Note du lecteur : 8/10
Rapidement, il apparaît que les éléments “sulfureux” souvent mis en avant ne sont pas si nombreux : les personnages, heureusement, ne passent pas leur temps à boire ou à coucher à droite à gauche. Ce sont juste des jeunes gens, pas encore des adultes, un peu paumés, à l’image de Quentin, le “héros” du roman, ou en tout cas souvent mal dans leur peau, malgré l’assurance de façade affichée par certains.
Cet aspect-là est traité avec justesse et une certaine amertume. Voire une certaine complaisance pour le spleen qui semble coller aux pas de “Q”.[…]
Si les Chroniques de Fillory évoquées dans le roman sont un reflet du Narnia de C.S. Lewis, Quentin et les autres ne sont pas de simples faire-valoir. Ils sont au contraire bien plus humains que des parangons de vertu, et la vision de l’auteur se veut donc sans concession dans cette optique.Plus qu’une véritable quête, plus que la découverte d’un monde où la magie existe, avec ses codes et ses références souvent directes à Harry Potter (ah, la bourbasse…) et autres, Grossman nous dépeint de “grands ados” empêtrés dans leurs contradictions et cherchant désespérément quel sens donner véritablement à leur existence.
Par conséquent, le roman se livre parfois à une véritable mise en abyme, serpentant entre fiction et réalité.Tout cela ne signifie pas que l’auteur traite par-dessus la jambe son canevas magique, et plus largement la fantasy. Au contraire. Brakebills et ses rituels sont bien pensés, on passe facilement la porte de cet univers, avec ses différentes sortes de magie, leurs mécanismes, ses figures marquantes, ses secrets et ses dangers…
[…]
C’est bien en effet un conte cruel que Lev Grossman nous offre ici. A nous de savoir si l’on est prêt à sauter le pas. “Tôt ou tard, la magie mène toujours au mal”, nous dit-on. Savoir s’en accommoder n’est évidemment pas simple. Et, comme les protagonistes du roman, il faut être prêt à ouvrir les yeux sur certaines réalités que l’on aurait préféré ignorer. […]
Une plume qui fait mouche plus souvent qu’à son tour, tour à tour plate ou pointue (sans parler de la qualité de la traduction de Jean-Daniel Brèque). Impossible donc de nier ses qualités, quand bien même le voudrait-on ardemment par instants.
Les Magiciens n’est pas un remake de Harry Potter ni du Monde de Narnia ou encore du Seigneur des Anneaux. S’il s’en inspire et Lev Grossman ne le nie en aucune manière, c’est pour bâtir un socle mythologique suffisant pour aller au-delà des champs largement dominés par ses trois œuvres majeures.
Pour cela, en plus d’une plume et une inventivité remarquable, Lev Grosman a simplement incorporé un ingrédient diablement efficace dans la tête de ses personnages : une psychologie réaliste et fort contemporaine.
En effet, si les héros habituels font plus ou moins bonne figure en découvrant les mondes incroyables dont ils ignoraient l’existence avant le début du bouquin, les personnages des Magiciens – et en particulier Quentin, le « héros » – font ce que n’importe lequel d’entre nous ferait : péter les plombs. Et pour assumer des pouvoirs que l’on tire aux forceps de leur corps et de leur âme (c’est un euphémisme !), ils ont recours à des remèdes très classiques comme notamment une consommation plus qu’excessive d’alcool sous toutes ses formes.
Si on ajoute à tout cela l’asociabilité avérée des personnages et un scénario pas piqué des vers (peut-être un poil tordu par moments), il serait bien étonnant que Quentin et ses amis sortent indemnes des quelques cinq cents pages d’un livre que vous aurez bien du mal à refermer.
Guillaume
Coups de cœur des vendeurs
Pour les lecteurs d'Harry Potter qui ont grandi.
Les personnages de cette histoire singulière font tout ce que les ados de Harry Potter ont oublié de faire : ils boivent, couchent ensemble et se rebellent en cherchant désespérément un sens à leur vie. Un bon roman, orginal et sans concessions, qui nous parle habilement de la difficulté de grandir.
Mais le plus impressionnant, c'est que les Magiciens, bien que semblant parfois tourner en rond avec sa description du quotidien des apprentis-magiciens, se révèle très agréable à lire, la plume de Lev Grossman donnant envie de tourner les pages pour arriver au prochain rebondissement ou à la prochaine bonne idée. L'écriture de ce roman est même ce qui le fera sortir des sentiers battus pour les gros lecteurs de fantasy !Puis il y a les personnages comme l'horripilant et nonchalant héros Quentin, sa camarade de classe qui sait tout, Alice, ou encore le punk Penny. C'est en grande partie leur comportement qui fait toute l'histoire de ce roman, qui fait progresser les différentes intrigues. On a l'impression d'avoir affaire à de vraies personnes tout à tour attachantes et exaspérantes et non à de simple stéréotypes.
Ce qui continue de mettre Les Magiciens à part de la production actuelle. À part, c'est peut-être ça qui définit le mieux ce roman, arrivant à la fois à marcher dans pas mal de clichés mais également à s'en éloigner, faisant qu'on ne sait pas trop finalement à quel public il peut bien s'adresser, ni même si tout le monde y trouvera son compte. Mais les romans qui laissent vraiment l'impression d'être particuliers sont trop rares et du coup, il est assez agréable de passer un séjour à Brakebills !
Ce n’est pas un livre pour les enfants. Pas quand Eliot s’adonne à des pratiques sado maso avec d’autres garçons en haut de la tour, pas quand une compagne de classe se fait bouffer par une créature venue d’un autre plan, pas quand tout cela est écrit de telle manière que cela semble réel. Toute la force de ce livre est la : Tout au long de l’histoire, on accompagne Quentin et son point de vue pessimiste et pragmatique sur le monde qui l’entoure. La magie ne nous emporte jamais, et les événements, aussi fabuleux qu’ils soient, demeurent toujours des faits terre à terre.
Le livre se découpe lui même en 4 livres, chacun présentant une partie bien distincte de l’histoire. Le 1er livre prend la place de la moitié du roman, tandis que les 3 autres se disputent l’autre moitié. Ce n’est que dans la 1ere moitié que Quentin mène ses études à Brakevills, dans l’autre moitié… Les choses changeront, bougeront, évoluerons, mais jamais son regard : Apprêtez vous à accompagner un héros dépressif jamais satisfait de sa situation.
Mais pour tout ses défauts, pour son regard, on se retrouve en Quentin – même si on a parfois envie de lui foutre des baffes – et on l’accompagne dans cette histoire qui garde toujours, par une étrange alchimie, un goût de « réalité ».Alors, si vous cherchez du rêve et de la magie, passez votre chemin. Si vous acceptez d’être confronté à l’amertume que vous avez gardé au fond de votre cœur, n’hésitez pas à poser la main dessus. L’intrigue générale est bien ficelé, les personnages sont vivants, l’ensemble a une vie propre qui vaut la peine que l’on se penche dessus.
A dix sept ans, Quentin Coldwater désespère du monde ennuyeux où il vit, le nôtre, si éloigné de ce Fillory dont il a dévoré les Chroniques étant enfant, et où il a niché tous ses espoirs de bonheur. A défaut, toutefois, il a appris des tours de magie. De là à croire que la vraie magie existe... Il est pourtant admis - brillamment, comme d'habitude pour cet élève doué - à l'école de Brakebills, qui forme - en cinq ans - des magiciens, et dont, bien sûr, aucun "normal" ne connaît l'existence. Au moins y rencontrera-t'il des gens comme lui, et même son premier amour, et même des instants de bonheur. Mais là comme ailleurs, le bonheur ne dure pas.
Roman de l'adolescence perpétuellement en quête d'un Ailleurs, c'est là un roman initiatique et son opposé. On pourrait dire qu'il est au genre ce que Don Quichotte est aux romans de Chevalerie. En effet, si les ingrédients habituels sont réunis (une école de magie, une "compagnie" soudée de personnages différents du commun des mortels, une terre rêvée à atteindre, un monstre à défaire pour conquérir une couronne...), c'est pour mieux en ôter toute magie, si j'ose écrire : de l'école de Brakebills, on ne saura à peu près rien, les membres de la "compagnie" sont rassemblés par le hasard, et même pas par leurs talents particuliers, puisqu'on ne sait pas grand-chose de ceux de Quentin, et que de toute façon ça n'a d'importance pour personne, et tout à l'avenant. En quelque sorte, le jeu absurde et incompréhensible de la bourbasse est l'emblème de l'histoire.
Alors, roman de l'absurde essentiel (la recherche de sens ne débouche sur rien d'autre que la mort, ou sur une vie qui n'a pas plus de sens qu'auparavant), ou roman absurde ? En effet, il est difficile d'estimer si l'auteur a volontairement cherché ces effets, tant il y a de fils pendants, tant aussi, parfois, il se laisse emporter par la veine de la fantasy "classique" (le combat dans la caverne, par exemple), alors que l'écriture est "plate" pour d'autres épisodes (l'Antarctique).
Peut-être trop ambitieux pour un public adolescent, agaçant pour un adulte que ces histoires d'ados laissent de marbre, il peut pourtant plaire aux deux par son aspect intrigant et les questions et doutes mêmes qu'il soulève. J'ajouterai par ailleurs que la traduction de Jean-Daniel Brèque est somptueuse.
Ecrite par Mureliane
Ça vous fait penser à un autre livre ? À un autre garçon « pas comme les autres » ? C’est normal, l’héritage du jeune sorcier de Poudlard est revendiqué. Lev Grossman reprend la même idée que J.K. Rowling mais part du postulat que son récit est fait pour les adultes. Donc ici pas de niaiserie gentillette, pas de petites histoires d’amour qui finissent bien, pas de héros en somme, mais des adolescents faisant face à des problèmes « communs » : les liens d’amitié, l’attirance voire l’orientation sexuelle, la question de l’avenir professionnel, l’alcool, la drogue, la vie quoi.Cela amène l’auteur à développer son roman beaucoup plus rapidement que son « modèle » (un seul tome pour quatre ans d’études au lieu de sept pour sept ans), mais, du même coup, il lui reste 250 pages pour imiter (voire singer) un autre classique du genre : Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.Jamais nommées comme telles, on les reconnaît facilement sous l’appellation des « Chroniques de Fillory » d’un certain Christopher Plover. En référence à elles, le romancier conçoit une véritable intrigue qui, sans briller par son originalité, s’avère d’une certaine intelligence et une bonne surprise.
Gaëtan
Ce livre est présenté comme un Harry Potter pour adultes. […] L'aspect adulte du roman tient dans une approche relativement "réaliste" du sujet ; Grossman nous dépeint des ados pris dans leurs contradictions, cherchant un but à leur existence. Il y est question de coucheries, de boisson...mais ce n'est qu'un des aspects du roman.
Il se dégage du livre un ton assez amer, assez noir. L'aspect "réel" amène Grossman à poser des questions, à développer des situations que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans la fantasy ; ce qui donne un côté novateur et intéressant au livre des plus agréables. Par exemple au terme de son apprentissage tout n'est pas gagné pour Quentin, la question se pose de quoi faire ensuite ; et on a presque l'impression de retourner à la case départ.
L'auteur apporte à son roman quelques touches d'humour qui sont souvent des plus inattendues. En dépit de ce point de vue réaliste Grossman ne néglige pas pour autant la trame magique du roman. Son monde est solidement construit et l'intrigue est assez riche en rebondissements ; bien qu'évoluant dans un contexte souvent exploré, le livre regorge de trouvailles et de surprises tant au niveau de l'action que des personnages qui "vous font tourner les pages plus vite" (auto-citation 8-p). Les Chroniques de Fillory vous feront fortement penser à Narnia, c'est normal c'est le but. Mais ne cherchez pas ces livres, en dépit de sites internet assez convaincants tout est fictif...Bien que formant une histoire complète le roman se termine par un cliffhanger ; et Grossman a confirmé dans une interview qu'il y aurait une suite.
L'avis subjectif et partial : un livre très intéressant à lire, souvent captivant par son ton et son point de vue des plus inusités en la matière.
Rafi
Finalement, Les Magiciens est un roman de Fantastique, voire Fantasy, qui traite bien plus de la réalité qu’on pourrait le penser au premier abord. Alors bien entendu, la magie n’existe pas, mais il est évident que le sujet traité par l’auteur est celui de l’argent, de l’objectif dans la vie. Que faire quand on a aucun but dans la vie ? Que faire quand tout est facile à obtenir ? Notre bonheur d’arriver à quelque chose ne vient il pas du fait que nous avons eu du mal à l’obtenir ? Bref, la lecture est vraiment prenante, et assez difficile. Oui, difficile, lire les pages est dur. On a envie de connaître la suite, le fin mot de l’histoire… Et on voit que le nombre de pages restantes rapetissi à vue d’oeil. Peu à peu nos espoirs les plus fou s’amenuisent. On en vient même à espérer que Lev Grossman fera une pirouette à la mord moi le nœud, car il ne peut pas nous laisser comme ça. On espère tout simplement que l’auteur va nous rendre un peu d’espoir, que la vie ce n’est pas juste ça.
Bref, à côté de ça, Les Magiciens est parfaitement ancré dans notre époque, avec de très nombreuses références, que ce soit à la littérature ou à la vie en générale. Il n’est pas rare de voir des évocations d’Harry Potter ou même de Donjon & Dragon. Les Chroniques de Fillory sont quant à elles directement inspiré de Narnia, et l’auteur se sert du tout pour nous créer une sorte de mythologie magique très bien exploitée, et surtout, crédible.
Bref, je ne pourrais pas en dire plus sur Les Magiciens sans vous en gâcher la lecture, et j’en ai peut être déjà trop dit. Pourtant, j’aimerai vous en dire encore plus, et vous donner envie de le lire. J’ai vraiment été marqué par ma lecture du titre, et je ne m’y attendais pas du tout en ouvrant le roman. Lire autre chose a été bien difficile, car Les Magiciens est un de ces romans qu’on retient pendant longtemps, qui marque. Je vous le conseille, vraiment, que vous aimiez ou non le genre.
[...] Ce roman m’a touché comme rarement, si on peut dire cela. L’histoire de Quentin, je ne saurai exactement dire pourquoi, m’a remué. Cette absence d’espoir et cette descente aux enfers dans le monde des merveilles est une expérience littéraire des plus prenantes. On a envie de se réveiller, de ce dire que la vie n’est pas juste ça. Et pourtant, si. Étiqueté à tord par la presse d’outre-Atlantique comme un « Harry Potter pour adultes » ou encore un « merveilleux contes de fées », c’est un livre qui marque pour bien des raisons.
J’avais lu le roman d’une traite et je ne le regrette pas. Il a certes un défaut, son début assez lent et déjà vu, mais qu’est ce que sa fin vaut le coup. C’est sans aucun doute celui dont je me rappellerai le plus, quand je regarderai 2010 dans quelques années. Une expérience à avoir, car vous ne le regretterez pas.
Une école d'élite de magiciens
Nous parions notre chemise que les jeunes vont adorer de la première à la dernière ligne Les magiciens de Lev Grossman. Nous sommes à Brooklyn. Nous retrouvons Quentin, un ado de dix-sept ans. Et qui a le mal du siècle, nous avons nommé l’ennui. Sa vie va s’en trouvé chamboulée au moment ou il sera admis à la faculté de Brakebills. Un établissement de haut savoir et qui a la particularité d’enseigner la magie. Et ce sera cinq années consécutives d’une formation quasi spartiate. Mais une fois les clés de la magie en main, notre Quentin sera-t-il plus heureux pour autant ?
Daniel Rolland - Culture Hebdo
Ce livre traite de magie, on le devinerait à moins. Mais il révèle aussi un mal de vivre : le sentiment angoissant d’être étranger à sa propre vie et d’aspirer à un destin épique. Il parle de rêves, de ceux que l’on sait improbables, mais que l’on poursuit inlassablement au risque de subir de profondes désillusions. Lev Grossman propose une relecture des histoires fabuleuses de notre enfance se situant dans un univers magique déjanté et décadent. Il oscille entre le concret et le chimérique, entre le merveilleux et le cauchemardesque. Ce livre nous ouvre les portes de la faculté secrète et sélecte de Brakebills. N’y devient pas magicien qui veut. Pour ce faire, on se doit de remettre en question tout ce que l’on croit savoir à propos de la magie. Les magiciens nous emporte du début à la fin.
Sophie Dufresne- Le Libraire Fev / Mars 2011
[…] Dans l’ensemble on se prend très vite dans l’univers de Quentin et les pages se tournent rapidement.
J’ai beaucoup aimé cette manière d’amener la magie à être
une matière aussi contraignante qu’une autre, puisqu’après tout, c’est une
discipline difficile et pointue comme une autre. Dans l’ensemble c’est le coté
très réaliste qui fait le point fort des Magiciens, que ce soit pour la magie
ou les évènements dans la vie de Quentin.
Sans parler du dernier quart que j’ai lu d’une traite, qui répond à l’ensemble
des question qu’on a pu se poser au long du livre.
Bref, on le lit pour ce coté réaliste très décalé du fantastique habituel.
La fin ouverte pousse à la reflexion et l’histoire me trottine encore dans la tête
depuis que je l’ai terminé. Je l’ai pris comme une leçon de vie et en cela je
suis plutôt d’accord avec la citation de couverture qui le présente comme un
conte de fée […].
Ce livre est pour vous si vous êtes amateur de lecture de l’imaginaire. Ne vous arrêtez pas à la mention trop
réductrice du « Harry Potter pour adultes », Les Magiciens, c’est
bien plus que ça.
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