Barcelone aujourd’hui. Marta Vives, érudite et jeune assistante de l’avocat Marcos Solana, cherche à éclaircir la mort mystérieuse d’un riche Barcelonais, retrouvé exsangue. Au fil de ses recherches, Marta va s’immerger dans le passé, côtoyer des forces obscures et revivre l’affrontement qui a opposé sa famille pendant des siècles à une autre vieille lignée catalane : les Masdéu. Parallèlement, nous suivons le parcours d’un vampire, inquiétant narrateur surgi des bas-fonds de la Barcelone médiévale et dont la silhouette reparaît aux épisodes marquants de l’histoire de cette ville rebelle, voire révolutionnaire, du Moyen Âge à nos jours : l’Inquisition, les différentes étapes du développement urbain, le siège de la cité en 1714, Gaudí, les anarchistes, la guerre civile…
Marta et cet être maudit, le héros véritable, nous accompagnent dans cette incursion fascinante au coeur de la capitale catalane bâtie sur nombre de cimetières et où se livre un combat ancestral. S’il emprunte au fantastique et au genre criminel, ce récit est par-dessus tout l’aventure, l’épopée d’une ville.
Olivier VERSTRAETE, Radio Cité Vauban, 11 novembre 2008
Avec ce roman aux couleurs de l'Espagne, Francisco González Ledesma
fait de Barcelone l'un des éléments principaux de son récit.
L'architecture de la ville, son histoire, l'aspect social qui régit la
vie de ses habitants… Autant de détails retranscrits de façon
minutieuse et complète, de sorte que le lecteur puisse en apprendre un
maximum sur la cité sans pourtant jamais y avoir mis les pieds. Le
traitement narratif de l'auteur consiste d'ailleurs à faire évoluer la
capitale catalane comme un personnage à part entière, tel un être
vivant.
Barcelone est une ville peu exploitée dans les récits vampiriques.
Habitués à lire des histoires préférant prendre pour cadre les rues
Parisiennes ou les cimetières Londoniens, les lecteurs du roman se
voient ainsi immerger sur un tout nouveau terrain d'aventure. L'auteur
aime sa ville, cela transparaît clairement dans ses écrits, tout comme
son respect de la gent féminine dont il s'applique à décrire l'immuable
courage ainsi que son dévouement à de justes causes au fil des périodes
historiques que couvre le récit.
La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone nous entraîne
donc aux côtés de la jeune Marta Vives en quête des secrets que
recèlent ses origines familiales. En parallèle, nous suivons le destin
d'un vampire bien singulier qui accumule les expériences en compagnie
de mortels célèbres ou anonymes, s'imprégnant à chaque fois de leurs
espoirs, leurs peines, leurs génies ou leurs cruautés. Autant de
tranches d'existences qui font de notre immortel un témoin vivant
traversant plusieurs périodes clés de l'histoire de la ville. L'auteur
profite de ce contexte pour divulguer une quantité non négligeable
d'informations. Un peu à la manière du film Highlander, nous voyons le
vampire parcourir les siècles sans subir les outrages du temps et en
endossant de multiples identités, à cette exception près dont le
personnage immortel ne s'éloigne que rarement de la cité qui l’a vu
naître. Un seul être en ce monde semble réellement connaître son
existence : ‹‹ L'Autre ››, sur qui nous n'apprenons finalement que peu
de chose au cours du roman, excepté le fanatisme qui anime ce dernier
et son penchant à faire le mal.
Francisco González Ledesma interprète le mythe du vampire de façon
original à bien des égards. Le non-mort dont nous suivons le périple
est asexué, fait extrêmement rarissime pour les créatures telles que
lui. Il a été enfanté et possède même une mère biologique malgré les
conditions pour le moins anormales de son enfance. Cette particularité
le place encore un peu plus à l'écart de l'habituelle figure vampirique
que nous connaissons. Les signes caractéristiques du vampire sont quant
à eux réduit à leur plus simple expression : à peine sait-on que le
personnage a besoin d'une ration quotidienne de sang pour survivre, que
sa peau est empreinte d'une certaine pâleur et que sa force physique se
situe au-dessus de la moyenne. Sa relation avec le sang est par
ailleurs des plus rudimentaires : il ne se substante que par nécessité,
jamais par plaisir. En outre, le vampire du récit ne craint absolument
pas les rayons du soleil bien que par nature, il privilégie
l'environnement nocturne sans pour autant en dépendre. Il peut même
s'alimenter, en petite quantité, avec de la nourriture ordinaire comme
n'importe quel être humain normal.
Roman original et instructif donc, mais également pourvu d'une grande
intelligence. L'auteur n'hésite pas à confronter ses lecteurs à
certaines questions d'ordre religieuses avec lesquelles sont remises en
questions les origines même du bien, du mal, de Dieu et de Satan. Une
profonde réflexion sur la foi et la vie éternelle qui ne ralenti
nullement le rythme du récit. Deux regrets subsistent toutefois : la
fin tout d'abord qui laissera peut-être le lecteur sur sa faim comme ce
fut mon cas, ainsi que cette sensation tenace comme quoi le vampire
n'est en fait qu'un prétexte utilisé afin d'explorer les arcanes
historiques de la ville à travers les yeux d'un seul et même être
vivant.
Allié à une structure narrative ne tombant jamais dans l'incohérence malgré l'abondance de détails, La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone
se place néanmoins dans les œuvres à ne pas manquer, bien qu'ayant peu
de point en commun avec la figure vampirique traditionnelle.
Asmodée, Vampirisme.com, 26 septembre 2008
Il y a fort longtemps, dans un bordel fréquenté par les artisans et les ecclésiastiques de Barcelone, naît un enfant étrange. A cinq ans, son visage est celui d'un adulte et il se nourrit de sang. Quantd il a sept ans, sa mère accusée de sorcellerie par l'Autre, est exécutée. Il survivra alors seul, au fil des siècles, se cachant, changeant d'identité et de métier quand ceux qui le côtoient s'aperçoivent qu'il ne vieillit pas, échappant plusieurs fois à l'Autre qui le pourchasse à travers les siècles. Aujourd'hui, Marta Vives, belle jeune femme, stagiaire dans un cabinet d'avocat, est amenée à croiser sa route, et à s'interroger sur l'histoire de sa propre famille, liée à la guerre entre les deux éternels, ainsi qu'à celle que se livrent, depuis fort longtemps, les libres-penseurs et les tenants de l'orthodoxie religieuse.
Avec La Ville Intemporelle ou le Vampire de Barcelone, Francisco Gonzalez Ledesma fait une belle déclaration d'amour à sa ville et aux femmes qui en ont été, et en reste, l'âme. Peut-être plus encore que dans ses polars habituels c'est bien Barcelone le personnage central de ce dernier roman. Barcelone que l'on voit changer, étouffer, grandir, saigner, changer, souffrir, s'enrichir, vivre... du Moyen Âge à nos jours. Barcelone qui, comme toujours, est indissociable dans l'oeuvre de Ledesma de ses habitants, et plus particulièrement des plus pauvres, de ceux qui l'ont construite, nourrie et fait palpiter. Barcelone qui au cours des siècles s'est construite sur ses morts et ses ruines, et qui s'est empressée de les oublier. C'est à ce passé oublié que Ledesma rend hommage.
Il le fait pour la première fois, au travers d'un récit fantastique, mettant en scène le combat permanent entre le Bien et le Mal, Dieu et le Diable, ceux qui croient et ceux qui douotent, ceux qui prônent l'Obéissance et ceux qui veulent la réflexion et la discussion. Un combat qui ne s'achève bien entendu pas à la fin du roman...
Comme toujours chez le créateur de Mendez, il ne faut pas attendre une trame serrée et de l'action. Il écrit une histoire de vampire sans terreur ou presque, sans péripéties ou presque, sans combats titanesques entre forces surhumaines. Son récit fantastique, comme ses romans policiers, utilise le genre comme un prétexte à écrire, encore et toujours, la même histoire. Celle d'un souvenir mélancolique aux couleurs sépia, hommage à tous les anonymes qui sont l'âme de Barcelone. Francisco Gonzalez Ledesma se renouvelle en réécrivant le roman qu'il écrit depuis ses débuts. Ce qui est la marque de grands auteurs.
Jean-Marc Laherrère, actu-du-noir, 15 octobre 2008
Le prix européen Utopiales 2008 est decerné à Javier Negrete pour son livre Seigneurs de l'Olympe .