La terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Seul atout de l’humanité : les réacteurs Alyscamps qui puisent l’énergie dans les dimensions non exprimées de la réalité.
Dans ce monde les adolescent sont victimes d’une étrange maladie, la Plaie, qui les rend capables de créer ex nihilo, semble-t-il, toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.
Le monde les rejette.
Quentin est un Plaguer, sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées partout où elle passe. Ils se rencontrent lors de leur incarcération dans la Réserve parisienne…
Chez Jeanne-A Debats, aucune crainte des ambiguïtés de la nature humaine, aucune inhibition quant à notre évolution. Une vraie rencontre de l’émotion et de la raison.
L’ensemble est fluide et se lit très bien, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vite. L’auteur a un style agréable à lire, on tend vers une simplicité dans la forme plutôt bienvenue. Au passage, la couverture de Frédéric Perrin est franchement belle, il est d’ailleurs à l’œuvre pour plusieurs des belles couvertures de l’Atalante.
C’est un roman agréable à lire que je peux me permettre de vous conseiller.
Illman
Le roman de Jeanne-A Debats s'amuse donc avec beaucoup de concepts SF qu'il mélange avec des histoires conflictuelles d'adolescents, le tout écrit avec une plume qui semble parfois aussi à vif que les personnages, comme si elle connaissait et subissait également toutes ses souffrances. Ça n'en devient alors que plus poignant, plus fort, et fait donc subir toute une palette d'émotions aux lecteurs qui se seront aventurés en ces pages.
Mélangeant science et poésie, Jeanne-A débats livre donc là un roman surprenant et dont il est difficile de parler sans trop en révéler. À la fois court et intense, Plaguers est un livre qui cache ses ambitions pour finalement mieux nous les envoyer à la figure lors d'un final intense, plein d'émotions et sensible où la forme brillera autant que le fond et où les destins se dessineront alors dans les larmes...
Stegg
Si quelqu'un devait découvrir Jeanne A Debats aujourd'hui, quel(s) livre(s) lui conseillerais-tu pour commencer ?
J’ai des textes préférés : Fugues et fragrances et Stratégies du réenchantement dans mon recueil, la Ballade de Trash en jeunesse et Plaguers; qui vient de sortir. Mais je ne sais pas si on « doit » commencer par ceux-là…
Plaguers est un bouquin d’anticipation (ou de SF). Mais c’est pour moi, avant tout un roman d’apprentissage, initiatique. On y retrouve même les trois phases qui découpent un tel roman à savoir : * jeunesse * apprentissage * maitrise, et c’est au final cela qui le rend si attachant, si prenant. Bien plus que la déclinaison du thème de l’apocalypse qui menace notre planète et qui sera évité que grâce à l’action de quelques héros.
Après tout, de tel bouquins, il suffit de soulever une caisse de bouquins pour en trouver une tripotée. Et même si, je n’ai rien à dire, le thème en question est très bien traité, lui ajouter ce cheminement des héros, de l’enfance à l’age adulte, rend le bouquin vraiment plus accrocheur. Il ne faudrait toutefois pas penser, parce que je dis cela, que ce n’est qu’un bouquin pour ados, qui pourront s’identifier facilement aux personnages. C’est vrai que ça sera surement le cas. Mais pas seulement. Ou alors David Copperfield, l’alchimiste et En terre étrangère (de Robert Heinlein) sont des bouquins pour ado …
Si je cite En terre étrangère, ce n’est d’ailleurs pas pour rien. Parce qu’en lisant Plaguers, je n’ai pu m’empêcher de penser à deux autres livres. Le premier de ces deux livres étant donc, En terre étrangère (qu’il faut absolument que vous lisiez si ce n’est pas déjà fait, c’est vraiment un des chefs-d’œuvre de Heinlein). Il me semble d’ailleurs que l’auteur de Plaguers y fait référence lorsqu’un des personnages dit, en parlant d’Illya, que c’est une étrangère en terre étrangère. (le titre anglais d’en terre étrangère étant, étranger en terre étrangère). Le deuxième c’est La Plaie, de Nathalie C. Henneberg, un bouquin dont j’ai l’une des rééditions, publiée, tiens coïncidence rigolote, par l’Atalante. La plaie du bouquin de Henneberg est, il est vrai, très différente de celle de Plaguers. C’est une force d’origine inconnue qui rend les gens fous, les transformant en nocturnes qui ne vivent que pour détruire et faire souffrir. Une équipe de mutants, voyants, télépathes, sensitifs, va alors tenter de sauver la galaxie du mal. Peu de similitude avec Plaguers me direz vous…à part le mot Plaie. C’est vrai. Mais dans les deux bouquins, il y a la même sorte de poésie prenante. De poésie silencieuse, cachée, sans vers ni rime mais qui pourtant est là, bien présente, dans chaque situation, dans chaque description, dans le choix des mots, dans les souvenirs et les ressentis qu’ils font naître …
Je crois que je pourrais continuer à écrire longtemps sur Plaguers. Parler des sujets de réflexions abordés à travers le ‘truc’ des discussions entre personnages, comme le problème de l’écologie ‘de riche’ qui en transformant des terres utilisées pour nourrir les populations locales en champ à biocarburant, génère famine et malheurs au sein même des populations qui cultivent les dit champs. Parler plus encore de l’histoire, de comment tout au long du bouquins, de petit indices sont déposés, pour préparer à la fin du bouquin, comment le style d’écriture est plaisant, fluide et agréable à lire.
Mais bon, j’ai assez écrit, assez parlé. Alors je ne dirais plus qu’une chose : Je vous conseille sincèrement de lire ce bouquin.
L’univers de ce livre, doux et rude à la fois, clos et ouvert, quotidien et extraordinaire, est envoûtant. Le style de Jeanne-A Debats est fluide, entraînant et simple à la fois. L’auteure prend le lecteur par la main pour lui montrer le chemin qui se déroule sous ses yeux dans une logique implacable, mais le laisse seul face à son ressenti. Et quel ressenti !
C’est un torrent d’émotions qui se déverse au fil des pages, doux et violent à la fois, bouleversant. Il y a de la magie dans l’air, une alchimie redoutable qui capture et laisse l’esprit à la merci de multiples sensations. Plaguers est une œuvre harmonieuse, poétique, forte. Point de retournements de situation ou de grande action, les rouages s’enclenchent avec naturel et facilité dès la première page pour amener vers une fin qu’il est possible de deviner, mais qui ne perd rien de sa puissance. Le parcours est aussi naïf et cette naïveté est belle, ne faisant que contribuer à la sincérité de l’ouvrage.
Plaguers est une vague qui naît dès les premiers mots puis enfle, gronde, roule vers la falaise contre laquelle elle ne s’écrase qu’en dernière page, laissant le lecteur secoué.
Ce roman est un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Simple, beau, à l’image de ses personnages, il prend aux tripes et bouleverse le lecteur. Plaguers c’est une aventure humaine, une aventure de l’Humanité même, un beau voyage. C’est aussi une évidence. Il n’est pas aisé de savoir si tous les lecteurs se sentiront concernés par ces questionnements identitaires personnels et sociaux, mais ceux qui le seront ne regretteront pas le voyage.
Merci Jeanne-A Debats pour cette merveille, se replonger dans ses sensations pour écrire cette chronique fait ressurgir ce tourbillon ressenti à la lecture. Autant dire que ça n’arrive pas tous les jours et qu’il serait dommage de passer à côté de ce récit simple, vrai, bouleversant. Un coup de cœur qui se passerait presque de commentaires.
Lelf.
Jeanne-A Debats pousse aussi à ses extrêmes le concept de gestalt avec ses Uns et ses Multiples, résultat de l’évolution des Plaguers dans les Réserves où ils sont parqués. Elle réussit le tour de force, commençant avec des personnages jeunes et "paumés", de faire évoluer de manière toujours prenante, grâce à son écriture élégante et précise, et ses personnages et l’intrigue, pour aboutir à une dimension cosmique, aux accents à la fois poétiques et lyriques : le lecteur n’oubliera pas de sitôt les scènes finales du roman, superbes dans leurs envolées.
Vous l’avez compris, j’ai adoré ce livre qui confirme, pour moi, la place de Jeanne-A Debats parmi les plumes les plus talentueuses et originales de la SF française contemporaine.
Jean-Luc Rivera
[…] Le plus étonnant dans ce roman est la complexité du scénario, de l’imaginaire développé par l’auteur, tout en gardant une simplicité surprenante.
Ici pas de prise de tête : le lecteur est là pour se faire plaisir et cela va être le cas. Parvenir à raconter une histoire complexe avec simplicité, en parlant de choses graves, est un don rare que Jeanne-A Debats a obtenu on ne sait comment à la naissance, et cela pour notre plus grand plaisir. Le final parvient sans mal à jouer avec nos émotions les plus pures en nous prenant réellement aux tripes, retournant une situation que le lecteur croyait acquise au début du roman.
Magnifique et empreint de valeurs et de véritables réflexions sur l’humain, sur l’ostracisme, ce roman rempli à merveille son rôle en édifiant le lecteur quant au futur de l’être humain mais aussi et surtout sur sa nature.
Plaisant à lire, et pourtant éminemment sérieux lorsque l’on lit entre les lignes, Plaguers entre dans la catégorie de ces romans exceptionnels qui quoi qu’il en soit laisseront au lecteur un souvenir impérissable de plaisir et de réflexion.
Voici bien un des tous meilleurs romans d’anticipation que j’ai lu depuis très longtemps ! Je suis admiratif devant la qualité, que dis-je ; les qualités nombreuses de cette histoire qui passe de la dystopie la plus angoissante à une utopie emplie d’espoir. Plus qu’un roman, c’est aussi – et peut être plus encore - une fable humaniste, un conte idéaliste qu’il faut accepter comme tel.[...]
Ce livre sort du lot à un autre titre : le style, l’écriture en font une lecture facile, agréable ; en un mot comme en cent, il se lit d’une traite ! Le narrateur est le personnage central qui entre sa densité intrinsèque, sa « bonne nature », la découverte progressive d’un nouvel univers et le deuil de son adolescence dorée donne de la substance autour du fil rouge de son évolution vers… une autre vision de la maturité.Nous avons affaire à une belle plume, ne boudons pas notre plaisir : dialogues enlevés, tonalité douce-amère, personnages attachants, introspections opportunes du « héros », construisent un récit très bien équilibré, qui sonne juste, sans temps mort et paradoxalement sans véritable « action » ou pic d’adrénaline … apaisant. [...]
8,5/10 Si on peut trouver dans Plaguers un sacrifice à l’effet de mode un rien répandu qui veut que des adolescents écorchés vifs et idéalistes se retrouvent dans un huis clos pour refaire le monde, la trame de fond, la portée du message, la qualité de l’écriture et le final en font un livre à lire absolument. Jeanne-A Debats nous régale en nous livrant un roman transgénérationnel, sciemment candide, qui balaye l’air de rien une foule de concepts et d’idées plus profonds qu’il y paraît.
Période faste pour Jeanne-A Debats. Après son recueil de nouvelles, Stratégies du Ré-enchantement, paru chez Griffe d'encre en mai dernier ( ouvrage critiqué dans le précédent Bifrost par Philippe Boulier), c'est désormais au tour de Plaguers, chez l'Atalante cette fois. Dans ce roman, le premier de l'auteure en collection « adulte », cette dernière revient sur ses thèmes de prédilection et pousse plus loin certaines idées abordées dans ses nouvelles : un groupe d'individus différents doit vivre, voire survivre, dans un environnement hostile, un monde dévasté par le manque d'attention qu'on lui a porté. [...]
Plaguers s'avère en définitive un roman profondément humain et non dénué d'optimisme en dépit de la noirceur du monde décrit, malgré la violence de certains sentiments, de certains personnages. On pourrait presque parler de naïveté – un reliquat, peut-être, des habitudes prises par l'auteure au cours de l'écriture de ses romans « jeunesse ». Mais tout cela demeure remarquablement mené, avec une belle justesse dans les portraits, un réel enthousiasme bienveillant, au point qu'on se laisse emporter dans ce récit d'un avenir certes sombre mais où palpite encore l'espoir.
Dans ce roman ambitieux et atypique, Jeanne A-Debats propose une science-fiction pleine de sensations et d'émotions. Ses personnages, très inattendus pour certains, évoluent et se métamorphosent dans un univers hors du commun mais qui fait écho à des préoccupations contemporaines – l'environnement, l'épuisement des ressources naturelles, le renouvellement des sources d'énergie, la montée des inégalités et la violence de l'exclusion. Plaguers a été sélectionné pour le prix Bob Morane 2011.
Les Plaguers sont apparus dans une société post-apocalyptique totalitaire vers 2105, après la grande Extinction (disparition des espèces vivantes à l'exception de l'être humain à cause d'une pollution prégnante). Ces jeunes adolescents souffrent de plaies, d'anomalies génétiques (don ou malédiction selon le point de vue). Ils peuvent faire réapparaitre des espèces disparues, manipuler les éléments (eau, terre, feu, air), faire pousser différentes formes de végétation, etc. Haïs et rejetés pour leurs singularités, ils sont regroupés de force dans des réserves, sortes de domaines non pollués, isolés et paradoxalement paradisiaques. Quentin, le narrateur, raconte son apprentissage de la vie avec son amie Ilya dans cette société protégée, structurée et hiérarchisée même si souplesse et tolérance sont la règle. Cette réserve a ses rites, ses conflits, ses secrets, ses tragédies, d'autant plus qu'elle est en partie constituée d'adolescents perturbés, aux problèmes identitaires complexes. En outre, ces jeunes mutants ne sont aucunement coupés du fonctionnement du monde et les inquiétantes perturbations énergétiques de « l'extérieur » constituent une menace tout aussi grave pour eux que pour le reste de l'humanité.
Marie-Françoise Brihaye - Lecture Jeune n°137
2010, l'année Debats ? Ça se pourrait bien. Après L'enfant-satellite, un petit roman pour enfants, La Ballade de Trash, pour ados – et adultes que les étiquettes n'effrayent pas -, tous deux publiés chez Syros, dans la collection Soon, et un recueil de nouvelles, Stratégies du réenchantement, chez Griffe d'Encre, voici venir Plaguers, son premier « roman pour adultes », qui paraît aux éditions de l'Atalante.
Nous sommes au XXIIe siècle, dans un futur post-apocalyptique. L'humanité se remet difficilement de l'Extinction de 2105 qui a vu disparaître la plupart des espèces animales et végétales. La Plaie est apparue, phénomène étrange et repoussant. Ainsi, de l'eau s'écoule des mains et des pieds de Quentin, comme de stigmates christiques, et sur le passage d'Illya des plantes apparaissent et poussent à foison. La société humaine ne pouvant tolérer de tels individus en son sein, tous deux sont relégués dans un centre, une réserve où l'on enferme les anormaux comme eux. Ils y rencontreront d'autres plaguers, dont certains donnent vie à des abeilles, pourtant éradiqués, ou encore à des loups. Ils rencontrerons aussi les Uns, et d'autres créatures plus étranges encore. Et ils apprendront beaucoup sur la Plaie, sur son origine et ce vers quoi elle les pousse, malgré eux.
Un roman qui démarre en trombe, une histoire passionnante avec des personnages fascinants, une thématique forte – rejet de la différence et dégradation de l'environnement –, une grande originalité et un style qui vous prend et ne vous lâche pas, voilà Plaguers. Et puis... et puis l'histoire évolue vers des thèmes plus adultes, des scènes plus... bizarres dont je n'ose trop vous parler de crainte de vous en gâcher la surprise. Et puis, rapidement, on se fiche des étiquettes, parce qu'on a entre les mains un excellent bouquin et que c'est ça qui compte.
Et si je vous dis qu'en plus, ce roman captivant s'achève par un final époustouflant, une apothéose qui laisse comme deux ronds de flanc, un festival de mots et de couleurs, je pense que vous aurez compris le message : c'est du tout bon ! À lire absolument.
Lucie Chenu – Galaxies
Futur proche, quelque part en banlieue de Paris. Un matin de septembre, Quentin passe les portes d’une institution qui accueille les adolescents affectés de la « plaie », dont il devient pensionnaire. Comme la farouche Illya qui arrive le même jour que lui, comme Fred et Leila qui les accueillent, Quentin est un mutant. Un monstre, condamné à vivre à l’écart du reste du monde. Chacun souffre d’un mal différent, chacun a son pouvoir, qu’il faut apprendre à contrôler, à apprivoiser. Dans cette communauté de déviants, le jeune homme trouve progressivement sa place, mais apprend également que sa métamorphose n’est pas terminée. Le retour parmi les hommes, sur cette terre ravagée, empoisonnée qui est la nôtre, ne sera jamais possible. Quentin apprend à l’accepter. Mais de son côté, Illya rejette avec colère la terrifiante transformation physique qu’elle est condamnée à subir et se révolte, jusqu’à mettre en péril sa vie même. Jeanne A. Debats, auteur de nouvelles remarquées, livre dans ce premier grand roman une fable à la fois amère et optimiste sur l’adolescence, qu’on lit l’estomac noué par l’émotion, et la place d’emblée comme l’un des écrivains français les plus talentueux dans le domaine de la science-fiction. Pour adultes et adolescents.
TMagazine
Une précision, tout de suite : Jeanne A.Debats, récemment apparue dans les rayons des (bons) libraires, s’est tout de suite imposé avec un premier texte remarquable : « La vieille Anglaise et le continent », un court roman publié en 2008 et qui a raflé la bagatelle de quatre des plus prestigieux prix littéraires du genre, excusez du peu ! Depuis, elle a continué à s’imposer, avec notamment un bien beau recueil de nouvelles, « Stratégie du réenchantement »… jusqu’à ce qui sans doute un aboutissement, avec ce brillant Plaguers, roman tout juste couronné par le prix Bob Morane.
Plaguers, c’est avant tout comme La vielle Anglaise …, un plaidoyer pour l’écologie, efficace et sans concession. Un plaidoyer appuyé sur une trame connue sans doute, mais forte. La Terre est polluée à l’extrême, l’écologie n’est plus qu’un souvenir et les animaux ont disparu. Les adolescents sont atteints par la Plaie, une étrange maladie qui altère les perceptions, et donne le pouvoir de canaliser l’énergie… Rejetés, traités comme des parias, les Plaguers vont peut-être éviter la catastrophe qui guette le monde.
Le propos de Jeanne A. Debats est clair, sans ambages. L’auteur est une militante, et son écriture, toujours chargée d’émotion et d’une certaine empathie, est limpide. Sur l’exemple de ses autres textes, Plaguers est à lire sans attendre.
Christian Robin - Courrier Français
Sur une Terre qui lentement connaît son crépuscule, et d'où toute trace animale et végétale disparaît peu à peu, les réacteurs Alyscamps sont apparus comme la seule issue possible à un sort funeste. Sorte de canaux puisant dans d'autres dimensions de la réalité ce qui est nécessaire à la subsistance humaine, ces réacteurs ont eu un effet notoire sur la nouvelle humanité qui vient d'éclore sur Terre. La Plaie est devenue comme un don et une malédiction pour les adolescents. Voilà qu'ils deviennent capables d'engendrer des créatures, des prodiges, ainsi que de maîtriser les éléments telle une seconde nature. A cause de ce don, ils se voient exclus, rejetés, à cause de ce pouvoir presque divin voilà qu'ils deviennent les parias d'un monde ne supportant plus les splendeurs dont il avait été doté jadis. Fleurs, source, prodiges, créatures, tout est devenu suspect, et ces adolescents mutants les monstres d'une humanité qui se refuse au miracle de l'espèce pour préférer la mort lente. Illya et Quentin font partie de cette seconde humanité, et si l'une fait naître des orchidées plus belles que nature, l'autre, Quentin ouvre sous ses pas les sources qui animent et vivifient la vie. Reclus de " La réserve parisienne ", ces deux derniers ignorent jusqu'à quel point ils sont nécessaires à leur Terre. Devenus les médiateurs d'une force abrasive et toute puissante ils semblent constituer les derniers cobayes propres à juguler des forces qui veulent consumer les dernières étincelles de vie de la Terre. C'est à un double combat auquel on assistera, celui d'une Terre qui pleine à renaître et celui de deux âmes en peine qui cherchent à exister...
Fable écologique aux accents orwelliens, cette histoire mesurée par une prose cérébrale semble militer pour une humanité plus tolérante, même si c'est sans illusion et un très grand réalisme qui de faire confère à ce roman une maturité étonnantes. On pense " A la poursuite des Slans " quant on lit cette histoire déchirante, mais aussi au " Monde vert " d'Aldiss pour ces visions écologiques féériques, même si c'est à l'aune d'une humanité qui bien loin de régresser à un stade végétatif a développé une espèce de déviance, une échappée à sa propre évolution. Dès lors, ces adolescents à part, ces parias mis faces à une norme absolue revivront les affres et les douleurs de toute humanité en marge, tout en faisant de même, la violence étant parfois le meilleur moyen de marquer sa différence en même temps que son droit à exister. Cependant, le message ne se tient pas là, dans cette rupture et l'affrontement d'avec une norme qui les exclue mais bien dans la reconnaissance de cette humanité ambigüe qui ne les a pas acceptés mais pour laquelle ces enfants surhumains vont jouer un peu le rôle d'accompagnateurs.
L'évolution prend ici un tournant singulier, sous les accords magiques d'une jeunesse frôlant le prodige, le miracle, tout cela dans le secret espoir de la maturation. Il ressort du livre de Jeanne-A Debats, un sentiment étrange, une sensation d'avoir communié avec quelque chose de très intime, quelque chose nous faisant dire une nouvelle fois non pas " nous ne sommes pas seul " mais bien " nous sommes bien plus que ce que nous paraissons être ". Altérité et évolution, pouvoirs et savoir, la quête ici n'est pas un échec, mais bien acceptation dans un monde qui toujours manque de quelque chose d'autre, d'un plus, d'un vrai dieu enfin visible et vivant, ou simplement de cette jeunesse pleine d'espérances aux pouvoirs insoupçonnés. Encore une fois, le parallèle avec la quête de maturité de l'enfant demeure centrale ici mais milite aussi une puissante mise en perspective de ce que pourrait être la réaction du genre humain face à ce qui dévie d'une évolution ayant tourné le dos à l'exception, au prodige, au phénomène. La fable ici se confond avec le réalisme sordide du monde tel qu'il est. Le choc n'est pas sans violence ni conséquences malheureuses. Mais ce que montre la fin de ce très beau roman c'est que l'humanité demeure la seule enfant de cette histoire, qu'elle soit prise au sens général qu'en terme d'individualités. Ainsi, le fait de voir ces enfants qui renversent le rapport et deviennent les parents de cette humanité en péril apporte un surcroît d'intérêt à une lecture qu'on redoutait de voir s'achever sur une impasse ou sur une image par trop naïve.
Superbe fable écologique matinée d'une stupéfiante symbolique spiritualiste, le récit se permet en outre de renouveler des thématiques anciennes du genre (pouvoirs paranormaux, etc...) qui par certains aspects évoque la très belle série des " Chroniques du peuple " de Zenna Henderson (Allo, les éditeurs?). Quant à la toile de fond chargée de nous exposer un siècle déliquescent en proie à cette entropie générale si bien célébrée par les récits post apocalyptiques de jadis elle nous dépeint un monde froid, au moyen d'une description précise et tout à fait originale qui pourtant ne sombre pas dans la complaisance ou le sensationnalisme. Ce trait plus réaliste nous installe alors dans une ambivalence romanesque dont les deux pôles, le pouvoir de changer le monde et la pesanteur d'une humanité qui rejette la " surnature ", témoigne de la totale maîtrise de l'auteur qui les a mis en friction. Un exercice difficile dont s'acquitte avec tous les honneurs cette jeune plume pleine de promesse.