BLOG
L'ATALANTE

26.01.2012 La jeunesse éternelle

Ça y est !
Amortels est sorti il y a quelques jours, et si la couverture, mélange de SF et de roman noir ne vous a pas encore convaincu de lui donner sa chance, nous vous proposons simplement de l’essayer.  (chapitres)
Mais faites attention, le début de ce roman est particulièrement addictif, lorsque l’agent Ronan assiste à son propre assassinat, filmé holographiquement sous toutes les coutures.
Vous apprendrez que Ronan est l’homme le plus vieux du monde et peut-être l’un des plus seuls : hors de ce monde, hors de sa propre famille mais également hors de la corruption d’un monde où dorénavant la richesse permet réellement d’acheter la jeunesse éternelle.
Vous en découvrirez le prix… Toutes les bonnes choses doivent-elles vraiment se payer cher ?

Bonne lecture.

Alain
codirecteur de la collection
La Dentelle du cygne

20.01.2012 Y a du thriller/polar partout !

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Je vous parle bien entendu de la collection « Insomniaques & Ferroviaires » qui illustre parfaitement l’adage selon lequel on ne peut pas courir trop de lièvres à la fois ! Pourtant le projet initial de L’Atalante ne comprenait qu’un seul lapin : nous avons commencé avec une unique collection dont l’ambition était de rassembler tous les genres et promettant l’évasion par la lecture.

Ne s’appelait-elle pas « Bibliothèque de l’évasion » ?

Hélas les dures réalités de l’empaquetage, de la réclame et de la segmentation du marché (pas bô) nous ont conduits à distinguer le polar de la SF/fantasy, de la littérature générale et de la littérature jeunesse. Tout à coup nous eûmes des lièvres qui couraient partout, les coquins, et pas assez de bras ! La belle « Insomniaques & Ferroviaires » s’est donc assoupie doucement, secouée cependant régulièrement par le légendaire Francisco González Ledesma. Pourtant le polar ou le thriller ne sont-ils pas omniprésents de nos jours ? Ils contaminent même la collection sœur, « La Dentelle du Cygne » ! Avez-vous remarqué, amateurs de SF/fantasy, ces quelques signes ? Certains viennent de loin, telle la série des Garrett, détective privé au milieu des elfes, trolls et autres créatures fantastiques.

+

Plus récemment, vous avez même eu droit à une reprise de James Bond par le truculent Simon Green. Qui prétendra qu’il ne s’agit pas là de thriller ?

Notre Germain préféré, Andreas Eschbach, commet également beaucoup de polar/thrillers qui finissent parfois, selon le contenu technologique, dans «La Dentelle», tel Black*Out.

Et puis nous avons deux petits nouveaux… Patrick Lee et Matt Forbeck. Le premier à dégainer fut Lee, scénariste hollywoodien, en septembre, avec la très intense Entité 0247 ou « La Brèche » en anglais dans le texte. Très remarqué outre-Atlantique pour ses qualités de thriller, nous l’avons inclus dans « La Dentelle du Cygne » en raison de la présence constante d’un vrai mystère de science-fiction : une brèche donnant ailleurs !

Bien nous en a pris, car le deuxième livre de cette trilogie aux amphétamines a pris un tournant inattendu et ma foi plus que futuriste, regardez donc cette illustration, cela vous dit-il quelque chose ? Hum ? New York ? Eh oui, Times Square ! Il semblerait que notre futur ne soit pas des plus roses… n’est-ce pas ? Que s’est-t-il donc passé et, justement, peut-on changer le passé ? Réponse l’année prochaine du côté du mois d’avril, je peux vous promettre votre ration de surprises.

D’ici là nous aurons vu la sortie d’un autre thriller, Amortels. Celui-ci se distingue en se plaçant plus que franchement dans le futur. Nous sommes en 2168 et l’amortalité a été inventée, mais sous une forme un peu déplaisante et fort coûteuse. Enregistrez régulièrement le contenu de votre esprit et, à votre prochain décès, un clone élevé en cuve le recevra… en héritage si on peut dire. Les questions sur la continuité de l’identité imprègnent donc ce bouquin propulsé par la résolution d’un meurtre peu banal, puisque l’agent Ronan no 9 enquête sur sa propre mort. Et tout n’est pas rose dans un monde étonnamment stable mais dont les tendances à la ségrégation riche/pauvre et à la surveillance informatique totale ont fait d’immenses progrès par rapport à aujourd’hui.

Des thèmes particulièrement d’actualité en ce moment, hélas. Mais n’oubliez pas, ce n’est que de la fiction, une fiction que nous voulons la plus distrayante possible !

Bonne lecture.

Alain

28.11.2011 Roland C. Wagner rocks the casbah

Entretien publié sur le site de Quoi de neuf sur ma pile ?

RC Wagner, c’est l’un des tauliers de la SFFF française. Auteur de très nombreux romans et nouvelles, il promène sa carcasse moustachue et rigolarde dans les salons et les conventions, où il converse avec tous, une bière à la main. Il vient d’obtenir le Grand Prix Européen des Utopiales pour le monumental pavé Rêves de Gloire, uchronie polyphonique sur l’Algérie et la musique. J’ai eu l’occasion de parler avec lui de l’uchronie, de l’Algérie, de la musique, et du travail de documentation qu’impliquait le projet pharaonique de « Rêves de Gloire ».

Peux-tu nous décrire l’énorme travail de documentation qu’a nécessité l’écriture de « Rêves de Gloire » ?

Je crois que j’ai commencé à me documenter sur le sujet, bien involontairement, avant même ma naissance à Alger, en pleine guerre d’Algérie. Pendant un certain temps, ma vision de celle-ci était, en gros, celle de ma mère ; en résumé, l’indépendance de l’Algérie était une injustice (pour les Français d’Algérie). La documentation absorbée par la suite m’a permis d’acquérir une vision plus complète, et surtout plus neutre. J’ai lu énormément de livres, de tous les bords et de toutes les opinions, pour faire des recoupements entre les récits. Ça va de « La vraie bataille d’Alger » de Massu à la « Guerre d’Algérie » d’Yves Courrière. J’ai été particulièrement impressionné par les livres de Pierre Laffont, descendant du fondateur de l’« Écho d’Oran », qui m’a paru l’un des plus équilibrés sur la question ; il faut dire que je lisais en parallèle « Barricades pour un drapeau », qui est tout sauf neutre. Je me suis aussi beaucoup documenté sur l’histoire du rock et de la musique psychédélique, et j’ai lu une sacrée quantité de livres et d’articles sur le LSD, notamment les mémoires de Tim Leary ou « Acid Dreams » (« LSD & CIA » en français), écrit sur la base de documents déclassifiés de l’agence de renseignement en question. L’effet de l’acide est diffèrent pour chaque individu, c’est un fait acquis, mais ce qui m’intéressait surtout c’était son impact, celui de la Gloire, donc, sur la société. Norman Spinrad dit que les drogues, psychédéliques ou non, ont écrit une bonne partie de l’histoire des USA et du monde des cinquante dernières années. Je crois que c’est vrai.

Ton uchronie est multiple, avec des points de divergences d’importance variable. As-tu voulu renouveler ou étendre le genre ?

Dans « Rêves de Gloire » la fiction spéculative part du chaos. L’Histoire est un système chaotique. Lors d’un débat, Spinrad a décrit ici même « Rêves de Gloire » comme une uchronie du troisième type, j’aime bien l’expression. Le choix de la narration plurielle m’a permis de développer une uchronie politique, musicale, et géopolitique. En fait, j’ai vraiment commencé à rédiger le roman lorsque j’ai eu l’idée de sa structure, soit un an et demi avant sa parution. Prenons l’exemple des Soviétiques qui arrêtent de financer le Tiers-Monde pour consacrer l’argent à aller sur Mars avant les USA. Beaucoup de changements découlent de ce choix, même si je n’ai pas insisté là-dessus dans le texte. Ainsi, dans le monde du roman, ce sont plutôt les démocrates qui ont gagné à la suite du processus de décolonisation, coupant l’herbe sous le pied aux fondamentalismes religieux ; il n’y a pas eu de FIS en Algérie, ou alors juste sous la forme d’un groupuscule extrémiste sans influence réelle. La synthèse que je viens de faire, tu ne la trouveras pas dans le texte, pas vraiment : tous les éléments y sont présents, mais dispersés, éclatés en bribes d’informations — parfois organisées en synthèses partielles. C’est flagrant avec une autre divergence importante : l’expédition de Suez et la réaction de l’URSS à l’insurrection de Budapest. Je dis bien une divergence car les deux événements sont liés, cette fois. C’est parce que le monde entier a les yeux rivés sur ce qui se passe en Égypte que, chez nous, Khrouchtchev peut envoyer les chars en Hongrie ; dans le roman, c’est parce que le monde entier a les yeux rivés sur ce qui se passe en Hongrie que Nasser ne parvient pas à récupérer le canal de Suez. Après, on peut ergoter, dire que la bataille d’Alger, qui commence en janvier 1957, n’aurait peut-être pas eu lieu, ou qu’elle aurait été différente, ou encore qu’il n’y aurait pas eu de 13 mai 1958, ou à une autre date… Oui, bien sûr. Voilà ce qui se serait passé dans une uchronie causale… disons classique. Seulement, j’ai pris le parti de ne pas trop détailler des effets directs évidents des divergences, préférant m’attacher à leurs conséquences à long terme, comme dans ce cas l’existence d’un courant de rock égyptien fertile et abondant, totalement absent de notre monde.
Cela dit, je pense que le 13 mais 58 aurait bel et bien eu lieu même si l’expédition de Suez avait réussi (l’Histoire compte donc des attracteurs étranges ndlr).
Sinon, je dois avouer que je me suis aussi beaucoup amusé à mettre des hippies et des punks dans la casbah. Je crois qu’il y a une continuité entre le mouvement psychédélique et le punk, entre 1966 et 1977. Un sous-genre du garage rock US des années 60 (baptisé a posteriori « 60′s punk »), l’acid punk, fait le lien entre les rêveries mystiques et colorées des hippies et le nihilisme des punks des origines. Ce que je veux dire, c’est que le garage psychédélique donne naissance aux précurseurs du punk, comme les Stooges ou le MC5. Et, plus tard, un morceau comme « I had too much to dream last night » des Electric Prunes a été repris par des musiciens liés au mouvement punk, comme Wayne County ou Stiv Bators. Là où beaucoup de gens voient une rupture, ou carrément un abîme, j’ai plutôt tendance à distinguer une certaine continuité.

As-tu de nouveaux projets pour ce monde que tu as inventé ?

Je sors en février un recueil de nouvelles chez L’Atalante qui s’attachera à des personnages ou à des situations qui n’ont pas été développés dans le roman, mais qui auraient pu s’y trouver. Par exemple, aucun narrateur de « Rêves de Gloire » n’est un musicien, alors que la musique est centrale dans le roman ; dans « Le Train de la réalité », je donne donc la parole à un musicien que l’on voit très brièvement passer lors du concert de Biarritz.

Comment le livre a-t-il été reçu hors du milieu de ceux qui ont des souvenirs familiaux de cette époque ?

Bien. C’est l’émotion qui était difficile à doser dans le livre. Il en fallait assez, mais sans tomber dans le pathos. Les réactions me suggèrent que je ne m’en suis pas trop mal tiré. Je voulais aussi casser l’image du « pied-noir » facho. D’abord tous les Français d’Algérie étaient loin d’être tous des colons (j’entends par là des propriétaires terriens) d’extrême-droite ; ensuite, même parmi ceux qui ont été proches de l’OAS, il y avait beaucoup de gens désespérés et terrifiés qui se sont tournés vers les dernières forces politiques qui se souciaient encore d’eux.

Comment as-tu construit la chronologie de ton récit ?

Le point obligé était la mort du Général. Là, tout changeait forcément (et en plus je pense que sa mort aurait fait plaisir à certains, rires). Il faut savoir que j’ai mis 15 ans à concevoir le livre. Au début je pensais décrire une Algérie qui resterait entièrement française, puis la voie de la partition, qui m’a été suggérée par Gérard Klein, m’a paru à la fois plus réaliste et plus dramatique. Dans le monde du roman, l’Algérois devient une enclave française dans une Algérie indépendante, puis prend lui-même son indépendance pacifiquement et installe un système qui relève à la fois de l’État-providence et de l’anarcho-capitalisme. Et ce micro-État qui a coupé les ponts avec l’ex-métropole conserve des liens forts avec une Algérie où ce sont les démocrates qui ont gagné. Voilà la base, l’épine dorsale de la chronologie uchronique. Dans la réalité, dans notre réalité, le pays est tenu par le FLN, l’armée et l’État, qui sont, de fait, l’émanation d’une oligarchie qui a laissé se mettre en place, voire carrément mis en place elle-même un système de corruption à grande échelle. Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed et d’autres chefs du FLN « historique », celui qui a combattu pour l’indépendance, ont été les grands perdants de l’Histoire. Or, contrairement à Ben Bella (qui, après le cessez-le-feu, entre en Algérie à la tête de l’ALN et prend le pouvoir par la force un peu plus tard) ou à Boumedienne (qui le destitue pour prendre sa place en 65) c’étaient des partisans de la démocratie. Boudiaf l’a prouvé en tentant de liquider la corruption quand on lui a demandé de revenir de son exil dans les années 90, et ça a entraîné son assassinat au bout de quelques mois à peine de présidence. La seule légitimité du pouvoir algérien se fonde sur la guerre d’indépendance. J’attends de voir ce qui va se passer lorsque l’oligarchie n’aura plus d’anciens combattants, vrais ou faux, à brandir devant la population. Pour l’instant, le désespoir de celle-ci se manifeste surtout sous forme de suicides, d’immolations par le feu. Comme si les gens retournaient contre eux-mêmes une violence qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas exprimer contre le pouvoir en place et/ou le système de corruption généralisée.

Je remercie RC Wagner pour ce long entretien, et je m’installe dans les starting-blocks pour attraper « Le train de la réalité ».

7.11.2011 Enfin la nuit, l’interview !

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Camille Leboulanger
20 ans, des études de cinéma, une nouvelle publiée dans le recueil Ceux qui nous veulent du bien, chez La Volte, un premier roman, Enfin la nuit, publié par l’Atalante, un deuxième achevé et un troisième en projet. Camille Leboulanger ne chôme pas.

Qu’est ce qui fait qu’à votre âge on consacre du temps à l’écriture pour sortir un premier roman plutôt que d’être planté devant l’ordinateur ou la console ?
En fait j’ai jamais arrêté de jouer à la console ! Je fais les deux. Je joue moins à la console depuis que je suis étudiant. Mais qu’est ce qui fait qu’on y passe autant de temps ? L’envie, je suppose. Et puis ça occupe pas mal de soirées. C’est une question difficile.

Ça a commencé quand ?
J’écris depuis que je suis tout petit. J’ai écrit mes premières nouvelles sérieuses vers 15 ans, et j’ai pas mal griffonné au lycée, pas mal de poésie, beaucoup moins ces derniers temps parce que j’écris d’autres choses. Enfin la nuit c’est mon premier bouquin sérieux, j’avais l’idée de la scène de départ qui m’a été inspirée par la vision d’Hiroshima mon amour d’Alain Resnais. J’avais l’idée de deux personnages, un homme et une femme qui se rencontrent pendant une catastrophe. Ça me trottait dans la tête. J’ai commencé à écrire en décembre 2009 et ça tenait sur quelques pages. J’ai mis de côté un temps, puis je m’y suis remis. J’ai vu que ça prenait plus d’ampleur, je ne savais pas trop où j’allais mais je me suis dit « essaie d’aller jusqu’au bout, vois si tu es capable de tenir un projet sur la longueur ». J’étais dans une période où j’avais besoin de me rassurer. Dans mes études de cinéma, on est toujours obligés de se justifier sur nos projets, d’avoir une justification forte… Alors le soir, l’après midi, dans le train… J’avais mon ordinateur sur les genoux, et voilà.

Six mois d’écriture, c’est assez rapide, il y a eu des choses plus compliquées que d’autres ?

C’est rapide… Pas tant, parce que ce n’est pas un long bouquin. Je l’ai écrit par périodes, je pense que ça se ressent. Il y a des moments où j’écris beaucoup, d’autres où je n’écris pas du tout. Je ne savais pas où j’allais, alors je m’arrêtais.

Il n’y avait pas de fin prévue, de plan ?

Si, à peu près un mois avant de finir je savais où je voulais arriver, mais je ne savais pas comment. C’est vrai qu’au début je déroulais, ce n’était pas un bouquin préparé en amont, avec les fiches de personnages… Je ne croyais pas du tout à cette technique, à ce moment-là. J’en suis revenu ! La préparation c’est quand même bien. C’est un confort d’écriture.

Justement, quels repères vous aviez, pour l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a constitué ?

Pour ce bouquin la référence à La route de Cormac McCarthy, je me la bouffe assez souvent. On ne peut pas l’éviter, même si ça commence à m’énerver qu’on m’en parle tout le temps. Le roman, ce n’est pas La Route et ça n’a jamais eu l’intention de l’être, même s’il y a un point de départ commun. Sinon j’ai lu pas mal de science-fiction quand j’étais au lycée. S’il devait y avoir un guide, ce serait Stephen King. Son bouquin Ecritures est le meilleur « guide d’écriture » – si on appelait son bouquin guide d’écriture ça le ferait sauter au plafond je pense –, c’est le meilleur de ce genre-là. Il donne vraiment des conseils pratiques. « Vous voulez écrire ? Très bien, prenez vos affaires et mettez vous au travail. » Je pense que c’est le meilleur conseil que quelqu’un m’ait jamais donné en matière d’écriture et de projet en général : astreins-toi à une discipline. Lui c’est un adepte des 2000 mots par jour, moi je les fais rarement ! Il y a quelque chose que j’admire particulièrement chez King, c’est sa capacité à créer des langages pour ses personnages. Il a un grand talent pour ça, c’est quelque chose que j’essaie de retrouver autant que possible.

Dans votre écriture, on sent une grande maturité, un soin du style.

Pour le style, il y avait La route d’un côté, Stephen King de l’autre. Sa présence est là, ne serait-ce que sur la scène d’attaque de la maison, les personnages de méchants lui doivent pas mal. Et puis il y a aussi le fait qu’au moment où j’écrivais ça j’ai découvert Jean Echenoz, et donc cette forme de littérature blanche qui avait une forte implication dans les personnages et une distance et une ironie par rapport à ce qui se passait. Je pense que ça a pas mal influencé Enfin la nuit.

Vous parliez de cinéma, l’écriture vient en prolongement de vos études ou c’est une parenthèse ?

Le style, ça fait un pompeux de dire ça, mais il se rapproche d’une écriture scénaristique dans la forme : des actes, sans décrire d’une manière lyrique, avec des dialogues courts. Personnellement, je préfère quand les choses s’expliquent par les actes. Je pense que ça vient de l’étude du cinéma. Je me destine à être scénariste, les deux choses se mélangent. Je danse un peu entre les deux. Enfin la nuit tient pas mal d’un scénario, dans la forme, je pense.

La thématique fait donc penser à La Route, même si le roman n’a ensuite rien à voir, mais c’est une histoire de fin du monde, d’un monde. Pas très optimiste pour un premier sujet ?

Je pense que j’ai dû lire beaucoup d’histoires comme ça, voir pas mal de films, à ce moment-là. Quand on me demandait ce que j’écrivais je répondais « une histoire de fin du monde sans zombies » parce que j’en avais marre des zombies. J’avais envie d’écrire cette balade, cette dérive. Comment faire dériver des personnages en dehors de tous repères ? Il faut une catastrophe, pour les mettre sur une route, sans attaches. Si on n’accroche pas à ce point de départ du ciel illuminé qui fait péter un câble à tout le monde, on n’accroche pas du tout. L’idée derrière c’était : il y a ça, qu’est ce qu’on fait face à cette perturbation ? C’est une perturbation drastique de l’ordre des choses. Le monde ne s’écroule pas, finalement. C’est une NDE (near death experience) de la société. On n’est pas passé loin. Je pense, en y réfléchissant, que j’avais tellement détesté le film Les derniers jours du monde, des frères Larrieu, que j’ai dû vouloir me placer en réaction. C’est un film où il y a eu une guerre, le personnage principal erre et sous prétexte que c’est la fin du monde il passe son temps à baiser. J’ai trouvé ça pompeux, ça ne m’a pas du tout plu.

Quel lecteur êtes-vous ?

Je lis beaucoup de comic books américains, je regarde beaucoup de films, je me suis biberonné à la science-fiction, au fantastique, au Seigneur des Anneaux, à la fantasy… Je viens plus de l’imaginaire que du patrimoine.
Interview  réalisée par Caroline de Benedetti

L’Indic n°10

12.09.2011 SEPTEMBRE : THRILLER

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Deux fois plutôt qu’une, ce mois-ci nous vous proposons deux excellents thrillers.
Black*Out d’Andreas Eschbach et   L’Entité 0247 de Patrick Lee.
(les premiers chapitres en lecture sur un simple clic sur les titres)

25.08.2011 Narcogenèse est un roman terrifiant… par Anne Larue

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Narcogenèse est un roman terrifiant, étouffant. Sa force tient à la fois à sa qualité d’écriture et à la puissance de ses références, qui nous hantent dans l’arrière-fond du texte : Hoffmann et son épouvantable conte du marchand de sable, mais aussi Ubik. Vous avez aimé Hoffmann et Philip K. Dick, vous aimerez Anne Fakhouri.

Le « Grand Lustucru » qui passe, chanté par Colette Magny à la voix si étrangement basse, mange « crus tous vifs, sans pain ni beurre, tous les petits gars qui ne dorment pas » – « petits gars » au sens de « guys », car filles et garçons sont sa proie. Mais le marchand de sable est encore pire quand il s’attaque aux enfants qui dorment. Il est si puissant qu’il peut les projeter dans le coma. Il les viole, il les torture, il les tue. Le moindre sommeil leur est fatal. Il est l’Homme Noir des cauchemars, cette instance psychique destructrice dont parle Clarissa Pinkola-Estes dans Femmes qui courent avec les loup/ves. Il est celui contre personne ne semble pouvoir lutter.

Dans Ubik, la jeune morte a bien du mal à résister à l’envahissement de ses forces diminuées par l’esprit dévorateur de l’adolescent créateur de faux mondes ; mais les semi-morts se liguent et résistent. Dans Narcogenèse, toute tentative de résistance (que ce soit celle de Simon, le policier, ou de Zette aidée de Ti, son ami d’enfance) semble vouée à l’échec. L’angoisse s’ouvre peu à peu, comme un abîme révélé, au fur et à mesure que tous ces personnages se trouvent réduits à l’impuissance, les mains liées, voire entrainés dans la mort et broyés. Rythmé par l’enquête de police qui piétine et par les disparitions successives et progressives des enfants, le roman se construit comme un thriller.

Ce n’est pas pour rien que la figure de Barbe-Bleue est évoquée, comme en passant, p. 229. L’homme noir, la barbe-bleue et la marchand de sable ne font qu’un, dans le terrifiant fantasme ; tel est le vampire, esprit mauvais qui se nourrit d’énergie vitale. Comment faire face au monstre, sinon en crevant les sépultures enfouies d’une inextricable grande famille ? Que peut-on espérer quand couvent les secrets et les traumatismes, les crimes du passé qui donnent leur consistance à l’horreur ?

Au-delà du fantastique et du réel, le roman règle ses comptes avec une épouvante bien plus simple et palpable : celle du mariage et de la famille, qui sont désignés comme la source secrète de toute horreur et de toute terreur.

Anne Larue

27.06.2011 L’Entité 0247 par le K

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Les « Visiteurs » de L’Atalante et de sa synthétique page de garde auront sans doute remarqué une illustration assez énigmatique dans laquelle un gros disque environné de flammèches semble donner sur une tranche de néant.

Quant au titre, espérons qu’il soit définitif ! Les Visiteurs réguliers auront sans doute remarqué que « L’entité 0247 » avait commencé sa vie sous le nom, nettement plus informatif, de « La Brèche ».
D’un autre côté l’illustration de David Demaret annonçait déjà clairement la couleur !
Chassons la redondance !
Voici donc un autre titre qui ne met plus l’accent sur la Brèche mais sur ce qui en tombe … Nous ne sommes guère plus avancé.
Reste l’auteur, hélas ce Patrick Lee n’est pas une connaissance de notre petit monde de la Science-Fiction, un nouvel auteur sans doute ? Sauf que la redoutable Googlyse ne fournit guère comme référence qu’un écrivain de Thriller … beurk le Thriller, y’a des collections pour cela !
Nous voulons de la SF !
Nous voulons de la SF !
Nous voulons de la SF !

On connait ça, un auteur de Thriller qui marche sur les plates-bandes de la SF, ouais d’accord, on rajoute deux, trois pincées d’Informatique ou d’ADN de Dinosaures et la voila votre SF !
Mais nous, nous voulons de la Vraie SF !
Mais nous, nous voulons de la Vraie SF !

Je parie qu’il vont nous dire qu’une bonne idée de SF n’est pas la propriété de ses écrivains-maison et qu’on devrait être fier que nos marottes franchissent les frontières des genres ! Ou alors ils vont affirmer avec l’aplomb qu’on leur connait qu’on a besoin de beaucoup plus de bouquins de SF accessibles, qu’ils faut que notre nombre grossisse et qu’ils nous ont déjà fait le coup avec John Scalzi (bon c’était bien, faut le reconnaître).
Ils vont sans doute aussi prétendre qu’un SF-Thriller c’est l’assurance d’une lecture haletante, d’explosions dans tous les sens, de trahisons et d’agentes séduisantes, le tout mêlé à des menaces existentielles, ouais.


Je les entends déjà … et vous ?

Alain


9.06.2011 Lev Grossman, le magicien.

Publié dans Le quotidien des éditions | Aucun commentaire » par L'Atalante

Jacques Baudou rien que pour nous l’instant d’un post !

Je tiens « Les Magiciens » de Lev Grossman pour l’un des plus importants romans de fantasy publiés ces dernières années. Parce que c’est à la fois un formidable roman de fantasy et une réflexion acérée, intelligente, subtile sur le genre mais parée de toutes les grâces de la fiction. Parce qu’en s’appuyant référentiellement sur deux “classiques” de la fantasy jeunesse, il tisse son propre univers romanesque à destination des adultes.
La première partie du livre est un roman d’apprentissage qui met Harry Potter au miroir. Mais Brakebills, où Quentin va faire l’apprentissage de la magie et tomber amoureux d’une jeune femme qui ne se prénomme pas Alice par hasard, n’est pas un décalque de Poudlard, loin s’en faut. Et pas seulement en raison de sa proximité avec Brooklyn. Cette école supérieure de magiciens ressemble bien plus à une université américaine et l’auteur, sans négliger la vie de cette communauté disparate d’adolescents, a mis l’accent sur l’acquisition progressive des arts magiques qui va culminer dans la fabuleuse séquence de la migration vers le pôle et de l’épreuve. Rarement un auteur n’a approché ce Graal de la fantasy qu’est la magie avec autant de maîtrise et de précision que Lev Grossman ici.
Qu’est-ce qui prédestinait Quentin à la magie ? Est-ce cette lecture d’enfance qui l’avait profondément marqué et qui lui servait toujours de refuge quand il ne supportait plus le monde réel : celle des «Chroniques de Fillory» de l’écrivain anglais Christopher Plover ? Sans doute . Mais dans les éléments que nous donne Lev Grossman concernant ces chroniques, il est loisible d’en reconnaître la source, en l’occurrence les Chroniques de Narnia de C S Lewis.

C’est justement dans le monde secondaire de Fillory que Lev Grossman nous entraîne dans la troisième partie du roman, à la suite d’un petit groupe de magiciens droit sortis de Brakebills. (Comment ne pas évoquer ici Le pays du fou-rire de Jonathan Carroll, avec qui le roman de Lev Grossman entretient un certaine parenté ?).

Mais entre-temps, diplômes en poche, Quentin et ses amis auront quitté Brakebills pour le monde réel et ses dissipations, fait leurs premiers pas dans l’âge adulte, avec ce que ça implique de reniement et de trahison. Cette parenthèse amère et désenchantée prélude à l’expédition pour le crépusculaire Fillory (l’on serait bien en peine d’y trouver la moindre figure christique) où ils auront l’occasion de mettre en pratique ce qu’ils ont appris à Brakebills et où le prix à payer pour accomplir leur mission est rien moins qu’exorbitant.
On ne s’aventure pas impunément dans un pays enchanté !
A ce double apprentissage, Lev Grossman donne une chute qui est un modèle d’understatement et qui participe dans sa brièveté même au sentiment de jubilation que procure à chaque instant la lecture des Magiciens.
Jacques Baudou
P. S.  Ajoutons que Lev Grossman est l’auteur d’un curieux thriller décalé, Codex, le manuscrit oublié, que la critique américaine a placé sous l’invocation de Borges et d’Umberto Eco, et que le nœud de son intrigue est un manuscrit intitulé Voyage au pays des Cimériens.

Deux sites associés à ce roman :

25.05.2011 La vérité sur Jean-Marc Ligny

Publié dans Le quotidien des éditions | 2 commentaires » par L'Atalante

Qui aurait cru que Jean-Marc Ligny, sous ses dehors de romancier détaché des richesses du monde, cachait un redoutable homme d’affaires qui s’est taillé un petit empire juteux dans l’ouest de la Sicile ?

Au terme d’une longue enquête, nos envoyés spéciaux ont pourtant fini par mettre au jour l’autre visage de l’auteur d’Aqua™, celui qu’il dissimule à ses innocents admirateurs. Les documents qui suivent parlent d’eux-mêmes.

Car Jean-Marc Ligny possède une somptueuse résidence historique à Trapani, que l’on connaît là-bas sous le nom de « Torre de Ligny », la Tour de Ligny.

Dans le quartier même de cette résidence, il ne s’est pas privé de développer des activités lucratives de limonadier…

… et d’hôtellerie.

Véritable magnat local, il est aussi propriétaire d’une petite flottille de pêche. (Nos enquêteurs ont échoué à réunir les preuves qu’il s’adonne à la pêche au thon rouge, une espèce surexploitée de nos jours.)

Une légende tombe ainsi, celle de l’écrivain désintéressé. Certains le regretteront. Mais ne devions-nous pas la vérité aux lecteurs ?

Le comité « Mains propres » de L’Atalante.

12.05.2011 METRO 2034 : en librairie !

Publié dans Présentation et extraits | Aucun commentaire » par L'Atalante

Un an après Métro 2033, nous vous invitons à replonger dans l’univers
sombre et oppressant du métropolitain moscovite. Des mois se sont
écoulés dans l’obscurité des boyaux aveugles du ventre de Moscou depuis
la fin de la quête d’Artyom. Des mois de survie âpre pour les restes
d’une humanité chassée à jamais de la surface par son orgueil et son
bellicisme démesurés. Des mois d’errances pour Hunter qui retrouve enfin
le chemin des hommes…
A quelques jours de la sortie en librairie du très attendu Métro 2034,
nous vous proposons d’en découvrir les premiers chapitres en téléchargement gratuit et en exclusivité.Couverture du roman Métro 2034


Blog des Editions l’Atalante est fièrement propulsé par WordPress
Articles (RSS) et Commentaires (RSS).