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  • La Dentelle du Cygne

Andreas Eschbach

Des milliards de tapis de cheveux

Des milliards de tapis de cheveux

Date de parution : novembre 2016


Traduit par : Claire Duval
Illustrateur : Vincent Madras


ISBN13 : 9782841727896

Nombre de pages : 320
Prix : 22,00 €
État : disponible

Nœud après nœud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, comme son père et le père de son père l’avaient fait avant lui...
N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis de cheveux ? l’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Étoiles, la demeure de l’Empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ?
Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles brilleraient-elles encore au firmament ?
L’Empereur, les rebelles, des milliards de tapis de cheveux ; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Étoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié...

— Livre cartonné et toilé —

  • Détails
Langue originale : Allemand
Titre original : Die Haarteppichknüpfer
Date de parution en langue originale : 1995

Version : livre papier
Éditeur : L'Atalante
Format : 14,5 x 20 cm
 
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Dufour - Entends la nuit - Noosfere
Posté 18 février 2019 -

Entends la nuit commence avec l’héroïne, Myriame qui, après un épisode de vie de bohème, revient chez elle, à Paris, pleine d’appréhension. Il y a d’abord cette maman âgée dont les excès de prévenance l’agacent terriblement, mais le lecteur comprend qu’elle lui porte un amour assez fort pour surmonter les énervements du quotidien.
De la même manière, Myriame s’est fixé pour but de s’immerger dans le réel, avec une volonté farouche, mais un réel conçu comme un idéal et un repoussoir.
Myriame démontre qu’elle a cette certitude étrange de ne pas être taillée pour cette vie-là, mais il s’agit visiblement pour elle d’un défi qu’elle s’est imposée, or cette normalité, conçue comme une sorte d’idéal noir est peut-être inatteignable…
En attendant, elle arpente les allées du réel : elle achète des tailleurs gris ou noirs, elle dégote un boulot ennuyeux, sans doute mal payé, dans une entreprise moderne, sise dans un immeuble parisien vénérable, dont les appartements ont été transformés en bureaux. Attachée à un ordinateur, Myriame passe sa journée à parcourir les réseaux, tout en étant observée en permanence, par un dispositif particulièrement tyrannique : Pretty Face, image mosaïque qui permet à chacun de voir chacun à son poste et d’où les « pontes » de la Zuidertoren scrutent leurs « sujets »…
Cette ambiance d’espionnite n’empêche pas les collègues de sympathiser : Iko, tout d’abord, une cadre, mais ici de ces cadres qui n’ont de pouvoir que le titre, puis Sacha, le beau mâle parfumé, tout en boniment et séduction, Awa, une jolie noire, et enfin Mei, la bonne copine avec qui elle partage son bureau et ses remarques pour dénicher le petit copain idéal.
Alors qu’ils mangent ensemble dans la cafétaria de l’entreprise, Sacha murmure soudain :
—  Les Supérieurs hiérarchiques !
Ils sont grands, beaux, ils ont la classe et s’habillent chez les plus grands couturiers, une beauté minérale qui fascine Myriame tandis qu’ils traversent la cafeteria sans voir personne : une hauteur, et une indifférence qui les classent d’emblée au-dessus du commun…
Bientôt, Myriame obtient un vieux bureau, étroit, humide, mal aéré : sans y réfléchir, elle le nettoie, le brique, cire les vieilles boiseries. Le lendemain, alors qu’elle reprend son poste, elle aperçoit dans Pretty Face un visage en gros plan, beau comme un dieu. Il s’agit là aussi d’un autre supérieur hiérarchique, encore plus beau, mieux habillé, aussi minéral… Angus, invisible et pourtant clairement tout-puissant.
Il y a chez lui, un intérêt et un humour qui la séduisent, un goût de la nouveauté qui pique sa curiosité. En retour, lui s’intéresse à elle, non pas en tant qu’employé mais en tant que personne. Il sait, sans qu’elle ait besoin de le dire, qu’elle a remis le bureau à neuf, et bientôt, il lui propose un studio voisin. Myriame accepte, et se retrouve dans cet appartement au charme victorien liée à son bailleur. Commence alors une relation tout aussi érotique, qu’étrange et dont Myriame veut oublier le danger. Et ce d’autant plus, que son retour initial — lié à un secret inavouable — revient la tourmenter en parallèle à son aventure amoureuse…

En littérature, le genre du Fantastique s’est beaucoup détourné de son sens originel. À force d’écrire du merveilleux, nombre d’auteurs se sont égarés dans des récits qui ont perdu toute force : ici, le Fantastique fait irruption dans sa Radicalité, son originalité brute avec le risque de sombrer sur des sentiers terribles...
Dans Entends la nuit, le suspense monte fort, il monte vite et il devient haletant car, à se positionner hors de sa condition humaine, Myriame se confronte à des êtres dont elle est loin d’imaginer l’étendue des pouvoirs... dans un jeu où la séduction, l’érotisme ont toute leur place ; car l’héroïne se prend de passion pour le monde qu’elle découvre…
Catherine Dufour renoue ici avec un Fantastique, dont les pères se nomment Nerval, Hoffmann, Maupassant, Lovecraft... et où les spectres aiment se confronter aux vivants. Nulle préciosité, mais au contraire, une nervosité du récit, une héroïne vivante, vibrante, qui développe une passion qui confine à la provocation, à l’érotisme et au danger qu’il y a à côtoyer des êtres dont l’âme est un mystère explosif…
Il y a ici de cette « étrange étrangeté » dont parle Freud dans ses Essais de psychanalyse appliquée, de ces mystères qu’il ne sert à rien d’interpréter, au risque de les affaiblir, de cette étrangeté, qui exerce sur nous une attraction aussi irrésistible que le parfum d’une plante à la séduction mortelle pour les insectes qui sont sa nourriture…

Avec ce beau roman, Catherine Dufour renoue avec les racines de la pure fiction et nous entraîne sur un terrain où elle se perd avec ivresse et finesse sur les sentiers de la terreur. Je n’en dirai pas plus pour ne pas troubler votre lecture… incontournable.

- Bernard Henninger, le 15 janvier 2019.

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Leboulanger - Malboire - Le Bibliocosme
Posté 18 février 2019 -

De la fantasy au post-apo

Après une sympathique histoire de fantasy parue en 2017 et mettant en scène un barde à la poursuite de son luth (« Bertram le baladin »), Camille Leboulanger a publié l’été dernier son troisième roman dans lequel il revient au post-apo, déjà au cœur de son premier ouvrage (« Enfin la nuit »). L’auteur nous propose de suivre le parcours d’un jeune homme dont la conscience s’éveille soudainement alors qu’il en était jusqu’à présent réduit au stade de presque-zombie, déambulant sans but et sans émotion au sein des « mangeurs de boue ». Le voilà à présent éveillé, alerte, et, heureusement, prit sous l’aile d’un vieil excentrique, Arsen, qui va lui apprendre à parler, lire, écrire, et comprendre le monde qui l’entoure, bref à redevenir un homme. Un monde très différent du notre et dont on devine pourtant qu’il n’en est que la continuité : un monde où toute l’eau est devenue toxique, où la grande majorité de la population a disparue, et où on ignore tout ou presque du passé de l’humanité et de la nature des traces que la dernière génération a laissé. Dans ces circonstances, survivre relève du parcours du combattant, surtout que la Malboire, l’eau polluée, est partout, et que la seule façon de s’hydrater consiste à récolter l’eau de pluie avant qu’elle ne touche le sol. Arsen, toutefois, caresse l’espoir fou de ne plus dépendre des cieux pour avoir accès au liquide vital et bricole depuis des années une machine lui permettant de forer la terre. Qui sait, s’il parvient à creuser vraiment profond, peut-être tombera-t-il sur de l’eau douce potable, et non plus sur la Malboire !


Un voyage initiatique sur fond de fable écologique

L’écriture de Camille Leboulanger est particulièrement soignée et il s’en dégage une poésie à laquelle j’ai tout de suite été sensible. Certes, il est un peu déconcertant de se retrouver plonger sans véritables repères dans ce monde presque mort, au côté de ces personnages qui ne partagent pas les mêmes codes que nous, mais il suffit de se laisser porter par le récit pour que l’immersion ait lieu, tout naturellement. Cela devient d’autant plus simple au fil de l’œuvre, non seulement parce que les personnages et la Malboire nous paraissent peu à peu plus familiers, mais aussi parce que les vestiges de notre société se font de plus en plus présents au fil des pages. Des vestiges qui n’évoquent évidemment rien chez les personnages mais qui ne manquent pas d’éveiller des échos chez le lecteur. On peut d’ailleurs saluer l’intelligence de l’auteur qui prend le parti de ne pas prendre ses lecteurs pour des idiots en cherchant à expliciter sans arrêt toutes les bizarreries du « Temps Vieux » croisés par nos héros : on comprend sans avoir besoin d’explications à quoi correspondent ces terrifiants monstres qui s’acharnent sans relâche sur la terre, ou ce qu’est le Grand Clapot, immense étendue d’eau non contaminée et pourtant imbuvable. La dimension écologique du texte saute aux yeux, et, compte tenu du contexte mondial actuel, ce n’est évidemment pas un hasard. Certains pourront sûrement être gênés par le fait que le récit prend parfois son temps, mais on partage tellement la consternation du protagoniste face à ce que le monde est devenu qu’on finit par apprécier ce rythme posé.


Un décor et des personnages atypiques et marquants

L’ébahissement est d’autant plus grand au fil du voyage du personnage qu’il nous permet de découvrir différents endroits de ce monde ravagé, ainsi que les manières très différentes dont les habitants se sont adaptés. Il y a évidemment des villageois ordinaires, qui récoltent l’eau de pluie, se suffisent de ce qu’ils ont et vivent dans des bâtiments du Vieux Temps dont seuls quelques enseignes témoignent encore de la présence d’une précédente civilisation. Il y a aussi les Planches à mort, ces hommes qui attendent inlassablement sur leur barrage qu’une nouvelle vague mortelle déferle sur le monde. Et puis il y a la Feuillue et son équipage de Batras, qui arpentent le monde à la recherche d’En Haut, un endroit où, selon la légende, la terre n’aurait pas été atteinte par la contamination et où resteraient encore de grandes quantités d’eau potable. Au fil des pérégrinations de notre héros, on fait la rencontre de plusieurs personnages marquants, à l’image du pathétique Va t-en, ou encore de l’implacable Feuillue. Les protagonistes sont finalement assez peu caractérisés mais deviennent très vite attachants. Moins que leur personnalité elle-même, c’est la nature du lien qui les unit les uns aux autres qui émeut le lecteur. La relation qu’entretiennent Mivoix et Zizare est d’autant plus émouvante qu’on n’appréhende son personnage à elle que par son regard à lui, et que cette relation se passe la plupart du temps de mots. Difficile également de ne pas se prendre d’affection pour le vieil Arsen, dont la détermination et l’ambition forcent le respect.

Camille Leboulanger signe avec « Malboire » un roman post-apo atypique et poétique, qui met en scène un monde ravagé et des personnages qui refusent de se résigner. Un récit court mais percutant, qui continue à nous trotter dans la tête bien après la dernière page refermée.

- Boudicca, le 4 février 2019.

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