La Stratégie Ender fut à l’origine une longue nouvelle (que vous pouvez trouver par exemple dans le recueil Sonate Sans Accompagnement), avant de devenir un roman... à peine plus long que la nouvelle ! Et le moins qu’on puisse dire, avec le recul, c’est qu’Orson Scott Card avait un peu escamoté la fin ! On avait ensuite retrouvé Ender dans La Voix Des Morts sur une lointaine planète, bien des années après. Orson Scott Card a ensuite enrichi son univers avec deux suites (Xénocide et Les Enfants de l’Esprit) et quatre autres romans consacrés au personnage de Bean, mais la vie d’Ender entre son écrasante victoire sur les Doryphores et son arrivée sur Lusitania restait floue... une lacune dans la saga d’Ender désormais comblée avec L’Exil.
Pour sauver la race humaine de la défaite face aux Doryphores, Mazer Rackham et Hyrum Graff avaient fait d’Ender une machine à combattre, un stratège et un meneur d’hommes. Mais que faire de lui une fois la victoire acquise et la paix revenue ? Car Ender fait peur à tout le monde et de nombreuses nations craignent son retour sur Terre, pour diverses raisons. C’est la raison pour laquelle la décision est prise de l’envoyer sur une des planètes des Doryphores, désormais inhabitée, pour devenir gouverneur d’une colonie humaine.
Ender, lui, est rongé par les remords. Il a à lui seul exterminé une race entière (d’où son futur surnom de Xénocide) et ne parvient pas à comprendre pourquoi les reines des Doryphores n’ont pas prévu sa manoeuvre, pourtant relativement évidente. Obsédé par cette question, il décide d’accepter la proposition qui lui est faite, se disant qu’il trouvera peut être la réponse sur une planète autrefois occupée par ses anciens ennemis.
Il part donc pour un voyage de 2 ans, du moins pour lui à bord, accompagné de sa soeur Valentine. Pour les autres, compte tenu de la vitesse relativiste du vaisseau, quarante années se passent. Entretemps, son frère a accompli son rêve en prenant le pouvoir sur Terre, où il est devenu l’Hégémon. Mais son voyage ne sera pas de tout repos. L’amiral qui commande le vaisseau n’a pas l’intention de céder le pouvoir, une fois arrivé, à un jeune garçon de 15 ans ! Et d’autres personnes à bord ont des projets le concernant ... Ender parviendra à résoudre ces problèmes et d’autres encore, avec des méthodes qui n’ont plus rien à voir avec celles qu’on lui a enseignées à l’Ecole de Guerre. Petit à petit, Ender le xénocide cède la place à celui qu’on appellera ensuite "la voix des morts", celui qui mieux que personne peut comprendre et aimer son prochain... que ce soit pour l’aider ou pour mieux l’anéantir !
Andrew / Ender Wiggin est sans aucun doute, avec Paul Atréides (le héros de Dune, de Frank Herbert) le héros le plus complexe et le plus fascinant de la littérature de science fiction. Tous deux présentent d’ailleurs un certain nombre de similitudes. Malheureusement pour les fans de Dune, Paul a eu une vie courte... ce n’est pas le cas d’Ender et on ne peut que féliciter Orson Scott Card d’avoir eu le courage (car il en faut) d’assumer le fait d’avoir créé un héros d’une telle dimension et de le faire vivre et évoluer, au risque de se louper et de briser le mythe. S’il devait un jour y avoir le "roman de trop" dans la saga Ender, ce n’est en tout cas pas celui-là ! Passionnant de bout en bout, il nous éclaire sur cette période charnière de la vie d’Ender, sur sa découverte d’une reine survivante et aussi sur l’évolution de la civilisation terrienne, avec les débuts des premières colonies. Il fait aussi le lien avec de nombreux événements décrits dans les romans autour du personnage de Bean.
On est loin des combats de La Stratégie Ender, bien entendu... mais les confrontations avec ses rivaux et adversaires, d’une autre nature, sont tout aussi passionnants, et souvent beaucoup plus émouvants,grace au talent de conteur d’Orson Scott Card. Le roman est également un hommage, comme le souligne l’auteur lui-même dans sa postface, à tous ceux qui ont connu la guerre et une véritable réflexion sur les difficultés, souvent ignorées et mal comprises, auxquelles ces combattants ont été confrontés à leur retour...
Ender L’Exil est donc une lecture hautement recommandée. Toutefois, même s’il n’est pas forcément indispensable d’avoir lu La Stratégie Ender au préalable... ce serait dommage de se priver ce chef d’oeuvre de la SF et du plaisir de découvrir ensuite cette saga dans le bon ordre !
Ender L'exilCard, Orson Scott
Edition : L'Atalante 2010, 478 pages
La guerre contre les Formiques est terminée, grâce à la victoire très contestée, mais écrasante, d'Ender Wiggin. Les enfants de l'Ecole de Guerre peuvent enfin rentrer chez eux. Mais le cas d'Ender est particulier, du fait de l'aura ambiguë (sauveur ET xénocide) qui est la sienne, et du fait que son frère Peter n'est pas favorable à l'idée de se retrouver dans son ombre.
Aussi accepte-t'il sans hésiter quand on lui propose de partir sur la planète Shakespeare. Qu'il doive en être le gouverneur ne lui paraît pas forcément une bonne idée, toutefois. Et une question le taraude : pourquoi les Reines sont-elles restées ensemble sur une seule planète, s'exposant ainsi à la destruction totale de leur espèce ?
Ce roman voit l'évolution de l'enfant-guerrier de La stratégie Ender au diplomate et à la Voix des Morts, en passant par l'écriture de La Reine. Pour les lecteurs curieux, il remplit donc un hiatus. L'ambiance du vaisseau, puis de la planète Shakespeare, sont très bien évoquées. En revanche, les rapports entre Ender et Valentine évoluent fort peu, malgré le passage des années ensemble, et ça ôte de la crédibilité au personnage. Cela n'enlève pas grand-chose, heureusement, à l'intérêt de cette histoire, fort plaisante à lire, et bien servie par la traduction de Florence Bury.
Ecrite par Mureliane, le 26 Juillet 2010
La guerre contre les doryphores a été gagné par des enfants, de petits génies dirigés par Andrew Wiggin, surnommé Ender, jeune garçon d'une douzaine d'années.
Mais à la joie de l'humanité d'avoir survécu ne succède pas l'euphorie insconsciente. Tout l'effort de la planète a été portée sur la guerre et maintenant que la menace est éloignée chaque pays s'empare d'un génie pour le diriger, le protéger voire conquérir! Alors que faire de celui qui les a tous dirigé, celui qui a remporté la victorie, Ender lui-même?
Que faire de ce jeune garçon qui n'a jamais demandé à être un Troisième, qui n'a jamais demandé à quitter ses parents, qui n'a jamais demandé à aller à l'école de guerre et encore moins demandé à devenir un leader et à gagner la guerre.
Seule issue : l'exil sur les planètes terraformées par les doryphores... Première étape d'un voyage qui mènera Ender à se pardonner les massacres que la guerre lui a imposé.
Ce volume retrace le début de la nouvelle vie d'Ender qui durera trois mille ans, commençant avant la fin du premier tome (Stratégie Ender) et prenant fin avec le 4em (Les enfants de l'esprit).
Mon avis :
Prenant place entre le 14em et le 15em chapitre de la Stratégie Ender, ce volume comble quelques lacunes dans l'histoire d'Ender. Si on a lu le cycle, on sait ce qui va se passer, on sait ce qu'il va trouver et la quête insensée qui va le guider pendant des années. Mais on ne savait pas comment, et c'est avec ce volume qu'Orson Scott Card se charge de combler nos lacunes pour notre plus grand plaisir, apportant au passage une conclusion à l'une des intrigues laissées en suspens dans le cycle parralèlle de Bean.Un des meilleurs cycles de science-fiction si vous voulez mon avis, ce que ne dément pas ce volume!
Chronique en partenariat avec Phénix-web
[…] Écriture subtile, sobre mais chargée en sentiments justes, la plume de Card fait ici toujours merveille. On n’attendait plus d’aventure de ce très grand personnage du genre, tellement il nous semblait que Card, son conteur, avait décidé de s’en séparer ; Il n’en est rien avec cette histoire se déroulant entre « La stratégie d’Ender » et « La voix des morts ».
Card s’essaye ici à nous conter ce douloureux passage entre l’adolescence et la vie adulte à travers celui de son héros, et curieusement nous nous y identifions. Sans logorrhées lénifiantes ni idéologie douteuse, l’auteur nous entraine sur le douloureux chemin qui mène à la rédemption, la réhabilitation, avec force et courage. Prendre donc un enfant pour raconter ce passage de la nuit au jour n’est pas commun, voir risqué. Mais tout est symbole et lumière chez Card, si bien qu’on comprendra que derrière cette gigantesque métaphore futuriste se cache aussi ce récit plus intime de notre vie, quand nous faisons ce délicat passage qui de l’enfant à l’homme se fait comme un terrible arrachement et curieusement aussi comme une prise de conscience de la fin de l’innocence.
En inversant le paradigme de passage, en faisant de cet enfant devenu trop tôt adulte et responsable d’actions qui bien que pour le bien de l’humanité l’ont poussé à devenir génocidaire, Card nous raconte peut-être aussi une autre histoire : ce courage que nous possédons tous en nous qui est de transformer avec notre cœur d’enfant les choses les plus viles de notre passé pour en faire les jalons d’un futur qu’on voudrait meilleur pour tous et soi-même.
C’est de ce fantasme dont nous portons tous la graine en nous dont Card parle au travers du personnage de son enfant génocidaire. Et c’est par l’épreuve de l’enfance face à l’innommable que Card nous fait prendre conscience à tous de notre capacité à changer. Car cet enfant, Ender ne serait-il pas en fin de compte une image pour dire cette humanité en recherche d’une éternelle rédemption qui jamais ne vient, hormis par de longs et pénibles efforts ?
Par-delà l’histoire simple en apparence nous avons notre propre histoire, individuellement ou collectivement.
Emmanuel Collot.
[...] Ecriture subtile, sobre mais chargée en sentiments justes, la plume de Card fait ici toujours merveille. On n'attendait plus d'aventures de ce genre, tellement il nous semblait que Card, son conteur, avait décidé de s'en séparer. Il n'en est rien avec cette histoire se déroulant entre La stratégie Ender et La voix des morts. Card s'essaye ici à nous conter ce douloureux passage entre l'adolescence et la vie adulte à travers celui de son héros, et curieusement nous nous y identifions. [...]
Mais tout est symbole et lumière chez Card, si bien qu'on comprendra que derrière cette gigantesque métaphore futuriste se cache aussi ce récit plus intime de notre vie, quand nous faisons ce délicat passage qui de l'enfant à l'homme se fait comme un terrible arrachement et curieusement aussi comme une prise de conscience de la fin de l'innocence. [...]
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