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Frances Hardinge

Le chant du coucou

Le chant du coucou

Date de parution : avril 2018


Traduit par : Patrick Couton
Illustrateur : Sarah Lefèvre


ISBN13 : 9782841728572

Nombre de pages : 432
Prix : 23,90 €
État : disponible

Ce qui bougea en premier, ce furent les yeux, les yeux superbes de verre gris-vert. Ils pivotèrent lentement pour se fixer sur le visage de Triss. Puis la petite bouche frémit, s’ouvrit pour parler.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Pour qui tu te prends ? C’est ma famille. »

Quand Triss se réveille à la suite d’une noyade dont elle a réchappé, elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond : elle est prise de fringales incoercibles, elle se réveille la nuit des brindilles dans les cheveux, et sa sœur a peur d’elle.


Frances Hardinge écrit telle une des sorcières de Macbeth en train de danser autour du chaudron à potion. Dans Le chant du coucou, au lieu d’yeux de tritons et de pattes de grenouilles, il y a une poupée mangeuse de petites filles et une fille avaleuse d’écrans de cinéma, mais le résultat final est le même : une mixture délicieusement sombre et dangereuse qui vous ensorcelle.
The Guardian

  • Revue de presse
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Hardinge - Le chant du coucou - Bedecine
Posté le 11 juin 2018 -

Frances Hardinge nous brosse un tableau fantastique original et inquiétant d’une réalité historique contaminée par un peuple de créatures en marge.
C’est aussi une histoire d’amour, d’affection gagnée, d’acceptation de soi, d’enfance et de féminité assoiffées de liberté. Et tout cela déployé dans une histoire ressemblant à un conte bien noir
plein de rebondissements et d’aventures.

Bedecine 

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Hardinge - Le chant du coucou - Le bibliocosme
Posté le 14 juin 2018 -

Une petite fille, une rivière, un mystère

Présenté en début d’année par les éditions L’Atalante comme leur plus gros coup de cœur de l’année, « Le chant du coucou » est le sixième roman de Frances Hardinge, auteur anglaise jusqu’à présent surtout connue pour ses ouvrages destinés à la jeunesse. Qu’en est-il avec ce nouveau roman à la couverture et au résumé assez énigmatiques ? Premier constat : si la protagoniste de ce one-shot est certes une enfant, le ton et les thématiques traités par l’auteur ne laissent aucun doute quant au fait qu’elle s’adresse avant tout à un public adulte. Le lecteur fait connaissance dès la première page avec une toute jeune fille nommée Triss, que ses parents voient revenir un soir complètement trempée (et de toute évidence traumatisée) après sa chute accidentelle dans la rivière du coin surnommée la Sinistre. Le père comme la mère se plient aussitôt en quatre pour prendre soin de leur fille à la santé déjà fragile, mais sa sœur de huit ans, la petite Pen, réagit au retour de son aînée avec une étrange hostilité : « Elle fait semblant. Vous voyez pas ? Tout est faux ! Personne remarque la différence ? » Si Triss ne comprend pas le comportement de plus en plus terrifié de sa sœur, elle ne peut nier que tout lui semble différent depuis sa presque noyade. Il y a d’abord ses souvenirs qui lui jouent des tours : elle sait bien qui elle est et ce qu’elle a vécu auparavant, mais a en revanche totalement occulté les événements qui l’ont conduite dans l’eau. Il y a ensuite ces fringales incontrôlables qui la prennent d’un seul coup et lui font engloutir des montagnes de nourritures sans pourtant jamais lui faire prendre un gramme. Et puis il y a cette petite voix moqueuse qu’elle entend dans sa tête et qui décompte chaque matin les jours, à la manière d’une bombe à retardement.


Réinterprétation du mythe du changelin

Le terme n’est, il me semble, jamais employé dans le roman mais vient immédiatement à la bouche du lecteur, et ce dès les premières pages : Frances Hardinge nous raconte une histoire de changelin, ces leurres laissés par les fées à la place d’un véritable enfant humain. Il s’agit là d’une légende qu’on trouve essentiellement dans les folklores scandinave, irlandais ou encore écossais, et dont on retrouve ici la plupart des caractéristiques, que ce soit en ce qui concerne la véritable nature du leurre, la cause de la substitution, ou encore les manières de les confondre et de s’en débarrasser. L’auteur s’est de toute évidence bien documentée sur le sujet qu’elle se réapproprie ici avec talent en réutilisant certes tous les éléments clés du mythe, tout en parvenant à se détacher du matériaux d’origine pour donner vie à une histoire complètement originale. Le choix de situer l’action en Angleterre juste après la fin de la Première Guerre mondiale est notamment très judicieux et permet de renforcer l’étrangeté de la situation, la légende du changelin se rattachant davantage dans l’imaginaire collectif à un décor médiéval. Or c’est justement ce décalage, ce sentiment que quelque chose cloche sans qu’on puisse vraiment mettre le doigt dessus, qui fait toute la force de ce roman. Dès les premières pages, le lecteur se trouve ainsi totalement captivé par le mystère qui entoure le retour de la petite Triss et par les anomalies qui se multiplient autour d’elle. Frances Hardinge parvient à créer une atmosphère pesante qui, s’en aller jusqu’à tomber dans le récit purement horrifique, provoque à plusieurs reprises le malaise chez le lecteur, sensible non seulement aux bizarreries qui entourent la vie de cette famille mais aussi à la panique montante de l’héroïne qui ne comprend pas ce qu’il lui arrive.


Un imaginaire foisonnant et des personnages touchants

Et en terme de bizarreries, on peut dire que l’auteur a fait preuve d’une sacrée imagination ! Si elle réutilise pour cela un certain nombre de créatures issues d’un bestiaire empruntant à nouveau au folklore scandinave ou irlandais, ce sont ses propres inventions qui marquent surtout l’esprit du lecteur. Le détournement réalisé ici des innovations technologiques en vogue au début du XXe siècle est notamment très ingénieux, qu’il s’agisse du téléphone, des moyens de transports, ou encore du cinéma, dont le décor donne lieu à une scène inoubliable. L’auteur tisse également une véritable aura de mystère autour de la famille de Triss, gangrenée par les non-dits et les secrets que chacun de ses membres gardent jalousement, tout en prenant bien garde à présenter au monde l’image d’une famille parfaite en tout point. Si l’atmosphère est incontestablement le plus gros points fort du roman, le second tient à ses personnages qui, bien qu’âgés d’une dizaine d’années seulement, font preuve d’une maturité et d’une lucidité à même de parler à un lectorat adulte. On se prend vite d’affection pour la petite Triss, dont on comprend la détresse tout en ne pouvant s’empêcher de redouter la véritable nature. Pen, sa petite sœur, est quant à elle un sacré phénomène qu’il est impossible de ne pas trouver sympathique, de même que Violet, la belle-fille écartée à la mort du fils aîné et qui se distingue par un caractère rebelle et une volonté d’émancipation très mal vue à l’époque. Les autres adultes du roman sont pour leur part tous beaucoup moins forts et entiers que leurs versions miniatures : tous cachent quelque chose, une faiblesse ou une douleur qui pourrit leur quotidien et les empêche de faire le bon choix.

C’est enchantée que je ressors de cette réécriture du mythe du changelin, transporté ici par l’auteur dans un contexte post Première Guerre mondiale. Frances Hardinge parvient à créer pour l’occasion une véritable atmosphère d’étrangeté, alimentée notamment par la confrontation entre un folklore plus volontiers médiéval et un décor moderne dont elle s’amuse à exploiter les innovations. L’auteur tisse aussi et surtout un très beau portrait de la relation que peuvent entretenir deux sœurs, relation dont elle parvient à saisir toute la complexité et la tendresse sans jamais tomber dans le mièvre ou le convenu. Une vraie réussite !

 

Le Bibliocosme 

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Hardinge - Le chant du coucou - Les Dream-Dream d'une bouquineuse
Posté le 09 mai 2018 -
Le chant du coucou est une superbe découverte dont je vais me souvenir longtemps. Il est imprégné désormais d’une sorte d’aura ténébreuse et innocente, d’horreur et de fascination, de tendresse et de dégoût. Curieux mélange n’est ce pas ? Sans doute parce qu’ici tout est un peu mélangé, mais chaque dosage effectué avec justesse, chaque scène parfaitement découpée, parfaitement équilibrée, chaque personnage longuement étudié.

Les personnages : véritable fresque arachnide
 
Triss a 11 ans. Elle a toujours été l’enfant choyée. Elle ne supportait pas quelque chose ? Elle devait être malade, il fallait la protéger. Elle aimait davantage une gouvernante qu’une autre ? Il fallait renvoyer la première de peur qu’elle vole aux parents l’amour que la petite fille leur portait. Si adorable. Si douce. Pas un mot de travers.
Tout le contraire de sa petite sœur Pen, 9 ans : curieuse, aventurière, casse-cou, bagarreuse, qui accumule bêtise sur bêtise dans le vain espoir qu’on la regarde un peu. Mais qui n’évoque pour ses parents que lassitude, regret. Alors Pen en a marre. Et quand on lui propose de passer un pacte avec le Diable, elle accepte sans hésiter, quitte à le regretter amèrement par la suite.

Ce qui est absolument remarquable dans ce roman c’est que chaque personnage fait partie d’une immense fresque, tous liés les uns aux autres par des souvenirs, des actes manqués ou des secrets.

Il y a les parents, Piers et Céleste Crescent, les coqueluches d’Elchester depuis que le père, ingénieur, a inventé de nombreux trésors architecturaux dans la ville, la rendant « visible » aux yeux du monde. Riches, beaux, instaurant des sourires de façade et des bonheurs factices, épuisant Triss à coup de maladies imaginaires, se lassant de Pen et de son inconformité.

Il y a Sébastian, le grand frère perdu à la grande guerre, que Triss n’est pas sûre d’aimer, mais qui possède son propre espace, une chambre laissée là, impeccable, exempte de tous défauts, sauf peut-être ces lettres qui arrivent chaque soir et dont Triss découvre l’existence par hasard. Toutes de son écriture, alors qu’il est mort, mort à 16h30 sous la neige.

Il y a Violet Parish, celle qui côtoie la vie mondaine avec son franc parlé et son faux accent anglais. Cette femme volcanique qui semble extorquer de l’argent aux Crescent mais que Pen connaît bien, qui l’entraîne dans un univers où tout est plus vif, plus vrai, plus réel. Violet, la fiancée de Sébastian qui partout où elle va sème un curieux hiver.

Et puis il y en a plein d’autres : Monsieur Grace, le couturier qui lui n’a pas peur de nourrir Triss de dizaines de beignets et de lui faire écouter du jazz, cette musique « populaire » ; l’Architecte, ce personnage effrayant revêtu d’un manteau gris qui le rend presque flou et qui semble passer des marchés à gogo. Et tant d’autres qui ça et là tissent une toile gigantesque dans laquelle les deux petites filles ont bien du mal à se débattre.

Parce qu’avant d’être une aventure effrayante et pleine de danger. C’est surtout une aventure humaine. Une histoire de jalousie, de peur, et d’amour. Une histoire de sœurs séparées d’un fossé immense, coupées l’une de l’autre par des parents trop présents. Une histoire de deuil que l’on refuse de faire quel qu’en soit le prix. Une histoire de famille avec ses parties déchirées, ses morceaux mal recollés.

Une ambiance sombre tel un conte macabre d’Edgar Allan Poe
 
Je donne d’emblée l’exemple d’Edgar Allan Poe, non pas pour la poésie même si Le chant du coucou n’en est pas exempt, mais surtout pour l’ambiance de ses contes macabres. Nous ne sommes pas, ici, dans de l’horreur pure, de l’horreur gore, de celle qui fait hurler et se cacher sous sa couette. Mais dans ce genre d’histoire teintée de mystères sombres, de créatures effrayantes, et d’une certaine forme de magie. La tension monte petit à petit, lentement, puis de plus en plus vite, à mesure qu’un compte à rebours est lancé. 7 jours. Pourquoi ? Comment ? Nous l’ignorons dans un premier temps mais il est ici, jour après jour, de cette petite voix perfide qui lui fait le décompte, que Triss entend tous les matins sans parvenir à la saisir.

Et puis il y a la folie qui semble s’emparer d’elle, insidieuse et perfide. D’abord ce sont ses faims abominables qui lui feraient manger n’importe quoi, même des pommes pourries tombées de l’arbre. Ensuite ce sont ses réveils, la tête pleine de brindilles, le sol couvert de terre alors que la porte est restée fermée. Puis ce sont les poupées, qui dès qu’elle s’approche d’elles se mettent à bouger…

« La scène tenait du rêve, une scène absurde mais lourde d’un sens aussi inquiétant qu’insondable, quand le familier devient étranger. D’un coup le monde avait tout de la mauvaise maladie ».

Triss croit devenir folle. Mais, et s’il y avait une autre raison ? Une raison encore plus étrange et bizarre ? Une raison que seule Pen connaîtrait ? Une raison cruelle mais qui expliquerait tout ? Triss part en quête de vérité, en quête de l’impensable et de sa propre identité, seule contre toute une ville. Seule ? Pas tout à fait, mais ça ce sera à vous de le découvrir…

« Les feuilles dans mes cheveux, la boue par terre dans ma chambre – ce n’est pas moi qui les ai apportées du dehors. Et ce n’est pas Pen qui les a répandues.
Elles sont moi. »

Le mot de la fin
 
Le chant du coucou m’a absolument fascinée. Il m’a prise aux tripes. La tension était telle que je m’agrippais littéralement aux pages ! Et je sentais chaque mot gonfler et gonfler encore et encore, prendre toute la place à mesure que j’avançais dans l’histoire, à mesure que l’auteur semblait avoir planté ses griffes à l’intérieur de mon coeur.
À tous les fans de Poe, des contes horrifiques et des histoires brillamment menées, lisez-le !
 
DreamBookeuse des Dream-dream d'une bouquineuse 
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Hardinge - Le chant du coucou - Sur mes brisées
Posté le 29 mai 2018 -
J’ai toujours un œil sur les nouvelles parutions de l’Atalante et je me suis réjouie en voyant qu’ils publiaient un roman de Frances Hardinge, auteur que j’avais découverte avec « L’île aux mensonges ». J’en avais entre autres apprécié la qualité d’écriture, qu’on retrouve ici.

Je n’ai guère envie de trop vous en dire sur Le chant du coucou, qui intrigue et inquiète son lecteur en lui dépeignant une Triss au comportement étrange et dérangeant et dévoile progressivement les richesses d’un imaginaire d’exception. Le roman se situe clairement dans le domaine du fantastique mais en s’appuyant sur une psychologie des personnages fouillée qui lui donne un écho allant au-delà du seul plaisir de lecture. Au travers des aventures de Triss, on découvre en effet ses parents, Piers et Celeste Crescent : leur manière d’éduquer leurs deux filles, bien à l’abri du monde extérieur dans leur demeure bourgeoise, trouve certes sa justification dans le contexte de l’époque et le fait qu’ils aient perdu leur fils aîné, Sebastian, à la guerre, mais tisse autour de Triss et Pen un cocon affectif étouffant.
Récit sombre et surprenant, mais aussi féministe, où l’intervention de Violet Parish, jeune femme refusant d’adhérer aux normes, fait écho aux rébellions de nos deux principales protagonistes, Le chant du coucou est une œuvre hors du commun, à ne surtout pas réserver au seul public jeunesse.
 
Sur mes brisées
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Hardinge - Le Chant du coucou - Un bouquin sinon rien
Posté le 07 août 2018 -

Le Chant du coucou est un roman fantastique vraiment intéressant et écrit d'une bien belle plume, les changements de rythme sont fréquents ce qui fait qu'il n'y a aucune place pour l'ennui, je dirai même qu'au bout des quatre cent cinquante pages j'en voulais encore. L'esthétique de l'univers décrit est sublime, fantasmagorique, envoûtant, cinématographique, on y ressent une ambiance à la Tim Burton, entre "Edward aux mains d'argent" et "Sleepy Hollow", ce qui disons le, sont des références de grande qualité. Le tout se situe dans un décor proche des débuts de l'aire industrielle.

Les personnages sont proches où tout du moins aussi décalés que dans "Big Fish" (oui, encore Tim Burton, d'ailleurs je le verrai bien aux manettes d'un film tiré de ce roman).
 
L'intrigue est intéressante, proche d'un conte macabre, nous sommes amenés à réfléchir sur la manière d'élever ses enfants, de trop les couver, de faire des différences entre eux selon leur état de santé au profit de l'un ou l'autre, on y découvre également les aléas de la jalousie dans une fratrie.
C'est aussi une aventure pleine de magie et d'action, de lieux cachés, d'architecture, de poursuites, de peuples invisibles, de vrais méchants, d'amour et d'amitié.
 
Le Chant du coucou est l'un des livres que je recommande systématiquement ces temps-ci quand on me parle de SFFF.

[L'article complet]

 

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Hardinge - Le Chant du coucou - Babelio
Posté le 30 août 2018 -

Présenté en début d'année par les éditions L'Atalante comme leur plus gros coup de coeur de l'année, Le chant du coucou est le sixième roman de Frances Hardinge, auteure anglaise jusqu'à présent surtout connue pour ses ouvrages destinés à la jeunesse. Qu'en est-il avec ce nouveau roman à la couverture et au résumé assez énigmatiques ? Premier constat : si la protagoniste de ce one-shot est certes une enfant, le ton et les thématiques traitées par l'auteure ne laissent aucun doute quant au fait qu'elle s'adresse avant tout à un public adulte. [...]
Le terme n'est, il me semble, jamais employé dans le roman mais vient immédiatement à la bouche du lecteur, et ce des les premières pages : Frances Hardinge nous raconte une histoire de changelin, ces leurres laissés par les fées à la place d'un véritable enfant humain. Il s'agit là d'une légende qu'on trouve essentiellement dans les folklores scandinave, irlandais ou encore écossais, et dont on retrouve ici la plupart des caractéristiques, que ce soit en ce qui concerne la véritable nature du leurre, la cause de la substitution, ou encore les manières de les confondre et de s'en débarrasser. L'auteure s'est de toute évidence bien documentée sur le sujet qu'elle se réapproprie ici avec talent, en réutilisant, certes, tous les éléments clés du mythe, tout en parvenant à se détacher du matériau d'origine pour donner vie à une histoire complètement originale. Le choix de situer l'action en Angleterre, juste après la fin de la Première Guerre mondiale, est notamment très judicieux et permet de renforcer l'étrangeté de la situation, la légende du changelin se rattachant davantage dans l'imaginaire collectif à un décor médiéval. Or, c'est justement ce décalage, ce sentiment que quelque chose cloche sans qu'on puisse vraiment mettre le doigt dessus, qui fait toute la force de ce roman. Dès les premières pages, le lecteur se trouve ainsi totalement captivé par le mystère qui entoure le retour de la petite Triss et par les anomalies qui se multiplient autour d'elle. Frances Hardinge parvient à créer une atmosphère pesante qui, sans aller jusqu'à tomber dans le récit purement horrifique, provoque à plusieurs reprises le malaise chez le lecteur, sensible non seulement aux bizarreries qui entourent la vie de cette famille mais aussi à la panique montante de l'héroïne qui ne comprend pas ce qu'il lui arrive.

Et en terme de bizarreries, on peut dire que l'auteure a fait preuve d'une sacrée imagination ! Si elle réutilise un certain nombre de créatures issues d'un bestiaire emprunté au folklore scandinave ou irlandais, ce sont néanmoins ses propres inventions qui marquent surtout l'esprit du lecteur. Le détournement des innovations technologiques, en vogue au début du XXe siècle, est notamment très ingénieux: qu'il s'agisse du téléphone, des moyens de transports ou encore du cinéma. L'auteure tisse également une véritable aura de mystère autour de la famille de Triss, gangrenée par les non-dits et les secrets que chacun de ses membres gardent jalousement, tout en prenant bien garde à présenter au monde l'image d'une famille parfaite en tout point. Si l'atmosphère est incontestablement le plus gros points fort du roman, le second tient à ses personnages, qui bien qu'âgés d'une dizaine d'années seulement, font preuve d'une maturité et d'une lucidité à même de parler à un lectorat adulte. On se prend vite d'affection pour la petite Triss, dont on comprend la détresse tout en ne pouvant s'empêcher de redouter sa véritable nature. Pen, sa petite soeur, est quant à elle un sacré phénomène qu'il est impossible de ne pas trouver sympathique, de même que Violet, la belle-fille écartée à la mort du fils aîné et qui se distingue par son caractère rebelle et par sa volonté de s'émanciper, très mal vue à l'époque. Les autres adultes du roman sont, pour leur part, tous beaucoup moins forts et entiers que leurs versions miniatures : tous cachent quelque chose, une faiblesse ou une douleur qui pourrit leur quotidien et les empêche de faire le bon choix.

C'est enchantée que je ressors de cette réécriture du mythe du changelin, transporté ici par l'auteur dans un contexte post Première Guerre mondiale. Frances Hardinge parvient à créer pour l'occasion une véritable atmosphère d'étrangeté, alimentée notamment par la confrontation entre un folklore plus volontiers médiéval et un décor moderne dont elle s'amuse à exploiter les innovations. L'auteure tisse aussi et surtout un très beau portrait de la relation que peuvent entretenir deux soeurs, relation dont elle parvient à saisir toute la complexité et la tendresse sans jamais tomber dans le mièvre ou le convenu. Une vraie réussite !

Par boudicca

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Hardinge - Le Chant du coucou - Paperblog
Posté le 26 septembre 2018 -

Dans Le chant du coucou, nous suivons la jeune Triss, une petite fille chroniquement malade, toujours couvée par ses parents, au coeur d'une petite ville d'Angleterre des années 20. Triss se réveille un beau matin avec peu ou aucun souvenir de qui elle est et de ce qui lui est arrivée.

Alors qu'elle remet des noms sur des visages, des mots sur des lieux, on lui apprend qu'elle est tombée dans le Sinistre la nuit dernière, qu'elle a bien failli se noyer, et qu'elle est donc très souffrante. Effectivement Triss ne se souvient de rien, elle a du mal à retrouver ses propres souvenirs, et se surprend à avoir une faim dévorante qui lui fait régulièrement perdre la raison. Et comme si ce n'était pas assez suffisant, sa petite peste de soeur Penelope la traite comme si elle était un monstre. 

C'est ainsi que commence le roman, avec cette question qui plane au-dessus de la tête de Triss : que s'est-il passé au Sinistre ? Que faisait-elle au bord du cours d'eau en pleine nuit, et est-elle tombée ou a-t-elle été poussée ?

Le choix du nom de la rivière choisie par Frances Hardinge n'est pas anodin, car depuis sa tombée dans le Sinistre, l'histoire de Triss va prendre un tour des plus sinistres. L'auteure raconte l'histoire du point de vue de la jeune Teresa, laquelle est totalement perdue dans l'enchaînement des événements. Une amnésie partielle, des crises de somnambulisme et une faim de loup hors du commun, ces symptômes sont nouveaux pour Triss, qui a pourtant l'habitude d'être surprotégée par ses parents depuis les cinq dernières années, depuis que Sebastian, le grand frère, est mort à la guerre. Elle est devenue leur chose précieuse, leur toute petite fille fragile, et elle se complaît dans ce rôle, alors que Pen se complaît de son côté dans celui de la petite agitatrice, effrontée et fugueuse, à laquelle les parents n'accordent que très peu voire plus aucune attention.

Mais depuis sa sortie du Sinistre, Triss se comporte étrangement. Comme lui dit Pen, elle "fait tout de travers", et elle vit dans la terreur que ses parents s'en rendent compte et lui retirent l'amour inconditionnel qu'ils lui vouent. Or ce n'est que le début des déconvenues pour Triss. S'ensuit une aventure hors du commun, ou des gens mangent des poupées, des acteurs de cinéma muet sortent de l'écran, des lettres fantomatiques se déposent dans des tiroirs, des univers s'ouvrent sous des ponts, et des flocons de neige tombent en été.

Ce qui était au début une sorte de roman familial se transforme en épopée fantastique aux allures gothiques. C'est drôle, avant de me mettre à écrire j'étais persuadée d'avoir préféré les deux derniers tiers du roman. Mais en écrivant ce résumé et ces quelques lignes, je me rends compte que j'ai finalement beaucoup aimé cette première partie axée sur la relation de Triss à ses parents et à son monde.

Triss est une petite fille sans perspective. Ses parents l'adorent, mais sa sœur la déteste et elle n'a aucun ami. Toujours souffreteuse, elle ne va pas à l'école, elle ne sort que très rarement du manoir, et elle n'a aucune expérience de la vie réelle, à part ce que lui en disent ses parents. Elle éprouve une profonde solitude, du fait qu'elle ne sort jamais, qu'elle n'a pas d'amis, et que même sa propre sœur ne souhaite pas traîner avec elle.

Triss est une petite fille de onze ans qui n'a que sa famille au monde, qui ne connaît rien d'autre, et dont la seule peur est de se voir ôter la seule chose qu'elle possède : l'amour de ses parents. Pen, quant à elle, est tout l'inverse de Triss. Sauvage et entêtée, plein d'énergie et de fureur de vivre, elle passe sont temps à s'échapper, à se chamailler, à courir dans tous les sens à travers la ville pour mener sa propre vie. A neuf ans déjà, elle est considérée comme un cas désespéré par ses parents qui ne la comprennent pas. Ses fugues ne leur font plus peur, ils ne s'inquiètent plus réellement de son sort, ils s'inquiètent juste de leur autre fille, et cela meurtrit profondément Penelope.

Cette relation entre les membres de la famille est une élément très important du roman. Leur dynamique est l'élément qui va pousser la vie de Triss par-dessus bord, et ainsi la vie de toute la famille Crescent.Il est difficile d'en parler plus longuement sans dévoiler des événements majeurs de l'histoire. Alors je vais juste faire des allusions au reste du roman.

Comme pour l'Île aux mensonges, Frances Hardinge mêle habilement le roman sociétal, familial et fantastique. Ici elle nous dépeint une ville anglaise de campagne, Ellchester, qui devient enfin un endroit important depuis que le père de Triss, Piers Crescent - architecte de génie - y a construit un incroyable pont et inaugure bientôt une nouvelle gare. Ce faisant, c'est la dynamique de la ville qui s'en trouve modifiée. Elle va enfin apparaître sur les cartes et prendre une place sur le territoire. Grâce à ces réalisations, Piers Crescent a acquit une superbe renommée et encore plus de richesses. 

A travers les relations de la famille, comme Violet Parish, l'ex-fiancée du pauvre Sebastian, elle décrit aussi la vie post-Première guerre mondiale, où les femmes s'émancipent - travaillent, fument, chevauchent des motocyclettes - et le jazz envahit les troquets. C'est le début d'une nouvelle ère pour l'Angleterre, une ère de changements indolente construite sur le deuil et le doute.

Et au cœur de cette mise en scène d'une société en plein mouvement, Frances Hardinge innocule son fantastique, tiré de mythes et de légendes, tiré de l'invisible et de l'illusoire. C'est un fantastique revu et corrigé mais personnalisé et savoureusement original. Un envers du décor habité de peuples légendaires issus de contes primitifs, faits de terre et de feuilles, d'épines et de plumes.Pour moi qui adore les saga familiales, les romans sociaux et les contes fantastiques, c'était un parfait mélange. 

Du moment où l'imaginaire apparaît, le reste du roman se transforme en un roman d'aventure teinté d'absurde, d'étrangeté et de suspense. Je dois avouer que j'ai vraiment mis du temps avant de rentrer dedans, les cents premières pages me semblaient un peu laborieuses - je n'arrivais pas à voir où l'histoire s'en allait et tous les personnages me tapaient sur les nerfs, mais par la suite je me suis laissée emporter par l'univers rocambolesque et sombre de Frances Hardinge, et j'ai compris que l'attitude de la famille Crescent hérisse le poil sciemment, pour des raisons plus tard bien évidentes.

Encore une fois, Frances Hardinge a su me charmer avec son univers féerique vaporeux aux allures sombres d'un bon Tim Burton. Frances Hardinge, c'est des larmes de toiles d'araignées, des créatures aux rires tempêtueux et des mystères ténébreux, mais c'est aussi des femmes et des jeunes filles qui s'affirment, des héroïnes au caractère bien trempé, modernes et délicieusement audacieuses. Tout ce que j'aime.

- Guixxx, septembre 2018.

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Hardinge - Le Chant du coucou - La Biscothèque
Posté le 12 octobre 2018 -

Le chant du coucou est un roman palpitant, qui revisite quelques légendes de façon très réussie. L’auteurFrances Hardinge garde une longueur d’avance tout au long de la lecture, avec une intrigue qui se dévoile et s’enrichit page après page.

En 1923, en Angleterre, Triss, 11 ans, reprend connaissance après avoir réchappé d’une noyade. Elle est obsédée par sa mémoire défaillante et par un lourd sentiment de culpabilité. Peu à peu, elle plonge dans son histoire familiale et s’interroge sur sa réalité…

Triss revient à elle dans une chambre d’hôpital, après être rentrée au domicile familial la veille complètement amnésique et trempée. Peu à peu, ses souvenirs reviennent, mais impossible de se rappeler ce qui s’est passé près du lac… Sa sœur Pen est terrifiée à l’idée de l’approcher et Triss découvre progressivement que certaines choses qui ne tournent pas rond chez elle. Que s’est-il donc passé ? Pourquoi tout ces changements ? Qui pourrait l’aider ?

Plongée dans l’ambiance figée et angoissante qui règne dans cette famille, j’ai été embarquée dans l’histoire de Triss. Il n’y a pas de fausses notes, tout a été bien pensé par madame Hardinge. J’ai été surprise par la tournure des événements dont je ne dirai rien, pour ne pas vous spoiler ! J’imaginais une tout autre raison pour justifier l’état de Triss…

C’est une très bonne lecture, avec tous les bons ingrédients : du mystère, de l’aventure, de l’amour et une bonne dose de questions existentielles pour pimenter le tout !

- Heavy Biscotte, le 09 octobre 2018. 

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Posté 17 octobre 2018 -

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30 ebooks à 4,99e
Posté 10 octobre 2018 -
30 ans de romans, ça se fête !


Du 8 au 21 octobre, (re)découvrez L'Atalante en trente romans emblématiques à 4,99 € en numérique.

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Posté 08 août 2018 -
Frankenstein : cinq mots pour décrypter la créature de Mary Shelley article de Lloyd Chery dans Le Point POP :
 
« Frankenstein, c'est presque de la hard-science avant l'heure », analyse l'auteur Johan Heliot. « On pourrait dire que ce livre est le père de la science-fiction moderne. Le roman s'interroge sur la nature de la vie et de l'homme, qui sont des questions encore très présentes dans ce genre. » Le spécialiste français des uchronies historiques publie, le 20 septembre prochain, Frankenstein 1918 aux éditions de l'Atalante. Cet excellent récit imagine les recherches de Frankenstein utilisées pour créer des super-soldats dans les tranchées allemandes. Reprenant le même procédé épistolaire de Shelley sous forme de mémoires et rapport de guerre, Heliot met en scène un Winston Churchill traquant, dans une Europe post-apocalyptique, un de ses monstres qui s'est échappé. Originale et efficace, cette uchronie rappelle que l'ouvrage de Shelley inclut plusieurs genres.
 
en librairie le 20 septembre 2018 !
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L'Or du diable, sélectionné pour le prix Utopiales 2018
Posté 26 juillet 2018 -

L'Or du diable d'Andreas Eschbach est sélectionné pour le Prix Utopiales 2018 !

Découvrez toute la sélection

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Manuscrits
Posté 01 février 2018 -

La session de janvier de réception des manuscrits est close. Avec 885 titres reçus, nous avons du pain sur la planche ! C’est pourquoi, si vous souhaitez nous envoyer votre texte, nous vous prions d’attendre que nous ouvrions une nouvelle session – nous l’espérons courant 2018. Cela dépendra du temps que nous prendront le grand nombre de textes reçus. Suivez-nous sur les réseaux sociaux au fil des mois pour plus d’informations.

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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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