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Robert Silverberg

Gilgamesh, roi d'Ourouk

Gilgamesh, roi d'Ourouk

Date de parution : janvier 2016


Traduit par : Gilles Ganache
Illustrateur : Raphaël Defossez


ISBN13 : 9782841727469

Nombre de pages : 384
Prix : 23,00 €
État : disponible

« Je suis celui que vous nommez Gilgamesh. Je suis le pèlerin de toutes les routes du Pays et d’au-delà le Pays. Je suis celui à qui toutes choses ont été révélées, vérités dissimulées, mystères de la vie et de la mort, et de la mort surtout. J’ai connu Inanna dans le lit du Mariage sacré ; j’ai terrassé des démons et je me suis entretenu avec les dieux ; je suis dieu moi-même aux deux tiers, un tiers homme seulement. »
 
Inspirées de L’Épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte épique de l’histoire de l’humanité, voici les mémoires du roi mythique sumérien d’il y a quelque cinq mille années, de son enfance dans la cité d’Ourouk jusqu’à sa quête de l’immortalité. Par un des maîtres de la science-fiction américaine.
  • Revue de presse
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Silverberg - Gilgamesh, roi d'Ourouk - Le culte d'Apophis
Posté le 01 février 2016 -
Une étonnante réécriture d’un des plus anciens textes au monde

Ce roman de Robert Silverberg, géant de la science-fiction, initialement publié en 1984, est en fait une réécriture (nous développerons plus loin) du plus ancien texte épique au monde (27ème siècle avant J-C !), l’Épopée de Gilgamesh, qui, mille ans avant les douze travaux d’Héraclès, narre ceux du roi Sumérien du même nom. L’auteur comble les blancs du texte antique (il fait du prologue de ce dernier une partie de plus de 100 pages) et change la fin pour que ceux qui connaissent la légende soient tout de même un minimum surpris, mais fondamentalement, c’est la même chose, sous une forme romancée.

Ramage et plumage

Avant d’examiner le fond, à savoir le texte lui-même, parlons de la forme, et cette fois il y a beaucoup à dire : étant passé depuis peu à la lecture sur liseuse (pour des questions d’espace de stockage et de budget), il faut vraiment une édition soignée, désormais, pour me convaincre d’acheter un exemplaire physique.

Dans le cas de ce roman, il faut avouer que l’Atalante a mis les petits plats dans les grands pour cette réédition, jugez plutôt : couverture ayant la texture du cuir, impression en relief du profil du roi sumérien à l’avant, et de… non, on ne va pas parler de ce qui est imprimé à l’arrière (sinon pour dire que j’ai cru un instant avoir dans mes mains un exemplaire du rarissime et redouté vachequirit-nomicon), reliure impeccable, « lacet » marque-page à l’ancienne (qui fait son retour chez plusieurs éditeurs ces derniers temps, à la grande joie de votre serviteur qui a toujours trouvé ça classe et utile), papier de très bonne qualité (comme souvent chez l’éditeur) et impression sans défaut (idem, et un point sur lequel certains concurrents de l’Atalante pourraient prendre bien des leçons).

La couleur verte interpelle au début (j’aurais préféré du marron – couleur vieux cuir- ou du noir, personnellement), mais finalement je trouve ça plutôt d’un bel effet. En tout cas, l’éditeur a produit un travail à la fois recherché, de standing et de qualité, et on ne peut que le féliciter pour cet effort. Voilà une édition qui donne clairement envie d’être acquise sous forme physique et pas numérique.
 
Le concept, le genre

L’auteur s’est donc basé sur deux traductions anglaises de l’oeuvre, les a complétées (notamment sur ce qui se passe avant que Gilgamesh n’entame ses exploits ou ne devienne roi), romancées, a changé la fin, et surtout a changé le genre du texte. En effet, l’Épopée de Gilgamesh, c’est un peu l’ancêtre de l’Heroic Fantasy moderne : il y a des monstres, des dieux et des démons. Vu l’oeuvre de Silverberg, on aurait pu s’attendre à ce qu’il aille dans cette veine là, quitte à changer 2-3 choses au passage. Ce n’est pas la voie choisie par l’auteur, pourtant. Au contraire, il propose un roman à deux lectures possibles, dont une est évidemment hautement privilégiée.

En clair, il rationalise complètement les aventures extraordinaires du roi d’Ourouk. Vous pouvez certes toujours lire ce livre sous un angle surnaturel (et c’est d’ailleurs pourquoi j’ai classé ce livre dans la catégorie « Fantastique »), en mettant la célèbre « suspension d’incrédulité » en mode on, ou bien vous pouvez faire ce que Silverberg vous propose, c’est à dire considérer que Gilgamesh fait une crise d’épilepsie au lieu d’entrer en communication avec les dieux, ou bien qu’il est en relation avec la grande prêtresse d’Inanna et pas avec la déesse elle-même. De même, à un certain moment, certains verront un démon, d’autres une résurgence de gaz naturel dans ces terres sumériennes (=irakiennes modernes). L’auteur a clairement choisi son camp (tout le passage avec le soi-disant survivant du Déluge le montre incontestablement), mais une deuxième grille de lecture reste possible.
 
Le style, le rythme

Bien, donc c’est rationalisé, mais est-ce que ça reste épique ou est-ce que ça ressemble à du Christian Jacq ? Rassurez-vous, ça reste complètement épique (moins sur une partie de la fin, tout de même). Gilgamesh reste un héros hors-normes, et ses aventures (politiques, guerrières, et bien entendu sexuelles) demeurent passionnantes. On ne peut bien entendu pas attribuer la paternité du personnage à Silverberg, mais à partir d’une matière imposée, l’auteur a su rendre son protagoniste, ainsi que les personnages secondaires, marquants et intéressants : Gilgamesh, Enkidou, Inanna sont fascinants. Les qualités d’écriture de l’auteur, ainsi que celle de la traduction, n’y sont pas pour rien. La reconstitution de l’époque est, autant que je puisse en juger en tant que non-historien, absolument impressionnante, avec un tas de détails « qui sonnent vrai ».

Le rythme est très bon jusqu’au second exil de Gilgamesh. La thématique évolue, passant de l’héroïque à l’acquisition de la sagesse. Le dernier chapitre est à cet égard assez magnifique. Par rapport à l’oeuvre originale, le début est extrêmement développé (l’accession à la royauté de Gilgamesh et son amélioration des murailles d’Ourouk représente, à ma connaissance, un bref résumé dans l’Épopée, alors qu’elles s’étendent sur 100 pages dans le livre, partie que j’ai d’ailleurs trouvé être la plus intéressante du roman)[...].

Le roman est écrit à la première personne du singulier : c’est Gilgamesh en personne qui nous raconte sa vie, ses exploits, ses joies, ses peines, ses peurs, ses ambitions, ce que la vie lui a appris. Il s’adresse aussi en quelques occasions directement à son lecteur.

Notez que le roman a une certaine atmosphère que je qualifierais de Shakespearienne, et qu’il fait souvent la part belle à un érotisme qui, sans être torride, est à signaler.
 
A qui se destine ce livre ?

Voilà une question délicate. Bien que j’ai classifié ça en Fantastique, ça relève en fait plus du roman historique. En tout cas, soyez bien conscient que ça ne relève en aucun cas de la Fantasy. Au final, il faut soit être intéressé par les romans consacrés aux civilisations anciennes, soit par la mythologie pour pleinement apprécier ce livre, mais c’est aussi et surtout un bon roman en lui-même.

Attention toutefois, le héros, en plus d’être surhumain, est souvent une vraie tête à claques, deux facteurs qui peuvent agacer certaines catégories de lectrices et lecteurs. Au passage, notez qu’il pourrait faire mourir de rage même la moins radicale des féministes du fait de son traitement de la gent féminine (le père Gilgamesh, le droit de cuissage, il connaît, le détournement de mineure, il connaît pas…). Je le signale aussi car cela peut faire fuir certaines et certains.
 
En conclusion

Sur la forme, un bien bel objet, qui mérite sa place dans votre bibliothèque du fait de la qualité extrême de cette édition.

Sur le fond, on peut déjà saluer l’initiative de Silverberg, qui, si elle n’est pas à proprement parler originale (un auteur de SF ou assimilé qui reprend son oeuvre préférée, c’est loin d’être rare, de Stephen Baxter avec Les vaisseaux du Temps à Kim Newman avec Anno Dracula, vous avez le choix…), reste singulière du fait du choix de l’oeuvre reprise et de la manière de la reprendre.

Ce roman se destinera surtout à l’amateur de roman historique, même s’il n’est pas dépourvu d’un aspect épique et peut être vu sous un angle fantastique. En tout cas, les qualités d’écriture de l’auteur sont toujours présentes, quel que soit le genre abordé, et cette écriture est sublimée par une traduction s’adaptant très bien à l’épopée épique. On est transporté dans ce monde flamboyant, si loin dans notre histoire mais que l’auteur parvient pourtant à rendre si palpable.

Bien que le surhomme arrogant et grand consommateur de femmes (ou de jeunes filles…) qui en est le protagoniste puisse agacer et faire croire à un roman bourrin, cette histoire ne manque pas de profondeur, on s’en aperçoit très rapidement, et particulièrement bien à la fin. J’en veux pour preuve l’absence de représailles du héros envers ceux qui l’ont persécuté dans son enfance, la profondeur de sa solitude pendant la très grande majorité de l’histoire, et les magnifiques 4 dernières pages de l’oeuvre.

De plus, ce n’est certainement pas un hasard si 5000 ans après, le nom de Gilgamesh résonne encore : s’il n’était pas intéressant, pour ne pas dire fascinant, il aurait été oublié depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires. C’est un juste retour des choses que la mythologie, qui a tant inspiré la fantasy et les littératures de l’imaginaire en général (demandez à Tolkien, Poul Anderson ou Roger Zelazny…), fasse l’objet d’un roman par un des grands du genre, même si celui-ci rationalise des événements à la base présentés comme surnaturels : en fait, il humanise le surhomme, ce qui est, à mon sens, un gros point fort du livre.

Bref, comme souvent, c’est un roman que je conseille, mais plus encore que d’habitude, je ne vous conseille de le lire qu’en ayant une idée très précise de ce dans quoi vous vous engagez, ce qui a été l’ambition de cette critique.
 
Apophis
Le culte d'Apophis
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Silverberg - Gilgamesh, roi d'Ourouk - nooSFere
Posté le 18 juin 2009 -

Gilgamesh, cinquième roi de la Ière dynastie d'Ourouk, régnait vers 2500 avant Jésus-Christ. Les récits de ses hauts faits, dont on trouve des traces de la plus haute antiquité, semblent avoir constitué pour les Mésopotamiens l'équivalent de l'Iliade et L'Odyssée pour les grecs : une épopée fondatrice, transmise oralement de génération en génération, puis peu à peu constituée en ensemble littéraire cohérent, probablement vers le début du Iième millénaire, à l'époque babylonienne, avant d'être largement diffusée dans toutes les cultures voisines, de la Palestine à l'Asie mineure. Cette large diffusion nous a permis d'en conserver l'essentiel, en partie grâce à des recoupements, en partie grâce à la version d'Assourbanipal (668-627), qui a elle seule comporte plus de 3400 des 3600 vers de l'épopée du roi d'Ourouk. Gilgamesh est donc un héros dont l'existence légendaire nous est tout aussi bien connue que celle d'un Ulysse, d'un Hérakles, ou d'un Hercule.

Pour écrire ce livre, Silverberg s'est entièrement appuyé sur le poème épique originel. Tous ses hauts faits, de la construction des murailles à la guerre contre Agga, de son amitié avec Enkidou à leur lutte héroïque contre Houmbaba, de la mort d'Enkidou à la quête de l'immortalité, quasiment tout le récit repose sur l'épopée sumérienne. Seule la fin diffère, à la fois moins ambitieuse et moins désespérée que la version antique. Alors que le Gilgamesh de l'Épopée cherchait, trouvait et perdait finalement la plante d'immortalité qu'il destinait aux hommes, privant ainsi l'humanité du secret de la vie éternelle, celui de Silverberg ne la cherche que pour lui seul et ne perd finalement que le secret de l'éternel jeunesse, le seul que Lou-Ninmarka consente à lui donner.

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Silverberg - Gilgamesh, roi d'Ourouk - La nef hallucinée
Posté le 18 juin 2009 -

Quand l'un des auteurs phares de la SF américaine s'attaque au mythe historique... ou la mise en forme moderne du plus ancien texte de l'histoire de la littérature par un écrivain féru de légende et d'antiquité. Car L'épopée de Gilgamesh nous entraîne à la source même de l'histoire, quand les hommes commencent à peine à prendre conscience du formidable outil qu'est récriture ; nous sommes en 3500 avant J.C. en Sumer, Mésopotamie, terre arable flanquée du Tigre et le l'Euphrate, les deux fleuves semi- mythiques. Là, est inventé le premier alphabet, utilisé tout d'abord pour tenir les comptes et inventaires du palais. Puis. dans le but de transmettre aux générations futures les vieilles traditions orales, les légendes merveilleuses, ou les exploits de souverains héroïques ayant profondément marqué l'imaginaire d'un peuple : Gilgamesh est de ceux-ci, souverain d'Ourouk, au sud du Pays originel. On peut considérer cette "épopée", comme la quintessence poétique de cet art qui nous obsède tant depuis ! Aussi quelle ambition que de vouloir la transposer dans le cadre étriqué du roman ! Mais Robert Silverberg nous a déjà prouvé qu'il détient le souffle nécessaire, qu'il est coutumier de l'épique (songez à son univers Majipoor : la saga de Lord Valentin en trois tomes chez Ailleurs et Demain, aux Monades Urbaines...). Il se plonge alors dans la peau de Gilgamesh lui-même et rédige ses mémoires. Le style "antiquise" parfois à outrance, mais ne rebute jamais, et. des intrigues de palais après la mort du souverain Luganbanda, père du héros, à la pénible accession au pouvoir de ce dernier, comme tout au long de sa quête de l'immortalité, le charme désuet des légendes sumériennes s'allie au sens de la narration de ce grand professionnel qu'est Silverberg.

Si depuis toujours la littérature fantastique et la SF puisent allègrement leur inspiration dans la mane du mythe antique (quand elles ne le plagient pas franchement...) adapter L'épopée de Gilgamesh relevait d'une gageure particulière ; il fallait éviter de céder à la naïveté de l'essence même du mythe, et c'est chose faite, grâce, en particulier, aux solides connaissances en histoire antique digérées par Silverberg. Son Gilgamesh, roi d'Ourouk, plus qu'une louange, est une chronique la plus fidèle possible de la vie de palais de l'époque, où les hommes se mêlaient étroitement aux dieux, tout du moins à leurs représentants sur terre. Et c'est aussi, fort heureusement, une originale saga en miniature, au parfum d'encens et d'huiles rares.

Stéphane Boillot, La Nef hallucinée
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Silverberg - Gilgamesh, roi d'Ourouk - Dauphiné libéré
Posté le 18 juin 2009 -

La littérature se rit des frontières et des genres dans lesquels on s'efforce de la canaliser. Au grand dam des poseurs d'étiquettes, les auteurs vont musarder dans des livres hors catégories. Ainsi, Robert Silverberg, qui abandonne le temps d'un livre son rôle de leader de la s-f américaine.

Les éditions de l'Atalante, viennent de publier son étonnant roman : Gilgamesh, roi d'Ourouk, Ce récit à la saveur particulière, nous plonge dans l'ancienne Sumer, 2 500 ans avant J.C. Il raconte l'histoire réinventée du mythique roi Gilgamesh, dont l'épopée est le plus ancien texte connu. Il narre son enfance, son exil, son accession au trône de la cité d'Ourouk, ses démêlés avec les Dieux et les démons, son amour ambigu pour la grande prêtresse d'Inanna, son amitié pour Enkidou, l'homme sauvage, son égal, son frère, sa quête éperdue de l'immortalite.

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