Il faut s'appeler Pierre Bordage pour oser, sans trembler, s'atteler à la tâche monumentale d'un space-opera en cinq volumes. Mais voilà, Pierre Bordage est le meilleur conteur français de notre temps, et son style littéraire s'affirme de livre en livre. Entremêlant les aventures d'un moine-soldat parti sur l'appel de son ordre pour sauver la galaxie d'un terrible danger, et le trajet d'exil de deux adolescents réfugiés, Bordage nous propulse dans une histoire passionnante, où se nouent action, amour, et noire douleur du deuil. Ce livre-monde nous embarque au coeur même de l'humanité éternelle.
Thierry HUBERT, Le Dauphiné Libéré, décembre 2007
Nous voulions initialement nous limiter à un livre (ou série) par personne… Sauf que voilà, on s’est rendu compte que nous avions choisi la même série: La Fraternité du Panca de Pierre Bordage. On l’a dit et répété, Frère Ewen et Soeur Ynolde sont tout simplement des excellents livres, des livres qu’il faut absolument avoir lu, que l’on soit plutôt Fantasy que Science Fiction, ou l’inverse. Car Pierre Bordage arrive ici à allier les deux, à faire de ce Space Opera une histoire de Fatasy tout autant que de Science Fiction. Pire, si les boulons et les machines ne vous tentent pas du tout, vous pourrez tout de même la lire et l’apprécier à sa juste valeur. Frère Ewen, le premier tome, était une vraie claque, et je vous l’avais dit. Nous n’avions jamais lu Pierre Bordage jusqu’à maintenant, et c’était une grâve erreur. Il réussit à rendre un voyage galactique de 80 ans intéressant, et ce n’est pas peu dire, vu les conditions dans lesquelles ce voyage va se passer. Soeur Ynolde ne fait que confirmer le talent que nous avions entrevu dans le premier tome, et place La Fraternité du Panca dans les séries d’imaginaire à suivre, et que nous suivons. Sur ces deux tomes, c’est un univers splendide et passionnant que nous découvrons, que nous explorons, à travers plusieurs personnages que nous suivons tour à tour, dans une narration alternée. Le prochain tome sort dans moins d’un mois, le 28 janvier, et s’appelera Frère Kalkin. Et vous pouvez compter sur nous pour le lire et vous en faire la critique, vous n’y échaperez pas !
dabYo, 6 janvier 2010
N'ayant jamais lu de science-fiction dans ma vie autre que The Postman de David Brin, quelle surprise pour moi de découvrir mon premier vrai livre de SF : La Fraternité du Panca de Pierre Bordage. J'ai découvert à mon grand bonheur un space-opera où se mêlent loyauté, déchirement et l'amour. Après le mythe du sphinx, nous découvrons un animal à l'origine d'une société secrète interstellaire : le penthale mythique. Notre héros, un des maillons d'une chaîne de quinte de cette société secrète doit tout quitter afin de reconstituer la chaîne de quinte car le monde est en péril. Pour moi, ce livre poignant fût une découverte car comme pour la fantasy, l'identification est immédiate et on tremble tous lors des épreuves qu'Ewen doit affronter. En tout cas, si le space-opera a cette saveur, je veux bien m'en intoxiquer plus souvent.
8,5/10 complètement subjective. Cependant le style clair, sans fioriture et fluide, fait que l'on accroche tout de suite. Arrivé à la dernière page, on reste bien sûr sur sa faim : ce qui pour moi est un superbe prémice pour une suite.
Angèle, 28 novembre 2008, librairie.critic.over-blog.fr
Ewen vit heureux sur Boréal, 3ème planète du système d’Ispharam, avec sa
femme Ezalde enceinte d’un fils et de sa fille Ynolde. Il porte un
lourd secret qu’il n’a jamais partagé avec sa femme. Ewen fait partie de
la fraternité Pancatvique. Il a été formé pendant cinq année par frère
Ebenzer qui lui a remis son arme, un disque métallique qui crache des
cercles de feux, le Cakra, et l’implant fiché à la base de son crane qui
recueille son âmna (principe vital). Le Panca, une organisation secrète
existe depuis des siècles, a pour but le bien-être et la protection de
l’humanité. Ses membres sont répartis à travers la voie lactée. Ils ne
communiquent pas entre eux mais reçoivent des ordres de l’organisation
grâce à leur implant, une communication instantanée à travers la galaxie
que seul le Panca maîtrise. Frère Ewen entend pour la première fois
cette voix qui lui ordonne de se rendre sur Phaïstos pour constituer une
chaîne quinte. L’humanité court un grave danger que seule la fraternité
du Panca peut éviter. Même si, pour frère Ewen, cela signifie le
sacrifice ultime.
Frère Ewen doit d’abord se rendre sur la lune de
Hyem, cinquième planète du système d’Ispharam, un premier voyage long
d’au moins trois ans. De cette lune il peut prendre un des grands
vaisseaux interstellaires à destination de Phaïstos, un voyage de 80 à
cent ans. Il arrivera vieux ou probablement mort à destination.
Sur
Phaïstos il doit remettre son implant vital au quatrième frère de la
chaîne quinte. Seule la réunion de cinq implants en un seul frère peut
sauver l’Humanité. Ewen est déchiré à l’idée de d’abandonner sa femme
sur le point d’accoucher et sa fille. Mais il a juré obéissance au
Panca.
Pendant se temps sur la planète Amble la famille d’Olméo,
jeune garçon de douze ans, est chassée de leur communauté. Sa mère a été
surprise dans les bras d’Alfo, son amant. Olméo bénit sa mère d’avoir
fauté : grâce à elle, il peut découvrir le monde, faire un voyage
extraordinaire à travers la planète. Son périple commence par un voyage
en train vers Al Kraël capitale du deuxième continent d’Amble et la
rencontre avec Sayi, une mystérieuse jeune fille aussi sage que belle.
De
Al Kraël il prend un vaisseau spatial en direction de Hyem et de sa
lune, astroport où il embarque à bord d’un grand vaisseau interstellaire
pour une aventure qu’il n’imaginait pas.
Son chemin va croiser Frère
Ewen. Ensemble ils braveront des dangers et combattront les nombreux
ennemis du Panca qui se cachent parfois derrière des êtres à l’apparence
innocente.
Pierre Bordage nous offre ici un space opera d’une
rare qualité où ses talents de conteur nous entrainent dans un voyage à
travers le temps et l’espace. Il n’y a pas de batailles spatiales, mais
une quête, des quêtes. Celle d’un homme qui sacrifie tout pour
l’humanité, déchiré entre son devoir et le souvenir de sa famille
abandonnée. Celle d’un petit garçon qui va s’en doute devoir grandir
trop vite, faire des choix qui l’engageront dans une vie aventureuse,
faite d’amour, de bonheur et de sacrifices.
Les destins de Frère Ewen et d’Olméo sont racontés en alternance (un chapitre pour Ewen, un chapitre pour Olméo).
Les
deux histoires possèdent un style narratif différent : Olméo raconte
son histoire à la première personne, l’histoire de frère Ewen nous est
racontée. Chaque chapitre commence par un petit texte qui nous donne les
clefs pour comprendre l’univers riche et complexe imaginé par Pierre
Bordage. Que du bonheur ! J’ai les deux volumes suivants que je vais
dévorer et je vais attendre les deux derniers avec impatience.
Monsieur Lhisbei - RSF blog
La claque ! Bravo Monsieur Bordage ! La France a la chance de disposer d’un Grand Maître de la SF. Beaucoup le savaient déjà : Pierre Bordage est un incontournable talent de notre microcosme. Mais, sale rouspéteur mécréant râleur que je suis, je n’en étais pas encore convaincu. C’est chose faite avec ce premier tome de La Fraternité du Panca (Frère Ewen, L’Atalante,novembre 2007, 446 pages).
Il s’agit d’un space opera grandiose à la gloire de l’humanité, et de ce qu’elle a de plus beau : les femmes.
Ewen, après une enfance difficile de mal aimé, devient un sale type avant de rencontrer son Maître et de devenir, après cinq ans de formation, un frère du Panca. Il reçoit son implant, par lequel il recevra ses instructions et où s’inscrira sa vie, et son chaka, une drôle d’arme symbiotique qui crache des cercles de feu inextinguible. Puis il va rencontrer la femme de sa vie et vivre avec elle dix années magnifiques. Il est soudain appelé par son implant et doit partir, et tout laisser, pour rejoindre le quatrième maillon de la chaîne quinte qui doit se reconstituer pour sauver toutes les espèces vivantes de la Galaxie. C’est à ce moment que débute le roman.
Une autre ligne narrative est constituée par le journal d’un jeune adolescent Olméo, issu d’une famille de paysans chassée de son village à cause de l’adultère de la mère. La religion, comme d’habitude, empêche de vivre... et déteste toutes les autres, même celles qui lui ressemblent. Olméo entreprend lui aussi un long voyage et va rencontrer l’amour, une jeune fille extraordinaire nommée Sayi, d’une autre peuplade et d’une autre religion (ils adorent un autre ange !).
Les deux voyageurs, Ewen et Olméo, vont se rencontrer peu avant d’entreprendre leur long périple de 80 ans vers leur planète de destination.
Je ne vous en dis pas plus. Il y a plein d’aventures, d’action, de surprises, de retournements de situation. Mais il y a surtout, en plus des descriptions de ces endroits magnifiques ou sordides des planètes et lunes visitées, une extrême humanité et une sensibilité formidable, une ode aux sentiments forts et à l’amour en particulier, amour perdu pour Ewen desespéré, amour naissant pour Olméo enthousiaste, curieux et rebelle. Une grande sensibilité sans un poil de sensiblerie. Remarquable, prenant, poétique, lyrique sans être gonflant, fluide, maîtrisé. Bon j’arrête, je vais vous faire vomir.
Dois-je encore vous rappeler qu’il ne s’agit pas là d’une énième resucée de choses déjà lues, ou de trucs dystopiques ou uchroniques où interviennent des personnages célèbres ? Non, c’est de l’invention, de la création, du jamais encore imaginé. Lisez ce Frère Ewen de Maître Bordage, c’est un délice.
Henri Bademoude - Yozone
Il en est des grands romans de SF comme de la vie. Leur capacité à nous
émouvoir est souvent dans les petites choses. Les détails qui paraîssent
insignifiants mais ne le sont pas.
On pourrait presque dire qu’avec ce Frère Ewen (L’Atalante, coll. La Dentelle du Cygne), premier volume de la tétralogie annoncée de La fraternité du Panca, Pierre Bordage a pris le juste parti de ne point trop en faire, de ne jamais tirer sur la corde des émotions inutiles.
Deux personnages centraux destinés à se rencontrer, deux destins en
apparence brisés par la vie et les engagements qu’Ewen et Olméo ont un
jour pris ou que l’existence leur a imposé : Ewen est membre d’une
Fraternité religieuse secrête, Olméo est le cadet de la famille dans une
organisation sociétale de petites communautés rigides et quasi
autarciques. Mais point de désespoir ici, il ne s’agira jamais de se
lamenter sur son sort. Ou si peu.
Si chemin de croix il y a, Ewen et Olméo le parcourent sous la
pression des événements, mais aussi poussés par une voie morale évidente
qui leur est propre. Ils ont leur libre arbitre et s’engagent en toute
conscience sur une route qui, pour douloureuse qu’elle soit, est aussi
celle de leur accomplissement personnel.
Modèle de space opera, doublé de plusieurs planet operas successifs
qui s’agglomèrent les uns aux autres à l’image des couches sédimentaires
en géologie, Pierre Bordage a créé avec grand talent une lente épopée en forme d’odyssée quasi immobile.
Certes, tout le roman n’est pourtant qu’un double et long voyage.
Celui d’un homme dans la force de l’âge et celui d’un enfant de douze
ans. Tous les deux doivent quitter la planète sur laquelle ils ont
construit une partie de leur vie, sans aucun espoir de retour.
Après de nombreuses péripéties, ils vont enfin se croiser et faire plus que se rencontrer. Tout dans ce Frère Ewen est dans la fusion des âmes.
En permettant les voyages interplanètaires au long cours sans user
de notions sans fondements scientifiques, tels les éternels classiques
de l’hyperespace, Pierre Bordage a également saisi au vol l’opportunité d’explorer une piste narrative passionnante et réellement inventive.
La galerie des personnages, le regard tendre et compréhensif que
pose l’écrivain sur ses créatures, son habileté à générer une grande et
touchante empathie avec elles, tout ces éléments suffisent largement à
emporter le morceau haut la main.
Est-ce à ce jour le roman le plus structuré de Pierre Bordage ?
On le pense très fort. C’est en tout cas celui où nous retrouvons tous
les thèmes régulièrement abordés par l’écrivain : sa capacité à nous
émouvoir avec de grands et beaux sentiments, sa générosité teinté d’un
humanisme respectueux envers l’autre ainsi qu’un imaginaire SF digne des
plus grands.
Stéphane Pons - Yozone
Pierre Bordage revient à ses amours avec un space opéra étonnant : La Fraternité du Panca. Petite interview
ActuSF : Comment est né La Fraternité du Panca ? Qu’as-tu envie de faire avec cette série ?
Pierre Bordage : D’abord repartir dans l’espace après un roman, Porteur d’Âmes,
situé sur terre et dans un avenir très proche. Et puis, illustrer
encore une fois (on ne se refait pas…) l’effet trame humaine à travers
l’espace et le temps, concept que j’essaie de travailler sous
d’autres formes dans les autres livres. L’attrait du voyage, du
merveilleux, que permet le space opera. Le désir moteur,
je m’en rends compte maintenant, a été de faire un vrai récit de
voyage, avec des personnages attachants. Un peu comme on suivrait
des émigrants de la fin du 19ème dans leur quête d’Amérique. J’aurais
aimé le faire à la façon d’un carnet, avec des textes, des croquis et
des dessins, mais techniquement, je ne suis pas à la hauteur pour
ce qui concerne l’illustration. Outre la trame (symbolisée ici par
la chaîne quinte) sont venus se greffer les thèmes qui me sont
chers, les différentes façons d’interpréter le monde, les
différents conditionnements, sociaux, religieux, politiques,
sexuels…
ActuSF : Dans le premier
tome, on suit essentiellement deux héros dans leur parcours, Ewen
et Olmeo. Ils sont à milles lieues l’un de l’autre. Comment
pourrais-tu les présenter aux lecteurs qui n’ont pas encore lu le
livre ?
Pierre Bordage : L’un, Ewen, est un frère du Panca,
quelqu’un qui s’est engagé au service d’une organisation, et qui a
perdu de vue son engagement. Il s’est marié, a eu une fille, attend
un deuxième enfant, et, évidemment, c’est à ce moment-là que sa
hiérarchie se manifeste, le contraignant à quitter son cocon
familial, son bonheur tranquille, à partir sans espoir de retour
(on retrouve là l’un des thèmes des Griots Célestes). Ewen est le
premier maillon d’une chaîne quinte, une procédure d’exception qui
ne se déclenche qu’en cas de danger très grave pour l’univers. Il
part donc à la rencontre du 4ème frère, localisé sur une planète
lointaine. Bien sûr tout au long du voyage, il va douter de son
sacrifice, de sa hiérarchie, de son importance. C’est dans une
lutte incessante contre ses doutes et ses regrets qu’il est
principalement engagé. Olmeo, lui, est un garçon d’une communauté
angélique du Pays Noir, dont la famille est contrainte de s’exiler
parce que sa mère a commis l’adultère. Contrairement aux siens,
opposés à la technologie, Olmeo a toujours rêvé de parcourir
l’espace à bord des grands vaisseaux. La faute de sa mère lui offre
une occasion unique de réaliser son rêve. Ce sont ses carnets de
voyage qu’on lira, ses émerveillements, les heurs et malheurs ponctuant
son périple, et puis, surtout, sa rencontre avec Sayi, une jeune
fille étonnante.
ActuSF : Et que dire de ton
univers ? Il y a des secteurs fortement technologiques avec
d’immenses vaisseaux spatiaux pour traverser les étoiles, et en
même temps des communautés presque renfermées sur elles-mêmes, très
proches de la terre et sans beaucoup d’outils technologiques.
Comment tu le vois cet univers où le communautarisme côtoie la
multitude ?
Pierre Bordage : Je le vois comme une parfaite
illustration du nôtre. Sur terre aussi, la technologie côtoie les
communautés renfermées sur elles-mêmes. Il ne peut y avoir, à mon
sens, de monde purement technologique ou purement communautariste.
De nos jours aussi, les religieux se défient de la technologie, de
nos jours aussi, on a des peuples qui restent arc-boutés sur leurs
croyances (que je ne juge pas d’ailleurs, elles sont souvent riches
d’enseignements, je n’ai aucune préférence, je pense que les deux,
la technologie et la croyance, sont les meilleures et les pires
des choses). J’avais envie de créer le décalage entre le monde
d’Olmeo et le monde technologique, pour accompagner l’émerveillement
d’Olmeo. Il m’intéressait de partir avec un personnage qui n’est pas
blasé, qui a gardé cette capacité d’émerveillement.
ActuSF : Le
site de l’Atalante évoque une "ode à la femme et au mystère de la
vie". Pourquoi as-tu voulu explorer ces deux thèmes ?
Pierre Bordage : Je me suis fait incendier sur ce même
site sur mon côté viol systématique à chaque page et mes femmes
soit nunuches soit putains (en fait, je ne le pense pas, pas du
tout, mais certains lecteurs — trices, argg, surtout ne pas oublier
— ont interprété mes personnages féminins comme ça). Je n’avais
pas l’intention de me racheter de mes très grandes fautes, d’écrire
un hymne à la femme ou au mystère de la vie, mais à la fin du roman,
quand on a fait le constat, Mireille et moi, on s’est rendu compte
que, si on avait suivi deux personnages masculins tout au long du
récit, les figures qui demeuraient, qui résistaient, étaient les
femmes : la mère d’Olmeo, la fille d’Olmeo… et d’autres que je ne
peux pas révéler ici au risque de dévoiler l’intrigue. Ce premier
tome est d’essence féminine : les vaisseaux sont des ventres
abritant la vie, les deux héros, Ewen et Olmeo, sont hantés
(Ezalde) ou initiés par une femme (Sayi). Enfin, je sais maintenant que
je suis un affreux féministe :-) Qui dit femme dit mystère de la
naissance et de la vie (ah, mon côté affreux macho qui reprend le
dessus…). En plus il y a dans le livre des retournements de
situation qui illustrent à leur façon le mystère éternel du temps
(je ne peux en dire plus, même sous la torture, d’ailleurs si on
pouvait m’enlever les brodequins, merci).
ActuSF : Ce premier tome
raconte le voyage des deux héros sur des planètes étrangères et
dans de grands vaisseaux spatiaux. On peut dire qu’ils sont tous
les deux arrachés à leurs habitudes. Est-ce que ça t’a permis de
souligner encore plus le choc des aventures et des nouveautés qui
les attendent plutôt que de mettre en scène un baroudeur habitué au coup
de force ? Et qu’avais-tu envie de faire : les confronter à
beaucoup d’événements pour que chacun des deux héros évoluent
rapidement ? Une sorte de transformation intérieure ?
Pierre Bordage : Oui, bien sûr, la transformation
intérieure, comme tout roman initiatique. Et les romans de voyage,
parce qu’ils exigent de leurs héros des adaptations permanentes,
rentrent évidemment dans le cadre du roman initiatique. À part
Rohel, et peut-être un peu Tcholko, le nomade Tunguz de la steppe
sibérienne dans Atlantis, je n’ai jamais travaillé avec un héros
baroudeur type super héros. Je préfère partir avec ces personnages
simples, confrontés à des épreuves qui vont les forcer à grandir
(même Wang, avec son tao de la survie, fait partie des héros
ordinaires). Les voyages, j’ai remarqué, multiplient les
événements, tout simplement parce qu’on ne comprend pas toujours la
langue ni les coutumes ni les conditions climatiques. Donc, il faut
évoluer en accéléré, se transformer pour continuer. J’aime bien ça,
confronter l’être ordinaire à l’événement exceptionnel. Mais, et
c’est ma conviction la plus profonde, il n’y a pas d’être vraiment
ordinaire…
ActuSF : On l’a dit, il leur
arrive toutes sortes d’aventures. On a l’impression que tu t’es
fait plaisir en multipliant les paysages étranges et les péripéties
étonnantes, quitte parfois à ne pas trop les expliquer pour mieux
se concentrer sur l’action. Est-ce que j’ai bon ? Y as-tu pris du
plaisir ? As-tu toujours un émerveillement pour l’espace et le
space opera ?
Pierre Bordage : Oui, je me suis fait plaisir,
vraiment. Encore une fois, quand on voyage, on change sans cesse de
paysages, de situations, de compagnons, et l’action est
permanente. Et on n’a pas le temps de tout expliquer non plus, on
en prend plein les yeux, plein la tête, sans toujours comprendre
les mondes traversés. J’ai toujours un grand attrait pour le space opera,
qui, pour moi, reste le terrain privilégié du merveilleux moderne.
Je me retrouve comme quand j’avais vingt-deux ans et que j’ai
découvert le premier volet de la Guerre des Étoiles
(bon d’accord, ça ne nous rajeunit pas et je viens d’avouer mon
grand âge) : l’éclate totale. Je suis un vrai gosse, et je pense
qu’il faut garder une âme d’enfant pour écrire et lire des space opera.
ActuSF : Tu
as déjà prévu cinq tomes. Pourquoi aussi long ? Et est-ce que ça
ne te fait pas un peu peur quand même un projet aussi vaste ? Ou au
contraire est-ce excitant de se dire qu’on a encore quatre tomes
pour développer l’intrigue et l’univers ?
Pierre Bordage : Ben, je me suis fait piéger par le
titre ! Panca veut dire cinq en sanskrit. Chaîne pancatvique ou
quinte, pentale (animal à cinq ailes), tout est basé sur le cinq.
Allez faire une trilogie avec ça ! Même pas peur dans la mesure où,
de la façon dont j’ai agencé le cycle, il n’y aura pas d’effet de
répétition ou d’impression de traîner en longueur. Bref, on va
encore voir du pays, je vous le dis ! Oui, c’est plutôt excitant, parce
que, si l’univers et la trame restent constants, les péripéties
seront très différentes les unes des autres, enfin, j’espère.
ActuSF : Que peut-on dire déjà du tome 2 ? Que vas-tu nous raconter ?
Pierre Bordage : Rien, je ne peux rien en dire. Non, ne
remettez pas les brodequins s’il vous plaît. Je ne peux rien dire
parce que ce serait dévoiler la fin du premier tome, ce qui ne
serait pas correct vis-à-vis des lecteurs.
ActuSF : Et hormis les quatre prochains volumes de La Fraternité du Panca, sur quoi travailles-tu ? Vas-tu sortir d’autres livres en parallèle ? Et sinon quelles sont tes envies ?
Pierre Bordage : Oui, je sortirai d’autres ouvrages en
parallèle : un roman pour la jeunesse chez Flammarion, une uchronie
sous l’égide d’Alain Grousset ; un Club Van Helsing ; un roman au
Diable Vauvert, une anticipation très contemporaine, la veine que
j’explore au Diable ; et puis je travaille actuellement sur un
projet de feuilleton audio, oui, oui, et sur l’adaptation BD des Fables de l’Humpur… N’en jetez plus, ma coupe est pleine.
(Interview réalisé pour la sortie de Frère Ewen, premier tome du cycle)
Jérome Vincent - ActuSF
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