(...) Fantaisie printanière livre une succession de saynètes trashs et savoureuses, une cascade d'événements sans cohérence si ce n'est, en filigrane, l'évocation de thèmes chers à l'auteur. Le jeu, qu'il soit amoureux, de massacre, ou imaginaire, est omniprésent. Avec ces femmes musulmanes victimes d'un lancer de couteau, l'auteur entrecroise religion et illusion, croyance et prestidigitation. Lorsque des clones lèvent des burquas sans jamais parvenir à les faire disparaître, il raconte la difficulté de faire changer les choses. Une véritable obsession chez ce dessinateur de 28 ans : "Je déteste les affirmations et les repères." Après Hunting, fishing, nature and traditions, sorti l'an dernier, les facéties de l'auteur maltraitent à nouveau les codes du neuvième art. "Fantaisie printanière est une sorte de feu d'artifice, une invitation à sortir des cadres" lance Quentin Faucompré. Chaque scène remet en cause la précédente et l'imprévu constitue la raison d'être du récit. Avec un dessin souple, aux formes rondes et épurées, Quentin Faucompré crée des images lisibles pour mieux faire ressortir un sentiment de malaise. "L'histoire de France de Royal de Luxe m'a marqué à vie", reconnait-il. Tout est dit : Faucompré c'est de la provocation toute en poésie.
David Prochasson, 20 minutes, 23 septembre 2008
Ils ont de grosses têtes et des vignettes molles, ils déjeunent dans un jardin. Le cadre se déplace vers la droite. On comprend à la vignette suivante que c'est le point de vue d'une étrange femme en burqa (car, comme dit Flaubert, "Femme en burqa : toujours étrange"). La narration avance par à-coups chronophotographiques ou bien s'éclate en plusieurs cases qui communiquent comme les lieux d'un crime.
Un livre muet et doucement sadique, plein de rondes, de matriochkas et de menstrues, à lire et relire pour percer son propre inconscient.
E.Lo, Libération, 9 octobre 2008
Deux ans après Hunting, fishing, nature and traditions (Les Requins Marteaux), le dessinateur nantais Quentin Faucompré nous livre une nouvelle histoire sans paroles, dans la collection de bande dessinée "Flambant 9" de l'Atalante.
Gros plan sur trois mines réjouies.
Trois hommes attablés dans un jardin discutent, rient. Non loin de là, des femmes en burqa jouent à colin-maillard... Bienvenue dans un univers où des femmes voilées se voilent les yeux, où des majorettes sortent de terre en ribambelle, où des fontaines jaillissent sans prévenir. Pas un mot, donc, pour nous guider dans ce monde d'autant plus déroutant que les apparences nous en sont familières ; un monde dont le créateur traduit par un dessin des plus épurés les fruits de son imagination débordante. Et c'est bien par ces paradoxes que séduit l'ouvrage de Quentin Faucompré. Par son trait souple également, qui nous conduit d'une vignette à l'autre en toute fluidité, dans une dynamique de l'image quasi cinématographique. La narration fonctionne un peu à la manière des poupées russes... mais on ne sait jamais ce que cache celle qu'on soulève. Des couteaux, un homme ligoté...
Dans ce monde onirique, la violence côtoie des sourires béats, le jeu et la magie réinventent les cycles de vie et de mort.
La Fantaisie durera le temps d'une éclaircie, jusqu'à ce que la pluie lave le dessin de tout personnage, nous laissant le sentiment d'avoir vécu un drôle de rêve, foisonnant, dérangeant parfois. Riche, toujours, par ses décalages et ses inventions, par les interrogations qu'il ne manque pas de susciter.
Solène Bouton, Encre de Loire, automne 2008, n°45
Le prix européen Utopiales 2008 est decerné à Javier Negrete pour son livre Seigneurs de l'Olympe .