23.07.2010 Premières impressions
C’est un fait, aucun livre ne pourra jamais plaire à tout le monde. Et pourtant… nous avons sous la main une petite chose, trois fois rien, quelques centaines de pages de cellulose agglomérée, une petite chose, disais-je donc, qui se rapproche de ce graal. C’est pourquoi on s’est dit qu’on pourrait faire appel à l’avis de… tout le monde.
Mais attention, pas à n’importe qui.
Seuls nos adorables foromeurs dûment enregistrés pourront avoir la parole.
Je laisse donc ce blog à… Guinea Pig.
Alain
«Ne craignez pas, en choisissant de lire Les Magiciens de Lev Grossman, de tomber sur une sorte de remake d’Harry Potter. Bien sûr, Quentin est un jeune garçon qui découvre soudainement que la magie existe, masquée aux yeux du monde, et qu’il va pouvoir apprendre cet art dans une mystérieuse école, invisible aux yeux du commun des mortels. Mais, mis à part ce statut de départ, tout est différent : l’histoire, l’ambiance, les enjeux…
Le ton, bien que fréquemment humoristique, n’est pas léger mais plutôt désenchanté.
Le plus extraordinaire, à mon sens, est que bien que ce livre soit une histoire que l’on puisse (s’il le faut vraiment !) classer dans la fantasy (il est question de magie et de mondes magiques tout au long des pages), le récit est avant tout un roman initiatique. Et non pas initiatique dans un genre Indiana Jones, mais dans un genre intimement initiatique.
Quentin, le héros de ce livre, a 17 ans au début du récit ; c’est plus un jeune homme qu’un enfant, et pourtant il souffre du mal-être fréquent de l’adolescence. Son statut de surdoué n’est pas un plus, il est mal dans sa peau, tout en ayant conscience de la futilité ou de la contradiction de ses sentiments. Un autre thème sous-jacent est celui de la solitude : la charge de travail ainsi que la rivalité entre élèves (que ce soit dans le monde réel ou à l’école de magie) conduisent les élèves à l’isolement. Des alliances se créent, mais plus difficilement des amitiés.
L’histoire, bien qu’indéniablement «magique», peut apparaître, sous un certain angle, comme une immense métaphore, destinée à illustrer le délicat passage de l’enfance à l’âge adulte, avec tous ses doutes et ses souffrances, et la difficulté de prendre sa vie en main, l’obligation de faire des choix, de prendre des décisions pour l’avenir. Quentin, et c’est là l’aspect le plus attachant de sa personnalité, reste accroché à ses rêves d’enfant, et essaie de vivre à la hauteur de ceux-ci, même s’il devine que c’est une cause perdue d’avance…
Le deuxième point fort de ce livre est la volonté farouche de l’auteur de ne pas sombrer dans la facilité en ce qui concerne ses personnages : leurs failles et leurs faux pas sont nombreux, leur attitude souvent agaçante ou incompréhensible. Si vous êtes un lecteur lassé de l’aspect caricatural (ou même simplement trop lissé) des personnages des livres en général, mais surtout de ce genre, vous serez comblé.
Malgré cette exposition impitoyable des personnages, de travers en débauches estudiantines diverses (l’alcoolisme, mondain puis avéré, est un thème récurrent, et la sexualité ne connaît pas trop de tabous), l’auteur arrive à vous faire apprécier ses personnages, aussi brillants qu’exaspérants.
L’histoire en elle-même est exceptionnelle : dans un récit fluide, l’auteur nous mène vers un dénouement étonnant ; le virage que prend l’histoire est très surprenant. Il y a beaucoup d’idées originales dans la façon d’appréhender la magie, dans son apprentissage, ses applications, mais aussi dans son intérêt fondamental. La façon dont Quentin vit ses découvertes et ses expériences est exposée avec finesse et humour.
C’est un livre sans concessions, destiné plutôt à un public adulte.
L’illustration de couverture, qui montre des personnages aux visages juvéniles, pourrait faire croire à un récit plutôt orienté jeunesse. Mais si ce livre peut être aisément lu par de jeunes bons lecteurs (l’histoire est passionnante), j’émettrais tout de même quelques réserves : certains passages (quoique sobres et courts) sont plutôt crus en ce qui concerne la sexualité, et pourraient choquer de très jeunes personnes. D’autre part, le côté hyperréaliste des relations humaines (dont je vante les mérites plus haut), dénuées de tout romantisme, pourrait décevoir des lecteurs idéalistes, et les empêcher d’apprécier ce livre à sa juste valeur…»
