Le dernier ouvrage de Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, est une invitation pour faire de nos villes des lieux solidaires, écologiques et démocratiques. Pour un urbanisme chronotopique, sensoriel et participatif ! Le philosophe y aborde un concept trop souvent abstrait ou dévoyé qu’est la démocratie participative. Selon lui, l’urbanisme (compris à la fois comme fabrication de la ville et comme régulation de la cité) doit redevenir un Bien Commun, appropriable par chacun.
Son livre regroupe cinq propositions pour un meilleur « devenir urbain » :
1- Mener des études comparées quant aux usages des territoires de l’urbain afin de repenser des notions comme « privé », « public », « collectif », « individuel », etc., en relation avec leur traduction juridique.
2 - Recenser, présenter et valoriser les expériences qui sont tentées ici ou là, par des collectifs d’habitants ou des professionnels et ouvrir, sur le net, un forum international concernant les diverses modalités participatives.
3 - Élaborer des projets urbains qui partent avant tout de la situation des habitants et des lieux, sans vouloir coûte que coûte appliquer une recette venue d’ailleurs.
4 - Confronter les procédures, les conceptions et les préconisations portées par la vague de la globalisation à celles qui résultent du local.
5 - Pratiquer davantage l’expertise, à tous les niveaux, aussi bien vis-à-vis des experts, des fonctionnaires, des représentants des organisations non gouvernementales que des collectifs d’habitants, ce qui conduit à évaluer les normes, à apprécier les standards (donc à leur substituer d’autres modalités productives) , à remettre en cause les cadres juridico-administratives, non pas pour favoriser un quelconque dérèglement, mais afin de mieux les adapter à la plus grande autonomie des citoyen-citadins.
Thierry Paquot fait partie des six personnalités françaises invitées à Shanghaï en 2010 lors de l’Exposition universelle pour son travail en faveur de l’urbanisme sensoriel.
Alors que tensions locales et comportements individuels se multiplient, l'auteur explique dans cet essai que l'urbanisme doit rester un "Bien commun".
Il prône une meilleure gestion des différents temps inhérents à l'acte d'aménagement, la conception des espaces à partir de l'habitant et de ses ressentis et sa nécessaire participation au processus du projet.
Rendre l'urbanisme aux urbains
Le propos. Pour Thierry Paquot, éditeur de la revue « Urbanisme », cette discipline est la « manière d'agencer les activités des citadins dans le temps et dans l'espace », mais aussi l' « art des relations ». Pourtant, si l'urbanisme déchaîne les passions des experts patentés, il n'excite pas les foules (pourtant directement concernées).
Pour rendre l'urbanisme aux urbains, en les débarrassant, entre autres, de l'ésotérisme de la matière, l'auteur produit d'abord un tour d'horizon érudit des liens entre ville, démocratie et écologie.
La prescription. Afin de s'adapter aux attentes des habitants et aux évolutions du monde (marquées par « l'urbanisation des moeurs »), l'urbanisme doit être « chronotopique », sensoriel et participatif. Il doit contribuer à mieux articuler les flux et les lieux, le temps et l'espace.
Il ne s'agit pas seulement de respect des règlements, mais d'organisation des villes au diapason des cinq sens humains. La contestation, notamment celle de l'administration en place, peut permettre de vraiment faire vivre la participation, aujourd'hui engluée dans un arsenal de dispositions laborieuses et méconnues du public.
Le plus. Grand lecteur, féru de cinéma, l'auteur nous invite, pour finir, à une utile et originale « promenade bibliographique » d'une quarantaine de pages, recensant les ouvrages qui l'ont nourri pour son livre.
J. D. 31/08/10
Pour que les villes deviennent des lieux solidaires, écologiques et démocratiques, il convient d'abord de revenir aux fondements de l'urbanisme. C'est en philosophe et en observateur passionné que Thierry Paquot livre analyses et propositions. Une belle réflexion sur l'urbanisation des mœurs. L'urbanisme est, concrètement et disciplinairement, une matière. Et cette matière, qui entre naturellement parfois en fusion ou en ébullition, est en constante évolution, tant du point de vue des principes et des réalisations que de celui des outils et des opérateurs. Le retour aux sources et le détour par la philosophie permettent un peu d'ordre et de clarté pour un sujet qui n'est pas aussi aride et complexe qu'il en a l'air. Il nous concerne tous.
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Dans son dernier ouvrage, bref et dense, Thierry Paquot nous livre ce qui constitue à la fois un état des lieux fouillé de la discipline et un projet enthousiasmant, qui propose de considérer l'urbanisme comme un bien commun, rassembleur et jubilatoire.
Après un premier chapitre, dans lequel il montre que " la ville " est sortie de l'histoire pour laisser place à " l'urbain ", l'auteur nous invite à dépasser une définition qui réduit l'urbanisme à l'application d'un ensemble de procédures, de règles, de plans et de normes sur un site considéré comme définitivement figé et passif. Il plaide pour un urbanisme qui soit à la fois chronotopique - qui considère à la fois le temps (chronos) et le lieu (topos)-, sensoriel (allant au-delà de la simple rationalité machiniste et fonctionnelle) et participatif, c'est-à-dire réalisé en coproduction.
A propos de la participation, Thieery Paquot note que " pour débattre, il faut connaître les dossiers, pouvoir dialoguer pour faire surgir de nouvelles propositions et agir sur la décision. Une consultation sans pouvoir est comme une échelle sans barreaux. " Il cite l'activiste américain Saul Alinsky, qui rejette le consensus, ce " compromis minimal pour que ça tienne ", et préconise d'avancer vers le "maximum acceptable" par chaque partie, d'où la nécessité de tout se dire pour élaborer ensemble la conciliation reconnue comme satisfaisante par chaque partenaire.
Cet ouvrage essentiel est complété par une " promenade bibliographique ", grâce à laquelle Thierry Paquot fournit au lecteur le vademecum indispensable pour devenir un acteur éclairé de l'urbanisme comme bien commun.
L'urbanisme serait-il réservé à quelques élus ? A l'heure du village planétaire, c'est plutôt l'affaire de tous, comme l'explique ce livre qui réconcilie l'urbaniste et la ville en cinq propositions. (...) Chronotopique, sensorielle et participative, la discipline s'y revèle déroutante et pleinement en phase avec les mutations et les préoccupations des citadins d'aujourd'hui. Ne ratez pas à la fin de l'ouvrage les quarantes pages consacrées à une promenade bibliographique à travers les écrits qui ont nourri ces chroniques, et qui ne manqueront pas d'intéresser chaque "homo urbanus".
Ecologik
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