venir sur Gemma, une Voix la poussant à y réveiller des forces endormies. Par ailleurs le physicien Stanislas Stanford, qui a localisé un site où les lois physiques n’ont plus cours, craint que les fouilles ne déclenchent une catastrophe. La situation se complique quand Kya, fille du physicien, rebelle indépendantiste, réveille involontairement une créature télépathe pour le moins agressive et que les militaires décident de prendre le contrôle de la station, devinant que les vestiges pourraient donner accès au Grand Arc et à ses vraisemblables secrets technologiques. Premier volume de la trilogie Quantika, ce space-opera d’envergure de Laurence Suhner, dessinatrice de BD qui a transformé son projet initial en premier roman est une réussite par son soin du détail, le sérieux scientifique au service d’une intrigue passionnante. Après Gessler, la SF helvète est en plein essor.

L'écran fantastique

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Suhner, Gessler - Echo Magazine
Posté le 20 septembre 2012 -

Cap vers les étoiles pour une nouvelle génération

De jeunes écrivains romands affectionnant les vertiges de la science-fiction et les angoisses du fantastique émergent sur la scène littéraire francophone. Ce n’est en rien une mode, mais un vrai phénomène. Appelé à durer? Suite vampirique la semaine prochaine.
L’espace comme champ d’explorations infinies. De jeunes auteurs locaux – Vincent Gessler, Lucas Moreno et Laurence Suhner – partent à la conquête des mondes, qu’ils soient d’ailleurs ou intimes.

La Suisse traîne une réputation de pays marqué dans ses gênes confédérés par le rationalisme protestant, le civisme tip-top et le patriotisme toupin, formaté par l’imaginaire alpin et son quatuor sacré chocolat-fromage-montres-banques. Toute médaille a pourtant son revers. Et chaque cliché, fût-il révélateur d’une vérité, pour le meilleur comme pour le pire, masque une autre réalité. Que la littérature aime dévoiler. 

De nouveaux talents

A l’heure actuelle, plusieurs talents, Vincent Gessler, Lucas Moreno et Laurence Suhner, entre le milieu de la trentaine et le début de la quarantaine, prouvent que la littérature suisse n’est pas uniquement marquée par un souci d’intériorité certes libérateur, mais parfois pénible – au 19e siècle, Henri-Frédéric Amiel incarna jusqu’à l’étouffement ce besoin irrépressible d’introspection. En effet, la veine romanesque souffle aussi sur les esprits épris de fantastique et d’avenirs incertains. La Suisse romande, comme l’a relevé Jean-François Thomas dans l’anthologie Défricheurs d’imaginaire (Bernard Campiche, 2009, 532 pages), est une terre où l’on s’adonne aussi au jeu de la spéculation. L’auteur, un Lausannois de 60 ans, explique: « La science- fiction romande existe depuis longtemps même si les gens sont souvent surpris de l’apprendre! ». Ancien critique littéraire à 24 Heures, il précise « avoir été frappé lors de mes recherches par la quantité de textes appartenant à ce genre : du célèbre savant du 18e siècle Albrecht Haller, féru d’utopies, au Fribourgeois Georges Panchard, dont Forteresse (2005) fut publié dans la prestigieuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, alors qu’aucun roman francophone n’y avait paru depuis vingt ans, en passant par l’injustement oublié Léon Bopp et une chanson de Jean Villard, dit Gilles ». Gilles? Oui, l’auteur de La Venoge, chanson chère au coeur des Vaudois...

Tous fans de SF

« Cette littérature très riche se heurte hélas aux préjugés. Pour beaucoup, la science-fiction reste une "sous-littérature". Certains reconnaissent la valeur de 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Jules Verne, mais sans avoir la curiosité d’aller voir plus loin. » Jean-François Thomas ne se laisse cependant pas abattre : « Dans le classement des dix films préférés de tous les temps, on trouve cinq films de SF. A vrai dire, les gens ignorent souvent qu’ils aiment ce style de cinéma ou de roman ». Une contradiction qui est peut-être un hommage inconscient rendu à un genre appréciant les paradoxes aussi bien que l’interrogation sur les rapports entre science, technologie et société, et la hantise de l’avenir de l’humanité (surpopulation, dévastation écologique, exploration de l’espace). Fait symptomatique, la Suisse romande est dotée d’une institution unique en Europe: la Maison d’Ailleurs. Créé à Yverdon-les-Bains en 1976 sous l’impulsion de Pierre Versins, auteur d’une encyclopédie de référence sur le genre, ce musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires fait office de phare d’attraction pour les écrivains de la région. « Des auteurs de ma génération, par exemple François Rouiller, gravitent autour d’elle depuis longtemps. C’est toujours le cas aujourd’hui avec les plus jeunes. On a constaté depuis une dizaine d’années l’éclosion progressive d’une nouvelle génération », pointe Jean-François Thomas. Depuis l’aube des années 2000, ce phénomène stimule une véritable émulsion. Réunions lors des mercredis de la SF, à Genève et à Lausanne, rassemblant passionnés et écrivains en herbe « échangeant des informations et se lisant parmi ». Présence suisse plus conséquente, « désormais identifiable », dans des conventions et des festivals. 

Diversité au menu

Des projets sont nés de ces fréquentations amicales comme Dimension Suisse : anthologie de science-fiction et de fantastique romande (Rivière Blanche, 2010), pilotée par Vincent Gessler et Anthony Vallat, qui recense nombre de nouveaux auteurs du cru. Certains d’entre eux ont eu le courage de se jeter dans le bain du roman, on en lit aujourd’hui les résultats. Jean-François Thomas assure : « Un mouvement romand existait, il bénéficie dorénavant d’une impulsion inédite. Ce phénomène ne va pas retomber, la science-fiction romande a décollé! ». Mais au fait, quelles sont les particularités de la SF de ce coin du système solaire ? Le passeur de savoirs de Défricheurs d’imaginaire estime « qu’elle n’a pas vraiment de thème commun. Mais comme la SF romande d’hier, celle d’aujourd’hui se signale par une grande diversité dans ces thèmes traités. Le facteur qui réunit ces nouveaux écrivains est un même amour de la littérature de genre. Et chacun d’entre eux se distingue par sa singularité ». Une singularité déclinée dans la pluralité grâce à un imaginaire débordant. Alors? Décollage immédiat vers de nouveaux espaces de fiction! 

SF, dites-vous?

Beaucoup de lecteurs mélangent science-fiction, fantastique et fantasy? Mise au point. La science-fiction (SF) se projette naturellement dans le futur, proche ou lointain, en y mêlant les apports de la science (robotique avec le Cycle de Fondation d’Isaac Asimov, intelligences artificielles), y compris selon une approche très pointue (hard science, Kim Stanley Robinson, Greg Egan), et des spéculations sur le devenir souvent néfaste de l’humanité comme avec le courant post-apocalyptique (Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, Malevil de Robert Merle, Stalker des frères Strougatski, La route de Cormac Mc-Carthy entre autres).
Foisonnement de thèmes
Si la dimension humaine est souvent ontologiquement perturbante (Philip K. Dick), on y traite d’utopies, plus encore de leurs contraires cauchemardesques, les dystopies (Tous à Zanzibar de John Brunner, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury). On s’égare dans des mondes parallèles ou au cours de perturbations temporelles (La machine à explorer le temps de H.G. Wells, Le Voyageur imprudent de René Barjavel) tandis que les voyages spatiaux (space opera) font cap vers de lointaines galaxies (Dune de Frank Herbert, Stephen Baxter). Le septième art s’est abondamment inspiré de tous ces courants: Metropolis, 2001: l’odyssée de l’espace, Solaris, Soleil vert, La Guerre des étoiles, Blade Runner, Matrix, etc. Le fantastique, lui, inclut l’élément surnaturel (fantômes, monstres, malédictions) comme une donnée fondamentale. Né avec le roman gothique, il s’est développé dans le sillage du romantisme au 19e siècle (E.T.A. Hoffmann, Poe, Maupassant); l’ère victorienne a accéléré sa diffusion (Bram Stocker, Henry James) et ses ramifications au 20e siècle: inclassable et inquiétant (H.P. Lovecraft, Jorge Luis Borges), urbain et palpitant (Richard Matheson), ironique et horrifique (Robert Bloch), voire saignant (Stephen King, Dean Koontz). Quant à la fantasy (heroic fantasy), elle est fille des mythes et légendes d’autrefois, mêlant magie et monde médiéval, quête et souffle épique (J.R.R. Tolkien, Ursula Le Guin, George R.R. Martin). 

Trois auteurs en vue 

Remarqué il y a deux ans avec Cygnis, Vincent Gessler récidive avec l’ovni drolatique Mimosa (L’Atalante, 344 pages), cette fois dans un registre très différent que son premier roman post-apocalyptique à la poésie en prose parfois ampoulée. Imagination vive et foisonnante, trame solide: le Valaisan d’origine a de l’avenir, c’est le moins que l’on puisse dire, sa sensibilité, nourrie d’histoire antique et d’archéologie durant ses études universitaires à Genève, le poussant résolument vers l’avant. En direction d’un futur aussi inquiétant que poilant, c’est selon. 

Auteure de BD et illustratrice, Laurence Suhner vient de sortir le premier volume, Vestiges (576 pages), d’une trilogie particulièrement ambitieuse, QuanTika. Publiée comme Vincent Gessler aux éditions nantaises de L’Atalante, fleuron de la SF francophone, elle signe un ouvrage dense tenant autant de la hard science (un fait rare pour une écrivaine) que du space opera. Il y est question de la planète glacée Gemma, colonisée il y a des millénaires par une civilisation engloutie, désormais par des Terriens. Un sanctuaire dort dans les entrailles de cette terre hostile tandis qu’un vaisseau déserté est en orbite. Une microbiologiste métisse, Ambre Pasquier, en perce les mystères, entre physique quantique et mystères archéologiques ouvrant sur de nouvelles perspectives. Pour nombre de lecteurs, ce roman est un choc, un pavé qui annonce, espérons-le, d’aussi luxuriantes réussites. 

Lucas Moreno, d’origine uruguayenne et Chaux-de- Fonnier de coeur, a compilé ses nouvelles parues ces dernières années dans diverses revues. Singulier pluriel (Hélice Hélas, 240 pages) est un recueil partagé entre sa passion de la science-fiction et son attraction viscérale pour le fantastique, avec une bonne louche de polar branque lorgnant du côté de Jack O’Connell. L’atmosphère y est sombre, les perspectives fort peu réjouissantes, mais le souci de l’être humain, placé au centre de l’échiquier de vies cabossées, pour ne pas dire cannibalisées, y est permanent. Une écriture sèche, à vif, redevable au hard boiled passé à la moulinette de David Lynch, assure des atmosphères étranges où l’inquiétude existentielle sourd pour éclater parfois dans des explosions de violence tripales. Un auteur à suivre également de très près. En attendant d’autres signatures? 

Thibaut Kaeser
Echo Magazine

 

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Suhner - Vestiges - Murmures Magazine
Posté le 01 octobre 2012 -
L’action se situe en 2310, sur et autour de Gemma une planète “boule de neige” à 6,5 années-lumière. C’est la plus lointaine colonie humaine. Il y a en orbite autour de Gemma un vaisseau inaccessible et qui n’a jamais donné signe de vie. Et sur la planète, cent cinquante ans plus tôt les premiers explorateurs ont découvert des micro-organismes extrêmophiles. Cela démontrerait l’existence d’organismes évolués sur Gemma avant la glaciation.

Ambre Pasquier, jeune microbiologiste, organise une expédition scientifique pour déceler les traces et les formes de vie primitive enfouies dans la glace. La mission est baptisée Archéa. Cela c’est la version officielle. Mais il y a une mission officieuse. Grâce à un tunnelier géant la glace doit être forée pour parvenir aux ruines qu’Ambre - qui depuis son arrivée sur la planète a des rêves où elle est en contact avec les premiers visiteurs de la planète - est persuadée trouver. Hélas les membres de l’expédition ne sont pas tous de simples scientifiques passionnés par leur recherche. Par exemple l’un travaille pour des physiciens et un autre pour les militaires qui viennent de prendre le pouvoir.

De la bonne science-fiction qui mélange avec des dosages savants le micro et le macro cosme, l’individuel et le collectif, le scientifique et l’aventure, la relation humaine et l’abstrait. Quand c’est bien fait comme ici c’est passionnant. (Un petit reproche toutefois, à propos des noms des personnages qui font un peu vieillots). On ajoutera pour vous convaincre que Laurence Suhner est aussi dessinatrice (publiée chez Emmanuel Proust) cela a sans doute plus d’influence sur ce qu’elle écrit que le fait qu’elle soit genevoise.
 
Noé Gaillard
Murmures Magazine
 
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Suhner - Vestiges - imaginelf.com
Posté le 27 novembre 2012 -

Gemma. Lointaine et froide colonie humaine où des événements mystérieux ont commencé à se produire. C’est sur eux qu’enquête Haziel Delaurier et pour cela qu’il intègre la mission de fouilles du Docteur Ambre Pasquier, cette talentueuse mais froide chercheuse qui lutte en secret contre des cauchemars épuisants. Tandis que loin au dessus du ciel de Gemma trône le vaisseau énigmatique des Bâtisseurs, espèce inconnue au destin tout aussi inconnu, la jeune Kya, fille de scientifique au tempérament révolté, s’engage dans un mouvement indépendantiste et se retrouve prise entre deux feux.

Un beau planet opera dans un cadre fascinant

Vestiges met en scène une société sur une planète peu hospitalière, elle-même théâtre de nombreux événements. Plusieurs types d’individus sont croisés au cours du volume : indépendantistes natifs de Gemma, scientifiques représentant les colons terriens souvent, militaires… Chaque groupe a des aspirations et des projets pour la planète et la société, ce qui crée de multiples tensions.

Gemma est une planète sympathique à sa façon, Laurence Suhner fait bien ressortir le froid mordant, les reliefs, mais aussi l’attachement ou la simple habitude des protagonistes pour ce paysage désolé.
Au milieu de tout ceci, des événements transcendent les querelles humaines : Ambre Pasquier espère bien trouver sous la glace des vestiges de la civilisation des Bâtisseurs. Sa mission est entourée d’une aura particulière, un peu mystique, autant que scientifique. Que peut-il bien se trouver dans le sous-sol de Gemma et quelles réponses pourra-t-elle y trouver ? L’ampleur du danger est en tout cas inconnue des hommes et femmes qui se lancent dans l’ambitieux projet, ce qui le rend d’autant plus périlleux.

Des protagonistes aux histoires intrigantes mais qui peinent parfois à provoquer l’empathie

Chaque personnage s’engage dans l’aventure de ce premier volume pour des raisons très personnelles, qui convergent finalement dans l’action. Le doute est souvent de mise, par peur du danger, de l’inconnu ou au contraire de la vérité à découvrir. Mais la motivation qui les dirige est bien trop forte pour qu’ils soient freinés dans leurs quêtes.

Les protagonistes sont dans l’ensemble très forts de caractère, ce qui est appréciable et fait avancer le récit la plupart du temps. Cependant, ils sont souvent poussés à l’extrême dans leurs caractéristiques individuelles, ce qui en rend certains exaspérants et pénalise la compassion. Ambre Pasquier la première, beauté indienne maintenant tout le monde et toute émotion à distance au point que le lecteur finit par ne plus avoir envie de percer la carapace. Kya également, adolescence dans toute sa splendeur, rebelle qui se cherche et qui envoie tout valser en permanence, et à qui manque une bonne paire de claques. Ces deux personnages évoluent tout de même un peu sur la fin, ce qui est plutôt encourageant pour la suite. Haziel Delaurier est sans doute un des personnages les plus « normaux », le suivre est assez plaisant. Il s’avère parfois impuissant, maladroit, un peu casse-cou mais pas trop téméraire, un brave gars mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Une touche de fantastique et beaucoup (trop?) d’explications scientifiques

L’histoire se met en place lentement mais sans ennui, au fil des aventures et des découvertes, et grâce aussi à un récit parallèle apparaissant ponctuellement et donnant un point de vue radicalement différent, non humain, dans un autre temps, une autre civilisation… De plus, une certaine mythologie, des bribes de fantastique, accompagnent la chef d’équipe, créant un climat envoûtant et inquiétant dans un cadre scientifique pourtant très rigoureux.

Les recherches du père de Kya, qui collabore avec Haziel, celles d’Ambre, et tout ce qui tourne autour de la dynamique de la planète Gemma, sont additionnées d’une grande quantité de savoir scientifique. Pertinent, celui-ci est basé sur des théories tout à fait utilisées aujourd’hui ou dans le passé, parfois extrapolées pour les besoins du récit. Les leçons sont passionnantes, mais trop nombreuses pour la dynamique de l’aventure et parfois amenées avec lourdeur : un personnage se retrouve ainsi régulièrement à faire un cours magistral, plus au lecteur qu’aux autres protagonistes qui, étant tous de grands érudits, ne devraient pas avoir besoin de tout ce qui est développé.
Malgré la quantité d’informations assénées et la densité de l’intrigue mise en place, les pages se tournent sans y penser, car la lecture captive.

Il suffit de visiter le site dédié à la trilogie pour voir que chaque détail a été orchestré avec précision ; tout a été travaillé dans un seul et vaste ensemble, jusqu’à la musique, qui revêt une importance particulière dans le récit. La quantité de travail investi est visible, le résultat est porté avec élégance par la plume de Laurence Suhner. Le lecteur retrouve avec plaisir les qualités d’un bon planet opera sur cette Gemma énigmatiques et ses hypothétiques anciens habitants. Et vu le climax atteint par l’intrigue, le lecteur referme ce premier volume de Quantika avec la certitude d’être présent au prochain rendez-vous.

Lelf
Imaginelf
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Suhner - Vestiges - Macrocosme
Posté le 21 février 2013 -

L'auteur nous entraîne dans une aventure passionnante où s'affrontent des personnages hauts en couleur : aventuriers dignes de la ruée vers l'or, scientifiques avides de découvertes, employés d'une multinationale à la recherche de profits, jeunes écologistes désireux de devenir des Gemmiens et miliciens désœuvrés cherchant des cibles.

Dans la veine de Jack London, avec une touche de Ray Bradbury dans son approche de l'altérité et des vestiges que peut laisser une civilisation, Laurence Suhner met en place une société devant développer ses codes et ses lois si elle veut survivre et ne pas réitérer les erreurs qui ont rendu la Terre invivable.

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Suhner - Vestiges - À l'ombre des nénuphars
Posté le 28 mai 2014 -

Une couverture rappelant furieusement ces clichés de la Terre vue depuis l’espace qui me font rêver, mais sur lesquels on découvre une structure étrange, gigantesque, en orbite autour de cette planète ; et un titre qui titille mon imagination, faisant ressurgir les souvenirs de mes brèves expériences en archéologie : c’est l’époustouflant Vestiges, de Laurence Suhner.

Mon avis
Éblouissant ! Ce premier roman est un mille-feuille : de prime abord planet opera puisqu’on est sur une autre planète que la nôtre ; également roman d’aventures avec ses héros comme Haziel (le physicien pilote d’avion) et Ambre (docteur en microbiologie qui dirige les fouilles) qui, pétris de doutes et de craintes, n’hésitent pas à plonger dans l’action, mais aussi avec ses miliciens armés jusqu’aux dents, ses idéalistes planqués et ses scientifiques résolus à tout pour comprendre et partager leurs connaissances ; enfin, roman à suspense, qui me laisse sur ma faim et me fait regretter de ne pas avoir le tome suivant sous la main.
L’intrigue est solidement ficelée : on passe de personnage en personnage sans problème, chacun dévoilant un pan de cette planète glaciale qu’est Gemma, et au travers des enjeux de chacun se dessine une trame plus large. On est embarqué avec ces équipes dont les membres viennent de tous les continents terriens, et on est comme eux fasciné par les étranges vestiges qui reposent au cœur de Gemma, et terrifiés par les secrets qui seront révélés. L’image de la boîte de Pandore est utilisée plusieurs fois, et c’est bien de ça qu’il s’agit : l’excitation que procure la proximité d’un savoir tout neuf, alliée à la terreur née des conséquences qu’aura cette révélation sur notre conscience de l’univers – ou sur l’univers lui-même. Lord Carter et les autres archéologues découvreurs de grandes civilisations humaines ont certainement ressenti cela, et vaincu leurs terreurs par leur passion du savoir. On se prend même à douter en repensant au mythe de la malédiction de Toutankhamon…
On pourrait s’en tenir là et à l’incroyable maîtrise du style (descriptions vivantes, dialogues réussis, et même bols indiens et poèmes au souffle mythologique), mais non : ce roman est également très richement documenté. À l’image des humanistes du XVIIIe siècle qui souhaitaient réunir le savoir de façon encyclopédique, les chercheurs de Laurence Suhner travaillent en collaboration intelligente et débattent ensemble de médecine, de physique quantique, de philosophie. Enfin, tout comme elle jongle avec une somme de connaissances incroyables (voir son interview par Actu SF pour mieux comprendre), elle compose également une symphonie synesthésiste en jouant avec tous nos sens, et en stimulant notre imagination pour recomposer sons, odeurs, sensations de froid...
En relisant cet avis, je vois que je n’ai pas évoqué l’importance du thème de l’Autre : cet être intelligent, non humain, que l’on rencontre et dans la peau duquel on entre, pour découvrir tout un pan de la mythologie de Gemma, de son histoire… et surtout pour comprendre le principe d’altérité et s’ouvrir à une autre conscience, au-delà de l’humanisme.
Un roman très riche, donc, que je ne manquerai pas de relire pour en apprécier davantage les détails – portée par le suspense, j’ai lu les 400 dernières pages en moins de 24 heures… Un régal.

Bonus
Sur le site dédié à la trilogie http://quantika-sf.com, on découvre non seulement le résumé de chaque tome, ainsi que des extraits à lire et lus, mais aussi la bande-son dont de la musique venue d’Inde (très importante pour un des personnages), des illustrations de l’auteur (la trilogie était à l’origine un projet de BD), des vidéos… Une multitude de facettes à l’image des talents de l’auteure.

Interview de Laurence Suhner par Actu SF :
« QuanTika a toujours été pour moi un mélange d’images, de textes et de sons. »

 

Chronique À l'ombre des nénuphars

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Suhner - Vestiges - Le galion des étoiles
Posté le 26 avril 2015 -

Ce qui m’a attirée pour la découverte de ce roman, c’est l’allusion à cet immense artefact extraterrestre en orbite autour de Gemma qui illustre la couverture du livre et dont il est question dans le résumé. Pour le reste, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, mais le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue.
 
Cette histoire débute par un prologue mystique que – sur le moment - je n’ai pas vraiment compris, avant de plonger le lecteur au cœur de Gemma, une exoplanète de glace colonisée par les Humains, et bien avant eux, par les Bâtisseurs. Ce n’est que bien plus tard dans le récit que le prologue prend du sens. A ce titre, il est intéressant de le relire.
 
Laurence Suhner prend son temps pour la mise en place du contexte, pour présenter le décor de Gemma et introduire ses personnages. Si cette introduction peut paraître un peu longue, je vous invite à persister dans cette lecture, car votre plaisir n’en sera que plus grand !
 
En effet, cet ouvrage est écrit avec beaucoup de soin, de même que son scénario est brillamment réfléchi. Le style de l’auteure est plaisant, et son vocabulaire, élaboré. Les descriptions des lieux et des artefacts sont superbes. Ajoutez à cela des explications scientifiques qui apportent de la crédibilité au récit, une évidence s’impose alors d’elle-même : on tient là entre les mains un ouvrage de grande qualité.  
 
« Vestiges » est un roman de Hard SF, ce qui pourrait peut-être rebuter – à tort d’ailleurs – certains lecteurs par cet aspect. Je dis « à tort », parce que je trouve le tout très bien équilibré : un récit bien construit au suspense maîtrisé, servi par des personnages intéressants, et agrémenté d’explications scientifiques et de mythes indiens et extraterrestres. On y trouve également quelques pointes d’humour bienvenues. L’ensemble est teinté de réflexions philosophiques, dont entre autres sur l’anthropocentrisme.
 
Vous l’aurez donc compris, je suis très emballée par cette lecture. On est là dans ce que je qualifierais de « haut niveau de la science-fiction », au même titre que Clarke et Baxter. Ce n'est pas peu dire ! Et à mon avis, si je ne me trompe pas, cette histoire est dans la lignée de « Rama ».
 
En conclusion, « Vestiges » est un magnifique roman de Hard SF que je vous recommande vivement. A peine le livre refermé, j'entame déjà la suite..

 

Koyolite Tseila - www.legaliondesetoiles.com - 11 avril 2015

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Suhner Laurence - Vestiges, Livre 1 - Série QuanTika - La croisée des mondes
Posté le 26 août 2015 -
Pas évident de résumer ce dense récit, qui alterne les chapitres en passant d’un groupe de personnages à un autre, mais qui ne perd jamais le lecteur en route. C’est totalement maîtrisé par Laurence Suhner, et c’est tout à fait fluide à lire.

J’adore les histoires d’exploration d’exo-planètes, les planet-operas comme on dit, et celui-ci m’a envoûté, un peu à la manière de l’héroïne Ambre Pasquier, dont l’esprit est accaparé par d’étranges rêves qui l’obsèdent au point de l’avoir inexorablement poussée à monter son expédition. De mon côté, inexorablement je faisais défiler les pages, dévorant cette aventure.

Au-delà de la qualité du récit, il faut aussi parler de la qualité de l’écriture. Aussi bien sur le plan du style, que j’ai trouvé vif, riche, que sur le plan de la documentation. D’ailleurs, bien qu’ancré dans la mouvance de la hard-science, le style n’est jamais pédant. A propos du côté hard-science justement: précisons tout de suite à ceux à qui la simple évocation de ce genre donne des boutons, que dans Quantika les éléments scientifiques sont totalement utiles au récit, et ne sont pas là pour l’esbroufe. Il s’agit tantôt de petites touches de vulgarisation concernant la physique quantique, tantôt la climatologie ou la biologie. Rien ici ne décrivant de A à Z le système de propulsion de tel ou tel astronef… C’est tellement bien décrit, qu’on jurerait que Gemma est là quelque part, qu’elle nous attend, qu’elle nous appelle à notre tour. Un vrai personnage à part entière, cette planète.

Il a d’autres choses palpitantes dont j’aimerais vous parler aussi, mais je suis obligé de les occulter ici, sous peine de vous dévoiler trop de l’intrigue, et de gâcher ainsi quelque peu la surprise…
 
La croisée des mondes
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Suhner - Vestiges - Les Lectures de Xapur
Posté le 23 novembre 2015 -
Pour un premier roman, Laurence Suhner nous propose un texte très intéressant, très fort visuellement, avec artefact en orbite, planète glacée creusée par des tunneliers, ruines cyclopéennes, rêves mystiques et influences variées (dont mantras indiens). Une franche réussite pour ce space opera (ou plutôt planet opera) intéressant et plaisant à lire. On regrettera juste des personnages assez stéréotypés et parfois quelques paragraphes de jargon scientifique pas toujours digeste, mais ce premier tome emporte l’adhésion et donne envie d’en lire plus. Car on reste bien sûr en plein suspens à la fin de ce premier tome !
 
Les Lectures de Xapur
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Suhner - Vestiges - Babelio
Posté le 15 décembre 2015 -

Magistral, voilà le qualificatif qui me vient à l'esprit au sortir de ce premier tome de la trilogie QuanTika.
Un univers très réaliste, extrêmement bien décrit, jusque dans les petits détails. Une brochette de personnages hauts en couleur qui donne du punch à une histoire bien menée, plusieurs récits en parallèle la rendent captivante. Le tout mené par l'écriture fluide et agréable de Laurence Suhner qui signe ici un remarquable opus. Elle réalise, en plus, le tour de force de rendre les passages scientifiques très digestes et compréhensibles.
La bonne nouvelle est que ceci est le premier tome d'une trilogie et qu'il m'en reste deux à lire ;-)
Vous l'aurez compris, un véritable coup de coeur !

Dupuisjluc
Babelio
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Suhner - Vestiges - Booknode
Posté le 13 avril 2016 -

Très gros coup de coeur pour moi que ce planet opera merveilleusement bien écrit. Très dense et fouillé, avec des personnages attachants, Laurence Suhner vous catapulte dans un univers de sciences, d écologie, de politique et de légendes.
Un véritable voyage au delà de la physique, qui alterne entre rêve et réalité mais qui vous happe littéralement.
On suit nos scientifiques pas à pas dans leurs découvertes avec en fond un putch politique et militaire.
Amis lecteurs, vous vous régalerez à étancher votre soif de connaissance car l auteure livre ici un texte de haut niveau qui fait de sa plume un puits sans fond de culture.

J ai été très impressionnée par la maîtrise d une intrigue efficace, d une écriture fluide, d un univers très très travaillé et d une maîtrise de langage à souligner.

Ce fut un vrai plaisir à lire et j'ai hâte de lire les tomes suivants !

Orenda - Booknode

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Suhner - Vestiges - Le club des littéraires
Posté le 03 novembre 2016 -
Pris à la bibli comme ça en passant et vu que le livre avait gagné le prix Bob Morane, j'ai été surpris. Je n'arrivais pas à me décider si l'auteur était vraiment française ou pas. Conclusion, elle est suisse.

Mais baste, Vestiges est un livre à priori ouvrant une trilogie (pas encore fini de le lire en fait), qui parle de l'humanité se retrouvant sur une nouvelle planète, même si la Terre n'est pas délaissée pour autant. Cette planète, Gemma, est une boule de glace géante orbitant autour d'un système à deux soleils et une partie non négligeable de gens a décidé d’émigrer là-bas, notamment un paquet de scientifiques.
Tout irait pour le mieux dans le plus glacial des mondes si certaines parties de ce glacier immense ne semblaient pas se comporter bizarrement, franchissant parfois allègrement les règles mêmes de la physique...

Désolé, pas de Ryoma dans ce bouquin, mais plutôt une bonne hard sf (écrit avec le concours de scientifiques de l'université de Genève) avec une planète hostile peuplées d'humains à la dérive et d'anciennes légendes. Le livre met un peu de temps à se lancer mais plus les pages passent et plus ça devient un régal. Très bien écrit et très solide, les quelques pages de technique pure (surtout de la physique) ne doivent pas rebuter le néophyte qui trouvera là un très bon bouquin qui se lit avec plaisir.

Recommandé si vous vous ennuyez et voulez tâter de la SF francophone qui a de la gueule.
 
Aer
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Évènements du week-end prochain (28-30 avril)
Posté 24 avril 2017 -
Vous n'aurez que l'embarras du choix pour rencontrer tous ces auteurs :
- Laurence Suhner, Jean-Marc Ligny et Nathalie Le Gendre seront au Salon du Livre et de la Presse de Genève (28 au 31 avril)
- Jeanne A. Debats, Olivier Paquet et Laurent Genefort seront de leur côté aux Futuriales à Aulnay-sous-Bois (29 avril)
- Sylvie Denis, quant à elle, sera à Lyon pour les Intergalactiques (29 et 30 avril)
- Claude Ecken sera lui à Nice-fictions (28 au 30 avril)
 
Pour plus d'informations : 
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Grand Prix de l'Imaginaire : les nommés sont...
Posté 19 avril 2017 -

Parmi les très talentueux nommés vous trouverez :

Roman francophone :
Jardin d'hiver
, d'Olivier Paquet

Roman étranger :
Mémoires de Lady Trent, tomes 1 et 2, de Marie Brennan
L'espace d'un an, de Becky Chambers

Prix Wojtek Siudmak au graphisme :
Todd Lockwood pour Mémoires de Lady Trent tomes 1 et 2 de Marie Brennan 

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Rendez-vous le 4 juin à Saint-Malo, lors du Festival Étonnants Voyageurs pour les résultats!

Plus d'informations ici

Le Festival Étonnants Voyageurs se tiendra du 3 au 5 juin 2017.

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En avril 2017, tous les ebooks de Larry Correia à 4,99e
Posté 11 avril 2017 -
Au mois d’avril, nous vous proposons de découvrir un auteur à l’humour indéniable : Larry Correia. Les Chroniques du Grimnoir, saga de fantasy urbaine, mêlent gangsters, superhéros désinvoltes et désabusés, jolies filles teigneuses, bagarres épiques et armes à feu à tous les étages.
Pour des heures de lectures réjouissantes, rendez-vous jusqu’à fin avril sur vos stores numériques où les romans de Larry Correia sont à 4,99 €.

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Nommés pour le prix Imaginales 2017
Posté 07 avril 2017 -
Romans étrangers traduits :
- Marie Brennan pour Le Tropique des serpents - Mémoire de Lady Trent T2, traduit par Sylvie Denis ;
- Jim C. Hines pour Le Bibliomancien - Magie ex-libris, traduit par Lionel Davoust ;
- Guy Gavriel Kay pour Le Fleuve céleste, traduit pas Mikael Cabon ;
Nouvelles :
- Jean-Claude Dunyach pour Le Clin d'œil du héron.

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Pour voir la liste complète des auteurs en compétition, c'est ici

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Chambers en route pour le prix Hugo 2017
Posté 06 avril 2017 -

chambersbecky.jpegL’auteur de science-fiction Becky Chambers est nommée dans la catégorie « Meilleur roman » du prix Hugo pour son roman Libration, qui sortira le 22 juin.

 

Ce prix sera décerné le 11 août 2017 lors de la Worldcon 75.

  espace_dun_an.jpgchambers_libration1.jpg

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Manuscrits
Posté 27 janvier 2017 -
Nous avons pris la décision, à partir du 1er février, d’interrompre la réception de manuscrits pendant quelques mois et nous réfléchissons à une nouvelle méthode pour les traiter. Tous les manuscrits déjà reçus avant cette date seront lus. Cependant, n’hésitez pas à préparer vos textes, à les peaufiner, car nous vous signalerons comment les envoyer, et surtout quand. Alors suivez-nous sur les réseaux sociaux, des informations arriveront d’ici l’été.
Stay tuned !
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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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Les Croisades d'Unnord 22ème édition
Posté le 25 janvier 2017 par les croisades d'unnord
Bonjour à tous ! Je vous écris pour vous annoncer que la 22ème édition des Croisades d’Unnord est en marche avec, cette fois encore, un nouveau thème qui sera : Au-delà des apparences. Cette année [...]