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Ursula K. Le Guin

Dons

Chronique des rivages de l'ouest
Dons

Date de parution : mars 2010

Série : Chronique des rivages de l'ouest
Livre : 1

Traduit par : Mikael Cabon
Illustrateur : Larry Rostant


ISBN13 : 9782841725007

Nombre de pages : 224
Prix : 14,50 €
État : disponible

«C’est une mystérieuse expérience que de se priver de la vue, mais je m’y astreignis. Plus je maudissais mon bandeau et plus je redoutais de le soulever. Il me sauvait de l’horreur de toute destruction involontaire. Tant que je le portais, je ne tuerais pas ceux que j’aimais. S’il m’était impossible d’apprendre à user de mon don, je pouvais au moins apprendre à ne pas m’en servir.»

Dans les collines des Entre-Terres vit un peuple de sorciers capables de miracles. D’un mot, d’un geste, ils allument un foyer, convoquent un animal,gué­rissent une blessure. Mais ils savent aussi mutiler,corrompre, asservir et tuer. Isolées dans leurs domaines,les familles de ces contrées vivent dans la crainte lesunes des autres…

Dons est l’histoire d’Orrec; son héritage est le pouvoir de détruire. Quelle place trouvera-t-il dans ce monde cruel sans laisser sa naissance en décider pour lui?

 Chronique des rivages de l’Ouest se compose de trois romans. Dons a obtenu le Pen/USA Award en 2005 et Pouvoirs le prix Nebula en 2008.

Pour tous lecteurs à partir de 14 ans. 

  • Revue de presse
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Le Guin - Dons - Phénix Web
Posté le 05 mai 2010 -

Orrec est originaire d’une des familles des collines des Entre-Terres, d’une de ces puissantes familles dont un seul regard, une seule pensée peut provoquer la souffrance, la faiblesse, la mort.

Dotées de pouvoirs aussi variés que défaire, parler aux animaux, blesser, rendre malade ou guérir, ces familles se jaugent, se jugent, se testent pour étendre leur domination dans un jeu de pouvoirs dont peu sortent indemnes.

Et Orrec, que ces pouvoirs contraignent à vivre une vie d’angoisse, Orrec, que sa naissance destine à devenir dirigeant, Orrec préfère écouter les histoires que sa mère originaire de là-bas lui lit. Là-bas, où les pouvoirs n’existent pas. Contraint à prendre des décisions qui bouleversent sa vie sans lui apporter le bonheur ou la sérénité, saura-t-il trouver sa place dans ce monde qui ne l’épargne pas ?

Quête initiatique d’un adolescent, presque un jeune homme, dans un monde qu’il ne comprend pas. On vibre avec lui, on souffre avec lui, on espère avec lui. Un roman à l’écriture (et à la traduction) rythmée, agréable, au service d’une histoire comme l’auteure sait en créer !

Si certains d’entre nous ne sont plus assez jeunes pour s’identifier aux personnages principaux, la lecture de ce roman n’est pas pour autant à réservé aux seuls adolescents. La plume d’Ursula K. Le Guin est toujours aussi agréable et poétique quel que soit le public visé.

Surtout ne vous arrêtez pas à la couverture qui peut peut-être en bloquer certains. Si elle apparaît obscure, elle prend toute sa dimension quand on voit les couvertures des autres tomes à venir de cette trilogie (en 4e de couverture du roman).

Miss Mopi - Phénix Web

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Le Guin - Dons - Le Journal du Dimanche
Posté le 07 mai 2010 -
L'américaine Ursula Le Guin est depuis cinquante ans une voix originale, humaniste de la SF. Elle raconte avec poésie et subtilité son histoire de Roméo et Juliette au pays des sorciers. Un très joli conte où elle défend des causes qui lui sont chères : le droit à la différence et la liberté, pour chacun, de choisir sa vie.
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Le Guin - Dons - Choisir un livre
Posté le 31 mai 2010 -

Premier volume de la trilogie des Chroniques des rivages de l'Ouest, ce recueil, traduit de l'anglais, entraîne le lecteur sur les traces de deux adolescents en quête d'eux-mêmes. Avant tout roman initiatique, écrit avec talent, construit avec rigueur, l'intrigue est soigneusement orchestrée pour faire voyager le lecteur et l'amener à bon port, dans les dernières lignes.

Le thème de la liberté est abordé sous plusieurs angles : libre choix, conscience, dépendance... Focalisée principalement sur le personnage d'Orrec, la narration nous livre les différentes perceptions et pensées du jeune garçon dont la personnalité se révèle peu à peu. Au fil d'un récit qui mêle pouvoirs et dons surnaturels, la psychologie des protagonistes -notamment celle d'Orrec et de Gry- s'affine de façon crédible et progressive, mettant en lumière toute la cruauté de certaines familles qui se jaugent.

Cohérente, cette histoire au rythme enlevé ne manque pas d'intérêt et l'on se surprend à se laisser porter par la grande inventivité de l'auteur.

COP - Choisir un livre

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Le Guin - Dons - Comptines et compagnie
Posté le 31 mai 2010 -

Le roman d’Ursula K. Le Guin a le charme des grands classiques du genre et – bien que publié dans une collection à destination des adultes – les ados férus de fantasy devraient y trouver leur compte.

Nathalie Ventax - Librairie Comptines

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Le Guin - Dons – La revue des livres pour enfants
Posté le 16 juillet 2010 -

Orrec vit dans les collines des Entre - Terres. Il fait partie d’un peuple de sorciers qui se transmet des dons de père en fils ou de mère en fille. Notre héros a le pouvoir de défaire, un don terrible avec lequel il va devoir composer pour trouver sa place dans cette communauté où chacun est sur ses gardes dans la crainte de ses voisins.

N.B.

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Le Guin - Dons - ActuSf
Posté le 28 octobre 2010 -

Comme dans les autres ouvrages fantasy d’Ursula Le Guin, l’essentiel n’est pas dans le scénario, mais dans ce que vivent et pensent au présent les personnages. Comme si la découverte anthropologique prévalait sur les événements.

 […]Chroniques des rivages de l’Ouest peut être lu indifféremment par des adolescents ou des adultes.La langue d’Ursula Le Guin est lente, onctueuse, veloutée. Par succession de phrases courtes, elle s’étale dans le temps. Elle décrit les sentiments, les êtres, les objets, plus que les mouvements. Elle les décrit sur un ton nostalgique et doux, sans apitoiement. Comme une mythologie continue du vécu. Les dialogues ne sont jamais bavards. Les personnages vont à l’essentiel. La douleur et la nostalgie ne sont jamais larmoyantes. Toutes les émotions sont contenues. Il y a toujours de la dignité dans la joie et la souffrance.

Un livre envoûtant et sage où la conteuse de Terremer met à profit ses dons pour amplifier ceux de ses personnages.

Marc Alotton

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Le Guin - Dons - L'écran fantastique
Posté le 21 juin 2010 -

La grande Ursula K. Le Guin n'a jamais dédaigné écrire pour la jeunesse. Dons est le premier volume de la Chronique des Rivages de l'ouest, deux fois primée, belle histoire d'amour entre deux adolescents de familles rivales, aux pouvoirs respectivement destructeurs et bénéfiques.

L'écran fantastique - Juin 2010

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Le Guin - Dons - Bookenstock
Posté le 15 décembre 2010 -

[…]Ce récit est très troublant, au point même que au tout début j'étais un peu perdue et je ne comprenais pas où Ursula Le Guin (dont j'ai adoré le Terremer) voulait nous emmener. En fait elle ne nous emmène nulle part, elle nous raconte une histoire. Comme si nous étions au coin du feu à l'écouter et dans cette histoire il y a ...des histoires (celles racontées par les personnages du roman) et ces histoires nous permettent de comprendre par petites touches comment fonctionnent ces villages et les gens qui y habitent.

[…]Ce premier tome est très court, un peu plus de 200 pages et pour ma part, passées les 40 premières pages où j'étais un peu perdue, j'ai dévoré le reste quasiment d'une traite et je peux même vous dire que je suis allée lire la quatrième de couverture du tome 2 dès que j'ai eu fini celui ci car il fallait que je sache, que je sois sûre qu'on continuerait à suivre la vie de Orrec et Gry, parce que je ne peux pas les laisser partir comme ça... Il faut rajouter que ce roman est servi par l'écriture réellement magique d'Ursula Le Guin. Elle nous raconte vraiment une histoire avec un tel naturel, qu'on a l'impression de l'écouter et non de la lire et que le récit coule comme un conte d'enfant.

Si l'on en croit la couverture de ce livre, assez différente de la production classique de L'Atalante et l'annonce en quatrième de couverture "pour tous les lecteurs à partir de 14 ans", ce roman est un roman jeunesse. Croyez moi si vous voulez, si tous les jeunesses avaient cette qualité, on ne ferait aucune distinction car Dons est vraiment un roman pouvant être lu par tous et avec le plus grand plaisir.

Phooka.

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Le Guin - Dons - Psychovision
Posté le 31 janvier 2011 -

[...] Pour faire simple, on pourrait dire que Dons est une quête initiatique sans grande aventure, car il n'y a finalement pas besoin de partir à l'autre bout de la terre pour découvrir qui l'on est, ce qu'on veut, ce qu'on désire et essayer de trouver sa vraie place dans la société ou s'en faire une ; la vie de tous les jours peut aussi offrir cette occasion. C'est ce qui fait toute la force et tout l'originalité de ce roman.

Ursula K. Le Guin nous conte donc ici une histoire très humaine, sans grande magie et sans grandes batailles et c'est ça qui la rend si formidable et merveilleuse, qui fait que ce roman dénote franchement du reste de la fantasy. Certes, les amateurs de grandes épopées en seront pour leur frais, mais Dons apporte une touche singulière à la fantasy, lui propose même une nouvelle voie de développement pour de futures grandes histoires.

Note : 9/10

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Le Guin - Dons - Lecture jeunesse
Posté le 27 juin 2011 -

Ce premier tome des Chroniques des rivages de l'Ouest (qui a obtenu le Pen/USA Award en 2005) se situe non pas sur ces rivages mais dans l'arrière-pays, région vallonnée des Entre terres où les Brantors, propriétaires de domaines agricoles et sorciers, tous dépositaires d'un don, cherchent à la fois à maintenir la pureté du lignage pour une bonne transmission de leurs dons et à conserver leurs terres (malgré les attaques de leurs voisins), voire à les agrandir. Ces dons sont variés : guérison, appel du gibier, asservissement, destruction, etc., parfois dangereux et même mortels. Ils passent par la voix, le regard, la main... La fantasy dans cette fiction n'a donc rien à voir avec celle des récits héroïques pleins de guerres spectaculaires, d'elfes, de nains, de dragons et de magiciens... Dans cette société figée, la vie est dure, souvent cruelle et violente, la pratique de la sorcellerie, celle de microsociétés assez renfermées.
Le roman, écrit à la première personne est centré sur les souvenirs d'Orrec – depuis sa petite enfance jusqu'à la fin de l'adolescence -, qui est un des deux personnages principaux avec son amie d'enfance, Gry, et qui a hérité du pouvoir de défaire, pouvoir de destruction, apparemment sous sa forme la plus terrifiante : il a donc décidé de neutraliser son regard en portant un bandeau, préférant devenir temporairement aveugle pour ne pas faire un usage incontrôlé de ses capacités. Ce récit initiatique de facture classique analyse très finement la maturation fort douloureuse et difficile d'Orrec en plongeant le lecteur au cœur de ses sensations, pensées, rêves, l'évolution de ses relations avec son père et son amie Gry et sous-tend une réflexion sur la transmission et la liberté. Dans une société aussi figée, est-il possible d'échapper à un destin tout tracé, d'acquérir une conscience autonome, de s'émanciper ? Que faire du don, y en a-t-il un autre usage ? Ce roman atypique et singulier, semé de récits dans le récit, à l'écriture poétique, ne sacrifie pas aux canons d'une fantasy spectaculaire et met en place un monde très crédible et des personnages finement caractérisés dont on pressent et on attend les aventures pour les deux tomes suivants, sans doute sur les rivages de l'Ouest. Il s'adresse à un lectorat curieux et sorti de la préadolescence.


Marie-François Brihaye – Lecture jeunesse

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Le Guin - Chroniques des Rivages de l'Ouest - Bifrost
Posté le 28 juillet 2011 -
Ces dernières années, délaissant - pour un temps ? - ses incontournables cycles de " Terremer " et de " l'Ekumen ", Ursula K. Le Guin a livré une nouvelle trilogie de fantasy avec " Chronique des Rivages de l'Ouest ", composée de " Dons " (Pen/USA Award 2005), " Voix " et " Pouvoirs " (prix Nebulla 2008); ce qui fait tout de même une belle brochette de récompenses, a fortiori si l'on y rajoute le prix Locus ô combien mérité remporté par l'excellentissime Lavinia, paru en début d'année chez le même éditeur. Pour ceux qui en douteraient, il semblerait donc que l'auteur de La Main gauche de la nuit a encore bien des choses à nous dire...
 
Chronique des Rivages de l'Ouest ", à l'origine, a été vendue comme une série de littérature " jeunesse ". On notera cependant que l'Atalante a choisi de ne pas insister sur cette dimension " jeunesse ", et de publier ces trois volumes dans la collection " La Dentelle du Cygne " ; ce qui apparaît particulièrement justifié à leur lecture. Ce qui est certain, c'est que les adultes auraient bien tort de s'abstenir de lire cette série en se basant sur cette seule catégorisation, car Ursula Le Guin, tout en se pliant à sa manière aux contraintes de l'exercice " jeunesse ", prend bien soin de ne jamais rabaisser son lecteur, mais au contraire de l'élever en l'amenant à réfléchir de lui-même sur des sujets graves et sérieux dont l'actualité ne saurait faire de doute: tendance qui ne dessine de plus en plus nettement au fil du cycle, jusqu'à culminer avec la réflexion politique et éthique de Pouvoirs, qui s'inscrit dans la droite lignée des Dépossédés et de Quatre chemins de pardon.
 
L'essentiel de l'action de Dons se concentre dans les collines des Entre-Terres. Là vivent des fermiers, qui sont tous autant de sorciers, ayant hérité de leur lignage un " don " particulier. Orrec dispose ainsi du pouvoir de destruction : il peut " défaire " tout et n'importe quoi, y compris le vivant. Un pouvoir qui le terrifie au point qu'il a choisi de ne pas en faire usage en se "mutilant": il s'est " aveuglé " à l'aide d'un bandeau sur les yeux. Car il est réputé avoir l'Oeil sauvage, et peut-être bien l'Oeil fort... Ce court roman nous rapporte ainsi les souvenirs d'Orrec, de sa plus tendre enfance à ce que l'on appellera son " émancipation ", si ce n'est l'âge adulte. On le suit donc dans ses jeux innocens avec son amie Gry, et dans sa vie de famille avec ses parents Canoc et Melle, la citadine enlevée il y a bien longtemps. Car les fermiers se révèlent parfois illards, et leur vie, déjà passablement rude, est faite de tensions régulières, débouchant parfois sur des guerres privées. Les chefs de clans, les " brantors " négocient ainsi des alliances et des mariages de raison, et leurs domaines sont autant de petits fiefs sans suzerain supérieur. Les Entre-Terres connaissent une forme d'anarchie continuelle, dont les habitants se satisfont la plupart du temps, mais qui peut avoir des conséquences cruelles. Ursula Le Guin, dans ce court roman, se montre toujours aussi douée pour inventer et décrire par le menu des sociétés complexes et crédibles. Un cadre de choix pour développer une thématique initiatique passionnante, où domine la question du libre-arbitre, fondamentale pour l'ensemble du cycle. Et on y retrouve tout ce qui a toujours fait le talent de l'auteur, le sens du détail, sa pertinence anthropologique, sa subtilité dans l'émotion, son talent pour la caractérisation des personnages... et une certaine atmosphère indéfinissable, particulièrement réussie.
Voix adopte pour sa part un cadre urbain, la cité portu es, et, surtout, voient dans les livres l'oeuvre des démons. Après avoir pris la ville, ils ont anéanti la bibliothèque et instauré un régime de terreur. La résistance n'est guère que symbolique ; il s'en trouve quelques uns pour sauver des livres, et les amener à Galvamand, la Maison de l'Oracle, où ils savent qu'ils seront en sécurité. Car Galvamand possède une bibliothèque secrète, et Némar sait tracer dans l'air les lettres qui ouvrent la porte de cette caverne au trésor. Mais si les Alds méprisent les livres, ils raffolent des poètes; aussi accueillent-ils chaleureusement le célèbre Orrec Caspro. Le Gand des Alds attend du poète qu'il récite pour lui les chants guerriers de son peuple, mais les habitants d'Ansul n'ont aux lèvres qu'un poème de la composition même d'Orrec, qui a nom " Liberté "... Sorte de Fahrenheit 451 transposé dans un univers de fantasy, Voix est un vibrant réquisitoire contre les intégrismes les plus obscurantistes. Avec tout autre auteur qu'Ursula K. Le Guin, cela aurait pu sentir passsablement mauvais... Mais nul excès de manichéisme n'est à craindre dans ce livre d'une profonde humanité et d'une grande justesse, riche en belles et complexes figures. L'identification avec les personnages est quasi instantanée, et, si le récit n'est finalement guère épique en dépit de son contexte révolutionnaire, on se prend néanmoins d'enthousiasme pour la cause des Ansuliens, leurs subtils débats politiques quant aux fins et aux moyens, et, par-dessus tout, pour ces personnages si humains, avec leurs faiblesses...
Pouvoirs, enfin, prolonge et achève ces réflexions sur la liberté, l'identité, le savoir et les relations complexes que ces notions entretiennent. Le narrateur est cette fois Gavir, un jeune esclave de la Cité-Etat d'Etra, qui n'a jamais véritablement connu la liberté - il a été enlevé tout enfant - et se contente dès lors volontiers du statu quo. Mais de graves événements surviennent, qui vont amener l'enfant des Marais, doté d'une mémoire prodigieuse et de facultés prophétiques, à fuir ses maîtres et à faire le difficile apprentissage de la liberté, en même temps qu'il cherchera à définir son identité. Long et douloureux périple - tenant de l'exode ou de la diaspora -, qui l'emènera à croiser nombre de personnages hauts en couleur, dont un charismatique émule de Spartacus et de Robin des Bois, et à remettre en question tout ce qu'il croyait savoir ; car la réalité et l'apparence ne font pas toujours bon ménage, et la liberté, la vraie liberté, n'est pas chose si répandue de par les Rivages de l'Ouest. Bien plus long que les deux romans précédents, Pouvoirs est tout aussi réussi, et en reproduit les qualités. 
 
Avec " Chronique des Rivages de l'Ouest ", Ursula K. Le Guin lire à nouveau une brillante trilogie riche de son intelligence coutumière, et les amateurs de la dame ne seront certainement pas déçus du voyage. Chaque volume, pris indépendamment, est du plus grand intérêt, et, si l'on n'osera pas dure que l'on n'osera pas dire que l'on y atteint les sommets des meilleurs volumes de " L'Ekumen " ou de Lavinia - c'est que la barre est placée très haut -, on passe néanmoins à chaque fois un excellent moment dans cet univers " réaliste ", propice à la réflexion éthique et politique.
Dons, Voix et Pouvoirs sont donc à recommander, au-delà des considérations d'âge, à tous ceux qui apprécient la fantasy subtile et intelligente, bien loin des clichés de la big commercial fantasy lobotomisante et sans âme.
 
Bertrand Bonnet
Bifrost
 
   
 
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Le Guin - Chroniques des Rivages de l'Ouest - Galaxies n°12
Posté le 28 juillet 2011 -

On ne présente pas Ursula Le Guin. Sa bibliographie parle pour elle. Les romans de cette grande dame de la SFF, imprégnés de son goût pour la découverte et l'exploration de sociétés étrangères, visent toujours à cerner, dans le chaos des formes, la constante qui est au coeur de toute vérité humaine. On l'appelle parfois religion, ou plus simplement : lien. Les êtres de La Guin, comme dans le vrai monde, sont liés par le besoin de croire aux fictions qu'ils se créent.

Le cycle des Rivages de l'Ouest, qui fait plus qu'évoquer les lumières et les couleurs du monde de Terremer, est une oeuvre de la maturité, où le ton, la distance, la langue posée définissent les personnages et les situations :

Dons, premier volet de la trilogie, est un conte sur le renoncement. Dans les collines des Entre-Terres, vivent des tribus dont certains membres sont doués de pouvoirs surnaturels. D'un mot, d'un geste, d'un regard - comme le jeune Orrec Caspro, figure centrale du roman - ils peuvent créer ou détruire. Face à cette incertitude, le pays vit dans une sorte d'équilibre de la terreur. Orrec a hérité de son père d'un don sauvage de destruction qu'il n'a pas voulu et qu'il ne sait pas maîtriser. Etouffé par la menace constante que représente cette puissance incontrôlable, il décide de se bander les yeux, renonçant à son don mais aussi à son destin, au milieu social qui l'a vu naître. Commence dès lors pour lui un étrange parcours initiatique, fait de déchirements, d'errements, de rencontres décisives. Accompagné de Gry, la belle charmeuse d'animaux, il apprendra à creuser son sillon dans la chair d'un monde qui, pour lui être devenu étranger, n'en reste pas moins la matière sombre avec laquelle on forge des rêves.
Ce roman est la parfaite illustration littéraire d'une réflexion engagée par Marcel Mauss, à l'occasion de son essai sur la signification sociale du don. Comme son illustre aîné, Le Guin montre que le don dans les sociétés tribales n'est pas un acte gratuit, mais qu'il obéit plutôt à une logique propre, et comporte une obligation de réciprocité. Le don est créateur de lien : le don oblige celui qui le reçoit, qui ne peut se libérer que par un contre-don. Pour Mauss, le don comportait trois étapes : l'obligation de donner, l'obligation de recevoir et l'obligation de rendre. Ainsi d'Orrec : il y a une contrepartie à son renoncement. La perte (ou le don) du don paternel lui permet d'en recevoir un autre, par sa mère : une qualité d'écoute, une empathie qui se transforme peu à peu en art de conter, de recréer en imagination ce que ses yeux ne peuvent plus voir. Le contre-don d'Orrec, ce qu'il rendra aux autres, c'est la magie de sa voix, ses poèmes, ses histoires. C'est d'ailleurs la conclusion de ce petit ouvrage très réussi, qu'on peut lire comme une métaphore subtile sur le passage à l'âge adulte, récitée dans une langue à la fois élégante et précise qui sied admirablement bien à la littérature jeunesse. 
 
Dans le second tome, Voix, la perspective s'est quelque peu déplacée. L'histoire cette fois est racontée du point de vue de Némar, une petite ratte de bibliothèque : passion périlleuse lorsqu'on vit dans une ville où posséder un livre est condamnable. Ansul était jadis une cité admirable, riche de nombreux lieux dédiés à l'étude, à la connaissance. C'était avant l'invasion des Alds. Ces nomades du désert croient en la présence de démons dissimulés entre les mots. Aussi proscrivent-ils la pratique de la lecture et de l'écriture, sous peine de mort. La résistance culturelle s'est organisée autour du passemestre Sulver Galva, dont la Maison abrite le fameux sanctuaire des livres hanté  par Némar. Les habitants d'Ansul y cachent le peu d'ouvrages qui ont échappé aux Alds, ainsi que leurs espoirs de libération : une prophétie a annoncé que la renaissance de la ville sortirait de ce gouffre du savoir, d'une image, d'un mot, ou d'un signe. Voilà qu'arrivent des Entres-Terres le poète Orrec Caspro et son épouse, invités à la cour du maître des Alds. Orrec charme les nomades par sa musique et sa poésie. Mais dans la voix du conteur, gît aussi l'étincelle qui saura éveiller les forces endormies du peuple d'Ansul et le pousser à se révolter contre l'oppresseur.
 
D'un récit sur le renoncement, Le Guin passe à un récit d'affrontement : un combat de mots. Mots sortis des livres contre mots sortis des bouches. Fictions contre fictions. Combat feutré dans lequel les hommes, littéralement, ne sont que des porte-parole ; dont l'enjeu n'est pas moins déterminant que ceux qui se déroulent sur d'autres champs de bataille ; et dont l'issue n'est jamais véritablement tranchée. Sur cette question vertigineuse, Le guin a l'intelligence de la neutralité, même si sa symbolique semble parfois noyée dans une intrigue trop touffue pour un livre de ce calibre, et qui prend son temps pour se déployer. La peinture de la société d'Ansul, violente, décadente, haute en couleur, occasionne quelques longueurs ; elle est aussi, à bien des égards, plus chaleureuse, plus fascinante que celle des Entres Terres. Rapprochement des contraires, introspection. Tout Ursula Le Guin est là. Comme souvent chez elle, l'essentiel n'est pas dans le scénario, assez riche en rebondissements, mais dans la découverte des rapports qu'entretiennent ses personnages, dans leurs pensées et leurs travaux quotidiens, dans cette somme de petits rien qui vont des vies, des nations, des mondes.

Une lecture essentielle pour les ados qui n'en peuvent plus de Percy Jackson et de Tara Duncan...   

Sam Lermite
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