Une dose de La Ligue des Gentlemen extraordinaire , une dose de BPRD, une large rasade de feuilleton des années 20-30, un soupçon de surréalisme… Le tout servi sous forme de vrai-faux « comics » par deux pontes du fantastique à la française sur une base de politique fiction à fort relent d’Uchronie. Improbable ? Non, Chimérique. Lehman et Colin, qui aiment à tester les limites de la bande dessinée dans ce qui reste leur domaine de prédilection, le récit de science-fiction, se lancent à leur manière dans le récit de super-héros.
Les deux hommes ancrent leur univers dans l’imaginaire traumatique de l’Entre-deux-guerres. Le postulat ? Les armes interdites et les technologies naissantes - gaz, radium, rayons X – auraient engendré une génération de surhommes dont l’action était à même de changer le cours de l’Histoire. Les premiers super-héros européens…
Cinéma, littérature, comics, légendes, science, histoire… Serge Lehman et Fabrice Colin ont pioché dans toute la culture populaire pour créer une série foisonnante, complètement folle, qui multiplie les croisements inattendus et les apparitions jouissives. Superman, le diabolique Docteur Mabuse de Fritz Lang, André Breton, les travaux de Marie Curie, le légendaire Golem ou les personnages de Kafka se rencontrent dans une intrigue aussi farfelue qu'excitante, sur fond d'une Europe en crise à l'orée de la Seconde Guerre mondiale, partagée entre le fascisme et le communisme. Chaque volume contient deux épisodes qui, à chaque fois, révèlent un univers encore plus profond et débridé que prévu.
Visiblement, les deux scénaristes ont bien retenu la leçon d'Alan Moore, et gérer avec malice la surenchère de l'intrigue pour ne jamais lasser le lecteur, et conserver le rythme trépidant de ces aventures abracadabrantes. Graphiquement, le travail de Gess rappelle par instants celui de Mike Mignola, schématique et dynamique, d'autant que La Brigade chimérique sait, comme Hellboy, enchevêtrer les univers avec talent.
Une série atypique dans la bande dessinée française, très ambitieuse, dont on attend la suite avec impatience.
Mikaël Demets, evene.fr, août 2009
Une fois passé le cap du premier album introductif nous entrons avec ce deuxième tome dans le creux de l'action, de l'intrigue, les choses s'organisent, on découvre des secrets et maintenant que le cadre est placé c'est plus simple pour bien s'immerger dans l'histoire.
Du coup le scénario apparait tout de suite plus passionnant, moins anecdotique, on est vraiment dans l'esprit comics avec du rythme, de l'action, des passages de dialogues etc.
La série se lance et on s'attache réellement aux personnages. Dans l'épisode 3, réellement plus axé sur la Brigade elle même, nous entrons dans les secrets de l'intrigue, c'est assez surprenant et très bien vu.
Très fortement conseillé.
La brigade chimérique emprunte un rythme de parution élevé avec l'arrivée de ce second volet, à peine un mois après la sortie du premier tome !
Avec cet épisode, nous avons la confirmation du potentiel entrevu précédemment. L'histoire concoctée de main de maître par le duo Serge Lehman – Fabrice Colin montre une construction parfaitement agencée. Le récit mélange toujours uchronie et fantastique de belle façon.
Les influences d’Alan Moore au niveau de l'écriture sont toujours aussi perceptibles, mais curieusement on pense aussi au récent Umbrella Academy de Gerard Way. Tant d'influences provenant des comics justifient peut-être le format identique aux parutions américaines.
Graphiquement, le créateur de Carmen McCallum fournit une performance une fois de plus exemplaire, le rendu très « mignolesque » de son trait apporte une ambiance hors du commun au titre et offre à La brigade chimérique une identité visuelle forte.
Cette série a les cartes en main pour faire date.
La France tient enfin sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires !
Un parallèle simple, voire
simpliste sans
doute, mais qui n'en est pas moins vrai, quand bien même ne faudrait-il
pas
limiter à cela cette tentative de « comics » à la
française
audacieusement publiée par les éditions L'Atalante.
Serge Lehman et Fabrice
Colin
avaient envie depuis un certain temps de mettre à profit ce patrimoine
oublié
de nos – nombreux ! - héros
des débuts
du 20ème siècle et l'on comprend mieux après lecture pourquoi Fabrice
Colin s'était
exprimé à plusieurs reprises sur son blog en espérant que la série
trouve son
public.
Car elle le mérite assurément
et
quoi de plus logique que de nourrir de telles attentes : casting de
choix (…), Histoire, la
grande,
joliment et habilement revisitée – qui n'aurait pas envie de vivre à
cette
époque où s'entremêlent science et surréalisme avec un tel naturel ? -
scénario
évidemment feuilletonnesque qui sait ménager ses rebondissements et ses
mystères au fil des pages, après une mise en action néanmoins un peu
lente dans
le premier volume (c'est bien là la seule misérable réserve que l'on
pourrait
relever pour l'instant, car il faut bien trouver quelque chose à
redire,
n'est-ce pas !), mais qui réussit à installer une ambiance à part en
quelques
planches à peine, le tout baigné dans une atmosphère à la fois
uchronique et
féérique sachant séduire sans complexe.
Dans une sorte de Ligue des Gentlement Extraordinaires à la française, les deux auteurs signent une uchronie intelligente et subtile, au fil d'un récit dense construit comme un comics américain
Prévu en six volumes (dont les trois premiers sont annoncés pour cette fin d'année 2009), ce récit hors normes nous permet également de retrouver Gess, le dessinateur des huit premiers tomes de Carmen McCallum. (suite)
Les deux premiers tomes de la série permettant aux auteurs de faire les présentations, mais également de commencer à mettre en évidence les relations entre les super-héros, les forces ou faiblesses des alliances qu'ils tissent entre eux.
Ainsi, dans Mécanoïde Curie, le lecteur découvre un ensemble de héros européens qu'il croit pouvoir classer en factions. Mais est-ce si
simple ? Car dans La Dernière mission du Passe-Muraille,
le Nyctalope, défenseur de Paris, n'apparaît pas nécessairement comme
le héros bienveillant qu'il semble être... C'est d'autant plus vrai
dans le tome 2 et les épisodes Cagliostro et La Chambre ardente. Mais le suspense court toujours à la fin des deux premiers volumes de La Brigade chimérique. Ce
qui n'est évidemment pas sans donner envie de lire le troisième tome, qui paraîtra d'ici la fin de l'année 2009.
L'histoire est mise en images par Gess, dont le style se présente comme
minimaliste. Les cases ne fourmillent pas de détails, mais restitue
parfaitement l'ambiance d'années 30-40 dans lesquelles se déroulerait
une aventure super-héroïque : personnages aux looks marqués, engins «
boulonnesques » issus d'une technologie inexplicablement avancée,
créatures de superscience, et
caetera.
Le découpage des cases est également tout ce qu'il y a de plus
classique. Mais ce n'est pas dérangeant, voire même mieux (on ne fait
pas une mise en page absolument novatrice quand on a choisi un dessin
qui n'est pas d'avant-garde). En fait, dessin autant que scénario
placent le lecteur dans un contexte suranné d'avant-guerre parfaitement
retranscrit. C'est bien vu, bien écrit, parfaitement réussi. Chaque
tome est du bel ouvrage de qualité.
Il n'y a pas de doute concernant La Brigade chimérique
: c'est une série qui débute de façon excellente, qui est riche de
références, mais qu'on n'a pas besoin d'avoir pour prendre plaisir à
lire la BD, et dotée d'un scénario visiblement en béton.
Vivement la suite !
L’idée de cette série est, de l’aveu de ses auteurs (Fabrice Colin et Serge Lehman), de faire une comics de super-héros à la française et, pour une fois, ce “à la française” ne résonne pas comme un baiser de la mort. Pour le moment, l’histoire tape sur à peu près toutes mes cordes sensibles: une période que je connais particulièrement bien, des héros que j’aime beaucoup (Harry Dickson et Thomas Carnacki sont de la partie) et un côté “Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, moitié uchronie, moitié réécriture des thèmes pulp façon Planetary. Tout ce que j’aime.
Le style de Gess, le dessinateur, s’inspire de celui des comics de “l’Âge d’or”, ainsi que de la ligne claire, avec une bonne dose d’inspiration Mike Mignola (Hellboy). Ce n’est pas exactement le domaine des expérimentations, mais plutôt une relecture moderne des anciens codes de la bande dessinée – qui a peut-être le défaut de faire style-genre (ou, pour être plus clair, s’autoparodier), mais c’est le thème qui veut ça.
Ces deux premiers tomes ont de quoi ravir les fans de super-héros à la sauce pulp des années 30.
Projet à moitié fou né des cerveaux féconds de Serge Lehman et Fabrice
Colin, ce comics à la française fait déjà beaucoup parler de lui.
Serait-il
possible, qu'en notre belle contrée, nous ayons enfin droit à une
oeuvre digne de l'héritage d'Alan Moore et de Jack Kirby ?
On connaissait déjà Serge Lehman et Fabrice Colin scénaristes de bandes dessinées. Leur association nous vaut aujourd’hui une œuvre ambitieuse et un tantinet iconoclaste : la Brigade chimérique se présente comme une tentative française (oui, oui) de comic super-héroïque. Un programme audacieux et pour le moins alléchant.
Très vite – dès le titre ? –, une référence vient immédiatement en tête : la fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires
d’Alan Moore et Kevin O’Neill. Serge Lehman et Fabrice Colin ont en
effet trouvé leurs héros tout prêts dans la littérature et le cinéma de
l’entre-deux-guerres (et sa réalité…). Pas nécessairement dans la seule
culture populaire : de Zamiatine à Kafka en passant par Fritz Lang et Jacques Spitz, c’est tout un pan de la culture européenne (en science-fiction et en fantastique) qui sert ici de source d’inspiration.
Mais le ton se montre assurément plus grave (et moins ouvertement « fun ») que dans le comic
de Moore : les auteurs nous décrivent rien de moins que « la fin des
super-héros européens », dans une Europe en proie au totalitarisme
(« Nous autres » à Moscou, le Docteur Mabuse à Métropolis, Gog à Rome,
la Phalange en Espagne), et à la veille de basculer dans une nouvelle
guerre mondiale. Les autres pays sont également dominés par les
super-héros « nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle
des gaz et des armes à rayons X » ; mais ils ne sont pas forcément
beaucoup plus fréquentables… Les alliances se dessinent déjà,
définissant l’avenir de l’Europe… et de ses super-héros.
Les auteurs savent
incontestablement nous accrocher, à la manière des meilleurs
feuilletonistes, et concluent chaque épisode sur un cliffhanger de bon aloi. Un bon point pour eux.
On fait confiance aux auteurs pour nous régaler dans les
épisodes suivants, tant ils ont placé la barre haute dès ce premier
volume.
L’histoire est belle et bien intrigante – pour ne pas dire
encore un peu (trop ?) floue… – et les personnages hauts en couleur,
« surhumains » ou non. En outre, à l’instar de la fameuse bande
dessinée d’Alan Moore précitée, le plaisir du lecteur se double d’un
jeu de piste de références plus ou moins cryptiques, merveilleuse
occasion de faire des découvertes enrichissantes. Sur le plan du
scénario, rien à redire ou presque.
On attend la
suite avec impatience. Preuve que cette tentative de comic super-héroïque à la française est une belle réussite.
Vous aimez
l'évasion dans le feuilleton à l'ancienne, les péripéties débridées et
l'irréalisme enchanteur ? Ne cherchez pas plus loin, La Brigade
chimérique a largement de quoi combler vos attentes.
L'idée de départ est, comme il se doit, abracadabrantesque : de
l'horreur des tranchées de 14-18 seraient nés des hommes dotés de
super-pouvoirs. En parallèle, et malheureusement il ne s'agit là que de
la triste réalité, ce même cauchemar a donné à d'autres des fantasmes
de super-puissance. Serge Lehman et Fabrice Colin se sont amusés à
modifier quelque peu de trop célèbres entités dictatoriales. […]
Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment…
Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs pour la suite…
Question : pour quelles raisons n’y a-t-il plus de super-héros en Europe ?
La réponse se trouve dans cette saga en six volumes, hommage à un roman oublié et intitulé L’homme chimérique, écrit entre les deux guerres par un certain George Spad. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut replonger quelques années en arrière, au cœur de cette folie meurtrière qu’était la Première guerre mondiale. Dans l’horreur des tranchées, alors que se déchaînaient les gaz meurtriers, des soldats touchés par ces gaz se sont transformés. Ils sont devenus des espèces de mutants, des sortes de monstres qui ont commencé à répandre la terreur et que certains ont voulu faire disparaître à tout prix de la surface de la terre.
C’est cette réalité jusqu’alors ignorée des historiens qu’entreprend de raconter la Brigade chimérique. Imaginée par deux écrivains, dont le romancier de science-fiction Serge Lehman, dessinée par Gess, à qui l’on doit déjà Teddy Bear et Carmen Mac Callum, la Brigade chimérique convoque le ban et l’arrière-ban des grandes figures de la littérature et de l’imagerie populaires. On croise ainsi au détour des pages le docteur Mabuse, le Golem, Fantômas, Sherlock Holmes, Doc Savage et Cagliostro, mais aussi d’authentiques personnages historiques comme André Breton ou Marie Curie. Porté par une imagination sans répit, le récit est publié en six volumes en l’espace de quelques mois, entre l’automne 2009 et le début de l’année 2010. La Brigade chimérique entraîne le lecteur dans les replis insoupçonnés de l’esprit inventif de Lehman et Colin. De mystérieuses organisations apparaissent, comme les Maîtres de Moscou, tandis que les alliances se nouent au gré des intentions parfois machiavéliques des protagonistes de cette œuvre foisonnante. Dans la grande tradition du roman-feuilleton cher aux écrivains du XIXe et du début du XXe siècle, la Brigade chimérique renoue avec la vogue des sagas populaires peuplées de personnages improbables et rythmées par des rebondissements inattendus.
Que veulent les Chimériques ? Qui est le Nyctalope ? Que cherche La Phalange, cet ancien officier de l’armée espagnole métamorphosé en un monstre superscientifique ? Autant de questions qui trouveront – peut-être – réponse dans les pages de La Brigade chimérique…
Dans ce premier tome, le prologue nous présente de nombreux héros, et constitue donc un plaisir intense de chasse aux références : même si certaines sont citées explicitement par les auteurs, il appartient au lecteur de retrouver les autres, et il y parviendra plus ou moins bien en fonction de ses connaissances.
Quasiment aucun personnage n'est gratuit, tous renvoient à une œuvre qui sous-tend le propos de Lehman et Colin. Mais que le lecteur à la culture moins encyclopédique que celle des auteurs ne s'effraie pas : il savourera tout autant le contenu. Car le monde bâti par les auteurs est très intéressant, très touffu, et les prouesses des protagonistes proprement stupéfiantes. La richesse de l'univers créé permet de nombreuses possibilités quant aux interactions des super-héros entre eux, et avec l'Histoire. C'est du reste l'un des points sur lesquels les auteurs seront jugés in fine dans cette BD. [...]
Au final, ce premier tome de la Brigade chimérique se dévore d'une traite, et se relit aussi sec pour y trouver des allusions et références qui auraient échappé à la première lecture. Un postulat de départ original, un scénario découpé très précisément, et gorgé de références qui sont autant de jeux de pistes, bref un plaisir de lecture intégral, que l'on complètera volontiers en consultant le site web mis en place pour l'occasion.
La Brigade
Chimérique est le projet de bd franco-belge le plus ambitieux et le
plus réussi depuis Les Aventures de Mégamonsieur (…). Par contre, il n'y a aucun lien entre ces deux ouvrages,
j'avais juste envie d'en parler, c'est tout.
Sorte de croisement entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires pour
le scénario et Hellboy pour le dessin, La Brigade... offre une histoire
fouillée et passionnante qui met en scène différents héros de la
littérature, du cinéma ou même des personnalités publiques, dans une
uchronie qui se passe entre les deux guerres : le Nyctalope, la
Passe-Muraille, le Golem, Marie Curie ou encore un ersatz de Superman
(ey il y en a d'autres!) se croisent dans une intrigue politique où les
super héros, qui existent depuis la découverte du radium par Marie
Curie, doivent se débattre entre leur vie personnelle et la montée du
nazisme (représenté par le Docteur Mabuse) ou du communisme (appelés
dans l'ouvrage "Nous Autres"). C'est plus complexe que ça, et quasiment
impossible à résumer (…), mais c'est une bd absolument
formidable.
C'est intelligent, c'est beau, c'est bourré de références culturelles
(et certaines sont très pointues - j'ai dû vérifier sur internet hein,
je ne fais pas mon malin en me la jouant "mwahahah j'ai tout trouvé")
et d'idées géniales, et le tout forme un univers très cohérent, très
riche. La bande dessinée adopte un format comics très agréable, et
chaque numéro se découpe en deux épisodes, d'où un petit côté serial
que j'apprécie beaucoup.
Le prochain numéro sort le mois prochain je crois, et j'ai hâte de lire la suite.
Derrière
l'épopée fantastique de ces super héros, c'est toute l'histoire de
l'Europe qui se dessine en creux avec la montée des totalitarismes.
Chacun d'entre eux - Le Nyctalope (France), Mabuse (L'Allemagne), «
Nous autres » (l'URSS),Le Gog (Italie), Andrew Giberne (L'Angleterre) -
incarne l'une des forces en présence dans cette période ô combien
mouvementée de l'entre deux guerres...
Mêlant habilement monde réel et fantastique, personnages historiques ou de légende, La Brigade Chimérique est un drôle de zombi, fourmillant de références historiques ou culturelles pour certaines oubliées (…).
[…]
Reste que pour l’instant cette série s’offre comme la plus
crédible des tentatives et surtout la plus réussie en la matière. Serge
Lehman s’est entouré de personnes sachant accompagner ce projet, se
plier au genre et à ses codes. Les reproches adressés à Gess comme quoi
il ferait du Mignola restent eux aussi caricaturaux. Ici la manière de
Gess est surtout au diapason du projet de Lehman qui se ramifie jusque
dans sa production et aurait pu aller jusqu’à sa publication en kiosque sous forme de
fascicules si cela n’avait pas été impossible financièrement.
Si La Brigade Chimérique apparaîtra peut-être comme la première bande dessinée francophone de super-héros réussie, je note pour ma part qu’elle apparaît en tant qu’uchronie dans un genre
aujourd’hui difficilement perçu autrement que comme une mythologie.
Dans les années 60 et jusqu’au milieu des années 80, Spiderman ou Daredevil
pouvaient être des héros contemporains, en phase avec leur époque et
son actualité, que l’on pouvait s’attendre à voir au coin d’un
building. Aujourd’hui, ils sont avant tout des mythes dont on peut
donner une version ou travailler d’après un postulat. Le super-héroïsme
semble de nos jours du domaine du « what if » généralisé, un
domaine merveilleux dont on s’amuse à biaiser, nuancer les codes par
exemples, au gré de trouvailles scénaristiques voire graphiques.
La Brigade Chimérique ne sera donc jamais une revanche ou
un rattrapage de la bande dessinée et de la science fiction francophone
dans le domaine du super-héroïsme, mais bien plutôt — et c’est là sa
pertinence — une interrogation féconde sur leur histoire entrelacée.
Il y a deux tendances lourdes dans la science-fiction de ces dernières années : l'uchronie, qui développe des passés et des présents alternatifs, et la réactivation des mythes (dieux, légendes, superhéros - cf. par exemple le métaréflexif Livre de toutes les heures d'Hal Duncan). Serge Lehman a bien capté ces tendances, et s'en fait l'écho dans La Brigade Chimérique, qu'il scénarise avec Fabrice Colin. Dans la lignée des Watchmen et d'American gods (Neil Gaiman), entre autres, il s'interroge sur le degré de réalité que contiennent les mythes, et sur l'influence qu'ils exerceraient s'ils étaient davantage qu'un produit de l'imagination - des êtres de chair.
Car les mondes fictifs sont des mondes possibles, et l'existence de récits qui les rapportent leur donne un certain coefficient de réalité. Même s'ils n'ont pas été actualisés, ils existent à la marge du monde réel, dans des branches temporelles parallèles. L'uchronie (« l'autre temps ») consiste à les parcourir. […] Quelque part à la lisière du monde que nous connaissons, il y en a un qui lui ressemble, et qui n'a rien à voir.
C'est ce type de fantaisie, improbable mais cohérente, irréelle mais réaliste, que parcourt La Brigade chimérique. Dans un Paris de 1939 au bord de la guerre, Frédéric et Marie Joliot-Curie dirigent l'Institut du Radium, qui accueille les victimes d'armes chimiques et radioactives de la Grande Guerre ; des mutants aux capacités inouïes, dont le monde ne sait que faire. Ces rejetons de la « superscience », qui bouleverse notre maîtrise de la matière et s'apprête à accoucher de la bombe A, posent la question du statut des surhommes : doivent-ils se mettre au service de l'humanité, et défendre un idéal de justice ? Ou se réunir et couper les ponts avec le stade inférieur de l'évolution, pour inaugurer une nouvelle ère historique ? La querelle entre le Professeur Xavier et Magnéto a quelque chose d'intemporel.
La Brigade chimérique est une excellente « BD-feuilleton », très marquée par les pulps et les histoires de super-vilains des années 30, qui bénéficie du remarquable travail d'illustration de Gess, influencé pour sa part par Mike Mignola.
On fera tout de même un petit reproche : l'ensemble est trop court, au vu de la richesse du récit.
Le prix Bob Morane 2010 dans la catégorie "roman traduit" a été décerné à: