Vint l’heure de donner naissance à
Zeus, son sixième enfant, et Rhéa supplia sa mère
de l’aider à accoucher en secret. Lorsque Zeus naquit, Gaia
l’emmena en Crète, où elle l’abrita dans une grotte
impénétrable sous les flancs boisés du mont Ida.
Entre-temps, Rhéa prit une pierre que Gaia avait secrétée
en son sein, la recouvrit d’une laine imprégnée d’huile,
l’emmaillota et la présenta à Cronos. L’infortuné
souverain n’en fit qu’une bouchée, croyant qu’il
s’agissait de Zeus.
Quand Zeus vint à grandir…
Aujourd’hui beaucoup imputent à la race grouillante des hommes
les malheurs de la terre. Les géants menacent d’envahir leur
domaine, les satyres, centaures et autres faunes veulent leur disparition.
Dans les couloirs mêmes de l’Olympe, querelles, intrigues et
complots vont bon train chez les dieux dévorés par la soif
du pouvoir et les appétits charnels. Typhon, enfin, un être
monstrueux, mi-géant, mi-dragon, et qui se dit fils de Cronos,
a décidé de détrôner Zeus, le maître
de l’Olympe.
Seigneurs de l’Olympe est un roman d’heroic fantasy
dont les personnages sont ceux de la mythologie grecque. On y verra Zeus
abattu et Zeus reconquérant, la sage mais non si chaste Athéna,
le bouillant mais balourd Arès, dieu de la guerre, le malheureux
Héphaïstos, on y croisera l’irrésistible et insatiable
Aphrodite ainsi qu’une cohorte de dieux et de héros.
Quand les dieux parcouraient le monde…
Seigneurs de l’Olympe a obtenu en Espagne le prestigieux prix
Minotauro.
Illustration de couverture : Jean-Auguste Dominique Ingres, Thétis implorant Jupiter
Dites fantasy, on vous répond héros nordique, à la Siegfried ou Beowulf ; ou arturien, style Lancelot, Merlin ou Gauvain. Rien de tout cela chez Javier Negrete. Les mythes qui passionnent l'écrivain espagnol sont les mythes grecs. Zeus, Hermès, Athéna, Héphaïstos, les géants et les cyclopes, voilà des héros qu'il a envie de mettre en scène. Et il le fait : son Seigneurs de l'Olympe est totalement consacré aux récits que nous connaissons via Homère, Hésiode, Ovide, etc.
C'était audacieux. S'attaquer à ces monuments de la mythologie et de la littérature mondiale, fallait oser. L'aède Negrete a eu raison. Son roman est assez réussi. Il parvient à nous faire croire à ces héros statufiés depuis trois millénaires au moins et même à nous les rendre proches, suffisamment pour qu'on puisse être soudain en osmose avec eux. Et particulièrement avec Athéna, la belle et attachante déesse.
Bien sûr, ce sont des dieux. Invincibles, donc. Pas vraiment, en fait. Les dieux aussi peuvent être vaincus. Le maître de l'Olympe n'est jamais à l'abri de la trahison et l'on sait que les bagarres ne manquaient pas entre ces dieux, demi-dieux, dragons, titans, géants, tous jaloux l'un de l'autre, tous avides de pouvoir.
Javier Negrete imagine un soulèvement contre Zeus. Celui des Géants et, tapis derrière eux, tout un monde de centaures, satyres et nymphes. C'est la révolte des anciens peuples, des anciens dieux contre les nouveaux dieux et leurs protégés, les hommes. Les soubresauts d'un monde ancien qui ne veut pas mourir.
Javier Negrete prend des libertés avec le mythe. Il imagine, il invente, il transforme, il adapte à son récit. Un travail d'écrivain, pas de compilateur. Ce qui amusera tous ceux qui ont adoré les belles histoires de l'Olympe.
Jean-Claude Vantroyen, Le Soir (30 novembre 2007)
Les racines de la fantasy plongent au cœur des mythes et des légendes, y trouvant un limon fertile au développement de ses héros qui, à l'instar de ceux de l'Antiquité, mènent des quêtes initiatrices porteuses de sens et de symboles. C'est justement à la recherche de ces symboles que s'est lancé l'écrivain espagnol Javier Negrette en s'appropriant la cosmogonie grecque pour mieux réécrire ce mythe fondateur. Car ces Seigneurs de l'Olympe ne sont autres que Zeus, Rhéa, Gaia, Hermès, Héphaïstos, Arès, Athéna, Apollon ou Prométhée dont on suit les aventures tout au long d'un roman riche en péripéties et rebondissements divers. Pourtant, Javier Negrete ne se limite pas à une actualisation du mythe, il fait réellement œuvre de réécriture, dans la plus pure tradition d'un Molière s'appropriant le Dom Juan de Tirso de Molina, ou Eric-Emmanuel Schmitt faisant de celui-ci, un homosexuel dans La Nuit de Valognes.