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Jamie Sawyer

L'Artefact

L'Artefact

Date de parution : janvier 2017

Série : Lazare en guerre
Livre : 1

Traduit par : Florence Bury
Illustrateur : Pierre Bourgerie


ISBN13 : 9782841727919

Nombre de pages : 432
Prix : 23,00 €
État : disponible

CAPITAINE CONRAD HARRIS : DÉCÉDÉ
Le voilà, le moment que je déteste. Me réveiller, c’est toujours pire que mourir.

Et notre homme sait de quoi il parle ; il en a connu des missions suicides, incarné dans un « simulant », un clone aux capacités neurophysiologiques exceptionnelles. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a surnommé Lazare, cet éternel ressuscité.
Son équipe de SimOps et lui sont les soldats d’élite de l’Alliance, engagés dans la guerre impitoyable de l’humanité contre les Krells. À qui d’autre confier la mission « Clef-de-voûte » ? Elle les entraînera en territoire ennemi, vers une station de recherche secrète chargée d’étudier un mystérieux artefact qui n’est ni krell ni humain.
Mais les meilleurs guerriers ne sont pas toujours préparés à ce qui les attend. Et Harris lui-même poursuit une autre quête qui le tourmente…
  • Revue de presse
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Sawyer - L'artefact - Le culte d'Apophis
Posté le 31 janvier 2017 -
Quand Avatar et Aliens rencontrent Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, on obtient un excellent roman au carrefour de la SF de divertissement et de la SF « intelligente »

Jamie Sawyer est un écrivain britannique qui, dans la vie de tous les jours, est avocat. L’artefact est le premier tome d’une trilogie de SF militaire nommée Lazare en guerre, qui comprend également une novella (Redemption). Un nouveau livre (Pariah) se passant dans le même univers est annoncé (en VO) pour septembre, apparemment le premier d’un nouveau cycle appelé The Eternity war.

Nous suivons, dans le futur, une branche récente de l’armée qui fait « piloter » par téléprésence à ses soldats des corps artificiels, optimisés pour le combat. Oui, oui, un peu comme dans Avatar. Sauf que cette fois, il ne s’agit pas du tout d’une fable écologiste, que la plupart des protagonistes sont tout à fait heureux d’être dans l’armée (on peut même dire qu’ils y sont accros, comme à une drogue, ce qui est d’ailleurs une des thématiques du livre), et que le ton, très noir, n’est pas du tout le même. Ce n’est pas seulement, comme on aurait aussi pu le penser, une allégorie des pilotes de drones, et de la déshumanisation (si j’ose dire) de la guerre, vue, dès lors, comme un jeu vidéo, où les gens tués ne sont que des abstractions sous forme de pixels. Non, ce qui est vraiment au centre de ce roman, c’est la mort, la « résurrection », la chute depuis l’état de grâce (guerrière), et surtout la psychologie (très développée) des personnages. Et comme je le disais, c’est très noir. Il y a du Apocalypse Now / Au cœur des ténèbres, là-dedans. Et pas qu’un peu.


Univers
Nous sommes en 2279. L’humanité s’est propagée dans les étoiles, sous la bannière de deux blocs antagonistes : l’Alliance (pays du continent américain, Europe, monde occidental en général, Mondes arabes unis) et le Directoire (qui réunit des pays asiatiques : Chine, Corée unifiée, Confédération Thaïe, etc). Ce dernier a lancé une attaque nucléaire sur l’Amérique, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut jadis. Notre pauvre planète a aussi subi des désordres d’ordre climatique, puisque l’auteur nous parle d’une cité Antarctique, de l’opéra de Sydney a-demi submergé, et des canaux du centre de Londres.
[…]

Intrigue
Harris et son équipe sont cantonnés à Cap-Liberté, la plus grande station spatiale militaire en bordure de la zone de quarantaine. Après une scène d’ouverture choc (dans un esprit très Space Hulk), Harris est briefé par un aréopage de militaires et de cadres corporatifs (là encore, dans un esprit très Aliens) à propos de l’Opération clef-de-voûte. Elle consiste à se rendre, grâce au croiseur de combat VAU Oregon, sur Hélios III, une planète sur laquelle a été repéré (il y a cinq ans), grâce au signal qu’il émet, un artefact extraterrestre, une structure d’une taille colossale (un Big Dumb Object quoi !).

Le signal émis a une intéressante propriété : il attire irrésistiblement les Krells. Et ils sont tellement fascinés qu’on peut danser la Zumba autour d’eux sans se faire massacrer. Si, si. Bref, les possibilités de militarisation de cette émission sont grandes. C’est donc pourquoi on a expédié sur la planète, il y a plusieurs années, le professeur Kellerman, la superstar des services scientifiques de l’Alliance, assisté de 2000 personnes. Une grande base a été bâtie, pour étudier l’artefact tout en se cachant des Krells. Il y a 6 mois, elle a cessé d’envoyer des rapports.

La mission du capitaine Harris et de son équipe est d’aller sur place, en opérant leurs Simulants depuis le croiseur Oregon (ce monde est trop loin de leur base d’opération habituelle pour une transmission directe). Et c’est en fait là qu’est tout le problème : la localisation du système Hélios. Il se trouve dans le Maelström, un amas d’étoiles entouré d’un halo mortellement dangereux de planétoïdes, doté d’une densité très inhabituelle de trous noirs et de pulsars, parcouru de distorsions gravitationnelles, et quasi-complètement inexploré. Et pour cause : c’est la région de l’espace dont sont originaires les Krells ! Y aller, c’est donc prendre le risque de violer le traité et de relancer une guerre totale, d’extermination. 
[…]

Personnages, écriture, ambiance, inspirations
Conrad Harris est un personnage extrêmement solide : la narration à la première personne est très immersive, d’autant plus que l’auteur utilise assez régulièrement un système de flash-backs pour expliquer son comportement et ses motivations. La chronologie des révélations est d’ailleurs assez bien maîtrisée.

L’écriture est tout aussi solide, nettement plus que pour de la SF militaire moyenne et pour un nouvel auteur. L’ambiance est moins héroïque ou patriotique que désabusée, et surtout noire : ça rappelle presque le ton du narrateur dans un film sur la guerre du Vietnam, comme Platoon, par exemple. Harris, comme vous le découvrirez, en a bavé, et comme le diraient Perceval et Karadoc, « il en a gros ». Il y a quelque chose d’indéfinissable qui m’a rappelé l’atmosphère de certains récits d’Hypérion, même si c’est sans doute plus personnel qu’une évidence flagrante, universelle et incontestable. Enfin, un point est inspiré par Bruce Sterling ou Peter Hamilton, mais je vous laisse découvrir cela dans le roman.
[…]

Thématiques
Ce livre est en partie une allégorie de la guerre vue comme un jeu vidéo par des soldats qui, aux commandes de leurs drones, bien à l’abri aux USA, mènent en temps réel des missions de combat à l’autre bout du monde, tuant sans remord des choses qu’ils perçoivent comme des tas de pixels sur un écran, alors qu’il s’agit en fait d’êtres humains. C’est cette abstraction de la guerre, cette technologie qui offre enfin un espoir du fameux « zéro mort » si chères à nos sociétés occidentales et en totale contradiction avec l’histoire multi-millénaire de la guerre, qui est en partie dénoncée ici. Ce qui est intéressant, c’est de voir des soldats qui n’ont plus combattu dans leur propre corps depuis dix ans (Conrad Harris), voire même jamais (Blake), se retrouver obligés de le faire suite à des circonstances imprévues. A cet égard, la réflexion d’un des personnages est particulièrement éclairante : « Putain ! Putain ! C’est pour de vrai !« . Plus d’abstraction ici, la mort du Simulant n’est plus un simple « game over » (certes non dépourvu de risques pour le corps ou le cerveau réels, comme nous l’avons vu), et c’est la plus grande peur de tout opérateur des SimOps qui se concrétise : être forcé de combattre dans son corps naturel, humain, imparfait, fragile, limité (il est frappant de voir, par exemple, à quel point les armes standard des simulants sont difficiles à manier lorsqu’on ne dispose plus de leur force surhumaine). Car la chute depuis l’état de grâce, depuis ce statut de demi-dieu de la guerre, est aussi un aspect de ce roman.

L’autre grande thématique du roman (à part la folie, le mysticisme, et le fait d’être accro au combat, à la guerre) est la mort : celle qu’on donne, dans ces corps plus-que-parfaits, celle dont on fait l’expérience, encore et encore et encore au fil des missions, celles qu’on revit, en esprit, dans ses rêves. La mort… et la résurrection, quelque part : car se déconnecter d’un Simulant en train de mourir, c’est quelque part revenir d’entre les morts.
[…]


En conclusion
L’artefact est, bien au-delà de la SF militaire, un roman de science-fiction remarquable, qui se sert de l’ailleurs et de demain pour explorer des thématiques extrêmement profondes : abstraction et déshumanisation de la guerre via l’utilisation croissante de drones, mort, folie, mysticisme (l’auteur s’est puissamment inspiré de Conrad et de Coppola, Kellerman n’étant qu’un autre Kurtz), traumatismes psychologiques, etc. Mais même sur un pur plan baston, ce mélange d’Avatar, Alien / Aliens, Warhammer 40 000 et Apocalypse Now vaut le détour, grâce à son ambiance noire et désabusée, grâce à son rythme savamment étudié, à la psychologie très développée de son personnage principal et à son côté prenant, parfois coup-de-poing. Bref, un excellent livre, alliant SF populaire « de divertissement » et SF « intelligente ».

C’est avec une franche impatience que je vais maintenant attendre les suites de ce premier tome extrêmement solide.
 
 
Apophis - Le culte d'Apophis
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Sawyer - L'artefact - Albédo
Posté le 30 mars 2017 -

Voici un roman dont le premier chapitre se clos avec brutalité. Notre héros Conrad Harris décède en mission lors d’un affrontement contre les Krells, et tout son équipe avec.  Inutile de dire que cela fait un choc.

Dans un futur assez lointain, l’humanité a colonisé la Voie Lactée mais s’est cassée les dents sur une espèce d’aliens particulièrement agressive et vindicative.  Cette rencontre du troisième type a dégénéré en une guerre presque totale bien que le berceau de l’homme ne soit pas (encore) menacé. A la régulière, les Krells sont imbattables, ils représentent la machine de guerre biomécanique parfaite. Aussi, les scientifiques ont-ils réussi à développer un programme de simulants,  des clones dont l’ADN a été modifié pour en faire de super soldat. La doublure peut être sacrifié lors d’une mission tandis que son « pilote » survit. La référence à Lazarre paraît donc toute indiquée. Une référence qui montre la volonté de proposer une sf plus réfléchie qu’une simple baston galactique.

L’artefact explore une sf militaire largement différente des grandes sagas du genre. Nous sommes plus proche de Scalzi, Heinlein et Poul Anderson que de David Weber ou Jack Campbell dont les empires stellaires luttent entre camps humains.

Le nom de Poul Anderson peut effectivement surprendre car  rarement l’auteur est associé à de la sf militaire. Pourtant le programme simulant – qui voit des hôtes génétiquement modifiés et dont les traits n’ont plus grand chose d’humain – ressemble fort à celui de Jupiter et les Centaures (ou alors le film Avatar). Conrad et sa troupe combattent à distance, leur corps reposant dans des cuves tout en étant reliés à leur doublure guerrière.  Lors de leur décès, ils retrouvent leurs esprits loin du combat, leur enveloppe à l’abri dans un liquide amniotique de synthèse. Une pratique propice à sauver des vies mais qui « dédramatise » et aseptise la guerre. La mort s’éloigne par l’intermédiaire de ces interfaces simulantes, la réalité du combat aussi, et réduit le tout à un jeux vidéo ?….Une thématique fort captivante qui est proposée par l’auteur, alors que ses protagonistes deviennent des virtuoses dans cette confrontation virtuelle.

Physiquement, ils sont sains. Psychologiquement, c’est une autre affaire.

En effet, Jamie Sawyer propose un roman qui va au-delà d’un simple récit plein de bastons, de testostérone et du claquements sourds de munitions en tout genre. En cela, il se rapproche de John Scalzi et du Vieil Homme et la guerre, en s’interrogeant sur la place de l’homme face à la guerre, au combat et à la mort. Il dépeint des personnages rongés par le combat, à la fois traumatisé par ces morts répétitives, ce jeu de dupe avec la faucheuse mais aussi sous l’influence grandissante de cette sensation d’immortalité, cette addiction au bourre-pifs, à la boucherie et au danger.

Tous les protagonistes sont touchés à divers niveaux et vivent cette addiction de manière différente, de Blake, jeune homme souhaitant mettre un terme à l’aventure au Capitaine Conrad Harris, en cas typique du junkie soufrant de stress post traumatique. Un personnage, finalement assez proche de Rambo dans son rapport à la guerre (dans le premier film pas les autres machins). D’ailleurs, l’officier ne peut plus se passer de ces incursions, et il ne vit plus que pour le prochain affrontement, son enveloppe charnelle réelle devient finalement plus qu’une contrainte.

[…]

C’est par l’intermédiaire de nombreux flashback sur son enfance et les prémices du programme simulant que le lecteur se familiarise avec son passé et sa personnalité. L’auteur en profite pour nous dépeindre son histoire du futur, les événements qui ont amené cette guerre et la tournure prise par le conflit interstellaire.

Le premier contact a eu lieu par hasard, mais tout de suite la hache de guerre fut de sortie. Les Krells sont des aliens coriaces, adaptables et taillés pour le combat. La description de quelques spécimens fait inévitablement penser aux Aliens du 8° Passager, avec leur carapace en chitine, l’aspect gluant, les éperons et les dents. Leurs organisation fait davantage penser aux extra-terrestres de la [Stratégie] Ender d‘Orson S. Card avec des formes primaires dirigeant les autres, telle une reine sa colonie d’abeilles. Mais, ce sont surtout les arachnéides de Starship Troopers qui me sont venus à l’esprit.  A leur image, les Krells ont la capacité à se projeter dans l’espace, des formes diverses et variés adaptées aux besoins, (même des vaisseaux spatiaux biomécanique), ainsi qu’un bio-plasma comme munition/arme. Même la situation désespérée de l’équipe est similaire au roman de Heinlein.

Et l’artefact dans tout cela ? C’est un mystère et l’objet de la mission de Conrad Harris. Ils sont envoyé dans le Maelstrom en territoire Krell pour secourir une expédition scientifique. Impossible dans dévoiler de trop, car il s’agit là du cœur du récit et d’ailleurs de son intérêt. Jusque là je n’avais rien trouvé de révolutionnaire ou de transcendant au roman du britannique. En revanche, ensuite, le mystère concernant l’artefact s’épaissit et amène une densité à l’univers. Les jeux d’influence, un poker menteur et les trahisons se succèdent à un rythme enlevé. Les combats sont violents, nombreux et soignés.

Ainsi, le roman en soi m’a-t-il bien plue; sans atteindre totalement mes attentes. L’univers est prometteur, la rivalité entre deux espèces alléchante, et l’auteur nous propose une réflexion intéressante sur l’addiction à la violence, la guerre et la mort. [...] Je suivrai la suite des aventures de Lazare en guerre.

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