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  • Comme un accordéon

Jacques Beauchard

Mon malheur arabe

Mon malheur arabe

Date de parution : février 2010



Collection : Comme un accordéon

ISBN13 : 9782841724987

Nombre de pages : 112
Prix : 10,00 €
État : disponible

«Au pied d’un figuier de barbarie, je tombe sur un moudjahidin qui me vise avec son Beretta. Rachid, derrière moi, crie. Le type lâche sa mitrail­lette. Il n’a pas tiré. Il m’a pourtant vu le premier. Il m’a laissé la vie sauve, ce qui fit mien le malheur arabe. Désormais ma vie, comme celle des miens, est liée à ce malheur. Tu comprends?»
Épargné par un combattant du FLN, la vie du personnage principal du livre a basculé ce jour-là sans qu’il en ait con­science. Une situation semblable vécue trente ans plus tard par un de ses amis en pleine guerre du Liban réveilla cette histoire jusqu’alors perdue dans sa mé­moire. Désormais, elle ne le quitta plus.
Récit passionné et passionnant d’une vie au cœur de lieux écrasés par la tragédie du feu (l’Algérie coloniale, le Liban, le Tchad et la Palestine), Mon malheur arabe est un livre optimiste. S’il nous plonge dans le tragique sans fin de la matière humaine, Jacques Beauchard nous dit qu’elle peut en ressortir enrichie par ces épreuves.
  • Revue de presse
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Beauchard - Mon malheur arabe - l'Orient Le jour
Posté le 10 mai 2010 -

Sociologue, anthropologue, urbaniste, philosophe, politologue… Jacques Beauchard est tout cela à la fois ce qui lui vaut d’être qualifié, avant tout, d’humaniste. Professeur de Sociologie et d’Anthropologie à l’Université Paris XII, il est surtout connu pour ses recherches et ses publications dans le domaine de l’aménagement du territoire, tant du point de vue topique, c'est-à-dire architectural et urbanistique, que du point de vue dynamique c'est-à-dire celui du politique. Fidèle à la pensée de Julien Freund, et donc aussi celle de Carl Schmidt, il n’en demeure pas moins un républicain convaincu, un témoin du caractère vivant, universel et rassembleur de la « Cité ». Cet adepte des valeurs de la Révolution Française se révèle cependant sensible à l’importance du sacré et de la symbolique du divin dans la vie des sociétés, comme soubassement des grands mouvements de fond qui peuvent faire basculer l’histoire. Fin connaisseur du Liban, depuis 1990, il éprouve une passion pour Beyrouth dont il fait le lieu de l’enjeu majeur de notre époque, à savoir « la guerre du territoire contre la ville » qu’il considère comme étant la dynamique du politique contemporain. « Beyrouth, la Ville, la Mort » (Aube, 2006) et « Liban mon amour » (Aube, 2007) illustrent ce thème. Aujourd’hui, il publie « Mon malheur arabe » (L’Atalante, 2010), une sorte de dialogue d’outre-tombe avec Samir Kassir à qui il dédie son essai. Entre les lignes se profilent certains thèmes essentiels que Beauchard avait déjà abordés, sous d’autres angles, dans « La bataille du territoire » (L’Harmattan, 1999), « Génie du territoire et identité politique » (L’Harmattan, 2001) ou encore « Penser l’unité politique entre fondements, turbulences et mondialisation » (L’Harmattan, 2003) pour ne citer que ces titres parmi les écrits nombreux de l’auteur. Le fil conducteur de la pensée de Beauchard se déploie autour de quelques concepts-clés : « architecture du vide » ; « espace public » ; « foule-événement ». C’est la foule comme événement qui l’a interpellé dans la vie publique libanaise durant les années 1990 mais surtout depuis 2005. C’est cette foule-événement qui serait l’acteur de la reconstruction de l’espace public au sein de la cité meurtrie. Le lieu de la foule est l’espace transactionnel, notamment au centre de la Cité « là où le ciel et la terre dialoguent ensemble » car c’est le point de l’épiphanie de la symbolique. Mais le moment de la foule-événement est malheureusement éphémère, c’est le vieux kairos de la pensée grecque, cette occasion propice et fugace à la fois, qu’il faut savoir saisir car elle ne repasse pas deux fois.

La dette de vie  

D’où vient cette appropriation curieuse du « Malheur Arabe » si cher à Samir Kassir? La référence aux « Considérations » de ce dernier ne suffit pas à l’expliquer. Il a fallu que Wissam Maalouf, un ami de l’auteur, lui raconte son enlèvement sur l’autostrade de Jounieh, à la hauteur du Nahr-el-Kalb et qu’il se remémore son calvaire avant de lui dire le bonheur de sa libération, pour que Jacques Beauchard comprenne qu’il partageait cette rédemption. C’est une dette de vie qui résonne comme un écho à la mort de la mort que l’Orient chante dans la fraîcheur printanière du dimanche de Pâques.  Tombé dans une embuscade dans le djebel algérien, il avait contracté une dette. Le fedayin qui aurait dû le tuer lui laissa la vie sauve, d’où une reconnaissance vitale qui explique l’engagement d’une existence afin de conjurer l’inexorable destin et métamorphoser la tragédie en histoire. Tel fut l’événement qui est à l’origine de son engagement intellectuel et académique où transparaît sa préoccupation de l’espace public et de sa destruction qu’il découvre à Beyrouth en 1990. D’année en année, il constate la convalescence de l’espace public libanais au milieu d’une ville qui retrouve peu à peu sa liberté de mouvement.

La Cité entre vie et mort 

C’est alors que s’impose la conscience de l’architecture du vide que les politiques tiennent dans leurs mains sans le savoir, car ils ignorent que le bien commun se tient là. Au gré de l’espace public qui reprend forme ici et là, il observe la reconstitution d’une unité primaire essentielle : pas d’événements spectaculaires, seulement l’ordre des marchés et d’une circulation quotidienne ; non plus l’ordre violent mais l’ordre faible des va-et-vient du plus grand nombre qui manifeste la liberté civile. Durant la guerre civile il n’y avait plus que des territoires coincés entre les barrages, c’était le temps de l’exclusion de l’autre et de la survie, mais aussi celui d’une solidarité forte, enfermée sur elle-même. Un lien social tout puissant s’était substitué au lien civil. Beyrouth et le Liban deviennent, au fil des ans, la scène grandiose où le souffle de la vie publique tente de s’insinuer dans les moindres interstices des territoires figés par les violences mortifères.  Beauchard observe comment, avec la paix, une solidarité faible et individualiste, en réseau et mobile, tisse la toile urbaine et donne forme à l’urbanité. En multipliant certains récits, l’auteur fait valoir combien un échange de civilités minuscules et symboliques recompose quotidiennement le caractère public des espaces collectifs. Nul ne peut s’approprier les lieux communs. Même le non-lieu, le passage le plus ordinaire, est marqué par la loi commune assurant le passage invisible du privé au public. Par la voix d’autres récits, il montre combien l’oubli de la dispute civile conduit à croire que l’espace public est naturel. Un nouveau mal diffuse alors dans le corps de la Cité. On se met à ignorer l’ordre invisible qui est imprimé là ; on s’arroge le droit de l’occuper, de l’enfermer et de le territorialiser. Rien n’est jamais joué définitivement. Entre Beauchard et Beyrouth, se tisse une véritable passion amoureuse. D’où « Beyrouth, la ville, la mort » qui fait valoir l’affrontement de la ville avec ce qui la détruit mais aussi avec ce qui lui permet de renaître. Comment retrouver le temps de l’Ecole de Droit, l’une des trois plus grandes de la Méditerranée, quand le poète byzantin Nonnos de Panopolis écrivait: « La discorde qui défait les Etats ne cessera de compromettre la paix que lorsque Béryte, garante de l’ordre, sera juge de la terre et des mers, lorsqu’elle fortifiera les villes du rempart de ses lois. » ? N’est-ce pas ce que voulut proclamer le serment de la foule-événement du 14 mars 2005 ? Ne faut-il pas explorer comment Beyrouth se précipite, sans cesse, entre fin et commencement ? Douloureusement meurtri par la guerre de l’été 2006, c’est ce que fait Beauchard à travers « Liban, mon amour ». Au fil de la tragédie, l’auteur montre que c’est l’architecture du vide qui est brisée : les ponts détruits, les territoires occupés, les terminaux vitaux interdits, la ville figée par l’invasion de la mort qui appose sa lugubre signature sur l’espace public.

Rédemption et transfiguration 

Mais c’est avec « Mon Malheur Arabe » que Beauchard dévoile la clé de son destin. Il pointe les failles de la Cité et les défaillances de la politique qui, à ses yeux, « marche de travers ». C’est en fonction de l’errance de celle-ci que surgit le tragique. Ottomans, Britanniques et Français se sont retirés de leurs empires, laissant derrière eux des unités politiques à bâtir. Tâches immenses et difficiles qui ont basculé dans le contrôle du « Territoire » aux dépens de la « Cité ». Ce n’est pas le bien commun de l’espace public qui a été investi mais la prise de terre et sa possession. En témoigne la violence dans le djebel algérien comme celle de la place des Martyrs où Beauchard retrouve en 1990 la présence de celui qui l’avait épargné. La dette qui constitue la trame du livre est celle qui, au milieu des ruines, transfigure le malheur en force de l’histoire. C’est au milieu du pire qu’il s’agit de retrouver l’existence de l’espace public qui assure à chacun l’égalité et la liberté de mouvement : un avenir. Dès les premières lignes de son dernier livre, Beauchard rapporte comment Wissam Maalouf, libéré, se sentit porté par le divin : « Entre la montagne, la mer et le ciel, la parole de Dieu l’envahit. N’est-il pas revenu du monde des morts ? Désormais il se fera l’apôtre de la douceur de vivre. Quand les nuits seront chaudes, sur les tapis de sa terrasse, face à la mer qui brasille, il fera l’amour avec Rima. Il sera l’avocat de la ville ouverte et de la citadinité. Dorénavant il poussera les zaïms hors de leur fief. Il se fera le chantre de la Nahda. ».  

Antoine COURBAN supplément littéraire de L'Orient Le Jour du jeudi 6 mai à Beyrouth

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Beauchard - Mon malheur arabe - Revue Esprit
Posté le 31 mai 2010 -
Pierre Laruelle, enseignant français en mission à Beyrouth, mais aussi à N'Djamena, est certainement le double de l'auteur, car ce récit, très bien écrit, semble grandement autobiographique. L'auteur, ne l'oublions pas, a déjà publié Beyrouth, la ville, la mort (2006) et Liban mon amour (2007), c'est dire, si ces contrées sont chevillées à son propre destin. Et d'une certaine manière, c'est la raison de cette obsession arabe que cette histoire tente d'éclairer, de comprendre, plus que d'analyser rationnellement. De fait, rien ne relève de la raison dans ces villes tourmentées, violentées, meurtries et néanmoins vivantes, joyeuses, chantantes, seule la passion, dans son désordre, apporte un semblant d'explication... Les événements politiques contemporains qui déchirent le Liban, comme ceux qui provoquent mille explosions meurtrières en Algérie, exigent pour être interprétés de solides retours au passé et des incursions dans les contradictions qui assaillent les pouvoirs en place, comme leurs contre-pouvoirs du reste. Ces pays sont sous tension. Et cela ne date pas d'hier. D'où le rappel de l'histoire coloniale. Et là, ce qui se passe en Algérie ou au Liban concerne directement la France. Le personnage se remémore une discussion avec son père en 1956, puis son appel à servir sous les drapeaux en 1959 et son envoi en Algérie, alors en « pacification » (on ne dit pas « en guerre », car l'Algérie appartient à l'Empire et un Empire ne peut être en guerre avec lui-même), sa découverte d'un « ailleurs », pourtant si proche, qui lui collera d'autant plus à la peau que, lors d'une embuscade, il sera épargné par un tireur pourtant en position pour l'abattre. La mort n'était pas de la partie. Depuis, le « malheur arabe » accompagne Pierre Laruelle dans ses moindres cheminements...
Thierry Paquot Revue Esprit
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Beauchard- Mon malheur arabe – Encres de Loire
Posté le 16 juillet 2010 -
Un homme épargné par un combattant du FLN apprend trente ans plus tard qu’un de ses amis a vécu la même situation en pleine guerre du Liban. Il prend alors conscience que sa vie a basculé ce jour-là.
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Beauchard - Mon malheur arabe - Moyen Orient
Posté le 15 avril 2011 -

Dans son troisième ouvrage consacré au Liban, Jacques Beauchard, professeur émérite de sociologie et d'anthropologie à l'université Paris XII, livre l'histoire d'un homme dont le destin est immanquablement lié au monde arabe. De la guerre d'Algérie à Ndjamena, en passant par Beyrouth, cet homme, chez qui l'on soupçonne certains traits de l'auteur, partage sa douleur à voir se déchirer le monde arabe dont le malheur est le sien depuis qu'il a été épargné par un combattant du FLN. Dédié à la mémoire de Samir Kassir, historien et journaliste libanais assassiné à Beyrouth un an après la publication de ses Considérations sur le malheur arabe en 2004, le roman revient sur les évènements libanais, palestiniens, algériens et tchadiens en insistant sur la fragilité de la paix, les profondes divisions au sein de ces populations, mais aussi leur humanité et leur arabité communes. Il compare le monde arabe à la ciste, une plante des pourtours de la Méditerranée qui régénère par le feu. L'auteur revient sur un thème qui lui est cher, celui de la ville et de l'urbanisme comme lieu symbolique de construction et de destruction du tissu social. Il exprime aussi ses doutes d'Occidental et d'héritier de l'empire colonial français dans un monde arabe méfiant et souffrant toujours des blessures infligées par la colonisation : c'est une double dette que le personnage principal doit rembourser, une dette personnelle à l'égard de l'homme qui lui a laissé la vie et une dette collective laissée par l'empire français dans la région.

C.R. - Moyen Orient

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