Honor est de nouveau dans la tourmente : les chroniqueurs mondains s’en donnent à cœur joie quand elle est aperçue dans une clinique d’assistance à la reproduction, et sa vie privée se complique encore – si c’était possible !
Pour couronner le tout, Manticore est en très mauvaise posture face à la République de Havre et, à en croire les projections d’effectifs, ce n’est pas près de changer. Honor est donc appelée à prendre la tête de la Huitième Force pour une série de petits raids offensifs destinés à pousser l’ennemi à redéployer ses unités.
Mais le remède pourrait bien être pire que le mal et, dans l’effroyable bataille qui s’annonce, quel que soit le vainqueur, la victoire aura un goût amer.
Weber - Honor Harrington-Coûte que coûte I - CitronMeringue
Posté le 02 février 2010 -
Face à la puissance de la République de Havre, Manticore n’est pas vraiment à la fête et toute son avance technologique n’est pas un avantage décisif si l’on considère l’importance des forces engagées par l’ennemi. Par ailleurs, même s’il est des voix dans les deux camps qui prêcheraient pour la paix, ce ne serait pas du goût de la Manpower Incorporated et d'Albretch Detweiler qui compte bien s’employer à ce qu’aucun accord ne soit possible. Après tout, à quoi serviraient sinon les espions, les faussaires et les assassins ? D’autant que lorsqu’on sait implanter une compulsion de meurtre ou de suicide, ça facilite beaucoup la vie.
Alors, même si Honor Harrington préférerait la paix, compte-tenu de ses qualités de stratège, il lui serait bien difficile de ne pas être mise à la tête de la Huitième Force dont l’objectif est de harceler l’ennemi par des attaques aussi rapides qu’inattendues.
Ce n’est pas ça le plus difficile lorsqu’on est aussi connue qu’Honor, surtout quand des journalistes en mal de sensations fortes s’interrogent sur votre vie. D’un autre côté, la savoir entrée dans une clinique d’assistance à la reproduction après avoir répandu la rumeur qu’elle serait la maîtresse d’Hamish, Premier Lord de l’Amirauté et comte de Havre-blanc dont l’épouse, handicapée, ne lui a pas donné d’enfant, voilà de quoi plaire à la press-people. Voilà qui ne change pas. Les enjeux de guerre non plus, si l’on y prête attention, pas plus que la stratégie des flottes antagonistes, même si l'espace étoilé offre un champ d'action plus vaste à des vaisseaux autrement plus performants.
Du space-opéra comme on l’aime. Où l’on ne lésine pas sur le nombre de nefs détruites, sur les systèmes quasiment anéantis, sur les décisions stratégiques. Après tout, les militaires, Honor en tête, ne tuent pas pour le plaisir. Où les pires traîtrises côtoient les preuves d’honneur et d’amitié pour mieux les mettre en valeur…
Par ailleurs, un excellent parallèle avec la gouvernance du monde tel qu’il est. On a voulu y voir une parodie des luttes entre les « empires » américain et russe, d’où l’amusement de l’auteur à rappeler que l’un comme l’autre sont d’abord soumis à des intérêts économiques. Bref, si lointains que soient les mondes entre lesquels Honor évolue, ils sont bien proches du nôtre. Toutefois, puisqu’il s’agit d’un roman, on peut espérer que les partisans de la paix finiront par trouver un terrain d’entente après de vastes massacres dans les deux camps.
Hélène, parcheverses.blogspot.com, 21 janvier 2010.
Weber - Coûte que coûte - Impromptu
Posté le 01 août 2011 -
Ca y est, comme promis, je suis arrivée au bout.
Les éditions françaises de la série Honor Harrington s'arrêtent - pour l'instant - à ce onzième livre. Son univers est pourtant vivace (voir la série L'univers d'honor Harrington, toujours chez L'Atalante), mais le livre 11 clôt momentanément le chapitre personnel de ma copine Honor.
Petite rétrospective
J'ai découvert Honor en 2007, alors que je suivais une formation et qu'une de mes collègues, assistante de conservation dans un musée gallo-romain, m'a mis d'autorité le premier livre dans les mains. Si je précise le métier de la demoiselle, c'est qu'on n'imagine pas forcément qu'une spécialiste d'histoire et d'archéologie antique puisse aimer le space opera militariste. Comme quoi, il ne faut vraiment pas se fier aux apparences.
Dans cet opus, Honor Harrington commande la Huitième Force du royaume stellaire. Elle a pour mission de démontrer à la République du Havre que le royaume n'est pas encore mort et a les capacités d'attaquer. Bien que ce soit en partie du bluff, Honor parvient à battre régulièrement - mais pas toujours - les havriens. De son côté, la présidente de la république du Havre tente de conserver une ligne politique la plus honnête et décente possible, et cela l'amène à soupçonner l'intervention d'un tiers dans le conflit qui l'oppose au Royaume de Manticore. Afin de tirer l'affaire au clair, elle invite la Reine Elizabeth à la rencontrer en terrain neutre. Mais le tiers en question (un affreux consortium esclavagiste) décide de lui mettre des bâtons dans les roues.
Je ne spoilerai pas, mais ce onzième livre offre bien des rebondissements en matière politique et militaire. La fin est un peu rapide, ai-décidé, mais vu que le reste a duré mille pages, il faut bien s'arrêter un jour.
Sur le plan de l'histoire personnelle d'Honor, là aussi, ça bouge (enfin !). Elle devient tellement copine avec la reine Elizabeth qu'elle peut se permettre de fustiger sa Royale Majesté quand celle-ci se fout inopinément en rogne. On est loin de l'officier entier, timide et méfiant envers toute politique de Mission Basilic !
Par ailleurs, Honor parvient à concrétiser sa relation amoureuse avec Hamish Alexander, comte de Havre-Blanc... Grâce à la bénédiction de sa femme ! Une grandeur d'âme pareille, ça ne se voit que dans l'univers d'Honor Harrington. On n'y croit pas une seconde, mais on est content pour Hamish et elle. C'était pas trop tôt. Quatre livres que ça durait, cette histoire.
Bon, là où Weber pousse un peu, c'est que notre amie Honor, plus de 50 berges au compteur, une vie dirigée par une autodiscipline personnelle hors du commun, se retrouve dans la mouise comme une débutante : en cloque. Si. Et vu que l'auteur est américain, l'avortement, ça ne se fait pas bien. Alors elle met son embryon en développement in vitro. C'est tellement plus humain, n'est-ce pas. Je crois que le pompon, c'est la "naissance" de Raoul, le cri qui dessaoûle. Mais ne spoilons pas plus avant, je vous laisse découvrir la chose.
Une nouveauté sympathique de ce roman est l'intervention régulière des chats sylvestres dans les conversations humaines grâce à la langue des signes. Cela leur confère une aura politique et sociale des plus intéressantes. De plus, leurs réflexions sont parfois franchement cocasses.
Voilà.
Alors, que dire ce dernier opus ? Qu'il suit la ligne directrice de la série : beaucoup de discours de stratégie politique, économique et militaire, des combats spatiaux bien pensés, une excellente cohérence technique, bref, un background plus qu'impeccable. Sur le plan de la psychologie des personnages, on finit par sourire des affres éthiques de nos héros. Ils sont toujours irréprochables, et ce sont les évènement extérieurs, surtout les méchants, qui les poussent dans leurs retranchements. Cela finit par être pesant, d'avoir de tels modèles. Le paradoxe de la série, à mon sens, réside dans la dichotomie entre le simplisme de la moralité des héros et la complexité toute en nuance (voire le cynisme) de l'analyse de la situation politique dans laquelle ils se trouvent.
Il faut dire que Honor Harrington, c'est du premier degré, depuis toujours. Pas de distance ironique, pas de pirouette humoristique. A la décharge de l'auteur, c'est cela qui nous aide à y croire dur comme fer, comme lors de cette belle scène familiale où les Harrington assistent en direct à la mort de leur fifille, dans le livre 8.
Honor Harrington a les défauts de ses qualités.
Alors, on adhère, et on endure, ou bien on passe son chemin. Mon choix est fait depuis longtemps.