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  • La Dentelle du Cygne

Roland C. Wagner

Rêves de Gloire

Rêves de Gloire

Date de parution : avril 2011


Illustrateur : Gilles Francescano


ISBN13 : 9782841725403

Nombre de pages : 704
Prix : 25,00 €
État : disponible

Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : «On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit…»

De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…

Un roman polyphonique et jubilatoire sur lequel souffle le vent de l’histoire.

  • Revue de presse
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Wagner - Rêves de Gloire - Le Républicain Lorrain
Posté le 06 avril 2011 -

Une Autre Algérie 

Le genre de l'uchronie, qui revisite l'histoire au gré d'hypothèses alternatives, ne s'était jamais penché sur le cas de la guerre d'Algérie. C'est maintenant chose faite avec Rêves de Gloire de Roland C. Wagner. Si De Gaulle était mort en 1960, mitraillé dans sa DS à la croix de Berny, quel aurait-été l'avenir du "problème" algérien?

Des voix anonymes nous introduisent progressivement dans cette autre histoire. On découvre la chronique du mouvement alternatif des "vautriens", nébuleuse musicale et philosophique dans l'esprit de hippies, inspirée par Timothy Leary et sa Gloire (LSD). On suit les aventures d'un collectionneur de vinyles de rock "psychodélique" (un double flagrant de l'auteur) en quête d'un 45 tours intitulé "Rêves de Gloire", dont les rares propriétaires meurent dans d'étranges circonstances. On interroge l'énigme politique de la proclamation de la Commune d'Alger, prise en tenaille entre France et Algérie. On tremble pour le Prophète, ce "cinglé de francaoui" qui prêche pieds nus dans l'Aurès. Puis toutes ces voix se mêlent en une seule, grandiose et dérisoire, tissée par les fils des petites et de la grande Histoire.

Au delà de l'intrigue et de l'inspiration autobiographique de l'auteur, le procédé de l'uchronie désarme les haines du passé et restitue la dimension humaine d'une tragédie encore vivace et toujours tabou. Un roman ambitieux qui déborde du cadre de la SF pour toucher à l'universel.

Victor Montag  - Le Républicain Lorrain

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Wagner - Rêves de Gloire - Le Républicain Lorrain
Posté le 06 avril 2011 -

Une Autre Algérie 

Le genre de l'uchronie, qui revisite l'histoire au gré d'hypothèses alternatives, ne s'était jamais penché sur le cas de la guerre d'Algérie. C'est maintenant chose faite avec Rêves de Gloire de Roland C. Wagner. Si De Gaulle était mort en 1960, mitraillé dans sa DS à la croix de Berny, quel aurait-été l'avenir du "problème" algérien?

Des voix anonymes nous introduisent progressivement dans cette autre histoire. On découvre la chronique du mouvement alternatif des "vautriens", nébuleuse musicale et philosophique dans l'esprit de hippies, inspirée par Timothy Leary et sa Gloire (LSD). On suit les aventures d'un collectionneur de vinyles de rock "psychodélique" (un double flagrant de l'auteur) en quête d'un 45 tours intitulé "Rêves de Gloire", dont les rares propriétaires meurent dans d'étranges circonstances. On interroge l'énigme politique de la proclamation de la Commune d'Alger, prise en tenaille entre France et Algérie. On tremble pour le Prophète, ce "cinglé de francaoui" qui prêche pieds nus dans l'Aurès. Puis toutes ces voix se mêlent en une seule, grandiose et dérisoire, tissée par les fils des petites et de la grande Histoire.

Au delà de l'intrigue et de l'inspiration autobiographique de l'auteur, le procédé de l'uchronie désarme les haines du passé et restitue la dimension humaine d'une tragédie encore vivace et toujours tabou. Un roman ambitieux qui déborde du cadre de la SF pour toucher à l'universel.

Victor Montag  - Le Républicain Lorrain

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Wagner - Rêves de Gloire - Traqueur Stellaire
Posté le 24 mai 2011 -
Quelle chienlit ! Le Général De Gaulle a été assassiné le 17 octobre 1960, au matin, alors que sa DS passait le long de la Croix de Berny. Et si seulement il était passé par le Petit-Clamart ! De Gaulle mort, la guerre d’Algérie prend une toute autre tournure. Une partition met fin aux hostilités, et seules trois enclaves restent françaises, tandis que la nation algérienne gagne son indépendance. En métropole, la mort du Général a profondément déstabilisé la classe politique. Putschs et régimes policiers se succèdent, pendant que Paris rêve encore de l’Algérie française…  [...]

Des années soixante jusqu’à nos jours, l’Algérie uchronique de Wagner est une mosaïque de couleurs, de musiqueset de senteurs. Pour un collectionneur féru de rock psychédélique, la scène algéroise est une véritable caverne d’Ali Baba. Mais le Graal ultime de tout amateur de vinyle qui se respecte reste l’improbable galette des Glorieux Fellagah, avec leurs deux titres Rêves de Gloire/Regarde vers l’Orient,sous le label « Les disques de Tim ». L’avoir, c’est toucher le nirvanamusical. Ou le payer de sa vie. Car un dangereux secret plane au-dessusde 45 tours. Mais lequel ?

Mêlant uchronie, polyphonie et culture soixante-huitarde, Roland C. Wagner explore cette Algérie revisitée dans cet imposant pavé de 700 pages. L’intrigue entremêle différents personnages à différentes époques, des débuts de la guerre d’Algérie jusqu’au présent uchronique de l’auteur. Autour d’une cohorte de personnages gravite un monde mêlant contre-culture, musique et revendications politiques. Tout y passe, même la religion, mais sans jamais s’égarer dans l’improbable. Roland C. Wagner explore une Algérie pas si fictive que cela, où la partition (rejetée par De Gaulle) est devenue à la mort du Général « la seule solution raisonnable », pour reprendre les mots (bien réels, ceux-là) de Maurice Allais. [...]

Il y a quelque chose d’autobiographique dans cette uchronie, on s’imagine même avec malice ce collectionneur de vinyles arpentant les rues d’Alger sous les traits de l’auteur ! Cette complicité entre les lignes, cette vision partagée avec le lecteur suffisent à maintenir un rythme vivant tout au long du roman. Aucune lassitude, aucun égarement. Et pourtant, l’accumulation de références réelles ou uchroniques à la musique rock représentait un tour de force dangereux, dans lequel il eut été facile de perdre quelques lecteurs peuenclins au genre. Roland C. Wagner parvient cependant à éviter le piègeen nous livrant un roman vif, épais, aussi riche que jubilatoire, dans lequel les tensions du passé et les tabous de l’Algérie sont exorcisés àtravers le spectre de l’uchronie. Un roman fort, qui ne se limite pas àla seule uchronie, mais qui nous parle, à nous français, d’une page de notre histoire encore difficile à tourner.   ( tout l'article )

 

Guillaume - Traqueur stellaire

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Wagner - Rêves de Gloire - Actu SF
Posté le 09 mai 2011 -
Il y a des années maintenant, quand Roland C. Wagner m’avait parlé de ce projet d’uchronie sur l’Algérie, j’avais été bluffé une première fois. L’idée me semblait incroyablement audacieuse. Oserais-je avouer que j’ai cru, à une certaine époque, qu’il n’en viendrait jamais à bout, et qu’il finirait par laisser tomber ? Et puis, j’ai dû me rendre à l’évidence : RCW est de la race des têtus, des opiniâtres (je le savais, pourtant). Et j’ai été bluffé une seconde fois.
Voilà, je viens de terminer Rêves de Gloire. Et je suis bluffé, une troisième fois. Jamais deux sans trois, rappelle la sagesse populaire.
Tout le monde a lu la 4e de couverture du roman, ou, déjà, quelques chroniques sur la toile, et donc je ne gâcherai le plaisir de la découverte à personne en rappelant que le fameux « point de divergence » uchronique semble être l’attentat de 1960 contre le général de Gaulle, attentat réussi dans Rêves de Gloire. Mais tout est dans le « semble », car on s’apercevra vite qu’il est possible de trouver des divergences un peu antérieures (l’une concerne les événements de Budapest en 1956). C’est ce qui fait l’analogie entre ce roman et le classique Maître du Haut-Château , analogie ouvertement assumée et revendiquée d’ailleurs — même s’il ne faut pas en exagérer l’importance : l’uchronie wagnérienne penche du côté des univers parallèles, mais reste cependant une uchronie dans la règle de l’art (si, si, il y a une règle de l’art de l’uchronie qui est : Arrgh….). Simplement (si j’ose écrire), elle évite le piège du trop visible et dictatorial point de divergence unique. On dira qu’il y a saupoudrage modéré de points de divergences, assez large pour surprendre le lecteur, mais suffisamment contrôlé, cependant, pour lui éviter de perdre pied. La compréhension — et l’interprétation, surtout — du mécanisme uchronique demeure un enjeu majeur du récit. Bref, on n’est pas dans le n’importe quoi (du genre de celui, parfois sympathique, mais qui commence à me gonfler sévère, du « steampunk » dans sa dérive superficielle et envahissante actuelle).
Le tour de force de RCW, c’est de profiter de cette uchronie pour bâtir une sorte de version alternative prodigieusement détaillée et vraie (on se comprend) de l’histoire des mouvements communautaires… alternatifs des années soixante-soixante-dix du siècle dernier, basés, en très très gros, sur la non violence, le rock, l’adoration des vinyles et le LSD… et de faire de la casbah d’un Alger uchronique, un des hauts lieux d’un de ces mouvements imaginaires ! Ou plutôt, le tour de force, c’est de rendre tout cela parfaitement plausible ! Je me demande qui d’autre que RCW aurait pu réussir une chose pareille !
Je sors de la lecture de Rêves de Gloire avec une culture toute neuve — et aux neuf dixièmes, au moins, imaginaire — sur le monde de la musique rock, qui va me permettre de me ridiculiser encore davantage en société sur ce sujet ! (1)
Comment un truc pareil peut-il tenir debout ?
L’astuce consiste à tisser la trame du roman à partir d’une foultitude de fils qui sont autant d’histoires personnelles, se déroulant à des époques différentes, sur une durée d’une quarantaine d’années environ. On est un peu perdu au début, mais RCW sait remarquablement caractériser ses personnages, et l’impression de confusion ne dure pas. Tout au contraire, on se met rapidement à attendre le retour de telle ou telle « voix » (et « voie »), qui va révéler tel détail éclairant (ou non, RCW a le sens du suspense..) l’ensemble. Et on s’y attache, à ces personnages… On en oublie presque que l’on est dans une uchronie… presque, seulement, car de temps à autre, on est obligé de recadrer dans son esprit l’image générale que l’on s’était fabriquée (attention, ce roman est un roman de SF, c’est-à-dire qu’il demande AUSSI de l’imagination à son lecteur…)
Je me rends compte qu’il serait un peu stupide d’en dire davantage (2) ; il faut s’immerger dans ce livre, qui est aussi, lâchons une expression un peu pompeuse, un roman philosophique s’interrogeant sur le sens de la vie. Sans apporter de réponse, fort heureusement, car il n’y en a pas (enfin... disons que la réponse, c’est la question).
Un chef-d’œuvre, de mon point de vue, et l’uchronie française la plus originale et plus aboutie depuis… depuis… depuis…

Oncle Joe - Actu SF

(1) Par prudence – j’aime bien le rock écrit et décrit, mais il ne faut pas abuser de son son (hum…) — j’ai lu le roman en écoutant des tas de quintettes de Boccherini (9 volumes, ce qui fait 18 CDs, par La Magnifica Comunita, Brillant Classic (pas cher et sublime)).
(2) Tout de même… quelle fête que de repérer les innombrables et savoureux clins d’œil… les citations cachées… les skorpis… qui fuient dans la nuit épouvantable…
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Wagner - Rêves de Gloire - Psychovision.net
Posté le 09 mai 2011 -

Enfin, le nouveau roman de Roland Wagner est en librairie ! Depuis 2006 qu'on l'attendait ! Certes, l'auteur n'est pas resté inactif pendant ces cinq dernières années puisque plusieurs de ses romans sont ressortis en poche comme Les Futurs Mystères de Paris ou dans des versions revues comme Poupée aux yeux morts, sans compter les traductions des ouvrages de Stephen Baxter ou Norman Spinrad. Mais il n'y avait pas eu de nouveau roman.
Mais dès qu'on entame les premières pages de cette uchronie, cette "absence" s'explique. L'auteur était en train de peaufiner ce qui devrait être son chef-d'oeuvre et son roman le plus personnel, celui qui brassera tous les thèmes et tous les éléments de son oeuvre. La principale différence venant principalement du ton, plus sérieux, mais tout à fait adapté au récit de cette uchronie qui revisite 50 ans d'Histoire.
Il y sera question de l'Algérie et de son indépendance, d'un Alger devenu une enclave ni française, ni algérienne, de l'assassinat du général De Gaule en 1960 à la Croix de Berny, d'événements qui n'ont pas eu lieu, d'autres qui ont eu lieu et de ceux qui ont eu lieu différemment. Il y sera aussi question de rock, d'un mystérieux prophète, de manifestations pacifiques et de barbouzes, tout cela sous le regard de multiples personnages.     

On y fera aussi la rencontre d'un collectionneur de disques qui va se lancer à la poursuite d'un album introuvable, Rêves de Gloire des Glorieux Fellaghas, d'un cuistot du Ritz qui va croiser le chemin de Timothy Leary et découvrir la Gloire, d'une jeune femme qui, en fuyant un père alcoolique, va découvrir le mouvement vautrien et d'un soldat qui va croiser un mystérieux prophète prônant la paix dans une région en guerre.
Les destins de tous ces individus vivant à des époques différentes et dans des endroits différents vont se croiser pour raconter l'Histoire et leurs histoires, mais également leur rêves, leurs victoires, leur peurs et leur défaites. On assistera ainsi à l'été insensé, l'étonnante épopée française de Timothy Leary où la Gloire, sorte de LSD, coulera à flot, ainsi qu'au mouvement Vautrien, sorte de mouvement hippie qui naîtra, connaîtra son apogée et sa mort à Alger.
Mais le mouvement Vautrien sera surtout l'occasion pour Roland C. Wagner de faire l’apologie des valeurs dont il ne cesse de nous parler dans son oeuvre : du partage, de la tolérance, de l'ouverture d'esprit, de la solidarité, du savoir donner, du respect et de la non-violence, mais ces concepts, il va les confronter à la réalité. Et la confrontation sera malheureusement cruelle pour ses espoirs...
Mais Roland C. Wagner n'en devient pas pessimiste pour autant et semble placer tout ses espoirs dans la musique et particulièrement le rock. Et pas celui de Johnny, à qui l'auteur réserve un destin pas très agréable,  ou celui qu'on entend dans les super-marchés, non, le rock, le vrai, celui qui naît des tripes et du cœur, qui fait passer des émotions, des messages et qui saura perpétuer les valeurs du mouvement vautrien, et ceci même dans un final peu optimiste.

Bien qu'on retrouve donc beaucoup d'éléments et de concepts présents dans ses autres livres, Roland C. Wagner aborde tout cela d'une nouvelle manière, ne se contentant plus de les développer, mais voulant en quelque sorte les mettre en pratique, même si c'est toujours de manière fictive, et tout en continuant à y croire même quand il décrit ses utopies comme un monde inaccessible. Du moins, pour l'instant.   
En opposant des témoignages du passé et du présent, d'espoir et de tristesse, Rêve de Gloire utilise donc l'uchronie pour mieux revisiter notre présent et le mettre face à ses responsabilités, mais cela permet aussi à l'auteur de livrer ses espoirs et ses craintes, d'inventer toute une culture rock, voire musicale, afin de donner corps à cette uchronie, faisant ainsi de l'album recherché bien plus qu'un simple gadget pour son histoire, mais plutôt un véritable élément de l'Histoire qu'il reconstruit à son gré.
Au final, Rêves de Gloire est un peu le Grand Oeuvre de l'auteur de L.G.M. et de La Saison de la sorcière en plus d'être son roman le plus personnel. Il s'agit là également d'un roman ambitieux et totalement réussi, d'un gigantesque puzzle narratif où l'Histoire se réécrit petit à petit grâce à ses petites histoires qui finalement feront la grande. Un roman dont les relectures devraient se succéder afin d'en saisir tous les niveaux et toutes les subtilités.     

Stegg - psychovision.net

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Wagner - Rêves de Gloire - Les Chroniques de l'imaginaire
Posté le 12 mai 2011 -

De nos jours, un collectionneur enragé de disques vinyle, surtout algérois, des années 60, apprend par hasard l'existence d'un 45-tours dont il n'avait jamais entendu parler : Rêves de Gloire, par Les Glorieux Fellaghas. Attiré par la rareté, il se met à en parler autour de lui, et à chercher ce disque tous azimuts. Et il se rend compte alors que tous les précédents propriétaires sont morts de façon franchement pas naturelle. Assassinés, en un mot.
Par ailleurs, un jour où il rencontre Albert Camus, il consent à lui raconter, sur sa demande, ce qui s'est passé à la caserne de la Légion...

... en 1977, durant cette longue nuit de folie calme où Alger a déclaré son Indépendance et nommé la Commune pour la représenter.

Bien sûr, il était inutile de raconter à Albert Camus, qui le savait, que cette prise de pouvoir non-violente avait été rendue possible par les idées et les façons d'agir des vautriens qui, à partir de 1964, avaient eu accès à la Gloire apportée en France par Tim Leary, et que l'un de ses compagnons de la première heure avait emportée avec lui à Alger. Et c'est l'histoire de ces années-là, celle des vautriens, celle de la casbah de 1965 à 1973, qui est le troisième fil historique du roman.

Ce roman monumental est remarquable à plusieurs titres : par son aspect polyphonique, où l'on passe sans arrêt d'un personnage à l'autre, d'un temps à l'autre, d'un fil historique à l'autre ; par sa construction rigoureuse, qui n'est pas évidente au premier abord, mais éclatante quand on y prête attention, ou qu'on relit ; par les personnages ; par la culture musicale qu'il révèle (et que je suis la dernière personne à pouvoir commenter en détail, manquant moi-même des références qui me le permettraient. A mon grand regret, je n'en dirai donc rien) ; et enfin par la connaissance approfondie de l'histoire internationale, avec laquelle l'auteur joue, non pas de façon gratuite (même si je suis sûre qu'il s'est bien fait plaisir avec certains éléments contingents !), mais afin de nous faire réfléchir, comme il le dit lui-même (page 366) qu'est-ce qu'un roman, sinon une philosophie mise en images ? [...] C'était un jeu très excitant. Et une source de plaisir inédit pour moi. Mais ce monde n'est que le décor devant lequel se déploie la parabole, il n'est que l'arrière-plan de la philosophie qui guide le livre.[...] En traitant d'autres possibilités, on relativise ce qui s'est réellement produit. Et, de fait, on prend un recul supplémentaire.[...] Ce qui s'est produit s'est produit, on ne peut rien y changer. Mais cela n'empêche pas qu'il aurait pu se produire autre chose. Mieux. Ou pire. Ou ni l'autre ni l'autre. Ou les deux. Il nous rappelle ainsi la vocation de tout romancier digne de ce nom, surtout en SF, et plus encore si l'on traduit ces initiales par "speculative fiction", qui ne vise pas seulement à distraire son lecteur, mais à le faire réfléchir.

Les personnages sont multiples, même si se dégagent quelques voix qui émergent du choeur, quitte à s'y refondre, une fois leur partie jouée. Mais dans le temps où ils occupent le devant de la scène, chacun est bien individualisé et cohérent, attachant, chacun à sa façon. J'ai trouvé notamment que les différents personnages de femmes (la rousse, la blonde, la Louve, Mélusine...) étaient remarquablement réussis. Et le premier personnage est Alger la Multicolore elle-même, amour constant de tous les autres.

Roland Wagner a un style particulier, dont je dirai que la principale caractéristique est une légèreté aux limites de la transparence (si j'ose écrire ;-) !!), surtout par rapport à certains de ses confrères qui me donnent l'impression de vouloir d'abord montrer à leurs lecteurs combien ils écrivent bien. Rien de cela chez Wagner, jamais d'emphase ni de vocabulaire inutilement alambiqué, mais une ironie légère presque toujours présente, qui tend à masquer la perfection du français et l'adéquation du vocabulaire et des tournures de phrase à la situation et au personnage qui parle. De l'excellent travail d'écrivain, en somme, qui passe totalement inaperçu, sauf à y être attentif.
Je pourrais dire la même chose de la construction de ce roman. Noyée que j'ai été au premier abord sous un déluge de voix et d'infos, projetée d'un temps à l'autre, la structure rigoureuse m'est pourtant apparue dès que je l'ai cherchée un peu. A ce propos, je n'ai qu'un seul regret, celui de n'avoir pas accès à la signification des termes arabes qui émaillent le récit, et dont je suis sûre qu'ils ont une raison d'être qui, de ce fait, me reste un mystère.

Dans cette uchronie, dont je ne suis pas tout-à-fait sûre d'avoir repéré le point de divergence d'avec notre propre monde (au plus tard 1956 et Budapest, en tout cas !), certains évènements se sont produits (presque) de la même façon que dans le nôtre. C'est d'ailleurs l'une des pistes de réflexion, face à des évènements "communs" que de se demander pourquoi les conséquences ont été, dans notre monde, ce qu'elles ont été. Jeu intellectuel ? Pas seulement, puisque cela nous rappelle que ce sont nos actes, à tous et à chacun, tous les jours, qui créent un certain futur.

En tout cas, vous l'aurez compris, j'ai énormément aimé ce roman, peut-être le grand oeuvre, que j'imagine longtemps porté, d'un auteur dont je ne cesse pas de déplorer qu'il n'écrive pas davantage. Il faut également saluer le superbe travail d'édition, et notamment l'illustration de couverture de Gilles Francescano, à la fois très belle et très appropriée.

 

Mureliane - Les Chroniques de l'imaginaire

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Wagner - Rêves de Gloire - ActuSF
Posté le 24 mai 2011 -
Rêves de Gloire est un roman impressionnant par sa richesse et sa fluidité. Multipliant les points de vues et les témoignages, Roland C. Wagner propose une véritable mosaïque de personnages, tous se situant à des époques différentes, mélangeant sans arrêt l’histoire de la France et de l’Algérie sur fond de rock psychédélique et de trip provoqué par une forme de LSD nommé "La Gloire".

Si l’on ajoute qu’il n’a pas hésité à prendre non pas un mais plusieurs points de divergences uchroniques, et à truffer son intrigue de références musicales et historiques, il y a de quoi être impressionné par l’ouvrage... Mais surtout le tour de force le plus frappant, c’est qu’il parvient à ne jamais perdre le lecteur dans les méandres de son histoire. Roland C. Wagner a toujours eu une plume qui brillait par sa fluidité, rendant la lecture des ses livres facile et agréable. C’est une qualité qu’il n’a pas perdu avec Rêves de Gloire, qui se révèle être un roman d’une remarquable intelligence. À travers tous les récits qui s’entremêlent, il dresse un panorama saisissant d’un monde qui à défaut d’exister ne cesse de nous éclairer sur notre propre histoire, celle de l’indépendance de l’Algérie, période trouble et multiple plutôt ignorée de ce côté-ci de la Méditerranée, celle aussi des relations entre les deux pays, du lien qui nous unit et de la distance qui nous sépare.

Jamais ennuyeux, souvent passionnant, Rêves de Gloire est sans doute l’un des romans les plus marquants de la bibliographie de Roland C. Wagner. L’un des plus personnels aussi de par sa naissance en Algérie et son goût avoué pour le rock (les curieux iront découvrir sur le net le groupe de Roland C. Wagner : Brain Damage). On ne saurait que trop le conseiller. Un tel niveau de qualité est rare. Profitons-en !
 
Jérome Vincent - Actu SF
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Wagner - Rêves de Gloire - mythologica.net
Posté le 24 mai 2011 -

Attention les yeux, vous allez être confrontés à une petite merveille. Roland Wagner, auteur de plus de 25 romans et pas mal de nouvelles, avec toujours son style décontracté va nous conter une uchronie française du plus bel effet. Car figurez-vous que Charles De Gaulle est mort lors de l’attentat du Petit Clamart. Et cela va changer beaucoup, mais alors beaucoup de choses sur notre présent…

Roland C. Wagner parvient à nous faire envisager comment un évènement somme toute mineur, la mort d’un homme, peut modifier considérablement notre passé mais aussi et surtout notre présent. L’auteur, éternel révolté s’il en est, nous propose une vision très spéciale de notre monde découlant de son postulat. Nous ne saurons jamais ce qu’il en aurait été mais la lecture de ce roman est un pur et authentique plaisir.

L’auteur maîtrise parfaitement les ficelles scénaristique, le style très musical qu’il emploie sonne bien à l’oreille, tout comme la multitude de références plus ou moins cachées qu’il nous propose.  N’ayant jamais connu les années 60 j’en ai probablement laissé passer un paquet mais celles que j’ai pu saisir m’ont fait rire, m’ont surpris,…

Car c’est cela le talent premier de Roland Wagner : prendre ses lecteurs au contrepied de ce à quoi ils auraient pu s’attendre. Car après le succès de ses Mystères de Paris tout le monde s’attendait à le voir revenir à ses veilles amours SF mais pas du tout. Il nous propose une uchronie haute en couleur surprenante et pourtant terriblement actuelle. Les problématiques sociales qui lui sont chères ne sont pas non plus laissées en arrière. Le découpage du roman est également assez particulier puisqu’il n’y a pas de réel chapitre, numéroté ou nommé, mais un enchaînement très bien organisé de passages de vie en quelque sorte. Le scénario est ficelé au millimètre avec des personnages forts, identifiables et que le lecteur prend plaisir à suivre. Bref, que de bonnes choses dans ces 700 pages !

Rêves de Gloire est un de ces romans de Roland Wagne qui vous font vibrer de la première à la dernière page (et il y en a un paquet entre). Musical, ce livre l’est clairement. Magnifique ? Également. Vous allez donc me demander ce que l’on peut lui reprocher. A cela je répondrais : rien, si ce n’est que l’auteur se fait trop rare…

 

Deuskin - mythologica.net

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Wagner - Rêves de Gloire - Bifrost, le blog
Posté le 26 mai 2011 -

La Bibliothèque orbital

Où le narrateur, imbibé jusqu'aux follicules pileux de sidi-brahim tiédasse, tente une titubante mais sincère déclaration d'amour à l'auteur de Rêves de Gloire. 

Philippe Boulier  Bifrost - Le blog

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Wagner - Rêves de Gloire - Les lectures d'Efelle
Posté le 26 mai 2011 -

Octobre 1960, De Gaulle succombe dans un attentat ce qui finira par donner un autre épilogue à la guerre d'Algérie, la France conservera trois enclave : Bougie, Oran, Alger. Les colons se trouvant ailleurs sur le territoire fondent sur les enclaves ou retournent en métropole. Timothy Leary débarque à Paris, avant de migrer à Biarritz un stock important d'une nouvelle drogue, rapidement baptisée Gloire, dans ses valises. Dans son sillage, un mouvement hippie prend forme : les vautriens. Dans les Aurès, un déserteur français, réputé timbré, prêche la non violence au fil de ses errances. Beria aux commandes de l'URSS se brule les doigts à Budapest et se lance alors dans une course à l'espace acharnée pour redorer le blason du communisme et encore quelques autres points de divergences...

Au fil des ans, la situation politique française vire à la dictature, les vautriens sont rapidement déportés dans l'Algérois... Les années passent, le monde change, la vie suis son cours...

De nos jours, un collectionneur de vinyl rare découvre sur internet, un disque de rock psychédélique inconnu. Le groupe Les Glorieux Fellaghas, deux titres Rêves de Gloire et Regarde vers l'orient (une reprise de Regarde vers Lorient). Outre le nom du groupe un rien provocateur pour les années soixante, notre ami découvre une nouvelle particularité à ce disque : il porte la poisse. La mort frappe curieusement tous les propriétaires d'un exemplaire. De quoi attiser la convoitise de notre collectionneur compulsif.

En alternance à cette chasse au disque rare et létal, les témoignages anonymes, même si on peut reconnaitre quelques intervenants récurents, des années soixante à nos jours se succèdent pour brosser par petite touche la trame historique, de la création des enclaves à nos jours, vu de l'Algérois, avec pour point d'orgue les évènements de 1977.  

Loin de toute angélisme, le roman étant très sombre, Roland C. Wagner déploie magistralement son uchronie. De nombreux points de vue sont embrassés, du fasciste au hippie vautrien en passant par le soldat de l'ALN et le fellagha des Aurès, la mosaïque de personnages est très fournie. Si le protagoniste (proche de l'auteur ? ) nous embarque dans une histoire du rock virant au thriller, les autres trames en filigranes sont tous aussi passionnantes, tout étant lié : histoire du mouvement vautrien de le la folie des premiers moments au désenchantement, du mouvement révolutionnaire à l'effet de mode ; géopolitique mondiale avec une guerre froide alternative ; hommage à Camus... Bref, un roman solide, dense, prenant, captivant et très fluide. Un coup de maître, à lire et relire au soleil une anisette en main (j'aurai pas du refuser celle que RCW offrait lors de la dédicace à la librairie Scylla). 

Les lectures d'Efelle

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Wagner - Rêves de Gloire - Librairie Labyrinthes
Posté le 31 mai 2011 -

Nous attirons votre attention sur quelques livres récents qui, même s’ils sont publiés dans des collections dites « spécialisées », sont avant tout de très grands livres, qui mériteraient pour certains de se retrouver sur les fameuses listes de prix « littéraires ».

A commencer par Rêves de Gloire. Son auteur, Roland C. Wagner, nous avait plus habitué à des romans de science fiction un peu décalé, souvent teinté de contre culture et d’esprit zen-hippie, qu’on avait plaisir à lire comme on aime mâcher du chewing-gum (il en a écrit une quarantaine). Roland C. Wagner a toujours montré un réel talent d’écriture, une intelligence teinté d’humour et d’humanité, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il nous fasse « le » grand roman de sa génération. Rêve de Gloire est une uchronie : le monde réaliste qui y est décrit est presque comme le nôtre, à quelques petits détails près. De Gaulle s’est fait descendre lors de l’attentat de Clamart, Kennedy n’a pas été tué à Dallas, les russes ont été sur la Lune avant les américains, et même notre Johnny n’a pas fait la carrière que l’on sait. Une histoire alternative donc, dont le fait central est la victoire des algériens dans la fameuse guerre, assorti d’une révolution psychédélique qui se tint en France puis en Algérie, le pape-gourou Tim Leary himself faisant goûter sa Gloire (le LSD) sur de petits sucres d’abord dans les grands hôtels parisiens, puis sur la plage de Biarritz. Tout cela c’est du contexte, une toile de fond. Le sujet de ce livre c’est apparemment la quête d’une galette de vinyle de rock pychédélique, un pressage très limité, dont les rares propriétaires meurent dans des circonstances mystérieuses. Ce 45 tours s’intitule Rêves de Gloire. Sujet, certes, mais aussi pré-texte. Parce qu’au fond le vrai sujet de ce livre c’est sa langue et sa construction. Une fois passée la rencontre initale avec Albert Camus (non il n’est pas mort, il soutient les algérois en vivant sur place), s’élève une série de voix sans identités, une polyphonie qui va parcourir cinquante ans, en passant sans cesse d’une voix à l’autre. Perturbant ? Au début, durant dix ou vingt pages, on se demande ce qui se passe. Puis on s’y fait très bien. On retrouve les tonalités des uns et des autres, on recompose dans sa tête de lecteur bien faite les fragments temporels croisés, les histoires recomposées, les points de vue complémentaires de cette mosaïque qui recouvre le temps et l’espace (externe et intérieur), et qui tisse, au final, un monde complet qui s’il n’est pas le nôtre y ressemble assez pour qu’on s’émeuve et qu’on s’interroge.

C’est « le » grand roman d’une génération qui a vu naître (puis se faire étouffer) la contre-culture, c’est l’énergie colossale de cette « Histoire » qui fut possible et résumée en si peu de mots (sexe, drogue and rock’n roll). C’est la lucidité d’un écrivain qui réussit à nous montrer le parallèle entre deux utopies : celle de l’Algérie libre et celle d’un monde sans haine, sans guerre et sans violence. C’est « le » livre dont on sait à peine terminé qu’on va le relire. Rêves de Gloire aurait pu être écrit par un de ces très grands auteurs anglo-saxons de contre-utopie (Orwell, Burgess, le Philip Roth de Complot contre l’Amérique, Spinrad bien sûr), et Wagner n’hésite d’ailleurs pas à multiplier les références et les hommages à ce qui l’a nourri (Dick, Spinrad, le rock). Rêves de Gloire est un roman comme il n’en n’apparaît qu’un par génération, et le tour de force de Roland Wagner renvoie aux oubliettes toute la science fiction « expérimentale » des auteurs français des vingt dernière années. Au passage il dépasse aussi – de la tête et des épaules – tout ce que la production éditoriale française de littérature contemporaine nous propose de niaiseries nombrilistes et autofictionnelles moyennement mises en écriture. Rêve de Gloire part bien de l’expérience personnelle – Wagner est d’ascendance algérienne, Wagner est de cette génération qui a vu commencer puis cesser cette contre-culture – mais réussit là où les autres échouent. Il touche à l’universel et parle à chacun. Attention : chef d’œuvre !

Labyrinthes
Librairie spécialisée en Littérature, Jeunesse, Science-Fiction, Policier, Livres d'art
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Wagner - Rêves de Gloire - Un libraire
Posté le 09 juin 2011 -

Rêves de Gloire : roman uchronique (De Gaulle est tué avant les accords d’Evian, Kennedy réchappe à l’attentat, les chevelus s’installent du côté du Sud Ouest de la France et non à San Francisco, Alger reste française) qui vient de sortir et dont je vous recommande très très chaleureusement la lecture. Toute une réflexion sur la contre-culture, la politique, sur fond de chasse au trésor autour d’un 45 tours mystérieux. Et puis bon, un livre qui part du principe que Johnny est mort dans les années 60s et Albert Camus non, mérite forcément le coup d’œil.

Un libraire se livre et se cache  pour mourir

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Wagner - Rêves de Gloire - senscritique.com
Posté le 09 juin 2011 -

Rock the Casbah !

Et si De Gaulle était mort en 1960 ... Tel est le point de divergence de cette uchronie. C'est ainsi que l'issue de la guerre d'Algérie s'en trouve changée. Elle s'achève en 1965, et laisse à la France trois enclaves dont une à Alger. De plus, l'opposition à la guerre a entrainé l'apparition du mouvement vautrien, qui verra en Alger une terre d'accueil et d'expérimentations sociales et musicales.

C'est au travers du mouvement vautrien que l'auteur nous livre ses plus belles trouvailles : que ce soit au niveau de la musique avec entre autres les biographies de musiciens fictifs qui se mêlent à celles de musiciens existants ou au niveau des différentes communautés vautrienne.

S'ajoute une narration éclatée, sans identification précise des différents narrateurs (même si un petit nombre revient régulièrement), qui permet de découvrir petit à petit ce monde alternatif. Ce qui nous donne une belle uchronie et un grand roman !

Maxdegats - senscritique.com

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Wagner - Rêves de Gloire - Noosfère
Posté le 09 juin 2011 -

Le voilà donc, le fameux livre dont Roland C. Wagner parle depuis plus de cinq ans et dont il avait l’idée en tête depuis plus de deux décennies. Cinq années pendant lesquelles l’auteur n’a pas sorti d’autres romans (le dernier, Mine de rien, est sorti en 2006), se consacrant plutôt aux traductions de Stephen Baxter ou de Norman Spinrad, parlant juste de sa prochaine création de temps à autre sur quelques forums de discussions. Le voilà enfin, sous une couverture plutôt sobre de Gilles Francescano, couverture quelque peu gâchée par la présence d’un vinyle dans le titre.

Mais de quoi s’agit-il ? D’une uchronie centrée sur la guerre d’Algérie et ses conséquences. Dans cette réalité, le général de Gaulle a été abattu dans un attentat en 1960, conduisant les « événements d’Algérie » à prendre une tout autre tournure. Les combats se prolongent jusqu’en 1965, l’armée de libération algérienne, à bout de force, négocie l’indépendance en laissant à la France trois enclaves : Alger et ses environs, Oran et Bougie en Kabylie. Dans l’Algérois de la fin des années 60 s’installent alors les vautriens, mouvement de jeunes inspirés par Timothy Leary et découvrant la gloire, nom local du LSD. Ils participent aux manifestations qui conduisent ce petit territoire à l’autonomie pendant que la France tombe aux mains d’un régime fascisant. Dans cette nouvelle nation un collectionneur de disques se lance à la recherche d’un vinyle particulièrement rare, quête qui le mène à explorer le passé récent de son pays.

Avec Rêves de Gloire, Roland C. Wagner pousse les règles de l’uchronie à leurs limites. Alors que beaucoup se contentent d’un point de divergence clair entrainant une intrigue classique, ici, l’uchronie transpire de chaque paragraphe. Organisé en multiples récits courts avec plusieurs narrateurs à différentes périodes, nous assistons à la construction d’une toile impressionniste : chaque page ajoute un trait à cette fresque nous contant trente ans de la vie de l’Algérois. Si l’entremêlement de ces récits (un peu à la manière d’Outrage et rébellion, de Catherine Dufour, avec lequel Rêves de Gloire partage aussi les thématiques sexe, drogue et rock’n’roll) sans indication de narrateur ou d’époque peut dérouter au début de la lecture, on repère rapidement les personnages récurrents et cette gymnastique narrative devient un jeu entre le lecteur et le livre, évitant toute monotonie. Uchronie politique, mais aussi culturelle : par le biais du narrateur principal (qui, s’il n’est pas nommé, semble être tout simplement l’alter ego de Roland C Wagner dans ce monde) et de sa passion pour la musique, les disques et leurs histoires, l’écrivain crée une nouvelle contre-culture (ou plutôt subculture au sens anglo-saxon), alternative francophone crédible au rock et au mouvement hippie, remplie de nombreux clins d’œil, comme le Woodstock français situé à Biarritz ou le guitariste Dieudonné Laviolette dont la trajectoire ressemble fortement à celle de Jimi Hendrix.

Le lecteur s’amusera aussi en découvrant au fil du récit d’autres points de divergence tels que la réussite de la révolution hongroise de 1956 provocant l’implosion du bloc de l’Est ou la survie de JFK à l’attentat de Dallas, bâtissant petit à petit une chronologie de cette époque alternative. Tout cela pour arriver à un monde à l’opposé du notre, où la France est tombé sous un talon de fer, où l’Algérois est devenu le refuge de la liberté, aussi bien politique que morale, lieu d’un brassage inédit, sans tutelle anglo-saxonne (on remarquera au passage le travail sur la langue exempte de tout terme anglophone), créant ainsi une nouvelle histoire de France et d’Algérie, où l’optimisme a traversé la méditerranée.

Œuvre à part dans la production de son auteur, livre monumental et unique, aussi bien par le travail accompli (la crédibilité de la nouvelle trame historique est sans faille) que par son épaisseur (Roland C. Wagner ne tire jamais à la ligne et ses autres romans ont plutôt une pagination moitié moindre) Rêves de Gloire se dévore et revisite avec un optimisme typiquement wagnérien cette période terrible de l’histoire franco-algérienne d’une manière que seule permet la science-fiction.


René-Marc DOLHEN Noosfère

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Wagner - Rêves de Gloire - Lesdiagonalesdutemps.blog
Posté le 09 juin 2011 -
Le monde dans lequel nous entraine Roland C. Wagner n'est pas le notre. Plutôt que de qualifier l'univers de "Rêves de gloire" d'uchronique je le dirais plutôt parallèle au notre. En effet pour qu'il y ait uchronie, il faut qu'il y ait un point de bifurcation bien distincte avec notre réalité crée par un évènement précis. De cette modification découle ensuite toutes les différences avec l'Histoire que nous connaissons. Il n'en va pas ainsi dans le roman de Wagner, si le point de divergence avec notre présent, est que le 17 octobre 1960, le chauffeur du général de Gaulle ayant choisi de passer par la Croix de Berny plutôt que par le Petit Clamart comme cela était prévu, la voiture du général est mitraillée. Il décède quelques instant plus tard n'ayant le temps que de dire: << On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit...>>. On voit immédiatement que Roland C. Wagner n'est pas dénué d'humour... Si l'on comprend bien que la mort du général de Gaulle en 1960 à une incidence directe sur ce qui va se passer ensuite en Algérie où le livre se déroule, il est beaucoup moins évident que cette mort fasse que par exemple Kennedy ait lui échappé à son attentat, que malgré son souffle court Albert Camus soit toujours en vie aux abords de l'an 2000 et que par contre Johnny Halliday ait quitté ses fans en 1964 victime d'une explosion d'une charge de plastique... Il est encore plus improbable que le fait que la grande Zoha ait calanché puisse avoir une incidence sur des évènements ayant eu lieu avant ce trépas, comme la sortie de la Hongrie du bloc de l'est en 1956 et que la même année les anglais et les français aient mis une pâtée à Nasser dans l'affaire de Suez... L'auteur nous fait découvrir ces évènements par petites touches, comme par inadvertance. Il faut dire que le narrateur principal est peu intéressé par la politique, obsédé qu'il est par l'histoire du rock algérois. Car les rêves de gloire du titre sont ceux, dans les années 60, des groupes de rock qui fleurissent alors à Alger devenu après quelques vicissitudes une enclave indépendante dans une Algérie tout aussi indépendante présidé par Boudiaf. Dans cet algérois cohabite quatre millions d'habitants d'origines des plus diverses et aux tendances idéologiques multiples. Le groupe le plus inattendu est celui que forme les vautriens , secte agnostique et festive dont le grand homme est Timothy Leary pourvoyeur de « gloire » que l'on peut traduire par L.S.D. Le titre du livre est ainsi à double sens, Rêves de gloire peut être ceux provoqués par cette drogue. Il l'est même à triple, car « Rêves de gloire » est aussi le titre d'un disque d'un groupe mystérieux et éphémère, les Glorieux Fellaghas, qui provoque la mort de celui qui le possède Il faut ajouter que durant cette guerre d'Algérie est apparu dans le djebel un prophète, un soldat français déserteur, qui avant d'être tué par ses anciens camarades a fait de nombreux adeptes parmi les autochtones. Il y a bien d'autres choses encore dans cette riche brique.
Tout cela est vu à travers les yeux d'un antiquaire, spécialiste des vinyles anciens et lui même grand collectionneur. On apprend les faits saillants de l'Histoire dans cette réalité aux détours de longues considérations sur le rock et plus particulièrement sur le rock méditerranéen. J'espère que l'auteur, en fait je n'en doute pas, a pris beaucoup de plaisir à réinventer l'histoire de sa musique préférée. Le lecteur que je suis, a eu beaucoup moins de bonheur a déchiffrer les arcanes de cette aventure culturelle d'autant que je suis assez ignorant de l'histoire de ce courant musicale dans le monde réel. Il est probable qu'en raison de cette méconnaissance, je n'ai pu que savourer très peu des clins d'oeil que Wagner, grand spécialiste dans le domaine, il est musicien lui-même : son groupe s’appelle Brain Damage, ce qu’on pourrait traduire en français par Lésion Cérébrale, n'a pas manquer de mettre dans son texte. J'ai tout de même percuté aux allusions à Radio Caroline (Qui se souvient de cette radio pirate qui émettait d'un bateau dans les années 60) et à Woodstock transplanté à... Biarritz!
D'ailleurs après plus de 350 pages, l'auteur nous avoue son plaisir, qu'heureusement il réussi en partie à nous faire partager, qu'il a eu à écrire le livre et en même temps ses idées sur le roman et les clés pour lire celui-ci. Il met cette confession dans la bouche d'Albert Camus (qui parle au narrateur du roman qu'il est en train d'écrire), il n'y a pas de mal à se faire du bien: << Quel est l'intérêt d'un roman? Et qu'est-ce qu'un roman, sinon une philosophie mise en images? (…) Je reconnais ce monde a été amusant à construire, bien qu'il soit pire que le nôtre. C'était un jeu très existant. Et une source de plaisir inédit pour moi. Mais ce monde n'est que le décor devant lequel se déploie la parabole, il n'est que l'arrière plan de la philosophie qui guide le livre. (…) C'est un livre sur une autre Algérie, mais pas seulement. En traitant d'autres possibilités, on relativise ce qui s'est réellement produit. Et de fait, on prend un recul supplémentaire.>>. Voilà un sage et pertinent mode d'emploi pour tous les lecteurs et auteurs d'uchronies.
Wagner ne se penche pas que sur le passé. Certains passages, à peine transposé, sont en prise directe sur notre actualité.
Notre auteur n'est donc pas féru que de musique. Il a une bonne connaissance de l'Histoire, vous me direz que c'est le minimum pour un écrivain qui se coltine à l'uchronie mais son savoir du monde arabe est remarquable, ce qui fait qu'il est même prophétique et éclairant sur ce qui se passe en ce moment en Egypte. En témoigne le passage suivant, dialogue de deux protagonistes passablement imbibés, mais néanmoins politiquement lucide, page 45 de l'ouvrage: << Pour les saoudiens c'est de toute manière mieux que l'Egypte soit dirigée par un parti religieux. Par principe, je dirais ou croyance. Et puis il y a le canal de Suez, "objet de toutes les convoitises. Un concept que les saoudiens n'ont jamais digéré, c'est le pan-arabisme.>> (à méditer)...
L'origine de Roland C. Wagner n'est pas étrangère à ce savoir. Il est né le 6 septembre 1960 à Bab El Oued encore à l'époque en Algérie française. Wagner n’est pas un pseudonyme : WAGNER est bien le nom hérité de son père, soldat allemand enrôlé par la Luftwaffe à 19 ans, baladé par les conflits mondiaux d’Indochine en Algérie, puis rapatrié en France comme les autres pieds-noirs en 1962, avec femme et enfant. Cette hérédité peu commune, dont il a doté son narrateur collectionneur de disques, fait que l'on sent que le livre est nourri de morceaux d'autobiographie, ce qui donne une émotion à la lecture, très rare dans ce type d'ouvrage.
Question de style on voit bien que le livre a été écrit au fil de la plume qu'heureusement Wagner a facile. Autrement il n'aurait pas avant cet ouvrage, en trente ans de carrière, déjà publié une centaine de nouvelles et une cinquantaine de romans. On peut regretter que Wagner travaille ainsi pour un livre dont on perçoit bien l'ambition derrière l'imagination débridée.
Pour dynamiser son récit et qu'il ne soit pas qu'une description d'un univers différent du notre, le romancier y instille une intrigue policière. De très méchant sont à la recherche d'un disque qu'ils croit que le narrateur possède. En fait lui aussi est en quête de la mystérieuse galette. Les affreux sont prêt à tout pour la récupérer. Pourquoi? Que révèle ce mystérieux disque pressé il y a plus de trente ans qui sème la mort?
Est-ce pour faire comprendre au lecteur étourdi que "Rêves de Gloire" se place dans le sillage de Philip K. Dick, mais l'on peut penser que l'amateur de cet opus ne sera pas sans connaitre "Le maitre du haut château", que Roland C. Wagner fait dans la déconstruction du récit, procédé totalement antagoniste avec certains relâchements de l'écriture. Des voix anonymes, chacune intervient régulièrement dans le récit, nous introduisent progressivement dans cette autre histoire, mais cet anonymat ne les rend pas immédiatement reconnaissable. La lecture parvient tout de même à être fluide malgré à la fois cette coquetterie de construction, pourquoi multiplier les narrateurs, ce qui fait que parfois on ne sait pas immédiatement qui parle, d'autant que d'un fragment à l'autre, on peut changer d'époque; on ne parvient à entrer en empathie qu'avec le collectionneur de disque, visiblement l'alter égo de l'auteur. Il faut en plus ajouter des bizarreries gratuites de vocabulaire. Pourquoi appeler les hélicoptères des coléoptères!
J'aimerais bien savoir si Wagner a écrit les chapitres à la suite les uns des autres tels qu'ils se présentent dans le livre ou s'il a rédigé dans la continuité chaque fragment de son ouvrage se rapportant à un personnage et qu'il les a fragmenté et ensuite mélangé les morceaux d'intrique ainsi obtenus. Je penche pour la première solution, mais je m'interroge. Autre interrogation le romancier a t-il arpenté les rues de l'Alger d'aujourd'hui ou a t-il travaillé seulement d'après un vieux plan de la ville du temps de la colonisation, peut être les deux... Incidemment « Rêves de Gloire » devrait séduire les vieux algérois qui retrouveront dans ce texte une topographie et le nom de rues qu'ils ont arpentées. Alger est un personnage à part entière du récit, un peu à la manière qu'est Barcelone pour les romans de Zafon. Roland C. Wagner a un autre point commun avec l'écrivain espagnol, sa diabolique habileté pour relancer l'intérêt du lecteur en fin de ses courts chapitres.
On subodore bien que les différents personnages qui hantent les différents morceaux ont bien entre eux un quelconque rapport et que comme dans tous les feuilletons, car il y a aussi du feuilleton dans « Rêves de gloire » les morceau du puzzle vont bien finir par s'imbriquer, mais pour apercevoir une ébauche du motif, il faut tout de même bien attendre les environs de la quatre centième page!
L'ennui avec un auteur érudit, c'est qu'il faut que le lecteur ne soit pas complètement ignorant, une bonne connaissance de l'Histoire est ainsi indispensable pour apprécier un roman uchronique. Dans le cas présent c'est l'Histoire de l'Algérie sur laquelle il est bon d'avoir des lumière. On apprend beaucoup de chose par exemple sur la guerre d'Algérie à condition de bien connaître son déroulement, d'autant que l'auteur a une liberté de propos très rare sur le sujet.
[...]   La culture discrète mais immense et la plume alerte de son auteur ce livre d'une absolue originalité est à ne pas manquer.
Les diagonales du temps
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Wagner - Rêves de Gloire - Chronic'art
Posté le 07 juin 2011 -

Le genre uchronique ou Steampunk sous la plume d’un auteur Français, c’est souvent l'assurance de se limiter au quatrième de couverture, tellement c’est dénué d'intérêt, noyé dans l'anecdote et le détournement puéril (toujours se méfier des compatriotes qui rêvent de voir les Zeppelins voler au-dessus de Paris). Pour autant, l’uchronie de Roland C. Wagner ne ressemble à aucune autre. Le principal  « point de divergence », comme dirait Eric Henriet, a lieu le 17 octobre 1960 à 11h45 du matin quand « la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrailleuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. « On aurait dû passer par le Petit Clamart. Quelle chienlit… » Une fois De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d'OAS, pas d'accords d'Évian, mais ceux de Bains-les-Bains prononçant la partition : Alger et Oran restent françaises. De nos jours, un collectionneur fou de vinyles remonte la piste d'un 45 tours mythique du groupe algérois Les Glorieux Fellagas sans se douter que la Casbah, haut lieu de la contre-culture, berceau du Psychodélisme, du mouvement Vautrien (des vauriens qui passent leur temps toujours vautrés) et de la nouvelle Commune, cache aussi certains des secrets les mieux gardés de la V° République. Roman à l'ambition rare, absolument passionnant de bout en bout de ses 700 pages tenues serrées jusqu’à la fin, Rêves de Gloire fait plaisir à lire de la part d’un auteur qu'on n'a pas toujours pris au sérieux (au motif que ses pastiches de Lovecraft et Asimov sont excellents). On avait tort.

  M.P. Baudry -Chronic'art - le livre du mois.


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Wagner - Rêves de Gloire - fifokaswiti
Posté le 16 juin 2011 -

Des quelques bouquins de Roland C. Wagner que j'ai pu lire, j'avais gardé un souvenir assez diffus de livres vaguement sympa, plutôt pulp, qui font passer un bon moment mais que l'on oublie somme toute assez vite. En d'autres termes, la rencontre entre lui auteur et moi lecteur ne s'était pas vraiment faite, et j'avais plus ou moins laissé tomber.

D'où une certaine indifférence à la sortie de Rêves de Gloire, aussi liée au fait que bon, une uchronie sur l'Algérie et la musique, c'est pas forcément pour moi (je n'ai rien contre l'Algérie mais n'y connais rien d'autre que ce qu'on apprend à l'école, et j'ai la culture musicale d'une huître molle.)

Sauf que des gens dont je respecte l'opinion, et des gens qui connaissent mes goûts (et quelquefois ce sont les mêmes) ont dit et répété que ce bouquin valait le détour. D'aucuns ont même utilisé le terme de « chef d'œuvre ». Cela a pour le moins attisé ma curiosité, et donc, hop, emporté.

Ben… C'est bien.

On n'est pas trompés sur la marchandise, c'est très exactement ce qui est dit sur la quatrième de couverture : De Gaulle est tué dans un attentat en 1960, donc pas d'accords d'Évian, l'Algérie reste française pendant encore un petit moment ; de nos jours, un collectionneur part à la recherche d'un disque extrêmement rare, quête qui va le mener (plus ou moins) dans les méandres oubliés de l'histoire algéroise.

Mais dit comme ça, c'est un peu réducteur. La quatrième de couv' dit aussi que c'est un roman polyphonique, et c'est le cas : il y a peut-être une dizaine ou une quinzaine de points de vue (je n'ai pas compté), étalés dans le temps (entre en gros 1960 et maintenant) et dans l'espace (la métropole, le bled, Alger). Chacun est à la première personne, aucun n'est nommé, tous racontent leur histoire. Ces narrations sont entremêlées et, par petites touchent, brossent le portrait d'un Alger qui aurait pu exister.

Et c'est chouette.

Comme on peut s'y attendre, vers la fin on se rend compte de pas mal de choses (notamment sur les identités des narrateurs), les personnages se croisent, se rencontrent et se séparent (ça donne d'ailleurs un effet assez sympathique, quand quelqu'un que l'on connaît uniquement « de l'intérieur » apparaît dans le récit − très subjectif − d'un tiers), et les histoires avec des petits h se téléscopent avec l'Histoire avec un grand Hache. Et au milieu de tout cela, le disque des Glorieux Fellaghas…

Il faut dire que Roland Wagner est quelqu'un d'optimiste. Du moins, son bouquin l'est. L'Alger qu'il nous présente, resté français malgré l'indépendance du reste de l'Algérie, est en quelque sorte la poubelle de la métropole. On y déporte les éléments subversifs, les « vautriens » (des hippies, pour simplifier, qui prônent l'amour libre, le pacifisme, la vie en communauté et la fête permanente), qui investissent la casbah et y créent une société à peu près unique. Tout n'est pas rose dans ce bouquin, certaines pages sont même plutôt dures, mais dans l'ensemble, la micro-société algéroise, « crotte de mouche accrochée à un rocher » est plutôt plus sympathique que les alternatives. On pourrait arguer du fait qu'il s'agit là d'une forme d'utopie. Clairement, pour tous ses défauts, on a envie d'y vivre.

Et la sauce prend.

Le bouquin n'est pas sans défauts (il y a un moment ou deux où j'ai pensé « rôôh là il exagère » − notamment lors d'une référence un peu trop transparente à Hadopi). Il y a aussi des passages brillants (fatalement, j'ai bien aimé la mise en abŷme avec Camus, P. K. Dick et Le Maître du Haut-château). Mais dans l'ensemble, il y a un souffle qui emporte le roman, porté par la première personne multiple et la fausse simplicité de la langue (c'est très direct, mais très travaillé en même temps, notamment au niveau du vocabulaire qui emprunte pas mal d'argot, je suppose à l'arabe et au berbère). Globalement, on s'y croit, on vit avec ces hippies d'un autre lieu qui passent leur temps à taper le bœuf dans des arrière-salles de bistrots de la casbah.

Bref. J'ai même eu la surprise de voir que je reconnaissais certains noms (et pas juste Lennon, Halliday et Dutronc). Faut croire que l'huître molle à qui j'ai piqué sa culture musicale n'était pas complètement sourde mais avait pu s'équiper d'un Sonotone à un moment de son existence.

Alors, un chef-d'œuvre ? Bah, je n'en sais rien (en fait je ne connais pas assez la production du bonhomme pour placer ce bouquin par rapport au reste). Mais une chose est sûre, c'est que ceux qui me l'ont conseillé ont eu raison, j'ai passé un très bon moment à lire ces Rêves de Gloire.

 

fifokaswiti

 

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Wagner - Rêves de Gloire - Welcome to Nebalia
Posté le 14 juin 2011 -

Sans doute l’honnêteté m’impose-t-elle en guise de préalable de rappeler que j’ai comme un contentieux avec Roland C. Wagner. Je ne reviendrai pas ici sur les raisons, voyez ma non-chronique des Ravisseurs quantiques… Du coup, j’avais dit à l’époque que je ne chroniquerais plus d’ouvrages de Roland C. Wagner. Et naturellement je me suis posé la question pour celui-ci… J’aurais certes pu jouer l’imbécile borné – j’avoue avoir été tenté, feignasse de moi – et éviter ainsi d’écrire des conneries sur ce Rêves de Gloire.

Mais non.

Parce que, depuis le temps qu’on l’attendait, je savais que s’il y avait un bouquin de Roland C. Wagner que je devrais lire, ça serait celui-ci. Et parce que, je peux bien le dire d’ores et déjà, le bouquin est bon, voire très bon dans l’ensemble, et mérite bien qu’on s’y attarde. Oh, j’ai bien quelques réserves à émettre – et je me doute de comment elles seront appréciées… – mais, justement, j’y vois une raison de plus pour en parler.

Rêves de Gloire, donc. Un beau pavé de 700 pages, une véritable Arlésienne, et probablement le grand-œuvre de Roland C. Wagner (en tout cas, de ce que j’ai pu en lire, c’est d’une ambition sans commune mesure avec le reste). Une uchronie ; on cherche donc le point de divergence. À en croire la quatrième de couv’, ce serait la mort du général De Gaulle dans un attentat le 17 octobre 1960, à la Croix de Berny (l’aurait mieux fait de passer par le Petit-Clamart…), décisive quant au devenir de l’Algérie. Mais, si c’est sans doute là un point de divergence fondamental, et peut-être (je dis bien : peut-être) le plus important, ce n’en est en fait qu’un au milieu d’une foultitude d’autres, qui expliquent et justifient, autant que faire se peut et pour peu que l’on veuille bien jouer le jeu, le monde « autre » créé par Roland C. Wagner. On aurait en effet probablement tort de réduire Rêves de Gloire à une « uchronie algérienne » (ou algéroise), comme le livre a tout d’abord été présenté. Si cette divergence-là fournit un cadre au roman, elle n’en constitue probablement pas le propos essentiel (ou du moins le seul propos) ; car l’auteur, avec son roman, nous plonge peut-être avant tout dans une histoire alternative du rock. Et c’est en jouant sans cesse sur ces deux tableaux, imbriqués à l’extrême, qu’il va nous balader tout au long de son roman-fleuve.

Dans ce monde-ci, la mort de De Gaulle explique (entre autres) le prolongement de la guerre d’Algérie (les « événements », comme on disait…) jusqu’en 1965. Et le conflit aboutit à un résultat bien différent des accords d’Évian : la Partition, soit l’indépendance de la majeure partie de l’Algérie, avec le maintien d’enclaves françaises, dont Oran et, surtout, Alger. L’histoire ne s’arrête bien évidemment pas là : en métropole, on en arrive après quelques années à un coup d’État militaire ; en Algérie, les enclaves sont restituées progressivement, et l’Algérois finit par proclamer une Commune et prendre son indépendance. Voilà, en gros, pour le cadre.

Mais un autre changement fondamental concerne donc l’histoire du rock, et – comme cela semble aller de pair – de la drogue, en l’occurrence la Gloire – lire LSD –, qui a toujours Tim Leary pour apôtre, mais en France essentiellement. Dans les années 1960, au Ritz à Paris, d’abord, puis à Biarritz lors du fameux « Été insensé », la Gloire génère un mouvement alternatif prônant la non-violence et la libération des mœurs au milieu de tout un fatras mystique. On parle bientôt des « vautriens » – lire (putains de) hippies (« Die, hippie, die ! »), mais avant l’heure –, « vauriens toujours vautrés ». Vautriens qui, évidemment, ne plaisent pas plus que ça au pouvoir en place, et se retrouvent pour bon nombre d’entre eux déportés en Algérie (terre de déportation depuis les tout premiers temps de la colonisation, j’en ai bouffé). Là-bas, le rock « gymnase » va progressivement, sous l’influence de la Gloire, se muer en rock « psychodélique », et générer toute une culture vautrienne. Bien évidemment, là encore, l’histoire ne s’arrête pas là – on assistera également à l’émergence du punk, mais bien à l’étranger cette fois, les « tsibis » s’opposant aux « British »… –, mais le mouvement vautrien, avec son discours utopique, est bien au cœur du roman, et la Commune de l’Algérois en est dans un sens un reliquat, tout comme l’attitude des Chaouïas dans les Aurès (là où c’était pas très cool d’avoir 20 ans), influencés par le mystérieux « Prophète ».

Pour nous conter tout ça, Roland C. Wagner a – brillamment – élaboré un roman choral, où l’on change sans cesse de narrateur, pour suivre plusieurs fils rouges. Mais le plus important d’entre eux concerne un collectionneur de disques, de nos jours, qui s’emballe pour une pièce rare, un 45t des intrigants Glorieux Fellaghas intitulé Rêves de Gloire, et sur lequel il semble impossible de mettre la main. Autant dire qu’il s’agit là d’un véritable Graal pour un collectionneur dans son genre. Le problème est que ce disque tue… au sens propre.

On ne peut que se prendre d’enthousiasme pour Rêves de Gloire. Pendant la majeure partie du roman, on en tourne les pages sans se lasser un seul instant, emporté par l’adresse narrative de Roland C. Wagner, dont la plume se révèle qui plus est tout à fait sympathique. Le sujet brûlant de l’Algérie – là encore, expérience familiale, j’en ai bouffé… – est traité judicieusement, avec une profonde empathie et, on le sent, beaucoup d’investissement personnel ; quant à l’histoire alternative du rock, elle est tout simplement (encore que le mot « simplement » ne convienne guère) jubilatoire. Alors oui, sans aucun doute oui, Rêves de Gloire est un (putain de) bon bouquin, qui mérite assurément le détour. C’est, de ce que j’ai pu en lire, de très loin ce que Roland C. Wagner a fait de mieux, et ça mérite d’entrer illico dans une bibliothèque idéale de la science-fiction française. Un grand, très grand roman.

Pas sans défauts, ceci dit, même si je n’y verrais rien de rédhibitoire. Et sans doute ces « défauts » n’en sont-ils pas pour tout le monde – ce livre fait l’unanimité –, et pourra-t-on, hélas, y voir de ma part une certaine mauvaise foi… Boarf, m’en fous, je sais ce qu’il en est véritablement.

Donc. Une chose très personnelle tout d’abord : au bout d’un certain temps – oui, disons le milieu du roman à peu près –, j’ai commencé à trouver pénibles les développements sur la Gloire et sur Tim Leary. Mais je dois reconnaître que cela n’engage que moi, ce thème ne me parlant tout simplement pas.

Plus gênant, et en prolongement direct de cette remarque préliminaire, j’avoue avoir trouvé le roman trop long. 700 pages, c’est quand même du gros… et, à mon avis, ça ne se justifiait pas pleinement ; j’ai trouvé le roman redondant, par moments, et j’ai du coup peiné par endroits, notamment sur les, disons, 200 dernières pages – celles-ci apportent leur lot de nouveaux développements, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’avais pour ma part dépassé le seuil de saturation… Je sais que la comparaison va plaire à l’auteur, mais pour moi, Rêves de Gloire, toutes choses égales par ailleurs, c’est un peu comme La Horde du Contrevent : en l’état, c’est un très bon bouquin, parmi ce que l'on a fait de mieux dans l'imaginaire français ces dernières années ; avec 100 ou 200 pages de moins, ç’aurait été un chef-d’œuvre. Dommage…

Dernière réserve, enfin, qui n’engage à nouveau que moi : j’ai trouvé regrettable l’intrigue façon « thriller » (un genre que je n’ai jamais apprécié, en littérature s’entend) sur ce disque qui tue. Je trouve qu’elle nuit au propos du roman, qui aurait gagné à s’en débarrasser. Autant le dire clairement : j’ai trouvé dommageable que ce roman ait « une histoire », là où il me semble qu’il se suffisait à lui-même. Manque d’audace, peut-être, pour le coup, sur le plan narratif veux-je dire… Car on se doute très vite que la résolution de cette « énigme » ne pourra être que décevante. Tout ça pour ça ? Ben oui. Et si la fin du roman rassemble plutôt adroitement les divers fils rouges du livre, bel et bien en rapport avec le disque des Glorieux Fellaghas, je n’en ai pas moins trouvé fort plate la conclusion de la traque du collectionneur de disques (d’autant qu’elle ne lésine pas sur le deus ex machina). Non, décidément, je pense que le roman aurait gagné à un peu plus d’abstraction. Mais, encore une fois, cela n’engage que moi.

Et, finalement, seule la réserve concernant la longueur excessive du roman peut, j’en suis bien conscient, avoir le moindre caractère « d’objectivité » (encore que…). Alors le bilan est malgré tout clair : Rêves de Gloire est un très bon roman, une brillante uchronie comme on n’en soulève pas tous les quatre matins. C’est bien le grand-œuvre de Roland C. Wagner ; l’Arlésienne n’a pas déçu, on a bien fait d’attendre. À lire, sans aucun doute.

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Wagner - Rêves de Gloire - nebalestuncon.over-blog.com
Posté le 16 juin 2011 -
Sans doute l’honnêteté m’impose-t-elle en guise de préalable de rappeler que j’ai comme un contentieux avec Roland C. Wagner. Je ne reviendrai pas ici sur les raisons, voyez ma non-chronique des Ravisseurs quantiques… Du coup, j’avais dit à l’époque que je ne chroniquerais plus d’ouvrages de Roland C. Wagner. Et naturellement je me suis posé la question pour celui-ci… J’aurais certes pu jouer l’imbécile borné – j’avoue avoir été tenté, feignasse de moi – et éviter ainsi d’écrire des conneries sur ce Rêves de Gloire.

 

Mais non.

 

Parce que, depuis le temps qu’on l’attendait, je savais que s’il y avait un bouquin de Roland C. Wagner que je devrais lire, ça serait celui-ci. Et parce que, je peux bien le dire d’ores et déjà, le bouquin est bon, voire très bon dans l’ensemble, et mérite bien qu’on s’y attarde. Oh, j’ai bien quelques réserves à émettre – et je me doute de comment elles seront appréciées… – mais, justement, j’y vois une raison de plus pour en parler.

 

Rêves de Gloire, donc. Un beau pavé de 700 pages, une véritable Arlésienne, et probablement le grand-œuvre de Roland C. Wagner (en tout cas, de ce que j’ai pu en lire, c’est d’une ambition sans commune mesure avec le reste). Une uchronie ; on cherche donc le point de divergence. À en croire la quatrième de couv’, ce serait la mort du général De Gaulle dans un attentat le 17 octobre 1960, à la Croix de Berny (l’aurait mieux fait de passer par le Petit-Clamart…), décisive quant au devenir de l’Algérie. Mais, si c’est sans doute là un point de divergence fondamental, et peut-être (je dis bien : peut-être) le plus important, ce n’en est en fait qu’un au milieu d’une foultitude d’autres, qui expliquent et justifient, autant que faire se peut et pour peu que l’on veuille bien jouer le jeu, le monde « autre » créé par Roland C. Wagner. On aurait en effet probablement tort de réduire Rêves de Gloire à une « uchronie algérienne » (ou algéroise), comme le livre a tout d’abord été présenté. Si cette divergence-là fournit un cadre au roman, elle n’en constitue probablement pas le propos essentiel (ou du moins le seul propos) ; car l’auteur, avec son roman, nous plonge peut-être avant tout dans une histoire alternative du rock. Et c’est en jouant sans cesse sur ces deux tableaux, imbriqués à l’extrême, qu’il va nous balader tout au long de son roman-fleuve.

 

Dans ce monde-ci, la mort de De Gaulle explique (entre autres) le prolongement de la guerre d’Algérie (les « événements », comme on disait…) jusqu’en 1965. Et le conflit aboutit à un résultat bien différent des accords d’Évian : la Partition, soit l’indépendance de la majeure partie de l’Algérie, avec le maintien d’enclaves françaises, dont Oran et, surtout, Alger. L’histoire ne s’arrête bien évidemment pas là : en métropole, on en arrive après quelques années à un coup d’État militaire ; en Algérie, les enclaves sont restituées progressivement, et l’Algérois finit par proclamer une Commune et prendre son indépendance. Voilà, en gros, pour le cadre.

 

Mais un autre changement fondamental concerne donc l’histoire du rock, et – comme cela semble aller de pair – de la drogue, en l’occurrence la Gloire – lire LSD –, qui a toujours Tim Leary pour apôtre, mais en France essentiellement. Dans les années 1960, au Ritz à Paris, d’abord, puis à Biarritz lors du fameux « Été insensé », la Gloire génère un mouvement alternatif prônant la non-violence et la libération des mœurs au milieu de tout un fatras mystique. On parle bientôt des « vautriens » – lire (putains de) hippies (« Die, hippie, die ! »), mais avant l’heure –, « vauriens toujours vautrés ». Vautriens qui, évidemment, ne plaisent pas plus que ça au pouvoir en place, et se retrouvent pour bon nombre d’entre eux déportés en Algérie (terre de déportation depuis les tout premiers temps de la colonisation, j’en ai bouffé). Là-bas, le rock « gymnase » va progressivement, sous l’influence de la Gloire, se muer en rock « psychodélique », et générer toute une culture vautrienne. Bien évidemment, là encore, l’histoire ne s’arrête pas là – on assistera également à l’émergence du punk, mais bien à l’étranger cette fois, les « tsibis » s’opposant aux « British »… –, mais le mouvement vautrien, avec son discours utopique, est bien au cœur du roman, et la Commune de l’Algérois en est dans un sens un reliquat, tout comme l’attitude des Chaouïas dans les Aurès (là où c’était pas très cool d’avoir 20 ans), influencés par le mystérieux « Prophète ».

 

Pour nous conter tout ça, Roland C. Wagner a – brillamment – élaboré un roman choral, où l’on change sans cesse de narrateur, pour suivre plusieurs fils rouges. Mais le plus important d’entre eux concerne un collectionneur de disques, de nos jours, qui s’emballe pour une pièce rare, un 45t des intrigants Glorieux Fellaghas intitulé Rêves de Gloire, et sur lequel il semble impossible de mettre la main. Autant dire qu’il s’agit là d’un véritable Graal pour un collectionneur dans son genre. Le problème est que ce disque tue… au sens propre.

 

On ne peut que se prendre d’enthousiasme pour Rêves de Gloire. Pendant la majeure partie du roman, on en tourne les pages sans se lasser un seul instant, emporté par l’adresse narrative de Roland C. Wagner, dont la plume se révèle qui plus est tout à fait sympathique. Le sujet brûlant de l’Algérie – là encore, expérience familiale, j’en ai bouffé… – est traité judicieusement, avec une profonde empathie et, on le sent, beaucoup d’investissement personnel ; quant à l’histoire alternative du rock, elle est tout simplement (encore que le mot « simplement » ne convienne guère) jubilatoire. Alors oui, sans aucun doute oui, Rêves de Gloire est un (putain de) bon bouquin, qui mérite assurément le détour. C’est, de ce que j’ai pu en lire, de très loin ce que Roland C. Wagner a fait de mieux, et ça mérite d’entrer illico dans une bibliothèque idéale de la science-fiction française. Un grand, très grand roman.

 

Pas sans défauts, ceci dit, même si je n’y verrais rien de rédhibitoire. Et sans doute ces « défauts » n’en sont-ils pas pour tout le monde – ce livre fait l’unanimité –, et pourra-t-on, hélas, y voir de ma part une certaine mauvaise foi… Boarf, m’en fous, je sais ce qu’il en est véritablement.

 

Donc. Une chose très personnelle tout d’abord : au bout d’un certain temps – oui, disons le milieu du roman à peu près –, j’ai commencé à trouver pénibles les développements sur la Gloire et sur Tim Leary. Mais je dois reconnaître que cela n’engage que moi, ce thème ne me parlant tout simplement pas.

 

Plus gênant, et en prolongement direct de cette remarque préliminaire, j’avoue avoir trouvé le roman trop long. 700 pages, c’est quand même du gros… et, à mon avis, ça ne se justifiait pas pleinement ; j’ai trouvé le roman redondant, par moments, et j’ai du coup peiné par endroits, notamment sur les, disons, 200 dernières pages – celles-ci apportent leur lot de nouveaux développements, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’avais pour ma part dépassé le seuil de saturation… Je sais que la comparaison va plaire à l’auteur, mais pour moi, Rêves de Gloire, toutes choses égales par ailleurs, c’est un peu comme La Horde du Contrevent : en l’état, c’est un très bon bouquin, parmi ce que l'on a fait de mieux dans l'imaginaire français ces dernières années ; avec 100 ou 200 pages de moins, ç’aurait été un chef-d’œuvre. Dommage…

 

Dernière réserve, enfin, qui n’engage à nouveau que moi : j’ai trouvé regrettable l’intrigue façon « thriller » (un genre que je n’ai jamais apprécié, en littérature s’entend) sur ce disque qui tue. Je trouve qu’elle nuit au propos du roman, qui aurait gagné à s’en débarrasser. Autant le dire clairement : j’ai trouvé dommageable que ce roman ait « une histoire », là où il me semble qu’il se suffisait à lui-même. Manque d’audace, peut-être, pour le coup, sur le plan narratif veux-je dire… Car on se doute très vite que la résolution de cette « énigme » ne pourra être que décevante. Tout ça pour ça ? Ben oui. Et si la fin du roman rassemble plutôt adroitement les divers fils rouges du livre, bel et bien en rapport avec le disque des Glorieux Fellaghas, je n’en ai pas moins trouvé fort plate la conclusion de la traque du collectionneur de disques (d’autant qu’elle ne lésine pas sur le deus ex machina). Non, décidément, je pense que le roman aurait gagné à un peu plus d’abstraction. Mais, encore une fois, cela n’engage que moi.

 

 Et, finalement, seule la réserve concernant la longueur excessive du roman peut, j’en suis bien conscient, avoir le moindre caractère « d’objectivité » (encore que…). Alors le bilan est malgré tout clair : Rêves de Gloire est un très bon roman, une brillante uchronie comme on n’en soulève pas tous les quatre matins. C’est bien le grand-œuvre de Roland C. Wagner ; l’Arlésienne n’a pas déçu, on a bien fait d’attendre. À lire, sans aucun doute.

 

 

nebalestuncon.over-blog.com

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Wagner - Rêves de Gloire - Librairie Lucioles
Posté le 27 juin 2011 -

L'étonnante richesse littéraire de la science-fiction n'est pas encore reconnue à sa juste valeur. Chacun à leur manière, des auteurs s'interrogent sur la notion de temps et d'humanité. Rêves de gloire du français Roland C. Wagner, est une géniale uchronie prenant comme origine l'assassinat de de Gaulle en 1960. C'est un roman choral prenant pour contexte une histoire bien éloignée de celle que nous connaissons : de Gaulle est assassiné dans une embuscade en 1960 et la guerre d'Algérie prend une tout autre direction. Le peuple algérien acquiert son indépendance tandis que plusieurs enclaves restent françaises, comme celle d'Alger, appelée « l'Algérois ». Roland C. Wagner invente ainsi une réalité alternative en revisitant les années 1960. « L'Algérois » devient le lieu de rassemblement de la jeunesse pacifiste (les « Vautriens »), éprise de liberté et de musique. Le lien passé-présent se fait avec le récit d'un collectionneur de vinyles à la recherche du mythique 45 tours des Glorieux Fellaghas...


Renaud Junillon – Librarie Lucioles

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Wagner - Rêves de Gloire - Phénix-web
Posté le 01 juillet 2011 -

Ce magnum opus que Roland C. Wagner a mis longtemps à parfaire est enfin arrivé : une uchronie sur une autre Algérie où la guerre prolongée après l’assassinat de de Gaulle à la Croix de Berny (« On aurait du passer par le Petit-Clamart » ;) ) a provoqué, quelques années plus tard, une partition de l’Algérie, puis encore plus tard l’apparition d’une Commune d’Alger utopique que la France et l’Algérie indépendante voudraient faire disparaître. Ce qui permet à l’auteur de nous faire part d’un certain nombre de rêveries pas si irréalisables qu’elles en ont l’air même si l’Alger proposé tient du San Francisco des sixties, du Tanger des années 30 et d’un rêve d’idéaliste. Un certain nombre d’autres différences avec notre ligne de temps apparaissent, puisque la divergence remonte au moins à 1956 (libération de Budapest et chute de Nasser), au point que le maintien dans l’histoire de certains évènements (bataille d’Alger, 13 mai 1958) me paraît difficile à accepter. Mais ils tiennent leur place dans le récit, suspendons donc cette pointe d’incrédulité. Et apprécions ce monde possible où la Gloire (variante du LSD) a permis l’apparition en France d’un Été glorieux des années avant Woodstock, de « vautriens » qui se seraient appelés hippies ailleurs et de cette Commune d’Alger quasiment libertaire... Sans oublier une histoire musicale assez différente de la nôtre et qu’apprécieront les amateurs de rock.

Le récit, présenté par une suite de narrations par plusieurs personnes différentes en ordre non chronologique, demande à être relu une fois qu’on a tous les fils et tous les épisodes. L’essentiel est l’enquête d’un collectionneur qui apprend l’existence d’un disque introuvable qu’un maniaque veut faire disparaître complètement, qui va chercher le disque, et à mettre le maniaque hors d’état de nuire. Et comme ce disque a joué un rôle dans l’histoire d’Alger, nous la découvrirons au fur et à mesure de l’enquête et des flashbacks intercalaires des autres narrateurs. Ainsi que l’histoire alternative de la musique déjà signalée.

D’une certaine façon, ce livre est le « disque d’or » de l’oeuvre de Roland C. Wagner, qu’apprécieront les amateurs des Nouveaux Mystères, ceux de la musique rock, ceux d’une uchronie complexe et originale, à mon avis positive. Il ne lui manque que la bande son. Roland, qu’est-ce que tu attends ? Tu te DOIS d’apporter un disque des Glorieux Fellaghas à Tilff pour la vente aux enchères (et j’enchérirai, même si je n’aime pas tellement le rock). Voire une version CD.

 

Georges Bormand - Phénix-Web

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Wagner - Rêves de Gloire - écran fantastique
Posté le 19 juillet 2011 -

Attention, chef d'oeuvre !

En 1960, l'attentat contre De Gaulle a réussi. Pas d'OAS. Une Algérie malgré tout indépendante, sauf Alger et Oran, deux enclaves toujours plus coupées de la France à mesure que celle-ci y expédie ses indésirables. Une autre révolte gronde... La trame principale est celle d'un collectionneur de disques à la recherche d'une pièce rare du rock algérois, qui révèlerait quelques vérités sur la naissance de la Commune d'Alger. Ses possesseurs sont systématiquement assassinés. Par qui ? 

Etalé sur cinquante ans, ce récit retrace l'évolution de la partition de l'Algérie à nos jours, à travers les voix de dizaines de narrateur, des gens ordinaires sans destin historique, jamais identifiés mais reconnaissables au contexte et à leur parler. L'ordre n'est pas non plus chronologique mais suit le fil invisible des motifs permettant de recomposer ce puzzle, qui voit Alger la Blanche devenir la Multicolore grâce à l'installation dans la casbah du mouvement vautrien, équivalent hippie tout aussi musical et philosophique, avec une substance psychodélique, la Gloire, en toile de fond (et l'anisette aussi).

Une uchronie basée sur la guerre d'Algérie, il fallait oser ! Né à Bab El Oued, Roland Wagner a mis 20 ans pour achever ce roman polyphonique qui conte aussi une autre histoire du rock, transposant Woodstock à Biarritz ! Les références SF, musicales et d'un demi-siècle d'actualité sont permanentes, astucieuses, et surtout savoureuses. Parce qu'il recense les multiples divergences à partir d'un point de départ (qui n'est pas forcément le plus spectaculaire), Roland Wagner se livre à une analyse des événements d'autant plus révélatrice de notre société qu'elle montre que l'alternative aux logiques politiques et marchandes actuelles est possible. Ici, nulle nostalgie, nul esprit revanchard, mais un formidable souffle de paix et de liberté où place l'ombre de Camus. Le résultat est à ce point hyperréaliste qu'il y aura un avant et un après cette uchronie.

Claude Ecken
L'écran Fantastique 
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Wagner - Rêves de Gloire - Bifrost
Posté le 28 juillet 2011 -

Quand Roland C. Wagner décide de donner corps à ce qui est sans doute le plus ancien et le plus longuement mûri de ses projets, il n'y va pas avec le dos de la cuiller : fort de ses septs cents pages, Rêves de Gloire s'impose enfin sur les tables des librairies. La taille, pourtant, est bien la mois impressionnante des qualités de cette uchronie magistrale, la première à se pencher sur la guerre d'Algérie - et sur la France de ces cinquante dernières années.

De nos jours, à Alger, un collectionneur de disques découvre sur un site de vente aux enchères l'existence d'une pièce rare, l'unique 45 tours des improbables Glorieux Fellaghas. La quête de ce graal et les mystères qui l'entourent vont le pousser à s'intéresser de près aux événements qui, de l'aube des années soixante à la fin des soixante-dix, ont régi les relations de la France, de l'Algérie et... de l'Algérois.

Quelques lignes en exergue du premier chapitre seront la seule concession à la manière uchronique " classique ", celle, didactique, qui refait l'Histoire en la dévidant depuis un point de divergence unique. Car pour être symbolique, la fusillade qui coûte la vie au Général de Gaulle en octobre 1960 n'est ni le premier, ni le seul événement fondateur du roman. L'Algérie nouvelle qui se dessine au fil des pages doit ainsi tout autant à la mort du Général qu'à l'attentat raté contre Kennedy. Ou à la présence sur les plages de Biarritz, à l'été 64, d'un Timothy Leary aux poches pleines de fioles de Gloire. Ou encore à l'insurrection de Budapest en 56. Ou encore...

En multipliant les points de divergence, Wagner donne des bases solides à une réalité alternative particulièrement cohérente et réaliste, et plutôt que de la raconter, laisse la parole à ceux, innombrables, qui la font - et la vivent. Autour de quelques personnages récurrents et de l'intrigue " contemporaine ", une multitude d'anonymes émergent ainsi du tourbillon des évènements, prêtant leurs voix au choeur le temps d'un souvenir, pour donner vie et cohérence à ce rêve d'Histoire entre contre-culture et barbouzeries. Dans ce concert ininterrompu de voix entrelacées, l'auteur n'oublie jamais que la langue même se doit d'être uchronique ; et cette structure polyphonique parfaitement maîtrisée s'avère être le véhicule idéal pour plonger sans douter au coeur de l'Histoire en marche et des dynamiques sociales, offrant un point de vue privilégié sur le processus uchronique lui-même.
Jamais Roland C. Wagner n'avait aussi bien marié ses passions et ses convictions. Soigneusement réinventés, le rock " psychodélique ", les expérimentations sociales et les explorations psychotropes des sixties sont les piliers d'un roman vivant, ensoleillé et jubilatoire, qui confronte sans idéalisme des valeurs qu'on voudrait universelles à un regard incisif sur les sociétés contemporaines.

Fruit d'un savant équilibre entre pragmatisme et utopie, entre musique et politique, Rêves de Gloire, enthousiasmant de bout en bout, pose avec passion et humanité un regard neuf, sans tabous, sur un passé toujours sensible, sur les chemins qui s'ouvrent à nous et sur les pièges qui nous guettent. Et l'uchronie gagne là l'une de ses plus belles pièces.

Olivier Legendre
Bifrost
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Wagner - Rêves de Gloire - L'indic
Posté le 29 juillet 2011 -

The future is unwritten

Dans les littératures dites de genre, le roman policier se targue souvent d'être un miroir du réel. Ce miroir déformant est aussi tenu par la science-fiction où anticipation et uchronie nous donnent d'autres points de vue sur notre présent. 

Algérie, première uchronie
L'uchronie propose une autre évolution de l'Histoire à partir d'un point du passé, c'est comme un jeu de reconstruction et c'est un bon moyen de réfléchir à l'Histoire. C'est aussi une façon de rappeler que le futur n'est pas écrit et que l'on influe sur le monde. Dans Rêves de Gloire vos croiserez Albert Camus en train d'écrire un roman de SF : Ce monde n'est que le décor devant lequel se déploie la parabole, il n'est que l'arrière plan qui guide la philosophie de ce livre. Cela change du roman noir qui fait le constat de l'échec de la société industrielle et qui par son angle de vue va vers la catastrophe... Rêves de gloire n'appuie pas sur un côté alarmiste. Il n'y a pas de paradis, il n'y a pas d'enfer il faut donc améliorer le monde ici, maintenant, et en faire un paradis. Voilà en partie ce qui pourrait être le message.
 
Les marottes de Wagner sont là, à savoir la musique (le rock psyché des années 60-70), la drogue (le LSD), un optimisme diffus et l'organisation en communautés en marge de l'état et de la société. Il y a tout un souffle - le vent de contestation des années 60/70 - les appelés, les jeunes qui fuguent, les divers groupes qui luttent, une certaine mystique qui se tient à l'écart du new age. C'est un mélange de faits historiques tordus par l'imagination et une construction géopolitique solide portée par l'invention d'un univers musical : le rock psychodélique algérois. C'est un foisonnement de thèmes, de narrateurs, de gens dans la ville d'Alger (qui rappelle le foisonnement du Casablanca de Tito Topin) et un méli-mélo d'intrigues : préparation de manif, bateau radio, la guerre, les barbouzes, les enjeux pour les ressources, la quête d'un 45 tours...
 
Emeric Cloche
L'INDIC

 

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Wagner - Rêves de Gloire - Newlook
Posté le 29 juillet 2011 -
Une uchronie est un genre de SF qui suppose une réécriture de l'Histoire et répond à la question : " Que se serait-il passé si tel ou tel événement n'avait pas eu lieu, ou avait connu une issue différente ? " Dans Rêves de gloire, Roland C. Wagner s'interroge sur ce qu'il serait advenu en Algérie dans les années 60 si le général de Gaulle était mort dans l'attentat (manqué) du Petit-Clamart.
 
On y croise une bande de perchés hippies inspirés par l'acide, un " prophète " qui va nu-pieds dans l'Aurès, un collectionneur de disques à la recherche d'un vinyle rarissime qui semble tuer ses propriétaires. Autant de petites vies sur fond de conflits et de contre-cultures qui font la réussite de ce roman qui devrait séduire d'autres lecteurs que les seuls amateurs de SF.
 
Neewlook
Juin 2011
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Wagner - Rêves de Gloire - Ouest France
Posté le 01 août 2011 -
Entretien Roland C. Wagner, écrivain de science-fiction.
 
- La science-fiction est une littérature populaire, souvent méconnue et mal comprise. Plutôt que de la définir, pouvez-vous me dire ce qu'est la littérature populaire pour vous ?
- Il me semble que la science-fiction n'est pas seulement une littérature " populaire ", mais qu'elle couvre au contraire tout le champ littéaire. C'est un domaine de possibilités infinies que l'auteur peut choisir de traiter à sa guise, sous la forme qu'il aura choisie. Je suis tenté d'employé plutôt l'expression littérature " de genres " Dans mon esprit, la littérature populaire est associée à... disons une certaine manière de produire des livres. La dimension économique est un aspect fondamental de la chose. Elle favorise la production de certains types de textes et, de fait, l'apparition des genres : polar, espionnage, sentimental, science-fiction, etc. Mais les genres eux-mêmes échappent en partie au modèle commercial qui les a vus naître.   
 
- Votre dernier roman, Rêves de Gloire, imagine ce qu'aurait été l'histoire de l'Algérie si De Gaulle avait été assassiné en 1960. Vous êtes né en 1960 à Bab El Oued. Un rapport avec le choix de votre sujet ?
- Disons que j'avais déjà une bonne documentation sous la main. Et puis je connais un peu le pays, surtout Alger. C'était tentant  : il existait des centaines d'uchronies sur la Deuxième guerre mondiale ou la bataille de Waterloo, mais aucune sur la guerre d'Algérie. Alors, bon : j'ai commencé à y réfléchir. Ca se passait il y a une vingtaine d'années, je ne me souviens plus très bien des détails. L'idée de la partition est venue bien plus tard, en tout cas. C'était la plus séduistante sur la plan dramatique. La théorie d'Huntington concernant le choc des civilisations revient assez souvent, en ce moment, notamment pour dire qu'elle intéresse les auteurs de science-fiction. Vous la trouvez juste, vous, cette théorie ? J'ai toujours pensé que c'était de la foutaise et les faits me confortent de plus en plus dans mon opinion.
 
- Que représente un auteur comme Norman Spinrad pour vous qui le connaissez, le traduisez, et l'avez aussi lu avant que nous-même n'écriviez, j'imagine ?
- C'est sans doute l'un des écrivains qui m'a le plus influencé, avec John Brunner et Michel Jeury pour ne citer qu'eux. Une grande intelligence, une énergie considérable, une puissance littéraire impressionnante et un flair peu commun pour les sujets qui fâchent. Pour moi il fait partie de ce que les USA ont de meilleur.
 
Ouest France
Le Lieu Unique en pleine science-fiction 
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Wagner - Rêves de Gloire - Mag Presse Artigues
Posté le 04 août 2011 -
Les passagers des écrits d'ici savent mon intérêt pour l'Uchronie. J'ai d'ailleurs l'intention d'y consacrer un large dossier après la rentrée littéraire quand nous n'aurons plus rien d'autres à faire que de relire. Il est assez rare d'en croiser sur les tables des libraires. Il est encore plus exceptionnel d'y voir des ouvrages français, tant le pan de la supputation littéraire a été abandonné par nos concitoyens.
 
Dans " Rêves de Gloire ", il faut que vous acceptiez quelques paramètres. De Gaulle est mort, dans un attentat, tout çà parce qu'il ne voulait pas passer par le Petit Clamart (ah). Johnny Halliday est mort aussi, mais dans le récit c'est moins important. L'Algérie a été partitionnée, une partie algérienne, une partie française en enclave. Des genres musicaux tout à fait étonnants sont apparus (le psychodélique, le lourd, le gymnase) et la ville d'Alger fut le poumon foisonnant d'une contre culture riche et iconoclaste. On n'échange pas des mails mais des " electre " et les fichiers sont des minifiles, bien que la musique s'écoute quasi exclusivement en microsillon (dans des formats exotiques, parfois).
 
Le livre est une narration de l'histoire des " évènements " dont la chronologie varie en fonction des narrateurs. On y rencontre des militaires, une junkie qui a expérimenté la Gloire (produit hallucinogène qui fait découvrir l'absence de Dieu...), un collectionneur de microsillons...Un foisonnement de point de vue qui aide à construire une époque que personne n'a connue.
 
Originaire d'Algérie, Roland Wagner frappe très fort. Non seulement il a en tête une idée très précise de la (non)civlisation qu'il veut nous faire observer mais en plus son système narratif permet d'alléger les détails qui à chaque récit s'immiscent dans la présentation. A ce titre, les paragraphes consacrés au collectionneur de disque me semblent les plus aboutis : il recrée une faune musicale, des groupes, des disques, des chansons et des croisements entre des musiciens ayant réellement existé et une scène improbable et riche (les Yarbirds semblent être le plus grand groupe de tous les temps). C'est dans cette partie également qu'on trouve le point le plus mystérieux du récit : un disque très rare semble engendrer la mort de celui qui le possède : c'est le seul disque des " Glorieux Fellagahs ", il est l'objet d'une rare convoitise...
 
Le livre dans son entier est une polyphonie colorée. On y apporte par taches de couleurs, goûts discrets, bruits étouffés, la trace d'évènements qui à s'en pincer ont l'air de s'être produits dans notre historie immédiate. Tout le climat politique, les conséquences, les migrations de populations, l'évolution des mentalités, la culture en réaction, les psychotropes participent à ce festival imaginatif. Sur la durée (700 pages !!!) point d'essoufflement, grâce au séquençage adopté : les allers expliquent les retours, les accents changent, le son s'amplifie, le langage évolue.
 
Un coup de maître.
 
magpresse33
Mag Presse Artigues
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Wagner - Rêves de Gloire - Les Vagabonds du Rêve
Posté le 04 août 2011 -
La mort du général De Gaulle dans un attentat en 1960 ne pouvait pas déboucher sur autre chose qu'une partition de l'Algérie. Vous ignoriez cette partition qui, en gardant Alger et Oran dans le giron de la métropole, avait rendu l'Algérie indépendante  ? C'est que vous ne connaissez rien à l'histoire.
À dire vrai, n'est-ce pas un horrible défaut de ce livre que de se présenter comme une utopie alors même que tout, dans la manière, en fait une histoire réelle ? Un tour de force remarquable. Le récit lui-même n'en est pas un, assez inracontable, fait de plein de petits morceaux déstructurés qui se recoupent à l'image de ces vêtements vautriens réalisés par une des protagonistes de l'histoire. Plein de petits morceaux colorés qui se juxtaposent et que l'on ne peut suivre qu'en sautant dans le temps, avant, après, et en sautant d'un narrateur anonyme à l'autre. Quelques célébrités, mais essentiellement de petites gens, soldats, commerçants, jeunesse française rebelle exilée vers Alger, devenue " dépotoir " d'une France dans laquelle se succèdent des régimes corrompus. Tout ce petit monde gravitant dans et autour de la casbah et s'essayant à vivre l'utopie vautrienne – disons hippie pour simplifier – partiellement inspirée par la Gloire, psychotrope introduit par un personnage en marge, Timothy Leary.
Au demeurant, le personnage principal, est un amateur de musique psychodélique, engagé dans une quête dont le graal est un 45 tours réalisé par les Glorieux Fellaghas. Un disque rarissime, sans doute unique, dont les détenteurs successifs sont systématiquement assassinés. Mais pourquoi ? En fait, non, ce n'est pas tout à fait la figure principale qui n'est autre qu'Alger elle-même.
 
C'est un véritable hymne à ce pays dont il est originaire que l'auteur a écrit en filigrane tout au long de ces pages et, aussi, un profond plaidoyer pour la tolérance et la paix. Et, bien qu'ils n'aient pas été prévus, c'est peu de dire que les évènements actuels accroissent encore la portée du message.
Il y a des histoires parallèles qu'un bouillonnement presque vital rend plus crédibles que l'histoire réelle. Celle-ci en fait partie.
 
Hélène
Les Vagabonds du Rêve
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Wagner - Rêves de gloire - Sud Ouest
Posté le 05 août 2011 -
Un auteur à découvrir : Wagner fortissimo
 
Au rayon science-fiction, à la lettre W, le très vendeur Bernard Weber se taille la part du lion. Avec un peu de chance, une poignée de livres signés Roland C. Wagner auront réussi à se faufiler. Une paille en comparaison de l'oeuvre aussi prolifique qu'inspirée de cet écrivain. Dans son antre de Cognac, où il réside depuis une dizaine d'années, il mitonne des récits à l'imagination débridée. Pas de monstres visqueux et de batailles au sabre laser. Non, chez Wagner, on assiste à des compétitions cérébrales à côté desquelles les échecs sont un jeu d'enfant (" Le Chant du Cosmos "), des enquêtes menées par un détective décalé héritier d'Eugène Sue et Léo Mallet (" Les Futurs Mystères de Paris "), une farce jubilatoire sur le mythe des petits hommes verts (" LGM "), ou une biographie fantasmée d'un maître du genre, Lowecraft (" HPL ").
 
A l'occasion, parce qu'il est fin connaisseur, et parce qu'il faut bien vivre, il traduit Norman Spinrad ("Il est parmi nous", sorti en 2009) ou la saga galactique de Stephen Baxter, aux côtés de sa compagne Sylvie Denis, ancienne prof d'anglais dans un lycée de Cognac et également auteur de " S-F ". Son dernier-né, " Rêves de gloire ", un pavé de près de 700 pages, constitue la pierre angulaire de ses thèmes fétiches. Roland C. Wagner a mis plusieurs années à accoucher de cette uchronie, un genre qui se plaît à revisiter l'histoire en déviant son cours. Cela situe l'ambition du propos : le général de Gaulle est mort en 1960 dans un attentat, et Alger est restée française. L'intrigue passe par Biarritz, qui accueille une sorte de Woodstock halluciné, et se déploie dans une Algérie dont Roland C. Wagner, qui y est né, bouscule l'âme torturée. Le fil rouge est dessiné par la quête d'un dique extrêmement rare, fatal à ses propriétaires. L'auteur laisse libre cours à sa passion pour les vinyles et le punk psychédélique. La narration est segmentée entre de multiples personnages, fugaces ou récurrents. Un procédé déroutant, mais maîtrisé, avec une audace qui confirme définitivement l'écrivain parmi les grands d'un genre parfois sous-estimé.
 
Philippe Ménard
Sud Ouest 
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Wagner - Rêves de gloire - La tête en l'ère
Posté le 09 août 2011 -
R.C.Wagner est un écrivain de science-fiction, un vrai.
 
Capable de tomber un " Anticipation " du Fleuve Noir en quinze jours - dont il est l'auteur du dernier numéro, le 2001 au titre de " L'odyssée de l'espèce ", défendant la notion du transparent chez " L'Atalante " sous de magnifiques couvertures de Philippe Caza, Roland s'enferme plusieurs années pour réaliser son " rêve ".
 
" Rêves de gloire " est né. Nous nous sommes un peu bagarrés pour l'avoir en avant-première à imaJn'ère 2011, mais le " combat " en valait la peine. Un gros volume de près de 800 pages à la couverture psychédélique. Gourmand, j'en récupérai un magnifiquement dédicacé et le lu... Une première fois. Je le laissai pour une fantaisie moorcockienne de Fabrice Colin et le repris, une seconde fois. Et pourquoi donc ?
 
Un petit pitch tout d'abord. 1961, le Général de Gaulle décède des suites d'un attentat à La Croix de Berny (en vrai il est passé par le petit Clamart ce qui l'a sauvé). Le futur s'en trouve bouleversé. Oui, il s'agit d'une uchronie pensée il y a six ans par Roland hors du phénomène de mode actuel.
 
Le livre commence vers notre époque et une partie de l'Algérie est restée française. En fait de nombreuses autres choses se trouvent modifiées par le décès du grand homme, y compris de l'insoupçonnable. Roland C. Wagner au travers de nombreux personnages nous ouvre ce nouveau " présent " aux anecdotes jubilatoires. Le parcours du " héros ", collectionneur et commerçant de vynils rares est semé de clins d'oeil à des mouvements et groupes musicaux de pure invention mêlés à ceux de " notre monde ". Le message sous-jacent paraît clair quand au départ des populations françaises du Maghreb. Avec un étonnant respect de (presque) toutes les factions, y comprs, et j'en ai été surpris, des militaires.
Mais je restais sur ma faim, un sentiment de non-abouti de lecture. Désorienté par l'alternance surprenante des personnages et des époques et la partition large du texte, alerté par le titre à double sens (La gloire est aussi une drogue), je m'étais laissé entrainé par la lecture du " conte " sans en trouver la clé.
Le piège majeur de l'uchronie est de formuler le postulat de base et d'en décliner les combinaisons probables en un catalogue (souvent) réussi. L'exercice reste malin. Roland C. Wagner ne joue pas à ce jeu simple. Il faut dépasser le simple stade de l'exercice uchronique, se plonger dans le roman comme dans une oeuvre classique et se laisser porter par la vague jusqu'à l'immersion qui vient naturellement. Et là tout se met en place, la musique devient symphonie. L'immense culture musicale de Roland se délecte sur des projections tellement réalistes qu'elles en deviennent vraies. Nous évoluons socialement et historiquement avec ses personnages dans ce nouveau monde. Nous avons la sensation de passer du stade de lecteur à celui d'acteur. 
 
Enfin, un écrivain qui ne prend pas ses lecteurs pour des niais incultes (il partage cette qualité avec J. Heliot) et qui relève le défi de les amener sur un terrain à défricher eux-mêmes. Oui, " Rêves de gloire " n'est pas une lecture simple mais la récompense est à la hauteur de l'effort.
Il y a du génie dans les " Rêves de gloire ", cinq décades d'histoires, d'Histoire, de culture familiale que Roland partage d'une manière franche, tendre et violente.
 
Merci, Monsieur Wagner.
 
Jean-Hugues Villacampa
Tête en l'ère 
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Wagner - Rêves de Gloire - L'amour des livres
Posté le 18 août 2011 -
Des années 1960 à aujourd'hui, une Algérie uchronique est dépeinte, ou quelques enclaves - dont Alger - seraient restées françaises, après l'assassinat de Charles de Gaulle un matin de 1960. 
 
L'Algérie de Wagner est polyphonique, pleine de couleurs et de senteurs. Alger devient une capitale du rock psychédélique et la Gloire est un puissant psychotrope.
 
Un roman jubilatoire à l'étonnante galerie de personnages et aux narrateurs multiples, dont Albert Camus, bien entendu !
 
Science Fiction
L'amour des Livres 
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Wagner - Rêves de gloire - RSF Blog
Posté le 29 août 2011 -
Il y a des chroniques qu’on met du temps à écrire comme il y a des livres qu’on met du temps à lire.
Pas parce qu’ils sont difficiles d’accès ou qu’ils sont pénibles à lire. Non. Car Rêves de Gloire n’est ni l’un ni l’autre. Mais parce que Rêves de Gloire impressionne avant même d’être ouvert. En tout cas il m’a impressionné à tel point que je l’ai longtemps regardé sans oser l’ouvrir.
Pourquoi ?
Parce que c’est un pavé de 704 pages en grand format ? Un peu mais il n’y a pas de longueurs, de creux, dans ce roman.
Parce qu’il suscite beaucoup d’attentes dans « le monde de la SFFF Française » ? Aussi mais ça je peux en faire abstraction.
Parce qu’il est polyphonique, raconté par plusieurs personnages, toujours ou presque à la première personne et sans points de repère sur leur identité ? Pas vraiment car chaque voix se distingue assez rapidement des autres et la confusion entre les personnages reste rare même si aucun d'entre eux n’est nommé. D'ailleurs, l'important n'est pas de savoir qui parle mais bien d'écouter ce qu'il/elle a à nous dire. Et puis très vite quelques figures centrales se détachent et donnent des points d’encrages au lecteur. Le ton est toujours juste rendant la lecture facile, fluide.
Mais alors pourquoi être impressionnée au point de retarder la lecture ? Parce que l’uchronie y est multiple ? Un peu. Le roman joue sur plusieurs points de divergence, en plus de la mort du général De Gaulle dans un attentat, points de divergence que je n’ai pas tous identifiés mais qu'importe.
Parce que l’auteur refait l’histoire du rock psychédélique psychodélique ? Pas du tout parce que si ma culture musicale est plus que défaillante, se perdre dans les méandres des petits labels et des groupes existants ou inventés de toutes pièces procure un plaisir jubilatoire et l’impression de vivre en backstage en permanence (sans compter les clins d'oeil et références à nos idoles de l'époque). Et puis le petit côté utopique du mode de vie des vautriens n’est pas pour me déplaire.
Parce qu’il traite de la guerre d’Algérie ? Beaucoup car après tout qu’est-ce que j’y connais à la guerre d’Algérie ? Pas grand-chose. Ce qu’en disent les manuels scolaires - vraiment pas grand-chose donc. Et des souvenirs d’enfance dans mon petit village de campagne où tout se sait, même et surtout si ce tout est tu. Dans le quartier, il y en avait un. Un de ceux qui ont fait cette sale guerre. Il n’en parlait pas et on se gardait bien de lui poser des questions. Elle avait été moche cette guerre. On le sentait. Il en était revenu entier mais les poumons abîmés allez savoir par quoi. Et puis il y avait les cauchemars évoqués à demi-mots par son épouse, les nuits difficiles et tout ce qu’on ne dit pas à une gamine de douze ans mais qu’elle perçoit confusément...
 
Rêves de Gloire est donc un livre qui m’a fait peur avant même que je l’ouvre. Mais dès les premières pages la peur s’est envolée et je l’ai lu, plus vite que je ne l’imaginais, sans le dévorer mais en appréciant chaque passage, et avec un plaisir que je n’avais pas anticipé.
Ai-je tout compris ? Non. Absolument pas.
J’y ai trouvé beaucoup et je sais que je suis passée à côté d’au moins autant. Rêves de Gloire fait partie des livres que je relirai un jour. Ils ne sont pas nombreux, ces livres que je relis. Est-ce qu’il est nécessaire de tout comprendre à ce roman pour l'apprécier ? Non plus et heureusement. Malgré toutes les références, la richesse du livre, ses strates et ses niveaux de lecture Rêves de Gloire reste accessible à tous. Il n'en est que plus impressionnant.
 
Donc allez-y, lisez-le, si ce n'est déjà fait. Il y a des chroniques qu’on met du temps à écrire. Parce qu'il était très attendu, Rêves de Gloire a été abondamment commenté. Tout a déjà été dit et parfois très bien dit. Il y a des chroniques qu'on met longtemps à écrire. Parce qu’on se dit qu’on ne trouvera jamais les bons mots pour rendre justice à l’œuvre (j’ai envie d’y mettre une majuscule, tiens). Et, finalement, un jour, on se met un petit coup de pied au cul pour l’écrire cette foutue chronique (et joindre sa voix au concert de louanges). Et puis, à ce moment là, en plein milieu de la rédaction, un mot s’impose : kaléidoscope.
Lire Rêves de Gloire c’est comme regarder dans un kaléidoscope : tout y fragmenté, coloré (et poétique pour qui y est sensible) mais ces fragments agrégés, ordonnés acquièrent une étrange cohérence et font sens.
Un petit extrait qui concerne les vautriens (pour « vauriens vautrés », des idéalistes et pragmatiques) « C'était comme ça, l'argent n'avait pas d'importance. Il y avait toujours à manger et à boire, de la musique et de la Gloire, le monde était neuf et s'ouvrait devant nous, les soixante nous apparaissaient comme un boulevard, une autoroute où on avait qu'à foncer tout droit à fond de caisse, vers un monde meilleur, vers la paix universelle, vers la Lune elle-même, putain ! »
 
Lhisbei
RSF Blog 
 
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Wagner - Rêves de Gloire - Génération Science Fiction
Posté le 30 août 2011 -
Il y a des livres dont on se dit, plus c'est long, plus c'est bon, et Rêves de Gloire est de ceux-là. Contrairement à mes habitudes, je n'hésite pas à manifester ici ma subjectivité, non seulement parce que j'ai aimé ce livre, mais parce que, après avoir été longtemps lecteur de l’œuvre de Roland Wagner, j'ai eu le plaisir d'être (à un niveau fort humble), l'un des « béta-lecteurs » de la première partie de ce roman.
 Ainsi, même si ma critique se veut équilibrée, elle est aussi hommage à un travail de longue haleine, qui a demandé du courage et de la persévérance, et dont le seul avènement est un soulagement, avant d'être, à mes yeux, une réussite.
 
Rêves de Gloire est publié par l'Atalante sous une couverture signée Gilles Francescano. Au premier abord, cette couverture n'attire pas vraiment l’œil, car très peu colorée. Le choix d'une couverture sobre me semble avoir été commandé par le désir de trancher nettement avec les œuvres précédentes de Roland Wagner, par ailleurs très bien servies par des couvertures de Caza. Cette couverture signale discrètement que le contenu du roman est plus « sérieux » qu'à l'accoutumée. De plus, elle sert une fonction analogue au texte du quart de couverture, puisqu'elle reprend de manière plus graphique, sur un journal emporté par le vent, un texte qu'on retrouve également à la troisième page du roman : le récit de la mort tragique du Général de Gaulle dans un attentat en 1960. Derrière ce gros titre, se dessine un paysage indistinct, en train de se faire ou de se défaire, d'un Alger perdu dans les brumes de l'Histoire. Voilà le lecteur prévenu : il a affaire à un jeu sur la réalité historique. S'il n'est pas trop intimidé par le poids de l'ouvrage, il peut ramener chez lui ce qu'il sait, plus ou moins confusément, être une uchronie, un récit dont l'arrière-plan historique a été remanié, à partir d'un point de divergence qui paraît, ici, bien identifié : la mort intempestive du Général de Gaulle, à un moment crucial pour la Guerre d'Algérie. Et, là, les choses se compliquent.
L'uchronie est un jeu littéraire dont les règles sont très floues et susceptibles d'être révisées par chaque auteur. Pour le dire vite, il en existe trois modèles principaux. Le premier est historiquement celui de L'Histoire de la monarchie universelle : Napoléon et la Conquête du monde (1812-1832), de Louis Geoffroy, qui postule la victoire de Napoléon lors de la campagne de Russie avant de détailler de quelle manière l'Empereur a pu étendre sa domination sur le monde, en y développant les arts et les sciences. Il s'agit donc de suivre le fil d'une divergence significative, pour montrer ce qui aurait pu être. L'autre modèle est celui du Maître du Haut-Château, de Philip K. Dick. Les puissances de l'Axe ont remporté la Seconde Guerre mondiale et se sont partagées le territoire des États-Unis. Le récit est situé quelques décennies plus tard, si bien que l'arrière-plan sociologique, économique et politique de l'intrigue est extrapolé à partir de cette divergence. Le roman de Philip K. Dick est d'autant plus symbolique de l'uchronie qu'un objet essentiel de l'intrigue est La sauterelle pèse lourd, un roman lui-même uchronique, qui postule une victoire des Alliés. Les aventures sont situées dans un référent temporel équivalant à celui de la lecture, alors que de nombreuses caractéristiques de la société ont changé. Le troisième modèle, qui est en fait celui de La sauterelle pèse lourd, est celui de la guerre alternative : on raconte en détail comment l'Histoire a divergé, lors d'une bataille ou d'une campagne militaire, sans vraiment dépasser le point de divergence. Dans les trois modèles, l'un des enjeux de l'uchronie est la possibilité de comparer le monde tel qu'il est, ou a été, avec celui qui pourrait, ou aurait pu être. Néanmoins, à la différence de récit impliquant des voyages dans le temps ou des déplacements dans des mondes parallèles, aucun personnage du récit n'a la possibilité d'adopter une position surplombante, même si certains, comme l'auteur de La sauterelle pèse lourd, s'essaient au sein du récit à imaginer d'autres possibilités. Le lecteur est seul face aux implications socio-économiques, politiques, morales, dessinées par ce changement, et il est confronté à une sorte de déterminisme historique alternatif : quoi qu'il arrive, les personnages ne sont pas plus les maîtres de leur passé que nous. Dans tous les cas, il n'en existe qu'un seul. Il est de coutume, à cet égard, de distinguer entre uchronie et histoire secrète. L'uchronie ne présente pas une interprétation différente de l'Histoire officielle, mais une Histoire effectivement différente et conçue comme la seule possible par ses habitants. La distinction n'est pas absolue, dans la mesure où l'uchronie peut incorporer une dose d'histoire secrète, comme dans Fatherland, de Robert Harris. Après la victoire des nazis, les traces du génocides ont été effacées, mais un enquêteur en redécouvre l'existence après des décennies. Ici, l'histoire secrète n'en est une que pour les résidents du monde uchronique : elle est d'une évidence aveuglante pour les lecteurs de notre monde.
Dans le cas de Rêves de Gloire, aucune des précisions que je viens de faire n'a plus de sens. Ce roman correspond à mes trois modèles simultanément, il présente une sorte d'histoire secrète et, même si c'est de manière métaphorique, on y effectue des voyages dans le temps et des sauts dans des mondes parallèles. On y suit un faisceau de divergences jusqu'à leur stabilisation comme l'uchronie de Geoffroy, on y voit des personnages se débattre dans un monde déjà changé comme le roman de Dick, et on y suit les péripéties d'une longue guerre qui n'est pas militaire, mais politique et culturelle, entre des forces réactionnaires, héritées de la France coloniale des années cinquante et un élan révolutionnaire, novateur, qui n'a pu prendre forme que dans ce monde uchronique. Pour accomplir ce tour de force, Roland Wagner a choisi de faire de son roman un récit touffu, foisonnant de personnages qui s'expriment tour à tour dans un relatif anonymat, livrant des témoignages, des tranches de vie, ou la trajectoire signifiante d'une partie de leur existence. Des personnages ayant vécu dans des époques et des milieux différents se retrouvent pris dans des dialogues implicites, destinés uniquement au lecteur, qui selon la prérogative de l'uchronie, est le seul à pouvoir tout voir et (presque) tout comprendre. Les récits uchroniques, quel que soit leur modèle, font en sorte de ne pas perturber un lecteur déjà potentiellement déstabilisé par les changements imposés au cadre spatio-temporel. Une fois la date fictive établie, leurs intrigues sont linéaires et leurs personnages identifiés de manière classique. Cette démarche donne d'excellents résultats et relève d'un choix presque automatique pour l'uchronie : le but étant de donner à juger et à réfléchir, en même temps qu'on anime le monde par des péripéties, il serait contre-productif de brouiller les points de repères du lecteur. Contre-productif, ou très risqué. Et ce pari très risqué qu'a réussi Roland Wagner, d'une manière originale et exigeante.
 
Pour décrire rapidement le dispositif narratif du roman, le lecteur est confronté à des chapitres marqués surtout par la présence en exergue de textes en italique, tirés d'ouvrages fictifs, dans lesquels des spécialistes tiennent un discours d'historiens ou de politologues sur les événements qui ont abouti à la décolonisation et ses suites, notamment l'indépendance d'Alger. Ces textes sont eux-mêmes pris dans la période considérée, donc parfois partiaux ou incomplets. Ensuite, des séquences de longueur variable donnent la parole à des narrateurs des deux sexes, s'exprimant à la première personne pour raconter leur vie, à plusieurs époques entre les années soixante et les années deux mille. Un fil d'intrigue s'impose progressivement comme la voix narrative principale, mais ce n'est pas le lieu où se manifestent les plus grandes révélations : la quête, par un collectionneur de vinyles, d'un mystérieux disque lié à tout le passé d'Alger donne en fait au lecteur les clefs pour interpréter les autres voix qui s'élèvent, en suggérant les questions à se poser pour leur donner sens. À cela s'ajoutent des fragments de conversation, des descriptions relativement neutres de courants musicaux et d'artistes représentatifs de l'esprit de ce monde, ainsi que des cris de douleur et de protestation dont le sens n'apparaît que tardivement. Ce dispositif se situe quelque part entre Tous à Zanzibar de John Brunner et La Vie mode d'emploi de Georges Pérec, et permet de tracer simultanément le tableau d'une société alternative et de donner vie à des personnages de tous horizons. Résultat, Rêves de Gloire présente une uchronie extrêmement étoffée et vivante. Il y a un prix à payer pour entrer dans ce roman : comme dans la vie réelle, dont il essaie de rendre le nombre infini de facettes, il faut accepter ne pas pouvoir tout suivre et tout interpréter, de ne pas se souvenir de tout, de perdre parfois la trace de gens qu'on appréciait, d'en voir certains faire des choix stupides, et de réviser son jugement sur d'autres.
Je me suis passionné pour les moments vécus en compagnie de personnages très divers, en me surprenant à prendre parti pour tel ou tel. En leur donnant le temps et l'espace pour s'exprimer, Roland Wagner présente des êtres profondément humains, dont j'ai eu l'impression qu'il suffirait de faire un pas de côté pour les rencontrer, à l'instar de cette discussion émouvante entre le narrateur principal (dont le lecteur comprend peu à peu l'identité, ce qui donne une dimension très intime au projet de Roland Wagner) et un Albert Camus qui a survécu à son cancer et souhaite à son tour entreprendre une uchronie. Pour ma part, j'aimerais bien mettre la main sur le Prophète, mais j'en connais certains qui aimeraient sans doute pouvoir mettre la main sur les disques de Dieudonné Laviolette, ce musicien surdoué et trop vite emporté par la drogue, ou qui seraient bien partis pour la casbah d'Alger à la grande époque des vautriens, ces jeunes non-violents qui ont voulu changer le monde après avoir connu la Gloire, la version locale du LSD. Ce roman propose une sorte de « contre-histoire de la contre-culture », selon la jolie formule employée par Pierre Jouan. Tous ces destins individuels servent à dessiner les silhouettes d'entités collectives, ce qui n'a rien de surprenant lorsqu'on se souvient de l'intérêt de Roland Wagner pour les archétypes culturels, mis en scène dans sa série des Futurs Mystères de Paris. Certains de ces êtres collectifs sont positifs. La Gloire semble être une force agissant subtilement sur les esprits et les corps, offrant des révélations matérialistes ou mystiques. La musique concentre puis répand toutes les influences responsables des grands mouvements sociaux. D'autres sont de terribles prédateurs, comme l'héroïne qui ravage la casbah. Bien sûr, on sent toujours derrière ces forces des choix et des désirs humains, mais elles échappent toujours à la volonté individuelle lorsqu'elles commencent à prendre une dimension historique. Ainsi, on passe du niveau individuel au niveau de la grande Histoire. Alger est pour moi le personnage collectif majeur de ce roman, au sens où tous les témoignages servent à en détailler les multiples facettes, son Histoire, ses quartiers, ses tendances. Même si cet Alger est profondément fictionnel (car jamais on n'oublie que c'est un roman, et la conversation du narrateur avec monsieur Albert nous en rappelle les règles), il n'est pas fantasmatique. Les horizons uchroniques peuvent parfois choquer le lecteur trop attaché au déterminisme de sa propre histoire, mais l'histoire de cet Alger restant français malgré la Partition, agité de troubles divers, foyer des vautriens, enjeu géostratégique majeur et nid d'espions, m'a paru solide, fondée sur des données historiques, économiques et sociologiques très difficilement critiquables. Même la Commune d'Alger, avec son petit parfum romantique, n'est pas si délirante que cela, à mes yeux. Alger, sous la plume de Roland Wagner, devient le carrefour des aspirations humaines les plus positives, les libertés individuelles, le goût de créer, le refus de la violence. En dépit de son histoire complexe et torturée, elle devient un symbole de ce que notre monde devrait être. Je m'arrêterai sur ces propos lyriques.
 
Il serait vain de chercher à paraphraser le roman pour en résumer les multiples intrigues, et de toute façon, Rêves de Gloire propose un voyage – un trip – bien plus important que sa destination.
C'est un livre qui vaut la peine d'être vécu.
 
Simon Bréan
Génération Science Fiction
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Wagner - Rêves de gloire - Le français dans le monde
Posté le 19 septembre 2011 -

Les nouveaux mystères d'Alger

L'alchimie de la littérature suit des chemins parfois bien étranges ", prévient Albert Camus, un des nombreux personnages de cette uchronie. Roland C. Wagner revisite l'Histoire en se focalisant sur l'Algérie à partir de l'hypothèse de la mort du général de Gaulle lors de l'attentat du Petit-Clamart.

La passion de l'auteur pour le rock transmue les utopies communautaires, les expériences mystiques, les conflits militaires et politiques en une fresque polyphonique et foisonnante.

 

Nathalie Ruas
Le français dans le monde
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Wagner - Rêves de gloire - Le Nouvel Observateur
Posté le 23 septembre 2011 -
Voici un formidable roman qui prend quelques libertés avec l'histoire et fleure la nostalgie des paradis perdus, fussent-ils artificiels.
 
A Biarritz, Timothy Leary fait planer une jeunesse en mal d'amour et de paix, tandis que dans les rues d'Alger restée française - de Gaulle est mort assassiné -, un passionné de vinyles rares rêve de mettre la main sur l'unique disque des Gorieux Fellaghas, réputé maudit.
 
Plusieurs narrateurs prêtent leur voix à cette uchronie douce-amère qui promet de devenir un classique.
 
 
Philippe Hupp
Le Nouvel Observateur 
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Wagner - Rêves de gloire - Critic blog
Posté le 29 septembre 2011 -
Résumé :
 
Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d'une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : « On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit... » De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d'OAS, pas d'accords d'Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l'obsession d'un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements...
Un roman polyphonique et jubilatoire sur lequel souffle le vent de l'histoire.
 
Mon avis :
 
D’habitude, par une sorte de convention tacite, je commence mes chroniques par un résumé succinct de l’ouvrage en question, en tâchant de situer le récit sans en dire trop. Résumer Rêves de Gloire, non content de s’avérer une tâche complexe, reviendrait à trahir sa richesse. Je vais plutôt commencer par vous livrer mes impressions.
 
Rêves de Gloire est un ouvrage impressionnant.
 
Rêves de Gloire n’est pas un ouvrage facile à prendre en main, dans tous les sens du terme, mais les récompenses seront à la hauteur de vos efforts. La quatrième de couverture a beau prévenir que nous sommes en présence d’un ouvrage polyphonique, la structure de la mise en page déroute au premier abord. Dans Rêves de Gloire, des gens vous parlent. Sauf que vous ne savez pas qui. Aucun nom de narrateur n’est indiqué. Et ces narrateurs sont non seulement multiples mais encore de différentes époques. Tous les éléments spatiaux-temporels, la chronologie des évènements, vous ne les apprendrez qu’indirectement, par le récit de ces narrateurs. Au fil des pages, nombreuses et non chapitrées, on finit par reconnaître la voix qui s’adresse à nous grâce aux accords ou en reconstituant le fil de l’histoire, morceaux par morceaux. Vous entendrez les voix des vautriens, cette jeunesse des années 60 à la recherche d’une autre manière de vivre, celle d’un collectionneur de vinyles dans une Alger contemporaine et indépendante, celle des fellaghas luttant pour l’indépendance de leur terre, celle des soldats la nuit de la proclamation de la Commune d’Alger et bien d’autres. Car l’Alger de Rêves de Gloire n’est pas la nôtre. Ville-monde fantasmée, indépendante de l’Algérie et de la France, elle est le personnage central du récit, celui autour duquel tous gravite.
Le morceau de bravoure de Roland Wagner est d’apporter autant de poids à chacun de ses narrateurs et de rendre le tout passionnant. J’ai eu autant de plaisir à suivre l’intrigue principale qu’à suivre les digressions sur l’histoire du gymnase rock de l’algérois. Cette part digressive du roman est véritablement gigantesque mais c’est aussi en grande partie ce qui fait son charme. Cet univers uchronique recréé par Wagner a, j’en suis persuadé, recueilli tout ce qu’il aime. Et cet amour transparaît à chaque page : l’amour du disque, de la musique, d’Alger et la passion d’une époque d’espérance contre les carcans oppressants de la société.
On plonge au cœur des quartiers d’Alger où toutes les nationalités se mêlent, l’histoire des groupes est décortiquée comme un dictionnaire musical pendant les bombes explosent dans la casbah, secouant le fragile équilibre issu de la guerre et de l’indépendance, on vibre quand le collectionneur nous entraîne dans ses recherches et ses découvertes, on partage l’enthousiasme des vautriens dans leur quête d’un société plus juste et plus libre : le talent de Roland Wagner est là, nous faire ressentir la vie de ses personnages, nous caler sur le rythme et le souffle de son Alger.
 
8.5/10
 
Un récit d’une incroyable richesse, foisonnant, une véritable ode à ce qui aurait pu être, qui a les défauts de ses qualités. Ce qui fait sa valeur fait aussi sa lourdeur : certains comme votre serviteur seront happés dans ce tourbillon, d’autres se perdront et renonceront. Ils ne savent pas ce qu’ils ratent.
 
Winter
Critic Blog
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Wagner - Rêves de gloire - Coup de coeur des bibliothèques de Paris
Posté le 09 décembre 2011 -

Voici LE chef-d'oeuvre de Roland C. Wagner. Sous les dehors de pavé inaccessible se cache un roman polyphonique, labyrinthique, dans lequel le lecteur se perd avec délice. C'est une plongée dans les rues d'une Alger transfigurée, une initiation que l'on sens imprégnée d'une expérience personnelle, le tout servi par une écriture irréprochable. Une perle rare dans laquelle chacun saura trouver son bonheur.

 Coup de coeur 2011 du collectif de science-fiction des bibliothèques de prêt de la ville de Paris.

 

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Wagner - Rêves de gloire - Imagination à la demande
Posté le 23 janvier 2012 -

11 jours sans un seul message… Et tout ça à cause d’un livre : Rêves de Gloire, de Roland C. Wagner.

Tout le temps que je n’ai pas passé à dormir ou à vaquer à des obligations professionnelles ou personnelles, je les ai passé à lire ce roman. C’est de loin ce que Wagner a écrit de mieux et c’est un fan inconditionnel du grand Roland qui vous le dit.

Comme ce bijou est inracontable, je vais seulement vous dire que :
* ça se passe en Algérie entre 1961 et nos jours.
* ce n’est pas la guerre d’Algérie que nous connaissons (mal) et Alger est incroyablement différente.
* ça parle de rock, de punk mais ce n’est pas la musique que nous connaissons.
* ce n’est pas un roman, ce sont plusieurs romans imbriqués.
* c’est un roman uchronique, mais pas fantastique. Je le trouve très proche de 1941 Et si la France avait continué la Guerre par certains côtés.

Ce pavé de 700 pages se déguste avec délectation. Je dis « déguste » car de par son intérêt, sa structure et sa complexité, on ne peut pas sepermettre d’en sauter une ligne. Et « délectation » car c’est un chef d’œuvre qui j’espère mettra Roland C. Wagner au rang des plus grands, toutes catégories confondues.

Olivier

 

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Wagner - Rêves de gloire - Fantastinet
Posté le 26 décembre 2011 -
Après l’assassinat du Général De Gaulle dans une embuscade, l’histoire a malgré tout continué. L’Algérie est restée partiellement française pendant que la France croule sous les gouvernements et régimes successifs. Un mouvement s’est créé dans l’Algérie, aidé en cela par la « Gloire », drogue qui se répand au travers du mouvement Vautrien.

C’est dans cette Algérie qu’un disquaire va tenter d’atteintre le Saint Graal en un disque du groupe « Les Glorieux Fellaghas ».

Et moi, au milieu de toute cette agitation, je me dis, peiné et résigné, que, oui, je vais partir. Mon père était pauvre, mon grand-père était pauvre, mon arrière-grand-père je ne sais pas mais il ne devait pas rouler sur l’or non plus. La France, c’est l’espoir que les miens vivent mieux, c’est l’espoir que mes fils aient une meilleure éducation et un meilleur travail, c’est l’espoir que mes filles trouvent un meilleur parti.

Cette quête du disque des « Glorieux Fellaghas » est  un peu le fil rouge d’un récit qui va nous entraîner entre la France et l’Algérie, dans une histoire revisitée, une uchronie pourrait-on dire, si ce n’est que certains des passages nous rappelle malgré tout la situation atuelle.

Le récit, ou plutôt la somme des récits, de Roland va nous permettre de plonger dans une Algérie / un Algérois bouillonnant, au coeur d’une culture musicale mais surtout en compagnie d’acteurs variées, dans des situations différentes.

La Gloire est la drogue emblématique du mouvement des Vautriens, des non-violents qui se réfugient dans la Casbah, par rejet de ce qui se passe en métropole.

Un ouvrage vraiment à part, entraînant et plein de vie !

Allan

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Wagner - Rêves de Gloire - cafardsathome
Posté le 27 janvier 2012 -

L'écriture est un réel bonheur d'inventivité, de simplicité et d'efficacité. Le style Wagner est vraiment excellent car à la fois très abordable et ambitieux. Les personnages croqués sont criants de réalisme et nous les suivons avec passion notamment celui du collectionneur et de sa quête du Graal. Ce côté polar rajoute un petit côté ludique à ce livre-somme. Nombre de critiques insistent sur le côté parfois autobiographique de ce livre, ceci explique sans doute cette impression de vérité et de terrain connu qui s'exhale de l'œuvre au fur et à mesure qu'on en tourne les pages alors qu'on est en pleine uchronie. Il ressort de ce délire fictionnel beaucoup de questions et de réflexion sur l'Histoire, sa construction et sur l'usage qu'on peut en faire. On dépasse par là même la simple volonté d'écrire une histoire car cette dernière rencontre l'Histoire avec un grand H, une Histoire encore bien douloureuse dans notre pays (la guerre d'Algérie a laissé des cicatrices, il suffit de voir les programmes scolaires la concernant pour s'en convaincre).

Un grand et superbe livre donc, difficile d'accès au prime abord mais qui mérite vraiment qu'on s'y attarde tant on touche au sublime en terme d'évocation de la guerre, des conflits entre factions mais aussi aux voyages psychédéliques et à la passion musicale. Tout un programme.

Cafardsathome

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Wagner - Rêves de Gloire - appuyez sur la touche "lecture"
Posté le 03 février 2012 -

Sex, drug and rock... the Casbah !

Voilà un roman déjà bardé de prix, et ce n'est peut-être pas terminé, puisque le voilà en lice pour le prestigieux GPI (le Grand Prix de l'Imaginaire). Un roman dont j'ai entendu dire beaucoup de bien depuis sa sortie au printemps dernier et auquel je me suis attaqué avec envie et gourmandise. Et il faut de l'appétit car les 700 pages de "Rêves de Gloire", de Roland C. Wagner (en grand format chez l'Atalante), ne se dévorent pas d'une traite mais vous nourrissent pendant plusieurs jours. Une lecture dense, intense, complexe mais passionnante, un roman choral qui revisite 50 ans d'une histoire contemporaine de deux pays pas encore totalement réconciliés, l'Algérie et la France. Une uchronie magistrale dont on ne sort pas indemne.
 
Bien... Comment raconter "Rêves de Gloire"... Pas facile... De nos jours, dans une ville d'Alger prise en étau entre la France et l'Algérie mais ayant su conserver une forme d'indépendance, vit un collectionneur de disques vinyles passionné, grand connaisseur du rock psychodélique de la deuxième moitié des années 60 et incollable sur les groupes ayant joué et vécu à Alger à cette époque si spéciale.

Un jour, sur un site de vente en ligne, il découvre un 45 tours dont il n'a jamais entendu parler, lui qui pensait son savoir exhaustif sur la question... Enregistré à Alger à la fin des années 60, la pochette pleine de couleurs, ce disque a pour titre "Rêves de Gloire", chanson composée et interprétée par un groupe inconnu au bataillon (si j'ose dire) dont le nom a de quoi surprendre, voire choquer : "les Glorieux Fellaghas".

Evidemment, le sang du collectionneur ne fait qu'un tour : ce disque oublié pourrait devenir le clou de sa collection, pourtant remarquablement fournie, mais surtout, pourrait se monnayer cher s'il parvenait à mettre la main sur l'un de ces exemplaires en bon état, qui ne doivent pas être légion.

Une quête commence alors, celle d'une galette de vinyle qui, à elle seule, concentre toutes les aspirations les plus profondes d'une époque au combien agitée, cette deuxième moitié des années 60 où les idéaux les plus divers sont entrés en collision pour le meilleur, le pire et l'utopie... Un disque qui attise les convoitises d'autres personnes, prêtes à tout, même à tuer, pour le posséder.

Dans une ville d'Alger mise en ébullition par les rumeurs de débarquement, soit français, soit algérien, pour mettre fin à l'embarrassante et insolente indépendance de la ville, le collectionneur va devoir apprendre à se méfier de tout et de tous s'il veut retrouver le disque des "Glorieux Fellaghas", sans y perdre la vie...

Voilà pour le fil d'Ariane de roman, la partie contemporaine qui permet au reste de s'assembler petit à petit. Car, atour de l'histoire du collectionneur et de sa recherche, une foule de personnages vient nous raconter, directement ou indirectement, la genèse de ce disque si spécial, nous raconter la vie à Alger dans ces années-là, les conflits, les expériences politiques et utopiques, l'évolution d'une société qui renaît, les oppositions plus ou moins larvées entre générations, nationalités, races, religions, idéologies, qui toutes se retrouvent à cohabiter dans Alger, dont la Casbah est le coeur d'un incroyable bouillonnement sociétal et culturel autour de ceux qu'on appelles "les Vautriens", les cousins des hippies, de ce côté de l'Atlantique.

Car, Wagner n'a pas voulu nous raconter l'Algérie naissante telle qu'on la croise dans nos livres d'histoire, mais une Algérie bien à lui, réinventée pour l'occasion. De Gaulle, assassiné en 1960 (eh oui, "Rêves de Gloire" est une uchronie, je vous le rappelle), ne joue aucun rôle dans son indépendance, prise tardivement et avec des contreparties, puisque Bougie, Oran et Alger sont restées françaises dans un premier temps. Des enclaves qui, toutefois, attisent les convoitises mais sont aussi une épine dans le pied d'une France devenue un temps communiste avant qu'un putsch militaires n'en fasse un Etat totalitaire en marge du reste du monde. Il y a donc, en permanence, une tension qui s'exacerbe par moment, sans qu'on sache si ces tensions viennent d'un camp, de l'autre ou encore des extrémistes favorables à une Algérie qui redeviendrait française.

Bien sûr, au fil des pages et des témoignages, on voit se dessiner ce cadre historique qui sert de décor au roman, 50 ans d'Histoire particulièrement mouvementés. La petite histoire, celle d'hommes et de femmes à la recherche d'un monde meilleur, cette génération née à la fin de la IIème guerre mondiale ou juste après et qui cherche par tous les moyens à échapper au monde de leurs parents. Mais aussi ceux qui subissent les évènements, qu'ils soient arabes, kabyles, européens installés là depuis la colonisation, militaires français, combattants de l'indépendance, chrétiens, juifs ou musulmans, riches ou pauvres, épris de liberté ou juste d'une terre et de racines...

Dans ces "swinging sixties", la Casbah d'Alger est devenu le centre d'une société nouvelle, en rupture avec les modèles des Trente Glorieuses en vogue dans le reste des pays occidentaux, individualiste, consumériste, sectaire, inégalitaire, belliqueuse, etc. La communauté instaurée par les Vautriens connaît alors aussi ses heures de gloire, dans tous les sens du terme. Car, d'une part, ce mode de vie, d'abord marginal, va attirer de plus en plus d'adeptes, mais, d'autre part, parce que cette vision nouvelle du monde, cette utopie bariolée est née dans l'absorption d'une drogue, la Gloire, distribuée dans le sillage d'une figure intellectuelle et contestataire, un certain Timothy Leary, passé d'abord par Biarritz puis installé dans une villa algéroise.

Qui prend de la Gloire semble soudain appréhender la vie différemment, découvrir un monde plus riche, plus coloré, plus profond. Une perception nouvelle sur laquelle des idéaux d'entraide, de non-violence, de tolérance, de liberté, sexuelle et autres, d'émancipation des carcans que peuvent être la morale, la religion, l'économie, la famille, etc. A tel point qu'un des groupes de musique remarquables de cette époque, les Déserteurs, n'hésite pas, par exemple, à "affirmer que l'association de la musique et de la Gloire peut devenir une arme de combat politique".

Bref, avec la Gloire, un nouveau monde semble possible, semble même se mettre en place. Au point d'imaginer fonder une commune d'Alger sur le modèle de la commune de Paris. Mais, de tels comportements ne peuvent que déranger ceux qui pensent au pouvoir, au contrôle, et l'utopie algéroise, comme son inspiratrice parisienne, va bientôt se retrouver dans le collimateur de forces idéologiques très violentes et à la merci des barbouzes de tous poils.

Difficile de vous en dire plus, il faut se plonger dans ce pavé à la construction complexe, c'est vrai, mais dans laquelle on trouve vite des marques. Tout y est volontairement flou, en terme de chronologie, de personnalité des narrateurs, on est soi-même transportés dans cette parenthèse enchantée, pleine de joie, malgré les incertitudes du quotidien, pleine de paix, malgré les bruits de bottes permanents, pleine de musiques démentes et de guitares distordues, malgré la proximité du chaos, pleines de drogues, aux effets aussi libérateurs que dévastateurs (quand "la blanche" va succéder à la Gloire), dans une réalité qui incite peu à l'optimisme, pleine d'amour libre et de solidarité, d'amitié et d'émerveillement permanent.

On comprend mieux la provocation que recèlent le titre du 45 tours autour duquel tourne tout le roman et le nom de ses interprètes : "Rêves de Gloire", par les Glorieux Fellaghas... De quoi s'attirer les foudres de tous les bords confondus...

Mais, "Rêves de Gloire", le roman, cette fois, c'est, outre ce chant contestataire et utopique, véritable hymne à la liberté individuelle et collective, une déclaration d'amour à une époque (la deuxième moitié des années 60), à une musique, ce rock halluciné que Wagner appelle psychodélique, et à une ville, Alger (Wagner est né à Bab-el-Oued et sa famille sera rapatriée en métropole lors de l'indépendance en 1962).

Bizarrement, car Wagner est né en 1960, il était donc très jeune lorsqu'il a quitté l'Algérie mais aussi lorsque les années psychédéliques ont déferlé, j'ai ressenti une puissante nostalgie à la lecture de "Rêves de Gloire". Comme si Wagner cherchait à renouer avec des racines géographiques et temporelles rompues trop tôt et trop brutalement. Avec beaucoup de pudeur, mais aussi avec un engagement vigoureux dans le sens de l'utopie qu'il développe, il nous offre un roman complexe, pas facile à lire, car la multiplicité des narrateurs dont on  ne connaît pas l'identité oblige à une attention accrue mais magnifique.

Chaque paragraphe de chacun des narrateurs est un fil de couleur différente qui sert à tisser la trame (jamais ce mot n'a été si juste) du récit, dont on ne découvre l'ampleur qu'une fois la dernière page tournée. Un tour de force littéraire qui peut dérouter, j'en conviens, mais qui mérite aussi que le lecteur s'accroche et accepte ces contraintes pour se laisser porter sur la vague suscitée par la Gloire et ses hérauts.

Et puis, je voulais terminer en parlant de la figure tutélaire, dont l'esprit flotte sur ce livre : Albert Camus. Lui aussi est présent dans ce récit, sous la forme d'un dialogue tout à fait uchronique lui aussi avec Wagner lui-même, je pense. Un dialogue passionnant et très drôle, avec le recul, où deux écrivains parlent de leur sujet commun : l'Algérie. Tous deux ont une passion pour ce pays et ont su en faire un personnage à part entière de leurs livres.

Et, finalement, j'en suis arrivé à cette idée étrange (et toute personnelle, attention !) que "Rêves de Gloire" était le négatif, dans le sens photographique du terme, bien sûr, de "la Peste". Comme si Camus et Wagner était deux auteurs totalement dissemblables mais réunis par cette terre au magnétisme si particulier.

Sous la plume de Wagner, on ne voit pas apparaître une ville blanche, écrasée de soleil, gangrenée par la maladie, comme Oran dans "la Peste", mais une ville d'Alger colorée, vivante, entraînée par le rythme déjanté et libéré des guitares électriques et des pédales de distorsion, et qui devient le berceau d'une harmonie doucement contagieuse. Mais, a contrario de cet optimisme, si on peut parler de d'optimisme dans le contexte si particulier dépeint par Wagner, la fin laisse entrevoir des lendemains qui déchantent pour Alger, l'Algérie et même la France, alors que, chez Camus, à la fin du roman, la peste a cessé, laissant derrière elle des dégâts irréparables, mais la vie peut reprendre son cours malgré tout.

Alors, oui, on pourra jouer longtemps à ce jeux des différences. Il n'empêche que cette filiation, non, ce parrainage de Camus est évident et que c'est Wagner lui-même, malgré des univers à des années-lumières (oui, on parle quand même de SF !), qui vient de lui-même se placer respectueusement sous cette égide, cette figure quasi sanctifiée (un saint laïc, évidemment).

Oui, "Rêves de Gloire" n'est pas un livre évident, il demande de la concentration et de la persévérance, mais, pour l'univers historique alternatif qu'il met en place, pour la musique qui accompagne cela et que Wagner nous donne presque à entendre, pour l'Algérie et pour mieux comprendre l'incroyable complexité que représentait cette région au moment de son indépendance et même après, pour les idéaux qui y fleurissent et prolifèrent au milieu des mauvaises herbes et pour la dénonciation implacable du colonialisme avec finesse, nuance et respect des opinions et des origines de tous, il mérite d'être lu, conseillé et récompensé (mais pour ça, on ne m'a pas attendu !).

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Wagner - Rêves de gloire - Solaris
Posté le 27 février 2012 -
Qu’il s’agisse d’une uchronie dont la principale divergence originaire est l’assassinat de Charles de Gaulle en 1960 est peut-être l’aspect le moins intéressant de cet ouvrage. Roland Wagner signe une fresque monumentale qui tient tout à la fois de l’utopie, du roman historique, de la SF uchronique (du vinylpunk ?) et de la réflexion sur l’histoire personnelle de l’auteur. Et, avec tout ça, Rêves de gloire se lit d’une traite, l’auteur ayant depuis longtemps maîtrisé l’art de ficeler une scène sans mots inutiles, percutante ou émouvante au besoin, et de la conclure avec une phrase coup de poing ou une chute inattendue.

Le principal effet de la mort prématurée du général de Gaulle, c’est de permettre la survie d’un reliquat de l’Algérie française : des enclaves portuaires qui se réduisent en définitive à l’Algérois centré sur la ville d’Alger. Le récit démarre vraiment quand l’ancienne casbah vidée de ses habitants commence à accueillir les premiers « vautriens », des jeunes épris de liberté, d’amour, de musique et d’acide (le LSD de Timothy Leary porte le nom de Gloire, d’où le titre) qui ont fui une France répressive. Les années soixante ne sont pas si différentes, après tout, même si le président Kennedy a survécu à sa tentative d’assassinat, et même si Albert Camus est encore vivant, lui aussi, écrivain national de l’Algérois.

Les choses se corsent au milieu des années soixante-dix. En France, une dictature militariste de droite a pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’État à la Pinochet. Il va naître de la contestation montante en Algérois une insurrection pacifique qui va donner son indépendance à la Commune d’Alger pendant quelques décennies. Mais cette histoire différente de la nôtre dépend de nombreux points tournants (le coup de force soviétique de 1956 en Hongrie a échoué, tandis que l’opération de Suez des Anglais et des Français quelques semaines plus tard a réussi, poussant les Soviétiques à investir beaucoup plus de moyens dans la conquête de l’espace, si bien qu’ils manquent coiffer au poteau la NASA en 1969) et il subsiste de nombreux points obscurs – de l’identité d’un apôtre français de la non-violence dans l’arrière-pays algérien juste avant l’accord de paix avec la France à l’existence (ou non) du fabuleux trésor de guerre du FLN.

C’est l’élucidation de ces mystères qui retient l’attention du lecteur aux prises avec une narration à plusieurs voix. La principale qui se détache est celle d’un fan de disques vinyle qui a grandi dans la Commune indépendante, qui est l’héritier sans le savoir de quelques secrets du passé et qui se lance sur la piste d’un quarante-cinq tours introuvable qui semble porter malheur.

Le choix de l’auteur d’être avare de noms propres et de s’amuser à brouiller les cartes en multipliant les personnages peut engendrer la frustration, mais cette décision fait aussi de son texte une œuvre chorale dont les voix assez indifférenciées finissent par se confondre et s’unir comme si c’était la matière même de l’uchronie qui s’exprimait de cette manière symphonique. On s’intéresse par conséquent plus à la trame de la tapisserie qu’aux intrigues qui lui servent de motifs. (Si Wagner tenait à ce qu’on saisisse tous les tenants et aboutissants de l’histoire, il n’avait qu’à se montrer plus explicite.)

Quelques thèmes ressortent. Il y a la possibilité de l’utopie réalisée, incarnée par cette Commune d’Alger obtenue presque sans violence, même si elle semble promise à un sort presque aussi funeste que celui du « rêve enclavé » d’Ayerdhal dans Parleur (1997). Il y a l’invention d’une épopée musicale francophone en terre algéroise qui n’a jamais eu lieu, mais dont les péripéties sont racontées avec tendresse et un brin de folie. Et il y a l’espoir de changer le monde, qui animait les « vautriens » de la casbah et leurs successeurs.

L’uchronie peut cacher un roman historique – La Constellation du lynx (2010) de Louis Hamelin –, ou une thèse politique – L’Histoire de la République de Québec (2006) de Denis Monière. Ici, Wagner signe un acid dream optimiste qui nous plonge dans un rêve dont on ne voudrait pas ressortir.

Jean-Louis Trudel

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Wagner - Rêves de gloire - Keep Watching the Sky
Posté le 01 mars 2012 -

Les livres dont on parle trop, on ne les écrit jamais, dit depuis des temps immémoriaux la sagesse du petit peuple des écrivains. Je me souviens de vacances à la campagne, il y a bientôt quinze ans de cela, où Roland m’avait longuement entretenu de son uchronie algérienne — qui commençait par l’irruption de la surf music sur les côtes biarrotes, et devenait rapidement bien psychédélique, tout en étant bardée de connaissances pointues sur le déroulement militaire et politique de la guerre d’Algérie. Depuis quelques années, et bien des romans publiés, Roland ne me bassinait plus avec le projet, et je me disais que, dommage, ce livre-là risquait de ne jamais voir le jour.

Je me trompais : le silence de l’auteur était bon signe, il devait enfin être en train de l’écrire, son chef-d’oeuvre. 

 (...)

Rêves de Gloire frappe d’emblée par son aspect physique. Sept cent pages, cela lui donne l’aspect d’un gros morceau de sucre — que l’on aurait détrempé, bien sûr, de la dose correspondante d’acide. J’ai pris le trip avec enthousiasme. Pensez donc, je lis Roland Wagner depuis presque aussi longtemps que j’achète des disques de rock — et son protagoniste est un collectionneur devenu revendeur, qui sue le vinyle par tous ses pores. L’extase était garantie.

(...)

Tout le roman est éclaté en passages d’une à six pages, tous narrés à la première personne (ou impersonnels quand il s’agit d’extraits d’encyclopédies du rock ou de livres d’histoire contemporaine), qui se déroulent à différentes époques et ne mentionnent jamais le nom des narrateurs. Il faut un certain temps avant de se rendre compte de qui parle, de pouvoir remonter le long d’un même fil chronologique les passages relevant du même personnage (...). Et beaucoup de narrateurs n’apparaissent qu’une fois, pour fournir un éclairage. Cube de Rubik ou kaléidoscope, selon l’attention que vous portez au fil de la lecture. Pour moi, cela ouvre les portes de la pensée plus que cela ne crée de confusion. Mais il faut laisser le temps au cerveau de reconstituer l’image en trois dimensions.

On ne peut que souhaiter que ce livre sera pour Roland Wagner le breakthrough, l’oeuvre qui le fera passer à un autre niveau de célébrité et de respect. Tout en se demandant ce qu’il pourra faire pour suivre un pavé pareil — en tout cas, on sait qu’il est suffisamment âgé et raisonnable pour ne pas connaître le sort de Dieudonné Laviolette, maître de la guitare psychodélique algéroise, disparu à 27 ans après l’enregistrement de son chef-d’oeuvre.

Pascal J. Thomas

 

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Wagner - Rêves de Gloire - l'amour des livres magazine
Posté le 09 juin 2011 -
Des années 1960 à aujourd'hui, une Algérie uchronique est dépeinte, où quelques enclaves - dont Alger - seraient restées française, après l'assassinat de Charles de Gaulle un matin de 1960. L'Algérie de Wagner est polyphonique, pleine de couleurs et de senteurs. Alger devient une capitale du rock psychédélique et la Gloire est un puissant psychotrope. Un roman jubilatoire à l'étonnante galerie de personnages et aux narrateurs multiples, dont Albert Camus, bien entendu !
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Wagner - Le train de la réalité/Rêves de Gloire - journal semi-littéraire
Posté le 07 mars 2012 -
Voilà une lecture que j'attendais depuis un bon moment. Le livre était pourtant arrivé sur mes étagères au moment de sa sortie, elle-même déjà attendue dans le microcosme fandomique. Son épaisseur, déjà, me laissait supposer qu'il valait mieux avoir un peu de temps devant soi pour ne pas en faire une lecture morcelée (ce qui, à mon avis, se prête peu aux romans de RCW en général).
Ce que j'en savais avant, c'est qu'il s'agissait d'une uchronie : et si de Gaule avait été assassiné en 1960 ? Et si Alger était devenue une enclave indépendante ? Je savais aussi que le texte était fortement imprégné de l'histoire de l'auteur, sans être pour autant autobiographique, marqué par son amour du rock, de l'Algérie, de la liberté.
Puis sont arrivées les premières critiques et les premiers avis. Les premières souvent développées (pour la peine, je ne le ferai pas) et enthousiastes, les suivants souvent viscérales, j'aurais dû compter le nombre de "c'est un putain de bouquin". J'ai arrêté de lire les quatrièmes, je laisse du temps entre la lecture d'une critique/chronique pour arriver l'esprit le plus vierge possible dans un livre, mais là, clairement, ce n'était pas possible. Je me suis même vue faire de la pub pour ce bouquin avant de l'avoir, déjà convaincue. Autant dire que j'en attendais beaucoup et je tenais d'autant plus à en profiter pleinement.
Et... ça y est. J'ai lu Rêves de Gloire.
Et oui, je le confirme, c'est un putain de bouquin. De ceux qui méritent qu'on s'y immerge, qu'on y passe du temps, qu'on s'y love et qu'on s'y prélasse. De ceux qui restent et qui appellent à la relecture, tant les niveaux de découverte sont nombreux, de ceux qui appellent d'y passer encore du temps une fois la dernière page tournée. Rêves de Gloire est un puzzle où plusieurs voix se mêlent à différentes époques, balayant une quarantaine d'années de témoignages fictifs et extrêmement vivants. Des histoires de passions, celle du collectionneur de vinyles, à la recherche d'un 45T qui tient du Graal, celle des vautriens, utopistes qui connaissent la désillusion, celle de la liberté, envers et contre tout. La musique y tient une place telle qu'on regretterait presque l'absence d'une bande originale du livre, à l'instar de la Horde du Contrevent, mais l'auteur étant qui il est, il ne l'a pas oubliée (elle s'écoute ici ), prolongeant "l'expérience littéraire et sociopolitique"
Elle continue d'ailleurs avec Le train de la réalité, sur lequel j'ai enchaîné directement (et je vous conseille de le faire si vous train-realite.jpgavez les deux sous la main), où les pistes uchroniques se brouillent un peu plus, mais où les voix narratives étoffent encore davantage l'univers. Les utopies et les quêtes individuelles (ou collectives) sont plus sombres ici, réunies autour d'un leitmotiv : mais qui, enfin qui a tué le général ? Peu importe, au fond. Au regard de l'Histoire, le véritable événement est sa mort.
 
L'impression principale qui restera de cette lecture est pourtant une vague nausée, teintée d'espoir, une nausée sur le monde qui nous entoure et qui trouve plus d'un écho dans ces deux oeuvres. L'optimisme aussi demeure : envers et contre tout, il reste toujours quelqu'un pour créer et un public pour savourer.

Journal semi-littéraire 

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Wagner - Rêves de Gloire - le Glob (médiathèques d'Antony)
Posté le 29 juin 2012 -

La recherche d’un disque rarissime par un collectionneur révèle par petites touches l’histoire d’une Algérie un peu différente de celle que nous connaissons, mais toute aussi pleine de couleurs et de envoûtante.

Dans ce aux narrateurs multiples, dont certains que vous ne rencontrerez qu’une seule fois, chaque témoignage contribue à recréer le climat général, une vision d'ensemble de l’Algérie imaginée par R. C. Wagner. Pas de trame temporelle continue dans ces vies entrecroisées : le lecteur se retrouve dans le présent ou le passé selon le narrateur. En alternant histoires personnelles et évènements marquants de l'Histoire, ce récit un peu déstabilisant au début, intrigue puis surprend, voire dérange parfois quand il évoque le rock naissant et la formidable liberté qui l’accompagne. Un lien existe au milieu de tout cela : la quête du mystérieux vinyle qui entretient le suspense jusqu'au bout.

Rêves de Gloire est un complexe, avec de nombreux clins d'œil et parallèles avec l’Histoire contemporaine: les conflits au Proche-Orient, la Guerre froide, la conquête de l'espace, l'immigration et la place accordée aux étrangers, Woodstock et le mouvement hippie, les extrémismes… L’ensemble est presque trop dense pour tout appréhender en une seule lecture.

Mais ne vous laissez pas impressionner par l’épaisseur du livre ni perturber par ses nombreux – très nombreux – narrateurs: prenez votre temps pour le lire et laissez le tableau se dévoiler!

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Wagner - Rêves de Gloire - Mag Presse d'Artigues
Posté le 31 août 2011 -
Les passagers des écrits d'ici savent mon intérêt pour l'Uchronie. J'ai d'ailleurs l'intention d'y consacrer un large dossier après la rentrée littéraire quand nous n'aurons plus rien d'autres à faire que de relire. Il est assez rare d'en croiser sur les tables des libraires. Il est encore plus exceptionnel d'y voir des ouvrages français, tant le pan de la supputation littéraire a été abandonné par nos concitoyens.
 
Dans "Rêves de Gloire", il faut que vous acceptiez quelques paramètres. De Gaulle est mort, dans un attentat, tout ça parce qu'il ne voulait pas passer par le Petit Clamart (ah). Johnny Halliday est mort aussi, mais dans le récit c'est moins important. L'Algérie a été partitionnée, une partie algérienne, une partie française en enclave. Des genres musicaux tout à fait étonnants sont apparus (le psychodélique, le lourd, le gymnase) et la ville d'Alger fut le poumon foisonnant d'une contre culture riche et iconoclaste. On n'échange pas des mails mais des "electre" et les fichiers sont des minifiles, bien que la musique s'écoute quasi exclusivement en microsillon (dans des formats exotiques, parfois).
 
Le livre est une narration de l'histoire des "évènements" dont la chronologie varie en fonction des narrateurs. On y rencontre des militaires, une junkie qui a expérimenté la Gloire (produit hallucinogène qui fait découvrir l'absence de Dieu...), un collectionneur de microsillons...Un foisonnement de point de vue qui aide à construire une époque que personne n'a connue.
 
Originaire d'Algérie, Roland Wagner frappe très fort. Non seulement il a en tête une idée très précise de la (non)civlisation qu'il veut nous faire observer mais en plus son système narratif permet d'alléger les détails qui à chaque récit s'immiscent dans la présentation. A ce titre, les paragraphes consacrés au collectionneur de disque me semblent les plus aboutis : il recrée une faune musicale, des groupes, des disques, des chansons et des croisements entre des musiciens ayant réellement existé et une scène improbable et riche (les Yarbirds semblent être le plus grand groupe de tous les temps). C'est dans cette partie également qu'on trouve le point le plus mystérieux du récit : un disque très rare semble engendrer la mort de celui qui le possède : c'est le seul disque des "Glorieux Fellagahs", il est l'objet d'une rare convoitise...
 
Le livre dans son entier est une polyphonie colorée. On y apporte par taches de couleurs, goûts discrets, bruits étouffés, la trace d'évènements qui à s'en pincer ont l'air de s'être produits dans notre historie immédiate. Tout le climat politique, les conséquences, les migrations de populations, l'évolution des mentalités, la culture en réaction, les psychotropes participent à ce festival imaginatif. Sur la durée (700 pages !!!) point d'essoufflement, grâce au séquençage adopté : les allers expliquent les retours, les accents changent, le son s'amplifie, le langage évolue.
 
Un coup de maître.
 
magpresse33
Le blog du Mag Presse d'Artigues 
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Wagner – Rêves de gloire - Les Chroniques de l’Imaginaire
Posté le 06 juillet 2012 -

Interview de Roland Wagner par Les chroniques de l’Imaginaire à l’occasion des Imaginales 2012

Mureliane : Roland Wagner, bonjour, merci d'avoir accepté cette interview pour les Chroniques de l'Imaginaire à propos de ton roman Rêves de Gloire, qui vient d'obtenir le Grand Prix de l'Imaginaire, et du recueil de textes Le Train de la réalité, qui se déroule dans le même univers, et qui vient de sortir chez L'Atalante. Surtout à propos de Rêves de Gloire, roman important dans le paysage de la SF, et de l'uchronie, et dans ta carrière, puisque c'est un roman plus ambitieux que ceux que tu as publiés jusqu'à présent. Pourrais-tu nous en dire plus sur sa genèse ?

Roland C. Wagner : Elle a pris longtemps. Entre le moment où j'ai commencé à me dire qu'une uchronie sur l'Algérie était peut-être une bonne idée, le moment où j'ai commencé à en parler, et celui où je me suis mis au travail, il s'est passé... quinze ans ? Facile. Pendant cette période, j'ai accumulé de la documentation. Mais doucement, sans me presser. Je savais jamais par quel bout prendre le bouquin, parce que ça me paraissait vraiment compliqué : je voyais énormément de choses que je voulais ou pouvais mettre dedans, mais je séchais sur la manière de les organiser, en fait. Quand ActuSF a décidé de rééditer Le Serpent D'angoisse, en 2009, j'ai essayé de rétablir à peu près l'état d'origine du texte. Pour sa parution au Fleuve Noir, l'éditeur m'avait demandé de changer l'ordre des scènes, d'organiser le roman d'une manière un peu plus “simple”. Au départ, il était complètement éclaté de partout, en une succession de scènes très très rapides et dans ce qui pouvait ressembler à un joyeux désordre. Donc, pour l'édition ActuSF, je suis revenu à cette structure mosaïque, et pendant que je le faisais, j'ai commencé à me dire que c'était un bon principe de construction, dont je ne m'étais pas servi depuis pas mal de temps. C'est dans ces eaux-là que j'en suis arrivé à la conclusion que la meilleure solution pour raconter ce que je voulais raconter dans Rêves de Gloire, c'était de donner la parole à beaucoup de narrateurs, tous anonymes.

M : Ah ben, ça le fait !

RCW : Oui, mais ce n'était pas évident dans un premier temps… Une telle structure avait quelque chose d'effrayant. Quand j'ai exposé mon idée à Mireille Rivalland, à L'Atalante, j'ai entendu un blanc distinct au bout du fil. Ce n'était pas qu'elle me faisait pas confiance, mais présentée comme ça, la contrainte structurelle peut jeter un froid. Après, bon, y avait plus qu'à. Une fois l'idée de la structure trouvée et validée par ma directrice de collection, c'était parti. Le plus difficile n'était pas de concevoir ou d'écrire le livre, c'était de déterminer une structure qui corresponde exactement, enfin, le mieux possible, au fond du projet. Après, la rédaction m'a pris en gros un an et demi.

M : Mais il y a quand même un personnage central, celui du Collectionneur. Cette idée-là s'est imposée d'emblée ? Tu es parti de ton expérience personnelle ? Parce qu'il te ressemble pas mal, quand même, ce personnage !

RCW : En fait, non, il me ressemble pas vraiment, même s'il a une histoire familiale qui présente pas mal de traits communs avec la mienne. Mais le bonhomme en lui-même est un personnage composite, créé à partir de plusieurs personnes que je connais, dont un copain collectionneur de disques, bien sûr...

M : C'est le même qui fait Ramirez ?

RCW : Non, ce n'est pas du tout le même. C'était le premier personnage que j'ai trouvé, à cause du 45 tours des Glorieux Fellaghas. L'idée du disque introuvable et “maudit” m'est venue très tôt dans la phase de conception ; dès lors, un personnage collectionneur de vinyles était inévitable. Il me permettait de partir du particulier pour arriver au général, si j'ose dire. On prend quelqu'un qui s'y connaît super bien en rock, en disques de collection, en musique populaire, mais qui en même temps s'en fiche un peu de l'histoire, de la géopolitique et tout ça - il le dit, d'ailleurs. Pour lui, les informations importantes, qui lui permettent de comprendre un certain nombre de choses liées tant à l'intrigue qu'au monde chronique, passent par la musique. Donc, mon choix était de parler à travers la musique de la guerre, de l'Algérie, du mouvement psychédélique, de la contre-culture, de tout un tas de choses. Et c'était plutôt jouissif, tout compte fait, d'imaginer toute une histoire du rock, ce genre de choses… Le personnage du collectionneur s'imposait d'entrée. Et puis, ça permettait d'avoir un meurtre à coups de 45 tours, ce que je trouve plutôt sympa aussi en termes romanesques.

M : Là, tu viens de sortir le recueil Le train de la réalité, qui se déroule dans cet univers. Est-ce que tu prévois d'y passer plus de temps ? D'écrire plus de textes qui se déroulent dans cet univers ? Est-ce qu'il y en a déjà ?

RCW : Il y a la novella L'Été insensé qui doit paraître dans U-Chroniques, l'anthologie du Festival de ImaJn'ère d'Angers. Et puis c'est fini. Si j'ai écrit ces textes supplémentaires, c'est parce que, une fois le roman terminé et publié, il y avait encore des histoires qui demandaient à être racontées, alors je l'ai fait, mais maintenant, je pense que c'est réglé. Bien sûr, je pourrais toujours revenir à ce monde, et je ne dis pas que je n'y reviendrai pas si l'envie m'en vient. Il reste encore tant de trous, et de zones blanches. Mais bon, pour l'instant, ça me va, là. Avec le roman, le recueil, et la novella, on a un ensemble qui me paraît assez équilibré et équilibré.

M : C'est un roman qui a eu déjà... quatre prix, je crois ? Le GPI...

RCW : le prix ActuSF, le prix du Lundi et le prix ActuSF de l'uchronie. Voilà.

M : Et il y a des projets de traduction dans d'autres langues ?

RCW : Ce que je suis en train de faire en ce moment, pour avoir quelque chose à soumettre à des gens qui lisent pas le français, c'est traduire deux chapitres. Norman Spinrad se chargera de mettre tout ça en bon anglais la version finale. Il est déjà repassé à bosser sur les toutes premières scènes, et je pense que ça va le faire. Ensuite, oui, on va essayer de le vendre à l'étranger. C'est difficile, parce que la guerre d'Algérie a l'air d'être un sujet franco-français, à première vue. Mais, en fait, le livre va bien au-delà de son thème apparent.

M : Bien sûr, c'est une histoire de la décolonisation, et comment une société peut... et sur à quoi ça tient la démocratie, parce que cette dictature qui s'installe en France... ça tient à rien...

RCW : Ça tient au fait qu'il n'y a pas eu d'OAS, et donc que l'extrême-droite a continué à être une force potentiellement révolutionnaire. Enfin, chez nous, l'extrême-droite était toujours censée être une force révolutionnaire après la fin de la guerre d'Algérie, mais on voit bien que dans les faits ce n'état pas le cas. Les auteurs du coup d'État de 1973 dans le roman ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui ont, dans notre monde, tenté de prendre le pouvoir, mais ils sont issus du même courant idéologique.

M : Oui. Et quand je dis "ça tient à rien", je veux dire que ça tient à des choses anecdotiques, et donc ça peut se passer pareil partout dans le monde, en fait.

RCW : D'ailleurs, dans notre monde, si je me rappelle bien, il y a eu un coup d'Etat en 73

M : Avant toute traduction... La diffusion actuelle, est-ce que tu as une idée... c'est seulement en France, ou dans d'autres pays francophones ? Je pense surtout au Maghreb, en fait !

RCW : Au Maghreb, je crois que non, ce n'est pas diffusé. L'Atalante est diffusé en France, en Suisse, en Belgique, au Québec… En fait, je ne sais pas à quoi ressemble la diffusion des livres français au Maghreb, mais j'aurais tendance à penser d'après ce que j'ai pu voir qu'elle est limitée. Il y en avait sans doute beaucoup plus quand j'étais gamin et que j'allais en vacances à Alger, mais, comme l'une des volontés du pouvoir algérien est quand même d'éradiquer le français, langue du colonisateur, tout en menant une politique d'arabisation - également langue d'un colonisateur plus ancien si l'on veut pinailler. En tout cas, au début des années 70 on trouvait même des Fleuve Noir Anticipation, par exemple. J'en ai acheté deux ou trois là-bas, neufs et tout. Mais c'est vrai le Fleuve s'arrangeait pour être diffusé à peu près partout où il pensait pouvoir vendre des livres. Pour en revenir à Rêves de Gloire, les gens qu'il peut intéresser là-bas finiront par le lire, et j'espère qu'il y en aura parmi eux qui l'apprécieront M : Oui, il se diffusera lentement... Ça lui va bien, d'ailleurs (rires).

RCW : Oui.

M : Et est-ce qu'il y a d'autres livres à venir ?

RCW : Pour l'instant, j'ai énormément d'idées, mais je ne sais pas trop sur quoi je vais partir. Et j'ai le temps de me décider vu que j'ai du travail comme traducteur, ça permet de gagner sa vie tout en prenant le temps de laisser respirer la machine à intrigues. Là, je traduis Étiquette et Espionnage, une série de Gail Carriger, qui se passe avant Le Protectorat de l'ombrelle. C'est du young adult, avec une gamine de quatorze ans fan de technique, de machines, elle ne peut pas voir un réveil sans le démonter. Elle est très grave, c'est léger, sautillant, ça met de bonne humeur… c'est du Gail Carriger, quoi ! Après je ne sais pas, je vais voir.

M : Tu retourneras aux Futurs Mystères de Paris ?

RCW : J'ai un début de projet : "Mon papa, c'est un drôle de zigoto : d'abord, il a un chapeau vert..." Un genre de vingt ans après, en fait, avec le fils de Tem qui a un pouvoir amusant : il voit les transparents tout le temps, il s'en souvient tout le temps, donc il va commencer à repérer tous les Transparents qui ont croisé le chemin de Tem et qu'il a oubliés, lesquels ont aussi oublié Tem. Je verrais bien une scène à un moment avec une vraie mer de chapeaux verts. Je ne sais pas par quel bout prendre le bouquin, mais ça va être drôle. Alors peut-être que ce sera ça le prochain. Ou le suivant. Je ne sais pas. Je verrai bien quand le moment sera venu de me mettre au boulot. Je fais jamais de projets précis dans le temps, parce que comme je change d'avis sans arrêt : tant que je suis pas bien engagé dans un bouquin, je peux tout à fait laisser tomber, partir sur un autre, reprendre plus tard…

M : A part peut-être Rêves de Gloire, que tu as porté longtemps finalement.

RCW : J'ai quand même pas mal bossé dessus avant la période d'écriture proprement dite. J'avais préparé tout un tas de choses : écrit les chansons, rédigé les fiches de groupes, enfin des trucs comme ça, tout un travail préparatoire, dont une bonne partie se retrouve d'ailleurs dans le bouquin. Mais c'était du travail préparatoire non romanesque : articles, fiches de groupes, ce genre de choses. L'intrigue elle-même je l'ai en partie découverte, pas entièrement mais un peu quand même, en écrivant le bouquin. Si je sais d'avance tout ce qui va se passer, ben l'envie d'écrire elle a tendance à baisser, tu vois ? M : Et puis, en somme, ce n'est que de la littérature.

RCW : Ah complètement ! Faut surtout pas le bouquin prendre trop au sérieux, ce n'est pas un pamphlet politique. C'est un roman, voilà.

M : Et l'une des choses que j'y ai trouvé particulièrement intéressantes, c'est que c'est une uchronie avec plusieurs points de divergence. Y'en a plein, en fait. Le premier, c'est quoi ? C'est Beria ?

RCW : Avant il y a Mourad Didouche qui meurt pas, et les Russes qui récupèrent Von Braun et les V2 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Et un lecteur en a trouvé un encore avant : Sikorsky n'émigre pas avec ses parents aux USA à l'âge de trois ou quatre ans, il reste en Ukraine et plus tard il se retrouve dans l'équipe qui fabrique les fusées, avec Korolev et tout ça. Mais là, c'est vraiment un détail, et je me rappelle même plus si je l'ai fait exprès d'avoir mis Sikorsky à cet endroit-là. Si ça se trouve j'ai voulu écrire Korolev et je me suis planté…

M : Oui, on repère les grosses choses, Kennedy, De Gaulle, Budapest, Beria... Mais même Mourad Didouche... En ce qui me concerne, en tout cas, je ne suis pas du tout familière de la guerre d'Algérie, et donc je suis allée chercher sur Internet.

RCW : Le fait qu'Internet existe, et Wikipedia et tout ça, moi ça m'a déchargé d'un poids. Dans un roman, euh, normal, j'aurais dû mettre au moins deux lignes pour rappeler qui était Didouche, qui était Boudiaf, etc. Là je me suis dit : “Soit les lecteurs le savent déjà et ce n'est pas un problème, soit ils ne le savent pas, mais ils peuvent toujours le chercher…" Et puis de toute manière, même si l'on n'a pas toutes les connaissances nécessaires, le livre, en tant que roman, il fonctionne. J'ai donc évité de surcharger le bouquin en explications et en descriptions, en fait. Il est déjà assez gros comme ça ! (rires) C'est vrai.

M : Oui, c'est vrai, c'est pas pratique à transporter dans le sac !

RCW : Non, mais ce sera un atout pour l'édition numérique, justement parce qu'il est tellement gros que, si tu veux partir en vacances en avion, ils te comptent un supplément de bagage, hein !

M : Tu le mets dans le sac à main !

RCW : "Ecoutez Madame, votre sac est trop gros !"

M : Enfin, blague à part, je trouve que c'est une grande réussite. Mais maintenant, tu vois, le problème c'est qu'on va attendre des choses sérieuses de Wagner, maintenant !

RCW : C'est raté ! (rires) Ça fait vingt-cinq ans que je publie des romans, trente-cinq ans que je publie des nouvelles, j'en ai toujours fait qu'à ma tête. À partir du moment où les gens attendent quelque chose, j'ai un peu tendance à vouloir faire autre chose, je n'y peux rien, j'ai l'esprit de contradiction. Voilà pourquoi je dis que je ne sais pas dans quoi je vais me lancer J'ai une idée de space opéra, j'ai une idée de roman post-pandémique, j'ai deux ou trois idées idées situées dans un futur proche ou à moyen terme, il y a la suite des Futurs Mystères, celle du Chant du Cosmos, celle du Temps du voyage. Je n'ai que l'embarras du choix, le tout c'est de décider sur quoi je vais bosser, et de m'y mettre quand j'aurais du temps. Mais j'ai bien envie de refaire des trucs rigolos. Et, de toute manière Rêves de Gloire n'est pas si sinistre et tragique que ça, hein ? Il y a quand même des moments où l'on sourit, comme au début, quand les boîtes de sucre en morceaux disparaissent... Bon, il y a un codage qui fait qu'une partie des gens comprennent directement ce qui se passe, et les autres se disent que c'est bizarre, quand même, sans voir où je veux en venir. Bon, ils comprennent très vite après, mais... Et une bonne partie du bouquin est conçue comme ça : beaucoup, énormément d'informations, peut-être trop pour qu'un lecteur donné, n'importe lequel, puisse les identifier toutes. Alors il va n'en saisir qu'une partie, en fonction de son bagage… disons culturel, et l'effet est, je crois, de créer des chemins différents à travers le livre. Par exemple, si l'on sait qui est Boudiaf, on voit tout de suite pourquoi il est là. Le jeu est là, dans la distribution de l'information, et dans la manière dont les gens qui vont lire le livre vont cheminer à travers lui. Oui, c'est assez expérimental.

M : Ce qui, me semble-t'il, pourrait aussi s'appliquer à ce que tu écris par ailleurs. Je fais surtout référence à ta série des Futurs Mystères, dont je suis le plus familière, mais... C'est ta façon d'écrire.

RCW : Rêves de Gloire ne fonctionne pas exactement comme les Mystères, même s'il y a de gros points communs. Parce que dans les Mystères tu as des informations dans un volume qui ne prennent leur sens que dans un autre. Les lecteurs des Futurs Mystères qui n'ont pas lu la série en entier, et souvent dans le désordre, ne se rendent pas forcément compte que le traitement de l'information est d'une très grande complexité et que le cycle forme vraiment un tout, un ensemble. Alors que dans Rêves de Gloire, comme il s'agit d'un seul volume, ça se voit tout de suite…

M : Ben non. Enfin pas tout de suite tout de suite…

RCW : Ah bon ? Enfin, ça se voit quand on a lu le roman.

M : Je veux dire : le livre est gros, il est dense... Bon, d'accord, je lis trop vite ! Mais à ma troisième lecture, je découvrais que j'avais raté des informations y compris à la deuxième lecture (celle où j'avais pris des notes), et je suis sûre que quand je le relirai une quatrième, voire une cinquième fois, je trouverai encore des trucs que j'avais pas vus... Ce qui est quand même une bonne raison de relire un livre !

RCW : Oui, et puis ce roman-là a quand même été conçu un peu dans l'idée qu'une deuxième lecture serait forcément une approche différente, puisque le lecteur connaîtrait déjà tout un tas de choses et donc ferait attention à d'autres choses, comme tu viens de le dire. Il y a beaucoup de petits détails cachés dans les coins. Il y en a même que j'ai oubliés ! Sylvie me disait pendant que j'écrivais le livre : "Tu te rends compte de la quantité d'informations ?" Oui, j'ai fini par m'en rendre compte, mais je dirais qu'à mon goût il n'y en a pas assez. Cela dit, la mise en place a quand même été compliquée. Mine de rien, elle s'étend sur la première moitié du roman, je n'ai commencé à vraiment dérouler l'intrigue qu'à partir de là. Dans un roman linéaire, ou disons moins complexe, une telle structure aurait sans doute paru déséquilibrée. Là, non seulement elle fonctionne - c'est en tout cas ce que me suggèrent les retours des lecteurs - mais je trouve qu'elle incite à une relecture… à tête reposée.

M : Il y a des écritures arabes qui semblent scander le bouquin. Est-ce qu'elles ont un sens ?

RCW : C'est le nom du lieu où se passe la scène. La première à Sétif, la deuxième à Oran, après il doit y avoir le Constantinois, la scène de la photo, c'est Alger. Et puis, c'est l'un des rares repères qui permet d'identifier aisément un fil narratif - dans ce cas précis, celui du déroulement de la guerre d'Algérie de cet univers-là. Bon, et puis l'écriture arabe est très jolie, et je m'en serais voulu d'avoir écrit un bouquin sur l'Algérie sans y glisser quelques caractères arabes, ne serait-ce que pour des raisons esthétiques. Je ne dirai pas que ça fait un chouïa de couleur locale à peu de frais, mais c'est vrai que le lecteur identifie immédiatement la nature de l'écriture, même s'il ne comprend pas sa signification, et que ça crée donc un décalage.

M : Ah c'est intéressant ! Ces mentions en arabe voisinent souvent avec les phrases en capitales qui sont les cris du copains du Collectionneur, qui donnent des repères temporels, pendant que ces mentions donnent des repères dans l'espace.

RCW : Tu admettras qu'il n'y pas beaucoup de repères. À part ça, il y a la journée de l'Indépendance, qui...

M : … qui elle scande tout le bouquin

RCW : Voilà. Et cette ligne de narration est strictement chronologique. Tu vois, je ne sais même pas combien il y a de narrateurs, combien il y a de lignes de narration, je n'ai pas compté. Ce que j'essayais de faire, c'est quelque chose qui soit, de mon point de vue, équilibré, donc j'ai essayé de donner la parole à un maximum de gens différents. En général, j'ai quand même choisi, dans tous les camps, des gens qui étaient plutôt gentils, même si à la fin tu en vois quelques-uns qui le sont nettement moins, souvent en raison des circonstances - comme le fellagha qui veut à toute force buter le soldat français qui vient de tuer son frère, par exemple. Lui, on sait pas s'il était gentil ou méchant dans une autre vie, ça a peu d'importance, il est dans un processus, et il y a dans le roman la volonté de montrer comment réagissent des gens pris dans des processus historiques qu'ils ne maîtrisent pas du tout.

M : Roland, je te remercie beaucoup !

RCW : Je t'en prie.

Mureliane
Les Chroniques de l’Imaginaire

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Wagner - Rêves de gloire - Culture des futurs
Posté le 09 août 2012 -

Après Élisabeth Vonarburg, Roland C. Wagner. Tout comme il semblait possible d'associer Reine de Mémoire de Vonarburg à un retour de l'écrivaine sur le passé de ses aïeux (mêlé à de nombreux autres éléments), Rêves de Gloire (ce qui rime avec le titre de Vonarburg) porte sur une histoire très française. Et comme dans le cas de Reine de mémoire, c'est à l'histoire coloniale de la France que Wagner en a. Ce qui fait de ces deux ouvrages des romans post-coloniaux dans tous les sens du mot. Ni l'un ni l'autre ne prétendent réhabiliter l'empire colonial français, mais ils réclament un peu de tendresse pour ceux qui ont été les pions, les laissés-pour-compte, les victimes expiatoires et aussi les simples soldats au service de rêves métropolitains d'une gloriole exotique. En adoptant toutefois une narration au ras des pâquerettes qui ne prend véritablement son envol que bien après le début du combat pour l'indépendance du FLN, Wagner se démarque du traitement plus romanesque de Vonarburg, qui donne carrément le rôle de mauvais génie à un aventurier français en terre étrangère.

Wagner connaît ses classiques. Au fil des pages, il place cet ouvrage sous le signe dickien de l'incontournable uchronie The Man in the High Castle tout en intervertissant deux destins historiques : il fait périr le général de Gaulle au seuil des années soixante et il accorde à Camus de survivre aux années soixante — en se payant le culot de faire écrire à Camus une uchronie dans l'uchronie. La mort du général n'est pas nécessairement souhaitée par l'auteur, mais c'est une nécessité pour obtenir le résultat souhaité : la survie d'une certaine Algérie française. Avant même la mort du général, l'histoire avait déjà changé en 1956, quand le coup de force des Soviétiques en Hongrie avait fait long feu tandis que la coalition anglo-franco-israélienne en profitait pour arriver à ses fins en Égypte. Du coup, les divergences s'accumulent dès les années soixante. L'Union soviétique reste engagée dans la course à la Lune jusqu'à la fin, Kennedy survit à l'attentat de Dallas, la France tombe sous la coupe d'une dictature militariste de droite à la Pinochet en 1973 et l'URSS se débrouille pour durer jusqu'au XXIe s, si j'ai bien compris. Toutefois, la politique internationale occupe rarement le devant de la scène. L'essentiel du roman s'intéresse aux destins d'une poignée de personnages en terre algéroise, c'est-à-dire aux habitants d'une enclave centrée sur Alger qui a survécu à l'indépendance accordée au gros de l'ancienne Algérie française. D'abord territoire français, l'enclave acquiert son indépendance durant les années soixante-dix et se donne un gouvernement plutôt libertaire dont les beaux jours s'étireront sur deux ou trois décennies.

Dans le monde francophone, la sf a souvent été la littérature de prédilection de personnes déplacées, au sens propre ou non, bref, une littérature de l'aliénation privilégiée par des marginaux, des minoritaires, des immigrés de première ou seconde génération, et ainsi de suite. C'est moins vrai dans le monde anglophone, en partie parce que la sf a été plus authentiquement populaire en anglais qu'en français, de sorte que ses amateurs anglophones ont trouvé plus facile de s'en servir pour communier, même de manière décalée, dans le cadre des grands mythes anglo-américains La sf a surgi aux États-Unis au moment où le culte de l'ingénieur et du pragmatisme étatsunien n'était pas loin de son apogée, alors qu'en France, tant le saint-simonisme industriel que le scientisme comtien étaient loin, et presque enterrés.

Dans le monde francophone, la sf est en partie une littérature du décalage, qui permet de jeter un regard inédit sur la réalité qui fait consensus, mais qui ne va pas toujours de soi, en fin de compte. L'uchronie se prête particulièrement bien au petit jeu des comparaisons et Wagner cède sans hésiter à la tentation d'imaginer un autre monde possible.

Il s'agit moins d'une utopie sociale égalitaire que d'un rêve de liberté individuelle. Néanmoins, les parallèles de Rêves de Gloire et du roman Parleur : Chroniques d'un rêve enclavé d'Ayerdhal (en 1997) sont assez frappants. Des renvois implicites à la Commune de Paris à la réalisation d'une utopie politique à l'intérieur d'une enclave géographique, en passant par la valorisation de l'entraide et de la solidarité, les débats suscités par l'option de la non-violence ainsi que les galeries de personnages incluant artistes, militants et leaders charismatiques, les deux romans suivent des chemins certes différents mais jamais tellement éloignés l'un de l'autre, jusqu'à la perspective d'un autre dénouement sanglant susceptible de porter un coup dur ou fatal au rêve de fraternité — encore que l'enclave algéroise de Wagner aura tenu nettement plus longtemps que l'utopie de Parleur. Rêves de Gloire s'achève toutefois avant que les menaces qui pèsent sur l'existence de la Commune d'Alger se concrétisent.

La dictature militaire en France, qui est le reflet de l'avènement de Pinochet et consorts dans notre propre histoire, est à la fois l'élément déclencheur de l'insurrection libératrice d'Alger et une constante des uchronies : la conservation de la somme de bonheur collectif. Pour que l'Algérois soit heureux, il faut en quelque sorte que la France soit malheureuse. Sinon, ce ne serait pas crédible. Les uchronies trop tranchées — dans le sens de l'utopie ou de la dystopie — passent plus difficilement la rampe. En même temps, il est vrai que le malheur de uns peut stimuler les efforts des autres. En ce sens, l'événement n'est pas gratuit. Néanmoins, le souci de vraisemblance qui perce à quelques reprises dans le roman contribue à une certaine grisaille entretenue par les flous artistiques voulus par l'auteur. Les demi-teintes du réalisme s'opposent aux couleurs plus franches du rêve. L'utopie reste en partie un mirage aperçu de loin.

Cela dit, cette dimension de l'ouvrage demeure relativement secondaire. Pour retenir l'attention du lecteur, Wagner mise plutôt sur des mystères emboîtés, dont la clé pourrait être fournie par un rarissime quarante-cinq tours dont la quête n'est pas sans danger. Deux générations successives de personnages se croisent, souvent ballottés par des événements historiques qui les dépassent, s'insinuant dans les interstices de l'histoire officielle et cultivant leur jardin si bien qu'il leur arrive en fin de compte de changer un peu le cours des choses. Sous le nom de « gloire », l'acide lysergique diéthylamide (LSD) alimente les rêves et accouche les ambitions des personnages les plus actifs, d'où l'intitulé du roman. Mais ce titre a des sens multiples et Wagner pointe aussi les ambitions encore actives à l'occasion aujourd'hui (Sarkozy en Libye, etc.) d'une certaine classe politique française et d'une certaine époque.

Wagner signe un roman choral, raconté par des personnages qui restent essentiellement anonymes et dont les voix ne se distinguent guère, mais qui, en les unissant, composent quelque chose qui est plus symphonique que polyphonique, comme si c'était la trame même de l'uchronie qui s'exprimait. Au passage, le lecteur aura trinqué une dernière fois avec Alain le Bussy, qui offre une bonne bière d'abbaye à un des nombreux narrateurs. D'ailleurs, l'évocation par Wagner d'un mouvement d'idéalistes et de rêveurs qui ont occupé la vieille casbah d'Alger pour en faire une sorte de ghetto fraternel peut également faire penser à l'évolution d'autres petits milieux, à commencer par le fandom de la sf française. Peut-être que ce n'est qu'une parenté d'esprit ou peut-être que les vétérans de l'époque héroïque reconnaîtront d'autres allusions.

Un compte rendu de Rêves de Gloire serait forcément incomplet s'il ne faisait pas état de l'autre uchronie au coeur du roman, soit celle qui est musicale et non politique, et qui transforme l'histoire du rock. Pour un lecteur qui ne connaît pas plus qu'il ne faut les annales musicales des années soixante, l'uchronie imaginée par Wagner restera à certains égards lettre morte, mais le déploiement d'érudition réelle ou inventée doit produire le même effet sur les initiés qu'un bon texte de sf dure qui procure un plaisir de connaisseur né du jeu avec la connaissance scientifique.

Toutefois, une réécriture de l'histoire du rock pour que la musique des années soixante et soixante-dix se soit faite plus en français, avec des vautriens francophones qui anticipent à Alger les hippies californiens, témoigne d'une audace déjà séduisante. Au fond, c'est une expérience linguistique qui ne peut que parler à un Canadien et Wagner va jusqu'au bout en offrant quelques échantillons de paroles en français.

À tous les égards, donc, Wagner signe un ouvrage complet qui réinvente l'histoire, la politique et la culture pour façonner une réalité qui finit par nous convaincre qu'elle valait la peine d'être imaginée.

Jean-Louis Trudel
Culture des futurs

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Wagner - Rêves de gloire - Chronic'Art
Posté le 08 octobre 2012 -

Roland C. Wagner
R.I.P.

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris cet été (le 5 août 2012) le décès de l'écrivain Roland C. Wagner. Il était le seul punk-hippie que nous aimions. Formé à l'école du Fleur Noir Anticipation, Roland Wagner traçait le sillon d'un SF française "populaire", au sens le plus noble du terme, qui ne souffrait d'aucun complexe vis-à-vis de la littérature générale ou de l'écrasante grande soeur anglo-saxonne. Prolifique (plus de cent nouvelles, une cinquantaine de romans et de traductions en pagaille), l'auteur des Futurs Mystères de Paris, Le Temps du voyage et HPL incarnait l'esprit du fandom, sa générosité, son érudition, ses facéties et ses innombrables querelles de clocher. Son dernier roman, Rêves de Gloire (L'Atalante, 2011), une uchronie magistrale sur la Guerre d'Algérie saluée par de nombreux prix, fera date dans l'histoire de la SF. So long, le Punk.

 M-P. B.
Chronic'Art

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Wagner - Rêves de gloire - Chronic'Art
Posté le 08 octobre 2012 -

Roland C. Wagner
R.I.P.

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris cet été (le 5 août 2012) le décès de l'écrivain Roland C. Wagner. Il était le seul punk-hippie que nous aimions. Formé à l'école du Fleur Noir Anticipation, Roland Wagner traçait le sillon d'un SF française "populaire", au sens le plus noble du terme, qui ne souffrait d'aucun complexe vis-à-vis de la littérature générale ou de l'écrasante grande soeur anglo-saxonne. Prolifique (plus de cent nouvelles, une cinquantaine de romans et de traductions en pagaille), l'auteur des Futurs Mystères de Paris, Le Temps du voyage et HPL incarnait l'esprit du fandom, sa générosité, son érudition, ses facéties et ses innombrables querelles de clocher. Son dernier roman, Rêves de Gloire (L'Atalante, 2011), une uchronie magistrale sur la Guerre d'Algérie saluée par de nombreux prix, fera date dans l'histoire de la SF. So long, le Punk.

 M-P. B.
Chronic'Art

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Wagner - Rêves de gloire - Voixdegaragegrenoble
Posté le 01 février 2013 -

En préambule je dirai que voici le roman qui m’a le plus passionné, impressionné, excité ces 15 dernières années (depuis « L’homme dé » de Luke Rhinehart, il surpasse « Shinhead » de John King qui m’avait rendu 2012 formidable).

Je l’ai découvert grâce à un article très enthousiaste d’une page dans le n°56 de l’excellent Dig It Fanzine. Si je serai plus court je n’en serai pas moins enthousiaste !!!

Livre Monde de 700 pages Rêves de gloire est une ‘uchronie Rock’ (mais bien sûr tellement plus que ça) où, pour vous donner une idée de ce monde parallèle, les Beatles n’ont sortit que trois 45 tours. Où Tim Leary a débarqué à Biarritz pour faire découvrir son LSD (qui est ici appelé La Gloire, c’est d’ailleurs un des gros charme de ce roman : la façon toute personnelle dont son nommée les choses que se soit les différentes chapelles du Rock, les techniques informatiques…). Un monde proche de celui que nous connaissons mais où quelques petits éléments ont divergés, ce qui a, selon la théorie du battement d’aile d’un papillon, provoqué finalement de gros changements. Par exemple: Alger est devenue une commune, autonome de l’Algérie et de la France (où a eut lieu un coup d’Etat militaire en 1973)… Livre utopique et réaliste. Et surtout : gros roman totalement maîtrisé avec un mode narratif particulier fait de très courts ‘chapitres’ racontés par des personnages anonymes qui donnent à voir les différentes facettes des événements… des gens de classes, religions, origines, aspirations différentes, qui à de rare exceptions accepteraient parfaitement de vivre ensemble. Cependant malgré ce procédé qui pourrait paraître compliqué le roman est extrêmement fluide est aisé à lire. Grâce à la ligne de force constituée par la quête d’un 45 tours ‘maudit’ par un disquaire qui est l’élément principal du livre. Ce qui rend également Rêves de gloire fascinant c’est l’excitation crée grâce à son style limpide et par l’univers global engendré, avec ces histoires de personnes différentes qui se croisent ou pas, se complètent, se juxtaposent, s’interpénètrent, réagissent et interagissent, ou juste : existent.

Bref la GROSSE BAFFE ! Une œuvre unique, totalement impressionnante et jubilatoire !!

Un livre qui ne vous lâche pas les yeux et dont certaines particules s’impriment en vous (et je fais le pari qu’elles y resteront longtemps).

Bertrand Tappaz

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Wagner - Rêves de gloire - Abus dangereux 126
Posté le 12 avril 2013 -

« Uchronie Rock » ou les Beatles n'ont sorti que trois 45 tours. Où Tim Leary a débarqué à Biarritz pour faire découvrir son LSD (appelé La Gloire, c'est un des gros charme de ce roman ; la façon personnelle dont sont nommées les choses que ce soit les différentes chapelles du rock, les techniques informatiques…). Un monde proche de celui que nous connaissons ou les petits éléments ont divergé : Alger est devenue une commune autonome…

Gros roman totalement maîtrisé avec un mode narratif particulier fait de très courts « chapitres » racontés par des personnages anonymes qui donnent à voir les différentes facettes des événements… Des gens de classes, religions, origines, aspirations différentes, qui à de rares exceptions accepteraient de vivre ensemble.

Le roman est fluide, aisé à lire grâce à la ligne de force constituée par la quête d’un 45 tours « maudit » par un disquaire qui est l’élément principal. LA GROSSE BAFFE ! Une œuvre unique, impressionnante et jubilatoire !

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Wagner - Rêves de Gloire - Tsugi
Posté le 03 août 2015 -

CREVURES ET DIRTY GONZESSES

C'est au génial Roland C. Wagner qu'on doit, avec Rêves de gloire, la plus excitante entreprise de réécriture fictionnelle de l’histoire du rock, un genre musical qui serait né en Algérie au début des années 60, avant que San Francisco ne l’importe en 1967. De Gaulle a été assassiné en 1960 et l'Algérie a connu une partition au milieu des années 70 : seule la ville d'Alger est restée française. Nous sommes au début du XXIe siècle et un collectionneur de disques, spécialiste du "rock psychodélique", évoque ses souvenirs en traquant la perte absolue, un simple des Glorieux Fellagas, sorti en 1969, avec le titre "Regarde vers Lorient"... On croise un certain Timothy Leary, obsédé, comme toute la jeunesse, par une drogue merveilleuse, Ia "Gloire" ; on rencontre les communautés de "Vautriens" de Bab El Oued, pacifistes et athées: "Nous vivons dans le péché, mais dans la légalité, et nous buvons du chouchen en attendant la fin du vieux monde." Le "psycho algérois" est alors en vogue et, outre les Cravates à Pois, il y a Dieudonné Laviolette, Marcel et ses Clodos, les Humains et le Djerbouka Électrique, qu'on entend grâce aux radios pirates qui émettent à partir de cargos ancrés au milieu du canal de Suez. Wagner est intarissable sur la scène de Tizi Ouzou, jusqu'à la grande explosion punk de 1976, qui a pris la Kabylie par surprise, avec les Cicatrices, les Crevures et les Dirty Gonzesses qui chantent en tamazight leurs désirs d'émancipation. Enfin, le "rock psychodélique" "qui n'a jamais été une musique blanche, ou alors très ponctuellement" est arrivé de l’autre côté de la Méditerranée, où se développait le "gymnase rock" : on se souvient du grand Été Insensé, à Biarritz, où une allumée s'était mise à repeindre la cathédrale avec du vernis à ongles, où un festival de rock sauvage s'était tenu dans l'arrière-pays, où l'on a dansé pendant trois jours pour la paix en Algérie et au Vietnam.
On y était forcément. Parce que le rock, c'est déjà une fiction et, de toute façon, si on se souvient des années 60, c'est qu'on ne les a pas vécues, comme l’affirmait Jim Morrison juste avant de mourir d'un accident de moto au début des années 2000.

Cédric Fabre - Tsugi

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Wagner - Rêves de Gloire - Mobilis
Posté le 12 novembre 2015 -
Rêves de Gloire, de Roland C. Wagner, paru chez l’Atalante en 2011, appartient à la catégorie des romans qui, dès la dernière page tournée, nous donne l’envie d’en parler, avec l’espoir qu’il suscitera le même engouement dans notre entourage, le même plaisir partagé. […]

[Un] contenu foisonnant, coloré, labyrinthique. En un seul mot cette fois : kaléidoscopique.

[…] Habituellement, une uchronie présente un point de divergence historique ; à l’auteur ensuite de décrire le monde tel qu’il aurait pu être. Mais Wagner multiplie les points de divergence (l’assassinat de Charles de Gaulle, la tentative d’assassinat ratée de Kennedy, l’intervention ratée des Soviétiques en Hongrie en 1956, etc.) pour plonger son lectorat dans une histoire alternative, un espace-temps réinventé.

L’espace, c’est l’Algérie. […] Wagner modifie les événements et ainsi change l’histoire, mais les hommes restent les mêmes et leur environnement, quoique différent de notre réalité, n’est ni pire ni meilleur. La tentation de l’utopie ou de la dystopie n’effleure pas l’auteur, qui aurait pu s’approprier les paroles d’un certain Snake Plissken, entendues dans le film Escape from L.A. : “The more things change, the more they stay the same.” (“Plus ça change, plus c’est la même chose.”)

Le temps, ce sont les sixties. Certes, le lecteur se promène sur toute la seconde moitié du XXe siècle, mais les années 60 se taillent la part du lion, avec sa musique, qui passe du “gymnase” au “psychodélisme” (de la pop au psychédélisme), sa “Gloire” et ses “vautriens”. […]

L’Algérie des sixties, Roland C. Wagner la connaissait bien, lui qui est né à Bab El Oued en 1960. Il lui a fallu près de vingt ans pour écrire ces Rêves de Gloire, son meilleur roman, et aussi son plus personnel. Son uchronie s’affranchit des lois du genre et dépasse le cadre de la science-fiction. À défaut de devenir un classique de la littérature française, qui ne voit pas d’un bon œil l’intrusion de l’imaginaire dans la fiction, il s’impose comme un roman incontournable de la science-fiction française, récompensé par plusieurs prix : grand prix de l’Imaginaire, nouveau grand prix de la science-fiction française, prix européen Utopiales, prix ActuSF de l’uchronie et prix Rosny aîné (posthume).

S’il y a un seul reproche à formuler sur ce roman, c’est à la réalité que nous le ferons. Roland C. Wagner est décédé en 2012 dans un accident de voiture, comme Albert Camus, qu’il avait ressuscité dans les 700 pages de ses Rêves de Gloire. Ironie du sort nous privant d’une œuvre future qu’il nous reste, à nous lecteurs, à imaginer.
 
Romain Allais
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Mobilis
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Wagner - Rêves de gloire - ActuSF
Posté le 26 août 2016 -
Rock psychédélique : Rêves de gloire
 
Le Général De Gaulle a été assassiné le 17 octobre 1960, au matin, alors que sa DS passait le long de la Croix de Berny. Du coup, l’histoire de la France et de l’Algérie basculent. Il n’y aura pas de putsch des généraux, ni d’accords d’Évian, et les régions Alger et d’Oran restent des départements français.. Retour au présent, à Alger, où un collectionneur de disques entend parler d’un vinyle mythique avec le titre "Rêve de gloire", une pièce rare des années soixante-dix sur les traces de laquelle il va se lancer.
 
Uchronie dense de sept-cents pages, Rêves de gloire est LE grand œuvre du défunt Roland C. Wagner. Véritable récit polyphonique aux multiples voix, le roman revisite l’histoire de l’Algérie à travers les Vautriens, un mouvement alternatif. De Timothy Leary et la drogue en passant par la politique, et bien sûr, la musique, Roland C. Wagner tisse un tableau bluffant de cette France/Algérie uchronique, sans jamais nous perdre. Et si le trip ne vous suffit pas, vous pourrez vous replonger encore un peu dans cet univers avec Le Train de la réalité, de courts textes qui sont autant de faces B de Rêves de gloire.
 
ActuSF
http://www.actusf.com/spip/5-romans-musique-et-imaginaire.html
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Dmitry Glukhovsky, invité de l'émission 28 minutes
Posté 28 juin 2018 -

Le 27 juin dernier, Dmitry Glukhovsky était invité sur le plateau de 28 minutes pour une émission spéciale consacrée à l'actualité internationale. 

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John Scalzi, lauréat du Locus Award
Posté 26 juin 2018 -

Merveilleuse nouvelle ! John Scalzi est lauréat du Locus Award dans la catégorie roman avec The Collapsing Empire
Roman prévu en 2019 à L'Atalante.

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Quand Honor se féminise
Posté 25 juin 2018 -

« Le lieutenant Jane Smith entra. Elle était fatiguée. »

Ah, non, se dit le traducteur, ça ne va pas. Le sujet de la phrase est « Le lieutenant Jane Smith », donc masculin. Bon, alors, reprenons :

« Le lieutenant Jane Smith entra. Il était fatigué. »

Oui, mais c’est une femme, ce lieutenant, c’est tout de même ennuyeux de le désigner par « il ».

Et, dans tous les romans de David Weber, en collaboration ou non avec Eric Flint, le même problème surgissait à chaque page ou presque.

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Manuscrits
Posté 01 février 2018 -

La session de janvier de réception des manuscrits est close. Avec 885 titres reçus, nous avons du pain sur la planche ! C’est pourquoi, si vous souhaitez nous envoyer votre texte, nous vous prions d’attendre que nous ouvrions une nouvelle session – nous l’espérons courant 2018. Cela dépendra du temps que nous prendront le grand nombre de textes reçus. Suivez-nous sur les réseaux sociaux au fil des mois pour plus d’informations.

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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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