Un monde bruissant d'arbres sous le vent et de ressacs
; l'étoile rouge Rotan y baigne de sa clarté les landes,
les bois, les savanes et la mer. Bré : c'est sur ce monde que s'échoue
Skinn Mac Dana. Il y rencontre l'aventure, l'espoir, les épreuves,
la trahison, l'amour enfin dans le regard de Lirn, la Brune de Dournos
; il y trouve son destin.
Bré : comme un pays celte des légendes sous des cieux lointains.
Les drwidhs y disent les destinées, les rois y confrontent leur
pouvoir et leur dignité, les héros y combattent tout un
bestiaire fabuleux.
Poète, chanteur et musicien, Gilles Servat s'affirme un merveilleux conteur dans ce premier récit des Chroniques d'Arcturus. Il prête à l'épopée fantastique son lyrisme âpre et sensuel. Skinn Mac Dana, c'est la chanson de geste d'un barde breton à l'âge de la science-fiction.
En tant que voyageur des infinités de l'espace, Skinn MacDana ne pensait pas qu'il puisse exister pire qu'un naufrage de son cotre spatial ; et bien si ! A peine a-t-il mis les pieds sur Bré, une alanète isolée loin de l'Empire des Cent Planètes (d'où il vient mais qu'il fuit car trop corrompu et trop matérialiste pour son goût), qu'il tombe sur une des plus dangereuses et des plus féroces des créatures qui infestent le monde de Bré : un nerden. Singulières créatures que ces nerdud (eh oui, le pluriel de nerden est nerdud). Ceux-ci tuent les hommes de Bré en les faisant sombrer auparavant dans un monde de rêves fantasmagoriques qui les rend impuissants. Quand ils meurent, un insecte translucide s'échappe de leur carapace... L'aventure de Skin MacDana commence donc ainsi, dans la violence d'une chaude nuit d'été. Bienvenue sur Bré.
S'ensuivent alors des aventures fabuleuses, racontées à la manière courtoise des grandes légendes celtiques, au milieu de plusieurs sociétés et gouvernements ressemblant à ceux des anciens gaëls (comme les gens d'Askol, qui se teignent le corps en bleu depuis leur plus jeune âge). En témoignent l'organisation de la hiérarchie, l'ambiance très guerrière des cours des rois conseillés par des Drwids qui devinent l'avenir et le transmettent sous forme d'images symboliques, et aussi l'analogie directe dont est victime Skinn : dans sa patrie, Erth, son clan l'a surnommé le Nouada, le nom, dans nos légendes, du dieu celte de la guerre à la Main d'Argent.
Skinn Mac Dana vient d'ailleurs. D'une autre planète. Et tombe sur Bré, pendant « la saison des branches nues, des ornières durcies et de l'haleine visible. » Sur ce nouveau monde, il combattra des monstres et aura un fils, il trouvera la gloire l'amour et la mort.
Nous sommes dans un genre bien circonscrit, celui de l'heroic fantasy, comme on ne dit pas en français. Un genre où se côtoient le meilleur et le pire. La voix chaude de Servat, son lyrisme vigoureux parviennent à donner à ce roman un charme prenant.
D'autant que sous la mince couche de l'intrigue on trouve d'autres strates qui donnent son épaisseur au livre. Bré ressemble étrangement à un royaume celte mi-rêvé, mi réel. L'avertissement final sur la prononciation du brési nous confirme que la langue de cette planète est cousine germaine du breton moderne. Les croyances, les mœurs, l'organisation sociale de ce peuple sont calqués sur ce que l'on sait, ou ce qu'on croit savoir, des anciennes civilisations celtes. Et voilà pourquoi Skinn Mac Dana est un personnage autrement fascinant que Conan le Barbare...
Thierry Guidet, Ouest-France, mai 1995
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